‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 126 sur 263 · ANATOMIE DU HEIN · texte numérisé non relu

ANATOMIE DU HEIN

Fig. 52. — Schéma du trajet des tubes ui-inifères du rein (Klein).

A, substance corticale. — a, couche sous-capsulaire sansglomérules. — a", couche interne sans glomérulc;. — B. G. substance médullaire. — 1, capsule de Bowman. — 1, collet de la capsule. — 3, tube contourné. — 4, portion spirale. — -5, partie descendante de l'anse de Henle. — 6, l'anse. — 7, 8, 9, sa partie iscendante. — 10, tube irrégulier. — 11. tube intermédiaire contourné. — 12, commencement du tube collecteur. — 13, 14, tube collecteur plus large (dans la papille; allant s'unir à d'autres pour former le conduit excréteur.

470 SECRETION RENALE

artériel, naturellement, et en ressort artériel, sans avoir servi à la nutrition. Il convient de remarquer encore que le vaisseau efférent du glomérule ayant un calibre inférieur à celui du vaisseau afférent, la pression est plus forte dans le glomérule que dans les capillaires généraux ; par contre, dans le réseau capillaire qui entoure les tubes contournés, la pression est plus faible que dans les capillaires du reste de l'organisme. Nous verrons à utiliser plus tard ces faits dans l'étude du mécanisme de la sécrétion urinaire.

Caractères physiques des urines. — Chez Thomme, Turine est un liquide d'une couleur jàune citron, très peu mousseux, sauf au cas où il renferme de Falbumine ou du mucus, ou bien possède la réaction alcaline, de saveur salée, un peu amère, à odeur légèrement aromatique, qui devient avec le temps ammoniacale en raison de la fermentation de l'urée (sous l'influence du Micrococcus ureœ et d"autres microrganismes) et de sa transformation en carbonate d'ammoniaque. L'urine des carnivores ressemble à celle de l'homme, mais celle des herbivores est de couleur plus brune, et présente l'aspect trouble ; ce dernier est dû à des précipités de phosphate et de carbonate de chaux ; celle des reptiles et oiseaux, enfin, mélangée aux excréments, dans le cloaque où aboutissent l'intestin et les uretères, forme une bouillie avec ceux-ci. Chez l'homme même, l'urine varie souvent de couleur : celle du matin est plus concentrée, et par cela même plus foncée (urine de sang) ; celle du repas [urina cibi), moins colorée que la précédente, l'est beaucoup plus que celle qui est excrétée à la suite de l'ingestion abondante de boissons [urina potus). Elle est toujours transparente, au moment de la miction, à l'état normal ; mais ne tarde pas à se voiler d'un nuage très léger, formé surtout de mucine, d'acide urique et d'urates, qui se précipitent. Un trouble plus considérable est de nature pathologique : l'urine contient

CARACTÈRES PUYSIQUES DES URINES iTI

alors des sédiments, des pigments de la bile ou du sang, des débris d'épithélium, du pus, etc.

La quanlitr expulsée par vingt-quatre heures varie beaucoup selon le régime, l'abondance des boissons, l'activité de la fonction sudorale.etc. En France, elle est de 1,250 ou 1,450 centimètres cubes par vingt-quatre heures : en Angleterre, de 1,400 ou 1,500 ; en .Ulemagne. de 1,600 environ. Mais un même sujet peut, en s'abstenant de boissons, n'expulser qu'un litre d'urine au plus, et le lendemain, en buvant copieusement, en produire plus de 3 litres. La femme en produit moins que l'homme, en général. Le maximum de sécrétion a lieu dans l'après-midi, le minimum le matin, de 2 à 4 heures.

La densité de lurine varie sans cesse : elle peut tomber à. 1,003 (qui est le chiffre normal chez les enfants très jeunes: 1,003 à 1,006), par exemple, si l'on boit abondamment sans faire d'exercice, et, dans les conditions opposées, s'élever à 1,040 ; elle est en moyenne de 1,020, en prenant toute l'urine des vingt-quatre heures. Certaines maladies — le diabète — la rendent plus dense encore; elle peut aller jusqu'à 1,060 si le sucre est très abondant. Comme la coloration et la concentration, la densité varie avec le régime alimentaire, comme l'ont vu Cl. Bernard et d'autres physiologistes : plus l'eau entre pour une large part dans les ingesta, et plus la densité de l'urine est faible. Aussi l'urine excrétée le matin au lever est-elle généralement plus dense.

La réaction de l'urine fraîche est acide chez les carnivores et l'homme, alcaline souvent chez la femme par le mélange de sécrétions vaginales ; alcaline chez les herbivores et chez l'homme au régime purement végétal: toutefois elle devient acide chez les herbivores soumis au régime de la viande. Cette alcalinité, qui accompagne le régime herbivore, s'explique par la quantité des sels de potasse et de soude renfermés dans les aliments végétaux, qui alcalinisent le sang et naturellement les urines. Au surplus, chez un même sujet,

472 SECRETION RENALE

à régime constant, la réaction des urines présente des variations marquées; elle est le plus acide le matin au réveil; elle est encore très acide deux ou trois heures après les repas ; pendant la digestion. Facidité est peu marquée, Bence Jones, Gley) et on explique ceci par le fait que le sang s'alcalinise pendant le maximum de production d'acide chlorhvdrique dans l'estomac, comme on peut le voir en notant la réaction de Turine chez un chien à fistule gastrique, après en avoir lavé l'estomac pour entraîner le suc stomacal. L'acidité de l'urine humaine normale est due non à un acide libre, mais à différents sels, à des acides hippurique et urique unis à des phosphates (Liebig) et peut-être aussi à d'autres substances ; l'acidité augmente après l'émission, parce que l'acide carbonique de l'air met en liberté une certaine quantité d'acide urique, et l'urine semble contenir aussi de l'acide hippurique libre et du phosphate acide de sodium. Il arrive souvent qu'elle fournit la réaction amphotère. réagissant à la fois comme acide et comme base, sans que l'on puisse expliquer cette particularité. L'acidité normale de l'urine humaine correspond à celle d'une solution de 2 grammes d'acide oxalique, et souvent à 3 ou même 4 grammes pour 1,000.

Enfin l'urine renferme quelques gaz, qui sont surtout de l'azote et de l'acide carbonique ; l'oxygène ne se présente qu'en très petites quantités et fait souvent défaut.

Composition chimique de l'urine. — Nous empruntons les éléments du tableau que voici à M. A. Gautier : ce tableau se rapporte à de l'urine humaine normale d'une densité de 1,020, et les chiffres sont rapportés au kilogramme d'urine : pour avoir ces chiffres pour vingt-quatre heures, il suffit de multiplier par le nombre de kilogrammes d'urine excrétés.

COMPOSITION CIUMIOUE DE L LRINE 473

E;iii 956 grammes | Eau, 956 grammes.

Urée 2r..37

Acide uri([u ■ .... 0.40

— liippurique . . 0,50 Crèatinine et crcutine. 0.80 I

Xanthine 0.0 i /

Matières colorantes . 4.50 ' Matières organiques,

Autres produits : , i 28 ou 30 granunes.

acides gras, oxali- J \

que, phénols, i"- f ^j.-.^

dois, scatols. gly- i

cose, mucus, pejv ]

sine, etc.

peu

Chlorure de sodium 10.5

Sulfates alcalins 3.1

Phosphate de chaux 0.31 1 ^, ■■ • • i

' , . . A ,' ' Maiicres minérales,

— de magnésie. . . 0.4o ir n

, ,. ^ , ,o i lt>-i7 irrammes.

— alcalms 1.43 i

Sels ammoniacaux 0.70

Acides silicique et azotique. . traces

En somme, l'urée et le chlorure de sodium sont les éléments principaux de rniine.

Remai^quons que les chiffres précédents donnent la composition moyenne, chez l'homme sain, en France : en Allemagne, oii Ton boit plus, il faudrait multiplier ces chiffres par 1,015: chez la femme, il faudrait multiplier par un chiffre inférieur à 1, c'est-à-dire diminuer toutes les valeurs; enfin, il faut tenir compte de lintluence du mode d'alimentation, de l'exercice, de la température, etc. Ceci dit en passant, considérons maintenant les principaux des éléments qui composent l'urine normale.

Voici d'abord l'urée ; c'est la matière azotée la plus importante de l'urine, l'homme en excrète de '25 à 40 grammes par vingt-quatre heures. L'enfant en excrète, proportionnellement à son poids, plus que l'adulte, et l'adulte plus que le vieillard. Au point de vue chimique, c'est du cyanate d'ammoniaque i^CO Az- H*).

474 SECRETION RENALE

Signalée pour la première fois par Rouelle le Jeune en 1773. (pii la nomma extrait savonneux de l'urine, elle reçut en 1799 do Fourcroy et Yauquelin le nom qu'elle porte actuellement ; et ces deux chimistes constatèrent sa transtV)i«mation en ammoniaque. En 1828, AVoehler effectua la synthèse de l'urce en opérant l'union de l'acide cyanique et de l'ammoniaque : ce fut là une découverte importante, la première des synthèses artificielles d'un produit organique. L'urée pure est formée de longs prismes aplatis, incolore, de saveur analogue à celle du salpêtre, neutre, très soluble dans l'eau ; sous l'influence de la chaleur, elle se décompose (entre 150 et 170" C.) en ammoniaque et acide cyanurique. Elle forme des sels avec différents acides, avec l'acide nitrique, avec l'acide oxalique, etc., à condition que ceux-ci ne soient pas concentrés ; autrement ils la décomposent. On a pu encore obtenir du phosphate d'urée, mais non du sulfate, de l'hippurate ou du lactate.

Pour mettre en évidence la présence de l'urée dans l'urine, on peut suivre la méthode de Fourcroy et Yauquelin, qui évaporent l'urine à consistance sh'up?iise (après précipitation des albuminoides s'il y en a, par l'alcool et l'acide azoti(pie) et traitent ensuite par l'alcool concentré.

On peut évaporer l'mnne à chaud, au 10" de son volume, refroidir avec de la glace ou de la neige, et ajouter deux volumes d'acide nitrique refroidi lui aussi : il se forme un dépôt abondant de lamelles d'azotate d'urée qu'on filtre et exprime fortement ; on triture avec du carbonate de baryum jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'acide carbonique ; on dessèche la bouillie obtenue qu'on traite par l'alcool ; cet alcool est filtré, puis évaporé : il reste de l'urée qu'on purifie en la traitant encore à l'alcool.

Quand il s'agit de doser l'urée, il faut d'autres procédés. Nous ne décrirons pas ici toutes les méthodes qui ont été imaginées ; il nous suffira d'en indiquer une qui est facile à appliquer en clinique. La base de la méthode de Knop et Hiifner. modifiée par Yvon — comme des procédés de Millon et d'autres encore — est le fait que l'urée est clécomposée par diverses substances en azote, eau et acide carbonique. De la quantité d'azote obtenue on déduit la quantité d'urée existant, ou ayant existé dans le liquide analysé. Soit donc im tube de veri*e gradué, comme celui que représente la figure 53. en centimètres et dixièmes de centimètre cube. On plonge cet ure'omètre dans une éprouvette de mercure et comme le robinet en est ouvert, le mercure remplit tout l'appareil, et on ferme le robinet. Dans la partie supérieure, émergeante, on introduit une solution titrée d'urée à 1 centigramme par 5 centimètres cubes d'eau ; on en introduit une quantité donnée que

DOSAGE DE L UREE

l'on mesure au moyen d3 la graduation existant sur c?tte parti supérieure. Une lois mesurée'', on la laisse pénétrer dans la partie inférieure en ouvrant le rubinet, et en maintenant la pirtie inférieure au niveau voulu au-dessus de la sui'face du mercure dans 1 eprouvette. La solution titrée entre donc dans la chambre barométrique, au-dessous du robinet, et on ferme celui-ci. Puis on lave la partie supérieure avec un peu de lessive de soude étendue qu'on hdsse ensuite pénétrer dans la chambre barométrique, et enfin, on y envoie 5 ou 6 centimètres cubes d'mie solution d'hyi^obromite de soude. (Solution formée de : eau distillée 140 grammes : brome 5 centimètres cubes; lessive de soude, 50 grammes.) On agite un peu l'uréomètre, pour faciliter le mélange des liquides. L'hypobromite commence aussitôt à décomposer l'ui'ée : l'azote et l'acide carbonique se dégagent, mais le premier seul reste libre : l'acide carbonique se combine avec la soude. L'azote se rassemble naturellement dans la partie supérieure de la chambre barométrique, et pour que la décomposition soit Complète, il faut qu'il y ait un excès dhypobromite et que le liquide soit jaune et clair. Le dégagement d^ gaz ayant cessé, on porte l'uréomètre dans ime eprouvette d'eau, en empêchant avec un doigt le liquide et les gaz de s'échapper, rhypobromite, plus dense, s'écoule, et on fait la lecture du volume de gaz; Supposons qu'il y ait 40 divisions d'azote, et nous disons que 1 centigramme d'urée donne 4 centimètres cubes d'azote. On recommence aussitôt l'opération avec l'urine à analyser : on prend de cette urine, on l'étend de 4 fois son volume d'eau, et on introduit dans l'uréomètre quelques centimètres cubes du mélange en opérant en tous points comme avec la solution titrée. Si un centimètre cube d'urine (5 centimètres cubes de mélange d'urine, et eau. 4) nous donne 88 divisions d'azote, par exemple, nous raisonnons :

donc et

40 divisions

= 1 centigramme d'urée

= 7- ^ 2.2 centiirr.

Fig. 53.

Uréomètre.

Un litre de cette urine renferme donc 1000 fois plus d'urée, ou 22 grammes.

L'essai préalable — ou subséquent — avec la solution titrée, est

nécessaire pour éviter les corrections de température et de pression qui, autrement, seraient nécessaires.

Il est avantageux de diluer Turine dans de l'eau sucrée, d'après M. Méhu, parce qu'en présence du glucose le dégagement d'azote est plus complet qu'en présence de l'eau distillée simple.

Il faut remarquer que ce procédé si simple est entaché d'une erreur : en eli'et, l'hypobromite décompose non seiilement l'urée, mais les urates, l'acide urique, la créatine et la créatinine, et l'uréomètre nous donne l'azote total de l'urine, ce qui n'est pas la même chose que l'azote de l'urée. Toutefois, dans les observations où une rigueur absolue n'est pas indispensable, on peut se contenter du procédé d'Yvon, en diminuant de 4,5 p. 100 le chili're d'urée calculé. Yvon a reconnu en eli'et que de la proportion d'azote fournie parles substances azotées autres que l'urée n'est guère que 4,5 p. 100 de l'azote.

Kjeldalil opère autrement. Il fait dissoudre 200 grammes d'acide phosphorique anhydi'e dans 1 kilogramme d'acide sulfurique ordinaire, et verse 20 centimètres cubes du mélange dans un ballon contenant 5 centimètres cubes d'urine. Bain de sable à ébullition jusqu'à coloration jaune claire et transparence (30 minutes à peu près). Refroidir et ajouter de l'eau, et, avec précaution, un excès de soude caustique avec un peu de zinc : on chautïe, il se forme de l'ammoniaque qu'on reçoit dans de l'acide sulfurique titré, et de la différence du titre avant et après, on déduit l'ammoniaque, donc l'azote correspondant. (A. Gautier. Cours de Chimie, t. III, p. 656.)

On peut encore doser l'iu^ée par le procédé de Millon, en la décomposant par le nitrate nitreux de mercure en CO* et Az ou par le procédé colorimétrique de Liebig.

Qu'est-ce que l'urée, au point de vue physiologique, et quelle est son origine ? Ici, les incertitudes abondent, et les théories pullulent. Un fait semble bien certain, toutefois, c'est que l'urée est le principal produit de désassirailalion des matières albumino'ides, et qu'elle dérive de celles-ci indirectement, c'est-à-dire qu'elle est le dernier terme d'une série de transformations de ces substances. Les albuminoïdes donneraient naissance non pas à de l'urée, mais à d'autres produits (acides carbonique et cyanique, ammoniaque, acide urique, créatine, créatinine, leucine, tyrosine, glycocolle, etc.), qui, par des modifications successives, deviendraient de

Page 1