ORIGINE DE L URÉE
l'urée. C'est ainsi qu'en donnant de la leucine et du glycocolle à un chien, on détermine chez lui une augmentation d'urée, et on ne retrouve ni la leucine ni le glycocolle (Schultzen et Xencki). C'est ainsi encore que l'ingestion d'acide aspartique détermine une augmentation de l'urée (Knierienij ; il en est de même pour l'ingestion de carbonate d'ammoniaque (Salkowski et Schmiedeberg). Il est certain (jue les substances dont il vient d'être question peuvent se former dans l'organisme aux dépens des albuminoïdes, el que ces substances sont aptes à se transformer en urée. D'autre part, il parait établi, aussi, que le dédoublemenl des albuminoïdes par simple hydratation donne naissance à de l'urée, et A. Gautier pense que c'est ainsi que se forme la majeure partie de l'urée, bien que l'urée puisse dériver de modilicatious de l'acide urique, de la guanine. de l'allantoïne, de la créatine, de la xanthine, etc.. qui sont déjà des produits de désassimilation. Quoi qu'il en soit — l'avenir nous dira quelle est l'interprétation exacte, — il demeure certain que l'urée est Texcrément des albuminoïdes principalement, comme Facide carbonique est l'excrément des hydrates de carbone et des composés carbonés en général. Elle se forme non seulement par la décomposition des matières alimentaires (les diabétiques polyphages en excrètent jusqu'à 100 grammes par jour), mais aussi aux dépens des substances azotées de nos tissus. Faites jeûner un chien pendant plusieurs jours, en etïet ; il sera impossible de faire disparaître l'urée de ses urines, et cette urée ne peut venir que des tissus, ou plutôt ne peut se former qu'à leurs dépens. D'autre part, soumettez ce même chien alternativement à un régime très azoté, à une ration mixte moyenne, à un régime végétal ; l'urée augmentera beaucoup dans le premier cas ; dans le second, elle représentera presque exactement l'azote irrigué ; dans le troisième, la production d'urée tombera au-dessous de la normale.
Comme l'urée se rencontre dans tous les tissus, sang, foie,
rate, et reins surtout — peu dans les muscles et les nerfs — on en a conclu qu'elle se forme un peu partout dans l'organisme, et non pas d'une façon spéciale dans le rein. Prévost et Dumas ont démontré qu'il en est bien ainsi, du moins en ce qui concerne la partie négative de cette conclusion, en montrant, en 1822. qu'après la néphrotomie il y a accumulation d'urée dans le sang et accumulation équivalente à l'excrétion qui se serait produite si l'opération n'avait point eu lieu. Vurée ne se forme donc pas spécialement dans les reins, et von Schrôder a confirmé ce point en établissant une circulation artificielle dans un rein extirpé : il ne s'est pas formé d'urée, bien qu'il eût ajouté au sang du carbonate d'ammoniaque : par contre, l'extirpation des reins n'empêche pas la formation d'urée. L'urée se produit-elle dans les muscles, comme l'admet Voit ? Cela n'est guère probable : Schruder a établi la circulation artificielle dans le train postérieur d'un chien, et bien que la vitalité de cette portion de l'animal soit restée parfaite (excitabilité, contraction, etc.L il ne s'est pas produit la moindre trace d'urée. En réalité, c'est dans les viscères abdominaux — le rein excepté — que semble se former l'urée : c'est dans le sang de l'intestin Gréhant et Quinquaud), dans la rate (Gscheideln), et dans le foie Brouardel etc). Ce dernier organe semble jouer à cet égard un rôle prépondérant : le sang qui y entre s'y enrichit en urée et en appauvrit le foie : et si l'on extirpe un foie de chien par exemple, pour y pratiquer une circulation artifi- '•ielle, comme l'a fait Schruder. on voit que la proportion l'urée dans le sang devient double ou triple de ce qu'elle était au début de l'expérience, cinq ou six heures auparavant. Il •'5t très intéressant de noter que la production d'urée n'a lieu '|ue si le foie et le sang proviennent d'animaux en digestion, ou si l'on ajoute du carbonate d'ammoniaque au sang : du reste. Picard avait déjà conclu de ses expériences que l'urée ne se produit dans le foie qu'au moment de la digestion. Mais comment le foie produit-il de l'urée ? Se fait-elle aux
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(.lépens du tissu de cet organe, ou aux dépens des ;^dol)ules rouges détruits ? On ne sait encore.
Nous avons dit plus iiaut que les muscles ne produisent pas d'urée. C'est là un point important à signaler. L'exercice musculaire n'accroît en ellet la proportion d'urée que s'il y a accroissement d'alimentation comme dans le cas du coureur américain étudié par Pavy ; autrement, la proportion d'urée n'est augmentée que dans de très faibles proportions, comme l'ont montré Fick et Wislicenus dans leur ascension du Faiilhorn, à jeun d'aliments azotés depuis dixse[)t heures avant l'ascension et pendant les seize heures durant et après celle-ci. Non seulement il n'y a pas eu augmentation d'urée : il y a eu diminution. Ceci ne peut surprendre, puisque le muscle qui travaille consomme surtout des aliments dits respiratoires (hydrates de carbone ou graisses). Pourtant si l'exercice est excessif, et détermine la fatigue marquée, il y a augmentation de l'urée : dans ce cas, le muscle serait atteint dans son organisation, et subirait une désassimilation plus considérable qu'à l'état normal, et c'est là probablement une des causes du résultat relevé dans le cas de Pavy.
On a beaucoup écrit sur les variations de l'urée sous l'inlluence de différents agents : on a dit que le travail cérébral augmente l'urée et que le sommeil la diminue ; que le chlorure de sodium, la quinine, l'iodure de potassium, l'opium, le tabac, le thé, le café la diminuent; mais le contraire a été affirmé également. Inutile donc de s'arrêter à ces points douteux. Signalons cependant le fait que l'excrétion d'urée est considérablement accrue durant la fièvre et diminuée, ou même presque supprimée dans certaines maladies du foie, et notons que l'ingestion d'eau n'augmente pas la production absolue de l'urée ; par contre, l'eau sucrée, injectée dans le sang détermine un accroissement (C. Richet et Moutard-Martin).
En somme, l'urée se produit par la décomposition des
matières albuminoïdes et des tissus, et c'est l'excrément azoté par excellence. La toxicité de cet excrément n'est toutefois pas aussi considérable qu'on l'a cru : Picard, Gréhant et Quinquaud ont montré qu'il faut des doses fortes d'urée pour amener la mort. 11 semble donc que Turémie et les accidents urémiques ont une cause autre que la rétention de l'urée seule. Du reste, Furémie n'est pas seulement la rétention de l'urée; c'est celle de l'urine tout entière, c'està-dire d'un grand nombre de produits de toute sorte ; et dès lors de quel droit mettre tous les accidents au compte de l'urée ? Au surplus, les oiseaux qui n'ont pas d'urée — celleci est remplacée chez eux par de l'acide urique — peuvent devenir urémiques, et ceci trancherait la question.
V acide urique, nous l'avons vu plus haut, ne forme qu'une petite partie de l'urine (de O^'", 5 à 0°'",8 par vingt-quatre son importance est bien moindre que celle de l'urée, chez l'homme et les carnivores, où il se présente sous forme d'urates surtout. Mais, chez d'autres animaux, il joue un rôle considérable ; il remplace Vurée chez les oiseaux, et en partie chez les reptiles, chez les myriapodes et insectes, et chez certains gastéropodes pulmonés (Marchai).
On le considère généralement comme un produit de desassimilation moins oxydé que lurée. Sa formule est C'H*Az*03 : ajoutez-v H- 0 et 0^ et vous aurez 2 CO' Az- H* (urée) plus 3 CO* (acide carbonique). Découvert par Scheele en 177.5, il abonde dans luiine des oiseaux et reptiles ; chez l'homme il forme les concrétions articulaires et les calculs des goutteux, et dans l'urine normale, il se dépose sous forme d'urate acide de soude rougeàtre presque toujours mélangé d'urate de potasse. A l'état pur, il est inodore, insipide, peu soluble (1 dans 1900 d'eau bouillante et 15000 d'eau froide), sauf dans les alcalis, la lithine surtout — d'où l'emploi des eaux lithinées contre la goutte et la gravelle urique. Il forme des urates avec les bases, généralement insolubles, sauf les urates de potassium, de sodium et de Hthium. L'examen à l'œil nu suffit le plus souvent à reconnaître la présence de l'acide urique : chacun connaît les cristaux jaunâtres ou rouges qu'il forme dans l'urine, et dont la coloration est due à la fixation des matières colorantes de l'urine. Ces cristaux ont la forme de prismes rectangulaires et