DALTONISME
ceiilralc. La cécité pour une seule couleur est au contraire assez fréquente, le mot cécité est même mauvais, carie sujet perçoit l'objet coloré, mais il lui assigne une couleur autre que celle qui lui est attribuée par un œil normal, nous ne (lisons pas que l'oltjet a réellement, car la désignation des couleurs est absolument arbitraire et suggestive. L'achromatopsie partielle la plus fréquente est celle pour le rouge, on la désigne souvent sous le nom de Daltonisme, parce qu'elle a été surtout bien étudiée par le physicien anglais Dalton qui en était atteint lui-même. Les daltoniques voient les objets rouges colorés en vert. Cette affection serait, d'après les travaux récents très fréquente : trois millions de daltoniques (en France seulement), ou plus exactement de dyschromatopsiques, car on rencontre, quoique moins souvent, la cécité pour les autres couleurs (Favre), Holmgren, sur 40.000 examens chromatiques, donne 2 p. 100. On signale le cas d'un peintre. Van Lov, qui dut renoncer à son art; il peignait rouge les feuilles des arbres.
Avec la théorie de.Young, ces phénomènes peuvent s'expliquer facilement. Chez les dyschromatopsiques, une des fibres ne serait plus excitable, et les deux autres seules transmettraient leur excitation aux centres cérébraux.
Mais en suivant toujours l'opinion de Young, on est conduit à admettre que les trois sortes de fibres à énergie spéciale sont inégalement réparties dans les cônes euxmêmes. Landolt a montré, en effet, que les différentes régions de la rétine présentent une excitabilité différente pour chaque couleur.
La couleur blanche n'est pas perçue par toute la surface de la rétine, et on [)eut établir que le champ visuel, dessiné sur une projection du champ de l'œil, présente une surface ellipsoïde dont le grand axe est incliné de 4o** sur le diamètre horizontal, et dont le centre optique constitue le foyer interne. Mais si au lieu de la lumière blanche, on emploie une lumière colorée (dans l'expérience de Landolt, il s'agit
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de papier de différentes couleurs que Ton promène devant l'œil immobile), on constate que pour chaque couleur, l'ellipse se rétrécit. Le bleu présentant le champ le plus étendu, puis le jaune, l'orange, le rouge, le vert.
L'hypothèse de Young permet, on le voit, d'interpréter une série de faits optiques intéressants; malheureusement, elle manque de base anatomique certaine, bien qu'il soit à peu près établi aujourd'hui que les communications entre les cônes et le réseau nerveux soient assurées, non par une libre unique, mais par une série de librilles.
Les mêmes faits peuvent s'expliquer de même avec la théorie de Hering, il suffit d'admettre que les trois substances visuelles sont inégalement réparties dans les éléments rétiniens des diverses régions.
Persistance des impressions lumineuses. — La durée de l'excitation lumineuse sur la rétine peut être très courte, l'étincelle électrique est nettement perçue, mais il y a lieu d'admettre pour la rétine un temps perdu entre le moment où le rayon lumineux frappe la rétine et le moment où la sensation se produit, et cette dernière se produit pendant un certain temps en suivant une période d'excitation décroissante. Plateau a cherché à établir que la durée totale d'une excitation lumineuse de moyenne intensité était de 0,35 de seconde. Cette persistance de l'impression lumineuse varie avec l'intensité, et lorsque les excitations lumineuses se succèdent avec une rapidité suffisante, il se produit dans la rétine une série de sensations contiguës et même confondues que l'on peut comparer au tétanos physiologique du muscle électrisé. C'est ainsi qu'un corps lumineux passant rapidement devant l'œil, donne la sensation d'une traînée lumineuse, qu'une roue évidée tournant rapidement donne la sensation d'une roue pleine. Eu faisant passer rapidement devant l'u'il une série de dessins représentant les différentes phases d'un moteur en mouvement, oiseau volant, cheval au trot, on
IMAGES ACCIDENTELLIiS 819
a la sensation des mouvements exécutés. C'est sur ce principe que repose le phénakisticope. Les photographies instantanées, prises d'un homme sautant, d'un cheval au trot, nous étonnent tout d'abord, car par suite de la persistance des images, nous ne percevons jamais la situation exacte à un moment précis, mais l'ensemble d'une série de mouvements.
Si l'on fait tourner rapidement un disque divisé en secteurs successivement blancs et noirs, on éprouve la sensation de gris: avec un disque constitué par les différentes couleurs du spectre, on obtient la sensation de blanc; enfin, en faisant varier les couleurs et les surfaces proportionnelles qu'elles recouvrent, on peut obtenir toute une série de sen sations coloriées.
Images consécutives ou accidentelles^ positives et négatives. — Si après avoir fixé un objet vivement éclairé, on ferme les yeux ou si l'on fixe un fond noir, on perçoit encore pendant un certain temps Timage de l'objet fixé telle qu'elle était vue précédemment, et la persistance de l'impression rétinienne explique facilement cette image dite positive par apposition à une seconde image qui se produit ensuite quand on ouvre les yeux ou que l'on regarde une surface faiblement éclairée, mais qui est une image négative, en ce sens qu'il y a inversion dans la sensation visuelle, les parties claires de l'image positive paraissent sombres et vice versa.
L'image négative s'explique par la fatigue des éléments rétiniens. Les éléments nerveux qui ont été vivement excités au moment de la fixation de l'objet lumineux, ont perdu leur excitabilité, les autres éléments, au contraire, réagissent à la lumière aussitôt qu'elle vient frapper la rétine et donne lieu à une image négative comparable à celle observée sur le cliché négatif obtenu par la photographie.
On désigne sous le nom de contrastes lumineux, bs modifications de tein tes observées quand on regarde un objet à dessins
blanc el noir ou diversement colorés. Tel un carré blanc sur un fond coloré donnera lieu à la sensation de la couleur complémentaire du fond, il est fort probable qu'il s'agit là d'un phénomène de propagation dans les éléments rétiniens.
Irradiation. — Une surface blanche placée sur un fond noir paraît toujours plus grand que là même surface, mais noire placée sur un fond blanc, et d'autre part, dans le premier cas, si les contours sont rectilignes, on éprouve la sensation de lignes curviliornes à sommet intérieur. Une surface
Fig. 123.
partagée également par une série de barres blanches et noires, parait contenir plus de parties blanches. Ces erreurs de jugement sont dus aux phénomènes d'irradiation qu'IIelmholtz explique ainsi.
L'accommodation n'est jamais parfaite, il se produit toujours autour de l'image des cercles de diffusion formant une sorte de pénombre et on rattache cette pénombre à la surface éclairée.
Une autre théorie explique l'irradiation par l'ébranlement par propagation des éléments rétiniens voisins de ceux directement excités par le rayon lumineux.
Vision binoculaire. — Quand on fixe un objet avec les deux yeux, condition normale de la vision, on a la sensa-
VISION BINOCULAIRE 821
tion d'une image unique" bien qu'en réalité il se forme deux images, et deux images dilTérentes, par suite de l'écartement des deux yeux. Mais cette image n'est simple que parce qu'elle vient se peindre sur des points symétriques des deux rétines, sur la fovea, par le fait même que nous fixons un objet, nous faisons évoluer notre œil de telle façon que son image vienne se former en ce point. Si ces images ne se forment pas sur des points symétriques, on perçoit deux images.
Il suffit par exemple de prendre deux règles, placées à des distances différentes. Si nous fixons l'une d'elle, l'autre sera vue double, si l'on ferme l'œil gauche une de ces images disparaîtra, ce sera l'image de gauche si la règle fixée est plus près que la seconde règle, les images sont alors directes ou homonymes, si au contraire la règle fixée est plus loin, ce sera l'image droite qui sera supprimée, images croisées.
Pour expliquer que la vision est simple quand les images viennent se formersurdes points identiques, on suppose que les éléments rétiniens des deux points identiques sont en connexion avec des fibres nerveuses qui se fusionneront au niveau du chiasma et donneront lieu à une sensation unique. La démonstration anatomique manque à cette hypothèse comme nous le verrons plus loin.
On donne le nom d'horoptre ou d'horoptère à l'ensemble des points du champ visuel qui vont former leur image sur des points correspondants de la rétine, l'horoptère varie suivant la position des yeux.
L'existence d'images doubles doit donc être presque constante dans les champs visuels, toutes les parties qui viennent se peindre en dehors de l'horoptre constitué habituellement par la tache jaune doivent donner lieu à des images doubles.
L'observation courante montre cependant que nous n'avons pas conscience de ces dédoublements, de cette diplopie binoculaire. En réalité, le mouvement continuel des yeux fait que les images viennent se former successivement sur la ma-
Cilla et d'autre part l'habitude nous supprime cette sensation.
Dans certaines conditions les images formées sur des points symétriques peuvent donner lieu à une double sensation, c'est ce que démontre l'expérience de Wheaslone.
Fi--. 1-24.
On regarde dans un stéréoscope les deux systèmes de lignes parallèles AB, A"CB, AB et A"C étant à égale distance l'une de l'autre. Si l'on fixe A et A', ces deux lignes se fusionnent en une seule ligue, de même pour B et B', tandis que C parait isolément. Ainsi B et C sont vues doubles quoique leurs images se fassent sur des points correspondants de la rétine.
Pour expliquer la vision binoculaire donnant une image simple, deux théories sont en présence. Cette question se rattache nécessairement à celle de la notion de l'espace.
La théorie nativistique (Muller, Hering), la théorie empirique (Helmholtz).
Théorie nativistique. — Les éléments correspondants des deux rétines constituent un couple qui possède la propriété innée d'unifier les deux excitations causées par un même point extérieur.