AUDITION COLORÉE
et le timbre. La sensibilité de l'ouïe nous permet de dislinjzuer deux sons l'un de l'autre. Une oreille musicale distingue nettement des différences de 1/500; on arriverait même à 1/iOOO dans quelques cas, mais cette sensibilité n'est pas la même dans la limite des sons perceptibles. Elle diminue aux deux extrémités, sons graves et sons aigus, pour atteindre son maximum vers la région du fa ^ au si -, c'està-dire pour un nombre de vibrations oscillant entre 2,800 et 3,800. Ce maximum est peut-être dû à ce que le son propre du conduit auditif externe correspond à cette hauteur de 3,800 vibrations. Plus encore que pour l'acuité, on constate pour la sensibilité des différences individuelles considérables. Certaines personnes « n'ont pas d'oreille » , c'est-à-dire qu'elles ne peuvent distinguer des sons différents entre eux d'un nombre considérable de variations.
Certains sujets ne perçoivent pas des sons d'une hauteur déterminée, ce sont des daltoniens auditifs. Il y a tout lieu de penser que chez ces individus il existe une altération de la région de l'organe de Corti accommodée pour ces hauteurs.
Sensations subjectives de l'ou'ie. — Comme pour l'œil, il existe pi>ur l'oreille des sensations subjectives. C'est ainsi qu'un bi-uit longtemps prolonge laisse souvent après lui une sensation auditive durable.
Les bourdonnements d'oreilles peuvent être attribues à plusieurs causes. Souvent il s'agit d'une variation de pression dans la caisse tympanique, tantôt d'une irritation directe des terminaisons nerveuses du nerf auditif, d'autres fois encore ces Ijourdonnements peuvent avoir pour origine des troubles des centres nerveux; la quinine, le salicylate de soude, déterminent souvent des bourdonnements, ainsi qu'un affaiblissement de l'acuité auditive. L"atropine à dose extrêmement faible, insuffisante pour amener la dilatation de l'ii-is, exagérait l'acuité auditive, il en serait de même de la strychnijie.
La fatif/ue de l'oreille. — A la suite d'une audition prolongée, la sensibilité auditive s'affaiblit, mais cet aff'aiblissement porte sur le -on ou la série des sons qui, par leur répétition, ont déterminé la fatigue des cellules accordées pour ce ou ces sons, il y a là encore une analogie remarquable avec la vision.
Les hallucinations de Touïe sont fréquentes, très varices, mais elles sont presque toujours d'origine centrale.
Audilion colorée. — Chez quelques individus, la sensation d'un son est accompagnée d'une sensation lumineuse, une couleur particulière est associée à un son articulé, à une voyelle par exemple La voyeUe A pour certains sujets s'accompagne d'une sensation de c<:iuleur rouge, la voyelle E d'une sensation colorée verte, etc. (Dalton). Il faut ajouter que la couleur associée à une voyelle varie avec chaque auditif coloriste, c'est ainsi que le poète A. Rimbaud écrit :
A noir. E blanc. I rouge. L' vert. 0 bleu, voyelles.
Je dirai quelques jours, vos naissances latentes.
Ces phénomènes d'audition colorée, encore mal connus, ne paraissent guère pouvoir s'expliquer que par des connexions exceptionnelles entre les centres cérébraux, expériences qui pré.<ident aux sensations auditives et visuelles; la théorie italienne de l'engrenage des centres psycho-sensoriel peut être ici invoquée.