NERFS DU GOUT
Extrémités nerveuses. — La dissolution sapide qui imbiho de temps à autre les papilles du goût est l'excitant ordinaire normal des sensations gustatives , mais celles-ci peuvent aussi être mises en action par des courants électriques, très faibles qui peuvent nous donner la sensation d'une saveur sucrée en avant, amère en général à la base de la langue , c'est-àdire en arrière. C'est que pas plus que l'odorat, la vision, l'auditioUj la saveur n'a un caractère, une existence vraiment objectifs, il ne s'agit en définitive que d'un phénomène subjectif dû à la structure spéciale et à la nature des éléments qui constituent le cerveau.
Les papilles gustatives (corolliformës et surtout caliciformes) renferment les extrémités nerveuses dont l'excitation produit chez nous la sensation de saveur. Les bourgeons gustatifs situés dans la couche épithéliale de la langue ressemblent à des bouteilles au ventre renflé, dont le ccl débouché a la surface libre de la muqueuse par un orifice nommé pore gustatif. Par le pore, s'échappe un bouquet de cils, les cils gustatifs. Les bourgeons sont constitués par des cellules gustatives et des cellules de soutien. Les cellules gustatives ou sensorielles ressemblent beaucoup à celles de l'odorat et aux cônes et bâtonnets de la rétine, ou même aux extrémités nerveuses qui se rencontrent dans le vestibule de l'oreille, c'est toujours une cellule épithéliale nerveuse plus ou moins allongée et fusiforme d'où part à son extrémité externe le cil gustatif et où se termine, au niveau du noyau, un petit filet nerveux qu'on peut mettre en relief avec le chlorure d'or (Ranvier). La C3llule gustative est protégée par des cellules épithéliales aplaties (cellules de soutien), qui lui forment une sorte de carapace. Autour des papilles existent de nombreuses glandes muqueuses, qui sécrètent un liquide séreux destiné à faciliter les sensations Lnislaîives, soit en favorisant la dissolution des substances sapidcs, soit en lavant le champ gustatif après chaque sensation (Ebner).
86i ORGANES DES SENS
Les nerfs guslatifs. — Plusieurs nerfs entrent en jeu pour assurer la i^ustation. Mais il y a lieu de distinguer les nerfs accessoires et les nerfs essentiels du goût : les premiers, liypoglosse, facial, pneumogastrique, n'exercent qu'une action indirecte, soit comme les deux premiers qui sont essentiellement moteurs, en assurant par les mouvements des muscles qu'ils innervent un contact plus parfait et plus intime avec les cellules gustatives, soit comme le dernier en étant le conducteur ceutrifugc par le laryngé supérieur de l'acte réflexe qni détermine le mouvement de la déglutition.
Les nerfs essentiels sont le glosso-pharyngien, le lingual et la corde du tympan ; chacun de ces nerfs est indispensable au bon fonctionnement du goût, il paraît donc à première vue que, à l'opposé des autres sens spéciaux, le goût n'est pas un nerf spécifique unique.
Dès 1834, Panizza, après avoir constaté la disparition du goût après la section du glosso-pharyngien, concluait que ce nerf était le nerf spécifique du goût. Cette opinion à laquelle nous nous rattacherons fut vivement attaquée. Muller, puis Longet montrèrent en effet que la section des glosso-pharyn- .giens n'entrainent que l'insensibilité de la base de la langue. Les phénomènes de dégénérescence des papilles calciformes, après la section de ce nerf, en sont une preuve éloquente.
Magendie en 1839, refusant le rôle de nerf gustatif au glossopharyngien, l'accordait au lingual, brauche du maxillaire inférieur. Après la section intra-cranienne du trijumeau, la sensibilité guslative est abolie sauf à la base de la langue. Pour expliquer ce dernier point, Magendie admettait l'existence d'anastomoses de la V^ paire par le ganglion sphénopalatia.
Prévost, sectionnant les deux glosso-pharyngiens et les cordes du tympan, voit la sensibilité persister et cette dernière ne disparait qu'après la section des linguaux. Dans une expérience analogue, François- Franck sectionne les glossopharyngiens et les linguaux, la langue ne reçoit plus que des