MILLIMÈTRE DES HÉMATIES DE QUELQUES VERTÉBRÉS
Globules elliptiques (petit et grand diamètre.
Grenouille. 170 255
Crapaud. . 135 240
Pigeon . . 65 147
Lama ... 40 80
plus encore, allant de 0™™.0041 chez la chèvre (gl. circulaires), à 0°^"',0i3o X 0,0240 chez le crapaud (gl. elliptiques) et chez la grenouille. Il semble que les animaux lents aient les hématies plus volumineuses que les espèces agiles. Entre ces deux valeurs extrêmes on trouve tous les intermédiaires, et il est utile de coniiaitre les dimensions des globules rouges des principales espèces animales quand il s'agit, en médecine légale, de déterminer la nature réelle de taches de sang, à condition qu'elles soient récentes, toutefois, car si elles sont anciennes, on ne peut guère avoir la prétention de reconnaître les globules qui se déforment et se détruisent bien vite. Le nombre des hématies varie également : chez riiomme. il s'en trouve en moyenne quatre millions et demi ou cinq millions par millimètre cube de sang, et s'il y a 4.0 litres de sang, celui-ci en renferme 2o0 000 milliards, et la superficie totale de ces globules équivaudrait à 2,816 mètres carrés, d'après Welcker. Le volume d'une hématieserait de 7 dix-millionièmes de millimètre cube ; son poids
CARACTÈRES, NOMBRE DES lllÎMATIES 179
de huit cent-millièmes de milligramme. Ces chiffres sont des moyennes, et selon l'âge, le sexe, etc., le nombre des gloi)ules rouges peut être sensiblement inférieur ou supérieur. Le sang du fœtus en renferme moins que celui du nouvcau-né avant respiré, et moins aussi que celui de la mère. D'une façon générale, les hématies sont plus abondantes <:hez les individus vigoureux, chez les habitants de la campagne, après les repas (de 15 à 18 p. 100), chez les carnivores, chez les vertébrés supérieurs; chez le même individu, le sang des muscles, des glandes, de la rate en renferme plus que le sang des autres parties du corps, et dans certains états pathologiques, comme l'anémie, la leucémie, la chlorose, les hématies diminuent beaucoup (de moitié). Pourtant elles ne sauraient diminuer au-dessous du chiffre de 500 000 par millimètre cube, sans issue fatale (Sorensen).
La numération des hématies se fait de différentes façons. Vierordt mélange une quantité connue de sang avec une quantité connue d"eau sucrée, et prélève une petite i)ai*tie de ce mélange qu'il étale sur une plaque de verre avec un peu de gomme en solution : il laisse séclier et compte ensuite: un calcul facile domie le chiÛre cherche. Malassez fait un mélange de proportions connues de sang et dune solution de sulfate de soude à 5 ou 6 p. 100, au moyen d'une pipette spéciale (mélangeur Potain), et introduit ce mélange dans un tube fin en verre, de calibre connu (capillaire artificiel); on conqjte sur un micromètre quadrillé. En somme, les méthodes les jtlus récentes ne possèdent point sur celle de Vierordt de supériorité bien marquée, et ceux mêmes qui se sont le plus occupés de 3a question déclarent qu'on se trompe très facilement d'un demiluillion de globules par millimètre cube^ Dans ces conditions, ou • 'vitera de comparer entre eux les cliifl'res fournis — fût-ce par la même méthode — par des observateurs ditférents, et on n'accordera quelque confiance qu'aux valeurs données par le même observateur employant toujours le même procédé, l'erreur ayant plus de chances d'être constante et de même sens.
La densité des globules rouges est de 1,105 ; ils sont 2T10US et remarquablement élastiques ; ils changent de forme ''juand le calibre des capillaires l'exige, et s'étirent pour
reprendre ensuite leur forme quand les dimensions de ceuxci le permettent. Ils semblent contractiles. La contractilité existe assurément chez les jeunes globules, mais moins prononcée chez les hématies adultes : pourtant, dans certaines maladies, elle serait tout à fait comparable à ce qu'elle est chez les hématies de formation récente.
Quiconque a examiné au microscope du sang tiré des vaisseaux a remarqué la façon singulière dont les globules rouges s'agglomèrent en rouleaux ou en piles, en se superposant les uns aux autres en grand nombre, comme une pile d'assiettes ou un rouleau de pièces de monnaie. Cette particularité ne s'observe jamais sur le sang in situ. et les causes en sont mal connues. Il y a une attraction évidente d'hématie à hématie, et sur ce point Norris a fait des expériences ingénieuses montrant que des disques en liège suffisamment alourdis par de petits clous pour flotter entre deux eaux restent indépendants et isolés comme les hématies in silit, au lieu que les mêmes disques, allégés de façon à émerger partiellement de l'eau, s'attirent et se disposent en rouleaux grâce à la capillarité. La capillarité serait donc la cause de la formation des rouleaux, et ceci expliquerait pourquoi les rouleaux ne se forment que dans des préparations en surface. D'autres explications ont été proposées; on a parlé d'une altération de l'enveloppe des hématies, d'une exsudation librineuse ou visqueuse déterminant une adhérence réciproque ; mais il ne semble pas que l'hypothèse de l'attraction soit exclue : il faut toujours une raison pour le rapprochement des hématies qui sont évidemment altérées. Les altérations sont considérables dans un autre cas dont il nous faut dire un mot. dans le cas où le sans extrait des vaisseaux est abandonné à lui-même. On voit alors les hématies prendre un aspect ridé ou crénelé : elles se rident et se déforment de telle sorte que chacune d'elles rappelle plus ou moins une petite mûre. Cette crénation est probablement due à des changements de compo-
MODIFICATIONS DES HEMATIES 181
-itioii provenant de courants osmotiques. Klebs l'attribue à une contraction active des hématies. En présence d'un certain nombre d'agents, les hématies se modifient beaucoup. La chaleur (vers 50*^ ou 52*^ C.) détermine des changements de forme ; les hématies s'étranglent, se fragmentent en parcelles qui restent souvent unies en forme de chapelet, et meurent bientôt. Par contre, le froid conserve les hématies intactes et vivantes : des hématies placées dans un vase entouré d'eau glacée restent vivantes quatre ou cinq jours ; mais passé cette limite, elles meurent : introduites dans le sang, elles se fragmentent. L'électricité statique produit la crénation, et parfois l'hématie revêt l'aspect d'une boule couverte de piquants. Si l'électrisation continue, les altérations sont plus profondes encore : les hématies prennent une forme sphérique par disparition des saillies pointues ou arrondies, et se fondent les unes avec les autres comme des gouttes d'huile; en même temps elles se décolorent, leur hémoglobine passant dans le sérum et abandonnant les globules. Les courants induits agissant à peu près de même ; et le courant constant détermine l'électrolyse : Tarchanofï a vu se produire sous son influence un curieux mouvement des granulations vitellincs d'un pôle à l'autre sur les hématies des têtards. L'eau rend les globules plus sphériques, mais à trente pour un, elle les décolore en dissolvant l'hémoglobine; cette décoloration est du reste opérée par un grand nombre d'autres agents. Les alcalis et les acides déterminent des changements de forme des hématies, puis leur décoloration, puis leur dissolution. L'agitation avec le mercure détermine la destruction complète des hématies, à moins que l'on ait ajouté un peu d'acide pyrogallique (20 p. 100), ou de nitrate d'argent (3 p. 100). Si l'on traite les hématies par un peu de mercure pour défibriner du sang de grenouille mélangé d'un peu de solution de sel commun et si l'on examine ensuite le sang, on voit souvent s'échapper des hématies une masse protoplasmique que Gaule a appelée
l'HVSIOI.OGIE 11
« irih'mchen » ou petit ver, et qui se dissout bientôt. C'est probablement un cytozoaire, un parasite, le Drepatiidium ranarum de Ray Lankester. La bile et les sels biliaires détruisent et dissolvent rapidement les hématies. L'urée fait de même, du moins chez les ovipares : encore cela n'est-il pas bien certain. L'acide urique semble inactif, mais la créaline et le carbonate d'ammonium seraient des dissolvants. Enfin le sérum détruit les globules du moment où ceux-ci viennent du sang d'une espèce animale différente ; ils s'y décolorent, puis se fondent sans laisser d'autres traces que des filaments inutiles, comme on peut le voir en injectant à un animal quelconque le sang d'un animal d espèce différente. Ceci indique suffisamment que la transfusion du sang entre espèces différentes ne peut avoir d'utilité.
On rapprocliei'a de cette action f/fobu/icide du scruin étranger, l'action bactéricide de ce même sérum pour certains rnicro-organismes,
ïanchs que certaines espèces sont particulièrement, et même à l'état de nature, exclusivement sujettes à certaines maladies infectieuses, d'autres présentent à l'égard de ces mêmes maladies une immunité tout à fait caractéristif[ue ; c'est ainsi que le chien et la chèvre sont peu aptes à prendre la tuberculose, et beaucoup d'exemples analogues pourraient être cités. Il se pourrait iort bien que cette immunité lut due, en partie, à une action bacléricide du sérum des espèces réfractaires (d'où l'idée de traiter certaines maladies infectieuses par injection de sang d'une espèce réfractaire, Rondeau. Richet, Héricourt, Bertin, Picq, etc.) et si l'on connaissait mieux les diti'érences de conq^isition chimique C[ui existent certainement entre le sérum d'espèces différentes, on comju'endrait cette action. Jusqu'ici ou a caractérisé les espèces animales ou végétales en termes morphologifjues, au moyen de caractères extérieurs ; mais il ne faut pas oublier que derrière ces dilférences extérieures, il y a des diÛcrences plus intimes, moins apjtarentes, exigeant pour se révéler des méthodes délicates, des ditiérences d'ordre chimique sur lesquelles on n'a point assez fait porter les investigations, et qui ont probablement, au point de vue de la biologie, une bien autre importance que les différences morphologiques ; des différences qui expliqueront maint fait pathologique et iihysiologiqiie dont la cause nous échappe