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SPECTROSCOPIE DU SANG

bande d'absorption, dite bande de Stokes, entre D et E, surtout prononctie entre les limites des bandes constatées dans le cas précédent. Cette bande est caractéristique de l'hémoglobine, c'est-à-dire l'oxyhémoglobine réduite, privée d'oxyjzène. Et maintenant si nous faisons passer dans notre solution d'oxvhémouflobine ou d'hémoulobine. un courant d'oxvde de carbone, nous obtenons de la carboxyhémoglobine dont nous pouvons examiner aussi le spectre, et nous voyons qu'il est presque identique à celui de l'oxyhémoglobine, bien que les deux bandes soient un peu plus rapprochées l'une de l'autre. Alors comment distinguer — en médecine légale — le sang normal du sang empoisonné par l'oxyde de carbone. A ceci : les corps réducteurs ne font point disparaître les bandes fournies par le sang oxycarboné : ils ne font point apparaître la bande de Stokes caractéristique de l'hémoglobine désoxygénée ; le sang oxycarboné conserve son oxyde de carbone pour lequel riiémoglobine, nous l'avons vu, a une affinité elle qu'il faut le vide pour les disjoindre.

On peut pratiquer rexamen spectroscopique du sang chez l'homme, sans saignée, en faisant tomber sur le prisme un rayon ayant passe entre deux doigts très rapprochés Tun de l'autre ; on obtient de la sorte les raies de roxyhémoglobine, et si Ton arrête la circulation au moyen d'un lien à la base des doigts, la bande de Stokes fait son apparition (Yierordt).

On voit, par ce qui précède, que l'hémoglobine diiTère considérablement des autres albuminoïdes. Elle cristallise, elle est particulièrement riche en fer : elle condense l'oxygène d'une façon absolument remarquable.

Nous n'insisterons pas plus longuement sur ses caractères chimiques, dont le plus important assurément est sa grande affinité pour Toxygène ; mais il convient de dire quelques mots de composés qui s'y rapportent. L'un d'eux est la méthémorjlohine qui se forme parfois spontanément — on la trouve dans les urines en certains cas — et qu'on peut produire en soumettant l'hémoglobine à l'action des oxvdants. C'est de l'hémoprlobine oxyprénée, mais con-

tenant moins d'oxygône que riix v]i('ni<>gL>bine ; par contre, elle n<l'abandonne point dans le vide, bien que les réducteurs la transforment en hémoglobine ; peut-être faut-il la considérer comme un bioxyde d'hémoglobine ; mais, en ce cas, elle serait non pas moins, mais plus oxygénée que Toxyliémoglobine.

Sur son rôle et son mode de formation, nous ne savons pas grand'chose : on a constaté seulement qu'un certain nombre de médicaments en détermine Tapparition dans le sang, qu'elle est amorphe, très soluble, très stable, absolument impropre à la respiration puisqu'elle garde pour elle son oxygène ; qu'elle se rencontre dans les globules rouges et aussi dans le plasma ; les acides et alcalis la dédoublent en hématine et une matière albuminoide ; le sang qui la renferme présente un spectre spécial à bande d'absorption dans le rouge. De la carboxyhémoqloh'ine il ne reste plus rien à dire. Le sang qui contient ce corps est d'un rouge superbe : il semble admirablement propre à la respiration ; mais ce n'est qu'un sang inerte, inutile. La combinaison de l'oxyde de carbone avec l'hémoglobine est très stable ; elle résiste à la putréfaction aussi bien qu'aux agents réducteurs ; aussi l'intoxication complète est-elle mortelle, et se révèle-t-elle au spectro'^cope même plusieurs jours après la mort.

De la physiologie de riiémoglobine, ou de roxyhémoglobine, nous savons ceci : c'est qu'elle se trouve dans les hématies de tous les animaux supérieurs, et qu'on la trouve aussi en solution dans le sang de beaucoup d'animaux dépourvus de globules. C'est encore que roxyhémoglobine est plus abondante dans le sang artériel que dans le sang veineux où elle est en partie réduite à l'état d'hémoglobine, et ceci nous indique qu'elle doit jouer un rôle important dans la respiration. C'est enfm qu'elle est unie aux hématies par des liens que nous ne connaissons point encore de façon très précise, probablement combinée, sans quoi elle serait dissoute par le sérum. Son mode de formation nous est inconnu, bien que nous puissions, après l'avoir décomposée en albumine et hématine, la reconstituer en hémoglobine en agitant celles-ci avec de l'oxygène ; mais, par contre, cette reconstitution ne peut s'obtenir avec de l'albumine et de l'hématine pure ; il en faut conclure qu'il y a quelque chose en

ROLE DE L UEMOGLOBINE lO.j

plus dans l'hémoglobine qui nous échappe. Où et comnieiil les globules embryonnaires prennent-ils leur hémoglobine ? Nous n'en savons rien. Elle existe dans le sang, avons-nous dit, et exclusivement dans les hématies chez les animaux pourvus de celles-ci. La quantité en varie entre 8 et 13 p. 100 •lie sang ; le chien et le porc en ont plus que l'homme : 1<' -coq et le canard en ont moins : l'homme en a 12 p. 100 environ. Peut-être en existe- t-il un peu dans les muscles. Mais, à vrai dire, cela n'est nullement démontré. Il s'en rencontre parfois dans le sang (hémoglobinurie), à la suite de la destruction de globules rouges dans l'organisme. Normalement les éléments de ceux-ci sont excrétés par la bile, sous forme de bilirubine, mais si la destruction est abondante, comme dans le cas de transfusion du sang d'un animal d'espèce différente, le sérum est globulicide pour les globules d'autre espèce. L'hémoglobine passe en partie par les urines. A l'état normal, l'hémoglobine achève son existence et sa carrière dans le foie où elle est détruite et éliminée par les pigments biliaires.

Son rôle physiologique essentiel est de fixer l'oxygène dans les poumons, et de le porter aux tissus à qui elle l'abandonne en se réduisant, passant son temps à s'oxygéner et à se réduire tour à tour. Nous aurons à revenir sur les conditions dans lesquelles s'effectue cette importante fonction. Il nous reste seulement à indiquer le fait que, traitée par la chaleur, ou les acides ou alcalis, l'hémoglobine se transforme, à l'abri de l'air, en une substance albuminoïde et en hématine, laquelle hématine, en se combinant avec de l'acide chlorhydrique, donne de l'hémine. L'hématine renferme les mêmes éléments que l'hémoglobine, moins le soufre^ et on •en distingue deux sortes : hématine réduite ou hémochromogène, et non réduite ou oxyhématine. L'hématine est particulièrement riche en fer, et très pigmentée. C'est elle qui donne à Thémoglobine sa coloration, et c'est d'elle que dérivent les pigments biliaires (bilirubine et urobiline). A Fétat

<ec. c'est une poudre bleu noir, à reflets métalliques. Les réducteurs la transforment en hémocliromogène. et Tacide chlorhydrique en fait de Thémine. qui est fort importante en médecine légale : une tache de sang, même ancienne, lavée avec de Facide acétique glacial et additionnée d'un peu de sel commun, fournit bien vite de petits cristaux d'hémine. Cette réaction est caractéristique du sang, même s'il est ancien et en très petite quantité, et permet daifirmer avec certitude la présence de sang.

L'oxyhématine se rencontre dans les foyers hémorragiques anciens et dans le sang qui a subi Tac lion du suc gastrique, et encore dans le sang extravasé des ecchymoses, à qui elle donne, en partie, leur teinte spéciale.

On y trouve aussi un autre corps voisin de riiémoglobine, lltémaloidine, substance azotée, mais privée de fer et qui cristalUse en prismes orangés ; et se rapproche des pigments biUaires. h'hémaloporphyi ine est également privée de fer ; on la prépare en faisant agh' Tacide sulfurique sur riiémaline, et elle a beaucoup d'affinités avec la bihrubine.

L'hématine présente un spectre d'absorption spécial qui varie selon qu'elle est réduite ou bien en solution alcaline ou acide.

En somme, l'hémoglobine, alternativement oxygénée et désoxygénée, est la matière colorante des hématies, et sa destruction qui s'opère principalement dans le foie, donne naissance aux pigments biliaires, à la bilirubine en particulier (urobiline de l'urine], probablement d'une façon indirecte, c'est-à-dire par formation de produits, comme riiémaline, qui subissent ultérieurement la transformation en bilirubine, en perdant du fer et en gagnant de l'eau.

L'hémoglobine se rencontre chez certains invertébrés aussi, mais chez les crustacés et mollusques Frédéricq a décrit une substance qui la remplacerait et en remplirait les fonctions : Vhémocyanine (et oxyhémocyanine) où le fer de l'hémoglo-

DOSAGE DE L HEMOGLOBINE 107

bine serait remplacé par du cuivre. M. Ileim a récemmeul contesté ce point ; pour lui, riiéuiocyaninc n'est probablement qu'un pigment qui ne renfermerait pas de cuivre, et cette substance ne posséderait nullement une aptitude spéciale pour la fixation de roxygène : on pourrait la supprimer sans altérer la capacité respiratoire du sang.

L'importance pliysiologique considéraljle de riicmoglobine l'ail qu'il est nécessaire d'en obtenir facilement des dosages précis ; ils permettent en quelque sorte de mesurer la vitalité du sang et de lorganisme. Plusieurs méthodes sont possibles. On peut comparer la capacité respiratoire du sang avec une solution d'hémoglobine titrée. On sait qu'un gramme d'hémoglobine absorbe 1,68 centimètre cube d'oxygène : donc autant de fois luie quantité donnée de sang absorbera 1,68 centimètre cube d'oxygène, autant elle contiendra de grammes d'hémoglobine. Pour savoir combien le sang contient d'oxygène, on peut, comme Cl. Bernard, extraire ce sang à l'abri de l'air et le mettre en contact avec l'oxyde de carbone qui déplace l'oxygène et en prend la place ; on dose les gaz obtenus (oxygène, acide carbonique, oxyde de carbone en excès) et on obtient la quantité d'oxygène contenue dans la quantité connue de sang, d'où l'on déduit la quantité d'hémoglobine. Ou encore, on peut soumettre le sang à l'action du vide (pompe à mercure : modèle de Gréhant et modèle i^erfectionné de Chauveau) et on analyse les gaz à l'eudiomètre.

Une autre méthode consiste à doser l'hémoglobine par l'hématine. On sait que un gramme d'hématine correspond à 21 gr. 31 d'hémoglobine ; on transforme donc l'hémoglobine en hématine et on pèse. Le dosage peut se faire encore par le fer. L'hémoglobine renferme 0,42 p. 100 de fer : on dose donc le fer des cendres du sang.

Les méthodes colorimétriques reposent sur le principe que deux solutions présentant, dans les mêmes conditions d'examen, la même teinte, due au même corps, sont également riches en matière colorante. Il faut donc un étalon, une solution titrée d'hémoglobine, et on recherche quelle est la quantité de sang qu'il faut ajouter à une quantité connue d'eau pour obtenir la même intensité de coloration : un calcul simple donne la valeur cherchée. Il y a plusieurs méthodes fondées sur ce principe : le colorimetre de Duboscq employé par Jolyet et Laiïont est fort apprécié ; et Vhémochvonomètre de Malassez est aussi très bon : l'étalon consiste en une solution d'hémoglobine ou de picrocarminate d'ammo-

niaque, et l'appareil permet la lecture directe, sans calculs. — Enfin, Yierordt a ajjpliqué l'analyse spectroscopique au dosage de riiémoglobine. Ces ditierents procédés montrent que la proportion d'hémoglobine Tarie selon les espèces (de 8 à 13 p. 100 chez les oiseaux et mammifères étudiés) et chaque procédé ayant ses petites causes d'erreur spéciales, il est bon de ne comparer entre eux que les résultats obtenus par un même expérimentateur avec le même procédé.

Plasma sanguin. — Le plasma forme la majeure partie du liquide sanguin : 650 parties pour 1000 de ce dernier, les globules formant 350 parties. Ce plasma est un liquide un peu visqueux, de couleur jaune verdàtre faible, ou ambrée, selon les espèces, alcalin, salé, d'odeur fade, rappelant celle de l'animal qui l'a fourni, et dont la densité est de l,o27 ou 1,028. Il est difficile à préparer, et cela tient à la rapidité avec laquelle, abandonné à lui-même hors des vaisseaux, il se coagule, et se divise en une partie gélatineuse opaque qui est de la fibrine, et l'autre liquide qui est le sérum, Nous allons parler plus loin de ce phénomène curieux de la coagulation avec les détails nécessaires, d'ailleurs. Pour préparer le plasma, il faut opérer avec du sang à coagulation lente, comme celui du cheval, qu'on reçoit dans un vase entouré de glace, le froid ralentissant la coagulation, et de la sorte on obtient la séparation du sang en deux parties ; au fond, les globules se déposent lentement ; au-dessus surnage le plasma. On pourrait encore isoler le plasma en mèlaiit au sang certains sels comme le sulfate de magnésie ou du sulfate de potassium qui empêchent la coagulation. Mais alors il faut débarrasser le plasma des matières ainsi ajoutées. Ce plasma ne se coagule point tant qu'il reste refroidi, ou s'il a été additionné de sel ; sinon vers 12" G. il commence à se prendre en gelée, et le coagulum se forme. Au point de vue chimique, il se compose de substances nombreuses, et parmi celles-ci les albuminoïdes sont importants. Ce sont le fibrinogène, la sérum globulinc

PLASMA SANGUIN l'.»ll

OU libriiioplaslique, et la sérum-albumine ou serine. Le mélange lie llbrinogène et le sérum-globuline est ce que Denis, de Commercy, a en 18u9 appelé de la plasmine, et c'est Schmidt qui les a distinguées l'une de l'autre sous les noms • ju'elles portent actuellement.

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