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POISONS CARDIAQUES

Musculaire et riche en nerfs, le cœur est doublement exposé à l'influence des poisons : il y est doublement sensible. Les anesthésiques toutefois ne le touchent que tardivement, et dans l'immense majorité des cas, l'administration du chloroforme, — l'anesthésique le plus volontiers employé en France — n'est suivi d'aucun accident du moment où le cœur est sain. Mais il est essentiel de s'assurer toi/jours de l'état du cœur. Il est non moins essentiel de surveiller les doses, naturellement; car si, à dose faible, les anesthésiques abolissent les réflexes cardiaques et empêchent les excitations de retentir sur le rythme et les mouvements du cœur, ce qui est bien aussi important que de supprimer la douleur, à dose forte ils paralysent les ganglions du cœur, et cette paralysie se manifeste par une syncope, un arrêt des battements. De là la nécessité de surveiller le pouls tout le temps que dure l'anesthésie, car cette syncope est souvent mortelle. Les anesthésiques agissent comme le curare, l'atropine, la nicotine, en diminuant et même supprimant l'action d'arrêt du pneumogastrique ; dès lors, on peut irriter même vivement les nerfs sensi tifs sans que ces excitations retentissent sur le cceur. ce qui a toujours lieu quand il n'y a pas anesthésie. La muscai'ine, nous l'avons dit. arrête le cœur en diastole et abaisse la pression. Cet arrêt est dû à une excitation des centres d'arrêt intra-cardiaques; il se produit aussi bien par application locale du poison sur le cœur que par injection de celui-ci dans la circulation ; peut-être y a-t-il aussi une action directe sur les fibres musculaires du cœur, outre l'action sur les ganglions ; pourtant celles-ci répondent aux excitations directes. La physostigmine et la pilocarpine agissent en partie comme la muscarine. L'atropine, par contre, agit de façon opposée ; elle accélère fortement les pulsations (l'action est médiocre chez le lapin) et le cœur bat comme si les vagues avaient été coupés ; la pression s'élève. L'excitation des vagues est alors sans effet, et on en conclut que l'atropine paralyse les centres d'arrêt intra-cardiaques. Il y a donc anta-

gonismc entre l'atropine et la muscarine, et si sur un cœur arrêté par la dernière, on met un peu de la première, les battements reprennent. La nicotine apit en partie comme l'atropine. Les sels de potasse qui, à faible dose, sont des stimulants du cœur, deviennent à dose plus élevée de véritables poisons, comme l'ont montré Grandeau et Cl. Bernard, et de là vient Tinconvénient des médicaments contenant de la potasse (iodure de potassium), que l'on remplace le plus souvent par de la soude, si la chose est possible.

Circulation artérielle. — A chaque systole ventriculaire il passe 180 grammes environ de sang dans les artères aorte et pulmonaire, dans la grande et la petite circulation, et ces artères conduisent le sang à sa destination : veineux, l'une le conduit au poumon; artériel, l'autre le conduit dans les tissus, Taorte se divisant en branches diverses qui se subdivisent à leur tour de façon que toutes les parties du corps sont arrosées. Les artères sont des conduits musculo-élastiques où les éléments principaux, — tissu élastique et muscle lisse, — sont différemment répartis, selon les régions. A l'origine du système artériel, dans l'aorte et les gros vaisseaux qui lui font suite, le tissu élastique est plus abondant ; dans les petites artères au contraire, le tissu musculaire prédomine, et dans les artères intermédiaires les deux éléments sont à peu près également représentés. Il en résulte que les artères sont d'autant plus élastiques qu'elles sont plus volumineuses et plus voisines du cœur, ou, pour parler plus exactement, de l'aorte et des gros vaisseaux, etc.

Tout le sang qui va nourrir le corps passe par l'aorte, et de là s'engage dans un nombre considérable de vaisseaux ramifiés. Si nous comparons l'aire d'une artère quelconque avec la somme des aires des deux vaisseaux (par exemple) en lesquels elle se divise, nous voyons que cette dernière l'emporte sur la première, et si nous comparons alors Faire de l'aorte avec la somme des aires de toutes les petites

CIRCULATION ARTERIELLE

artères nées directement et indirectement des vaisseaux intermédiaires, il devient évident que le sang coule dans un système à capacité qui va croissant de l'aorte aux capillaires. Ce système a reçu le nom de cône artériel : on comprendra la justesse de l'expression en figurant ^

une artère qui se divise en deux artères dont les parois internes sont au contact, et en subdivisant encore celles-ci, et ainsi de suite ; puis on supprime les parois internes en contact pour ne laisser subsister que les parois extérieures de la figure ; c'est un cône plus ou moins régulier que Ton obtient. Cette figure du système artériel a de Fimportance ; nous y reviendrons, car elle nous expliquera différents phénomènes.

Ce cône artériel de la circulation générale a son pendant dans la circulation pulmonaire artérielle, et à ces deux cônes artériels correspondent deux cônes veineux, puisque les veines sont elles aussi subdivisées et ramifiées.

Chaque cône veineux est séparé du cône artériel correspondant par une base commune qui est le système capillaire, et les deux cônes correspondants s'accolent par leur base, ayant chacun leur sommet dans Fune des deux moitiés du cœur, comme le montre la figure 26.

Considérons d'abord le cône artériel. Il est, avons-nous dit, essentiellement élastique à son sommet, essentiellement musculaire à sa base. Cette disposition est importante. Voici un vase plein d'eau muni à sa partie inférieure d'un orifice et d'un tube d'écoulement sur lequel un tube bifurqué permet d'adapter un tube de verre et un tube de caoutchouc

Fig. 26. — Schéma des cônes artériels et veineux de la grande et de la petite circulation.

terminés tous Jeux par un ajutage étroit. Le tube bifurqué

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