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POULS ARTÉRIEL

bifurcation. Si l'on abaisse et élève ce compresseur de façon à interrompre momentanément, à courts intervalles réguliers, l'écoulement de l'eau, on constate que l'écoulement est intermittent dans le tube rigide, continu et régulier dans le tube élastique, qui a transformé le mouvement intermittent grâce à Vèlasticilé de ses parois (Marey).

L'élasticité des grosses artères opère exactement la même transformation. Le ventricule, en chassant le sang dans l'aorte par exemple, les distend, mais, grâce au retour de ce vaisseau à son calibre, en raison de son élasticité, le sang est chassé peu à peu vers les petites artères ; l'aorte emmagasine les impulsions intermittentes du ventricule et les transforme en impulsion continue ; le débit est régularisé. Et ce qui le prouve, c'est qu'à mesure qu'on s'éloigne du cœur, c'est-à-dire de l'impulsion intermittente, le choc de celle-ci se perçoit moins, et l'écoulement du sang est moins saccadé pour devenir enfm parfaitement uniforme. Cette élasticité est d'ailleurs précieuse à d'autres points de vue : c'est à elle que les artères doivent leur résistance — on le voit assez quand la tunique élastique vient à céder, dans les dilatations anévrismales ; — c'est à elle encore qu'est due la rétraction des artères blessées, et cette rétraction contribue à arrêter l'hémorragie.

Chaque ondée de sang projetée dans le système artériel détermine dans celui-ci une impulsion, une onde que chacun connaît : c'est le pouls ^ Cette impulsion se sent sur toutes les artères de quelque importance, quand on les presse avec le doigt, surtout si l'artère repose sur un plan osseux résistant ; elle est le résultat de la systole ventriculaire avec laquelle elle coïncide. On peut la sentir et l'enregistrer sur l'aorte même dans certains cas (carie du sternum). Chacun a senti battre le pouls au poignet, à la tempe, à la face, au pied, etc., chacun connait la sensation spéciale

' Fleischl attribue au pouls un rôle mécanique important ; il suppose que le choc du sang aide aux échanges chimiques dans les tissus.

de soulèvement que fournit l'artère lors de la systole ventriculaire : l'artère se dilate de proche en proche de l'aorte jusqu'aux capillaires, grâce à son élasticité toujours. On peut dire que le pouls est une dilatation artérielle née de la systole ventriculaire, et allant mourir — pas toujours toutefois — dans les capillaires; c'est une onde, une vague; il n'est pas dû au passage du sang même qui vient d'être expulsé de l'aorte, et le pouls n'indique point la vitesse du sang, comme on pourrait peut-être le croire : du reste, la définition de l'onde suffit à écarter toute confusion : unda non est tnateria progrediens, sed forma materiœ progrediens (Weber).

Tâter le pouls, c'est tâter le cœur, dans une grande mesure ; c'est en mesurer le rythme et la force, et en pathologie la chose est utile. Toutefois l'étude scientifique du pouls n'a été chose réelle que du jour où la sphygmographie a existé ; jusque-là la médecine ou le physiologiste ne pouvaient enregistrer que des indications peu précises, purement verbales dans leur expression. Le sphygmographe a été inventé par Vierordt (I800), et ce premier instrument a suggéré l'idée de nombre d'appareils similaires à Landois, ^Yaldenburg, Marey (1860), Brondel, etc. Il serait bien superflu d'entrer ici dans le détail de la construction de ces instruments qui pour la plupart consistent essentiellement en un levier mis en mouvement par une artère ; ce levier porte une plume ou actionne un tambour enre},'istreur qui à son tour agit sur un tambour inscripteur. Le plus usité en France est celui de Marey, dont il existe deux modèles : un sphygmographe direct, où le levier enregistreur porte une plume inscrivant les oscillations du levier sur une plaque mue par un mouvement d'horlogerie placé dans l'appareil; un sphygmographe à transmission, où le levier agit sur un tambour enregistreur relié à un tambour inscripteur. Les tracés obtenus avec les sphygmographes, les sphygmogrammes, ne peuvent toutefois rendre de services véritables qu'à la condition qu'on sache les inter-

CARACTÈRES DU POl'LS ARTÉRIEL 281

prêter convenablement. Si nous considérons un sphygmogramme, nous y voyons une série de lignes brusquement ascendantes séparées par des lignes de descente plus allongées, plus obliques et interrompues par des ressauts. A chaque pulsation correspond une ligne ascendante et une ligne descendante : autant de pulsations, autant de lignes ascendantes-descendantes. Le sphygmogramme donne donc le

Fig. 28. — Type normal du pouls radial grandi. Les ondulations 6 et c appartenant à la phase systolique. (D'après Marey.)

nombre des pulsations, du moment où Ton connaît la vitesse de l'appareil enregistreur, et il indique si le pouls est fréquent, rare, ou moyen (65 ou 75 par minute) ; il indique aussi la durée totale de chaque pulsation, mais il n'en indique guère la force, soit dit en passant. La ligne ascendante, qui correspond au passage de Fonde de dilatation de l'artère (onde due à la systole ventriculaire) est généralement voisine delà verticale ; dans ce cas, la diastole artérielle (qui suit la systole ventriculaire, y correspond, comme la systole artérielle correspond à la diastole cardiaque) est rapide et brève. Mais cette ligne peut être assez oblique : c'est ce qui arrive généralement dans le pouls lent; la diastole artérielle est plus lente, plus longue. Cette ligne d'ascension n'est pas toujours droite; on peut y observer un ressaut, un crochet; le pouls est anacrote; le crochet correspond parfois à une systole 'vUriculairequi se fait sentir en raison d'une insuffisance des \alvules aortiques; mais le plus souvent il indique une sys-

tole ventriculaire faible, contrariée par une forte pression artérielle, et se faisant en deux fois. Cet anacrotisme est toutefois normal dans le pouls aortique. Le plus souvent, la ligne de descente suit immédiatement la ligne d'ascension : c'est du moins le cas normal; mais ces deux lignes sont parfois séparées par un plateau horizontal ou ascendant ; cela tient à une pression artérielle forte, en général. En tout cas. on notera que le début de la descente ne marque nullement la cessation de la systole: celle-ci continue mais en s'affaiblissant, durant une petite partie de la descente — jusque vers le milieu de la ligne CD de la figure ci-jointe ; la vraie diastole ne commence qu'après l'ondulation dicrote dont il va être question. La ligne de descente est toujours plus longue que la ligne d'ascension, l'artère mettant plus de temps à reprendre son calibre normal qu'elle n'en a mis à se distendre (et ceci se comprend facilement, puisque la nouvelle ondée de sang projetée dans l'aorte ne peut revenir en arrière à cause des valvules sigmoïdes, et dilate le système artériel tant qu'une quantité correspondante de sang n'a pas passé de celui-ci dans les capillaires). Cette ligne de descente présente toujours des crochets, mais on n'est pas d'accord sur l'interprétation du premier. Le second correspond à la clôture des valvules sigmoïdes de l'aorte, comme on peut s'en assurer en recueillant simultanément le graphique de la pression cardiaque et celui du pouls : on lui donne le nom d'ondulation dicrote. Elle disparaît après destruction des sigmoïdes. Le dicrotisme est donc un phénomène normal, constant, mais qui s'exagère considérablement dans beaucoup de maladies, dans d'autres, comme dans l'athérome des artères qui en fait des tubes presque rigides, au contraire, il diminue. Chez le sujet normal, d'ailleurs, il est plus ou moins prononcé : on le voit surtout quand la pression artérielle est faible, et dans les maladies à forme typho'ïde. et à ceux qui pouvaient croire qu'il est dû à quelque imperfection des appareils enregistreurs, il suffit d'opposer un tracé hémautogra-

DICROTISME. — HÉMAUTOGRAPHIE

phique quelconque (projection directe du sang d'une artère coupée sur une feuille de papier à déplacement régulier) ; on y voit le dicrotisme parfaitement marqué; du reste, on le sent même à la main. Vierordt a donc eu tort de nier l'existence du dicrotisme normal.

11 est vrai, ce dicrotisme devient de moins en moins apparent à mesure que l'on interroge les artères plus petites ; mais il en est de même des autres caractères du pouls; l'amplitude diminue, et le pouls finit par n'être qu'un léger ressaut de l'artère où le sphygmographe ne révèle rien : le pouls s'est usé, c'est-à-dire que l'onde s'est usée, amoindrie, s'étant propagée du sommet à la base du cône artériel, perdant en force ce qu'elle gagne en étendue.

Le pouls varie à l'état physiologique ; il varie plus encore à l'état pathologique. Dans les maladies générales il fournit donc des renseignements intéressants

sur le rythme du cœur et la tension artérielle : dans les maladies du cœur ou des vaisseaux, il fournit des données capitales. L'étude des sphygmogrammes révèle parfaitement bien l'existence des anévrismes, et en comparant entre eux des sphygmogrammes pris sur différentes artères, on localise très exactement le siège de la dilatation artérielle; au-dessous de celle-ci, en effet, le

Fig. 29. — Tracé hcmautographique de la tibiale postérieure du chien (d'après Landois). P, pulsation. R, rebondissement dicrote.

pouls est plus faible, le sac anévrismal ayant absorbé une partie de l'onde en se dilatant; il est toujours plus retardé que dans l'artère homologue saine (de 5 ou 7 centièmes de seconde, selon Fr. Franck) ; et la forme même du pouls est altérée en raison de l'élasticité de la poche anévrismale, encore, qui transforme l'impulsion intermittente en impulsion uniforme, et régularise prématurément le mouvement du sang, comme l'indique le tracé de la figure 30 : on voit que la pulsation au delà d'une poche anévrismale prend exactement les caractères de la pulsation des petites

Fig. 30. — Formes différentes du pouls radial exploré au-dessous d'un anévrisme (ligne 2) et du côté sain (ligne 1). (D'après Marey.)

artères. Dans les affections valvulaires du cœur, encore, le pouls prend des caractères particuliers, qui, joints aux signes stéthoscopiques, permettent d'établir un diagnostic précis. Dans l'insuffisance aortique (occlusion imparfaite des valvules sigmoïdes de l'aorte) qui se présente spontanément, et que Chauveau et Marey ont aussi produite expérimentalement, le pouls est brusque et violent, très ample, la hgne descendante est très rapide et tend à devenir droite : le ressaut dicrotique est diminué ou aboli, naturellement : ceci se comprend sans qu'il soit besoin d'autres explications. La violence du pouls est due à l'hypertrophie qui accompagne généralement l'insuffisance aortique. Dans finsuffisance mitrale et es autres lésions valvulaires on observe d'autres caractères, mais ce n'est point ici le lieu de les exposer.

Nous avons dit que le pouls des petites artères est moins ample, moins caractérisé que celui des gros vaisseaux de

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