Rôle de Pylade
Allons, seigneur, enlevons Hermione.
Rôle d'Acomat :
Eht la sultane est-elle en état de m'entendre?
Il y a tel personnage, Néron par exemple, que cet art et ce tact du monde ont tout entier transformé. Dans Tacite, ses ruses, sa lettre à Sénècjue, ne sont que l'œuvre d'un écolier sophiste ; dans Racine, son adresse est celle du diplomate le mieux élevé. Sa galanterie envers Junie est exquise ; il vient de la faire enlever de nuit par violence ; jamais les empressements de la politesse ont-ils mieux couvert les emportements du despotisme?
Qaoi, madame, est-ce donc une légère ofifense De m'avoir si longtemps caché votre présence ? Ces trésors dont le Ciel voulut vous embellir, Les avez-Tous reçus pour les ensevelir ?
L*heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes Croître loin de nos yeux son amour et vos charmes ? Pourquoi^ de cette gloire exclu jusqu'à ce jour, M'avez-vous sans pitié relégué dans ma cour?
Puis tout d'un coup un regard d'inquisiteur dément ces exagérations de courtoisie ; sans transition, l'interrogatoire commence ; si déguisée qu'elle soit, on aperçoit la raide volonté tyi'annique ; un mot bref, une menace sourde, une ironie subite et sèche, une tranquille insensibilité contre toute prière ; en voilà assez : sans qu'il ait fait un geste ou lâché une phrase violente, on a reconnu la barbarie native d'un être sans cœur qui est né tyran. Plus tard, quand il écoute la furieuse invective d'Agrippine, on devine à son sang-froid quel cas il en fait ; il sourit faiblement, ou arrange les plis de sa toge; c'est un quart d'heure d'ennui, il s'y résigne comme aux discours officiels ; probablement il trouve en lui-même qu'Agrippine parle bien, et s'amuse à compter ses arguments ; puis
RACINE â05
d'un mot, avec rironie la plus polie, il la transperce. Quel mépris dans ces soumissions !
Je ine aouviens toujours que je vous dois l'empire ; Et sans vous fatiguer ^ du soin de le redire, Votre bonté, madame, avec tranquillité, Pouvait se reposer sur ma fidélité.
Puis, avec un peu d'hésitation feinte :
Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues, Ont fait croire^ à tous ceux qui les ont entendues Que jadis, j'ose ici vous le dire entre nous, Vous n'aviez sous mon nom travaillé que pour vous.
Elle s'emporte plus haut encore et finit par jouer avec larmes une comédie religieuse. Contre de tels cris, nulle parole ne vaut ; des actions seules, la vraie vengeance, le poison, répondront. Néron se donne alors le plaisir exquis d'être humble et tendre, de tout livrer, de faire triompher Agrippine, de goûter par avance le frisson de terreur dont il va l'accabler. Puis, après l'assassinat, quand elle éclate, une profonde et poignante raillerie abat ses scrupules improvisés :
Et si l'on veut, madame, écouter vos discours, Ma main de Claude même aura tranché les jours.
Shakspeare aussi a peint un monstre, homme de génie, Richard III, mais muni de la grosse hypocrisie et de l'énergie populacière 2 que déployait la brutalité