Acte V, scène v
A most bloody boar*
206 hâginë'
du moyen âge; j'aime mieux voir un scélérat homme du mondQ, aussi méchant et mieux masqué.
Quand on a de Tesprit, on en a partout, et dans la vertu même. Tout le monde peut être honnête, mais tout le monde ne sait pas l'être délicatement. Ce n'est pas tout de faire une belle action, il faut encore la bien faire. La vertu est toujours sur le bord de deux précipices, la niaiserie et l'emphase. Tantôt on lui reproche une sotte raideur, l'ignorance des tempéraments qu'apportent les circonstances, l'application mécanique des maximes sèches dont elle n'entend ni la portée ni le sens; tantôt on blâme en elle un orgueil déclamatoire, l'étalage insultant de ses titres, l'habitude de s'offrir en modèle et en contraste parmi les faiblesses d'autrui. Les gens du monde passent alors, rebutés ou sceptiques, laissant tomber le mot de pédante ou de matamore, disant tout bas ou tout haut qu'ils voudraient moins de pédagogie et de fanfare, plus de finesse et plus de goût. Telle est l'impression que laissent les héros de Corneille; Polyeucte est un emporté, le vieil Horace un boun*u, le jeune Horace un fanatique; je les admire, mais de loin; je ne voudrais vivre avec aucun d'eux. Quant aux fenmaes, chacun est tenté de leur dire : « Au nom des dieux, madame, puisque vous avez tant de vertu, ne le proclamez pas si souvent, ni surtout si longuement; n'interrogez pas votre âme; n'apostrophez pas votre devoir; soyez simple; je vous louerai davantage quand vous me laisserez libre de vous louer moins. » Chez Racine, la vertu n'est point bruyante; il faut la remarquer pour la sentir. Les belles actions s'y font aisément, doucement, par nature, sans vouloir de témoins, en telle sorte que le personnage n'a pas
besoin de s'exalter pour y atteindre, et que la générosité coule de son cœur comme d'une source abondante et ouverte : Junie refuse la main de Néron sans tirades, du ton le plus modeste, en jeune fille et en sujette, sans se juger héroïque, occupée seulement de ne point irriter l'empereur contre son amant. Les bassesses leur répugnent, non par principes, mais par instinct. Ils s'en écartent naturellement, comme d'une mauvaise odeur; ils font leur devoir moins pour obéir à une règle que pour suivre un penchant. Dryden, le célèbre poète anglais contemporain, se moque de la délicatesse d'Hippolyte, qui n'ose révéler k Thésée le crime de Phèdre. « Un tel excès de générosité n'est. praticable que parmi les idiots et les fous; tirez Hippolyte de son accès poétique, il trouvera plus sage de mettre la selle sur le bon cheval, et aimera mieux^ vivre avec la réputation d'un honnête homme franc de langage que mourir avec l'infamie d'un scélérat et d'un incestueux *. » Au siècle de Dryden, je le veux, et dans son pays. Mais sa rude plaisanterie et ses phrases grossières suffisent pour marquer la différence des deux siècles et des deux pays. Un prince comme le duc de Bourgogne, élevé par un homme comme Fénelon, aurait tenu la même conduite qu'Hippolyte ^ Il aurait eu horreur de se rappeler l'action de Phèdre. Si jeune, si purement conservé par une éducation vigilante et pieuse,, si assidûment nourri parmi des mœurs délicates, des habitudes de prévenance et des spectacles de gloire, il « voudrait se cacher ce crime à lui-même » ; il n'ose v