Vêdanta
2 Sànkhya.
sur laquelle la nature n'a pas de prise. Les premiers I supprimaient le mal, en niant les objets qfui le causent; les seconds suppriment le mal, en niant le canal ' par lequel il arrive jusqu'à nous. Le vêdanta délivrait l'âme en l'engloutissant dans l'être uniforme; le sânkhya délivre l'âme en la retirant en elle-même. Telles sont les méditations qui déjà, avant la venue de Bouddha, remplissaient les solitaires. Le voyageur qui aurait vu ces hommes tels que les montrent les poètes, debout sous un bananier, desséchés, immobiles, les yeux fixes, retenant leur souffle, aurait eu un singulier spectacle * . La philosophie n'était point ici, comme en Grèce, un divertissement de l'esprit, un déploiement de la raison curieuse et méthodique. Quoique féconde en distinctions, en analyses, en spéculations subtiles, elle avait pour but une œuvre; elle-même était une œuvre, une transformation de l'homme par lui-même, un effort énorme par lequel, se concentrant sur un seul point, s'y maintenant et s'y ramenant pendant des mois et des années entières, l'esprit parvenait à se dénaturer et à se porter sur les confins de la monomanie et de l'hallucination. En effet, et par surcroît, on trouve parmi les ascètes des moyens mécaniques pour provoquer les visions et la catalepsie. Tel est l'effet des situations prolongées et violentes. L'homme fuit la douleur, comme l'eau coule sur sa pente; et quand la douleur est extrême, il se réfugie dans tous les asiles^ j jusque dans l'insensibilité, par la destruction systéma- J tique de ses organes; jusque dans la folie, par la des- 1 truction systématique de sa raison. En ces temps-là, |
1. Leurs descendants, deux siècles plus tard, furent appelés par les Grecs gymnosophistes, « les raisonneurs qui vivent nus. »
iconque lève la tête un peu au-dessus du troupeau herche des yeux un refuge; chaque grand esprit in- ^nte le sien et y appelle les autres; ainsi se fonuent »ar multitudes les philosophies et les religions, les Lisciplines et les théories, jusqu'à ce qu'enfin un révéateur paraisse et rallie la masse dans le vrai chemin i\a salut.