Pallegoix
3é0 LE BOUDDHISME.
l’homme une si haute place dans le monde; selon les bouddhistes, la volonté est une puissance sans limites; il dépend de l’homme d’atteindre le sommet des choses, d’entrer dans le Nirvâna, de s’élever au-dessus des dieux.
Quel est-il ce ciel plus sublime, ce monde « sans couleur ni forme », où les Bouddhas accomplis résident, où la nature est vaincue, où la délivrance s’opère? Il a quatre régions : celle de l’espace sans limites, où la vie est de vingt mille grands kalpas; celle de la sagesse sans limites, où la vie est de quarante mille grands kalpas; celle où il n’y a plus absolument rien, et où la vie dure soixante mille grands kalpas; celle où il n’y a plus ni pensée ni non-pensée, et où la vie dure quatre-vingt mille grands kalpas : au delà s’étend le Nirvâna, le pur rien, l’extinction complète. Cette échelle de régions indique les progrès de l’épuration mystique. En effet, par degrés, la contemplation se simplifie et s’efface. Le religieux, concentrant sa pensée sur. un seul point, arrive, après diverses haltes, à chasser de son esprit les idées « de résistance, de forme, de diversité », et à ne plus apercevoir que l'espace uni et sans bornes. Bientôt cet espace, si simplifié qu’il soit, disparaît à son tour, et il n’en reste plus devant ses yeux que l’idée infinie, j'entends l’intelligence infinie. Celle-ci disparaît ellemême ; alors il n’y a plus rien, absolument rien
LE BOUDDHISME
devant les yeux, et le religieux s’arrête. Encore un effort cependant; car il pourrait affirmer qu’il n’y a rien, et cette affirmation serait quelque chose. Il la supprime aussi. A cette hauteur, il n’y a plus de pensée, ni de négation de pensée ; « l’idée et la perception cessent 1 . » L’esprit a fait le vide en soi-même, comme au moyen d’une machine, effaçant tour à tour les objets divers, les idées diverses, tout objet, toute idée, jusqu’à ce que sa substance se soit évaporée, et que sous cette absorption puissante il se soit réduit à un pur néant. Là est le but, l’accomplissement, la perfection suprême. Sortir non-seulement de la vie, mais de l’être, tel est le souverain bien. C’est à cela que les Bouddhas, à travers des millions d'existences, aspirent et arrivent par des sacrifices et des renoncements infinis, abandonnant ou donnant leurs biens, leur vie, leur chair, la chair et la vie de leurs plus proches bien-aimés, de leurs enfants, de leur femme. Pour concevoir une pareille doctrine, il faut renverser toutes nos habitudes occidentales, effacer toutes les couleurs sombres dont nous entourons l’idée du néant, ne plus considérer avec Pascal, comme deux misères égales, « l’horrible alternative d’être éternellement malheureux ou éternellement anéanti. » Cela est bon pour des races fortes,