‹ Nouveaux essais de critique et d'histoire (volume 5)Chapitre 16 sur 28 · Elle vient de crier longtemps et fort · texte numérisé non relu

Elle vient de crier longtemps et fort

Shakspeare aussi a peint un monstre, homme de génie, Richard III, mais muni de la grosse hypocrisie et de l'énergie populacière * que déployait la brutalité du moyen âge; j'aime mieux voir un scélérat homme du monde, aussi méchant et mieux masqué.

Quand on a de l'esprit, on en a partout, et dans la vertu même. Tout le monde peut être honnête, mais tout le monde ne sait pas l'être délicatement. Ce n'est pas tout de faire une belle action, il faut encore la bien faire. La vertu est toujours sur le bord de deux précipices, la niaiserie et l'emphase. Tantôt on lui reproche une sotte roideur, l'ignorance des tempéraments qu'apportent les circonstances, l'application mécanique des maximes sèches dont elle n'entend ni la portée ni le sens ; tantôt on blâme en elle un orgueil déclamatoire, l'étalage insultant de ses titres, l'habitude de s'offrir en modèle et en contraste parmi les faiblesses d'autrui. Les gens du monde passent alors, rebutés ou sceptiques, laissant tomber le mot de pédante ou de matamore, disant tout bas ou tout haut qu'ils voudraient moins de pédagogie et de fanfares, plus de finesse et plus de goût. Telle est l'impression que laissent les héros de Corneille; Polyeucte est un

Page 1