‹ Nouveaux essais de critique et d'histoireChapitre 24 sur 52 · Elle vient de crier longtemps et fort · texte numérisé non relu

Elle vient de crier longtemps et fort

Puis, avec un peu d'hésitation feinte :

Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues, Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues Que jadis, j'ose ici vous le dire entre nous, Vous n'aviez sous mon nom travaillé que pour vous.

Elle s'emporte plus haut encore, jusqu'à invoquer les dieux, jusqu'à jouer l'exaltation religieuse. Contre de tels cris, nulle parole ne vaut; des actions seules, la vraie vengeance, le poison, répondront. iXéron se donne alors le plaisir exquis d'être humble et tendre, de tout livrer, de faire triompher Agrippine, de goûter par avance le frisson de terreur dont il va l'accabler. Puis, après l'assassinat, quand elle éclate, une profonde et poignante raillerie abat ses scrupules improvisés :

Et, si l'on veut, madame, écouter vos discours, Ma main de Claude même aura tranché les jours.

Shakespeare aussi a point un monstre, homme de génie, Richard 111, mais nuini de la grosse hypocrisie et de l'énergie populacière • que déployait la brutalité du moyen âge; j'aime mieux voir un scélérat homme du monde, aussi méchant et mieux masqué.

Quand on a de l'esprit, on en a partout, et dans la vertu même. Tout le monde peut être honnête, mais tout le monde ne sait pas l'être délicatement. Ce n'est pas tout de faire une belle action, il faut encore la bien faire. La vertu est toujours sur le bord de deux préci-

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