‹ Nouveaux essais de critique et d'histoireChapitre 25 sur 52 · Acte I, scène v · texte numérisé non relu

Acte I, scène v

A niost bloody hoar.

I)ices, la niaiserie et l'emphase. Tantôt on lui reproche une sotte raideur, l'ignorance des tempéraments qu'apportent les circonstances, l'application mécanique des maximes sèches dont elle n'entend ni la portée ni le sens ; tantôt on blâme en elle un orgueil déclamatoire, l'étalage insultant de ses titres, l'habitude de s'offrir en modèle et en contraste parmi les faiblesses d'autrui. Les gens du monde passent alors, rebutés ou sceptiques, laissant tomber le mot de pédante ou de matamore, disant tout bas ou tout haut qu'ils voudraient moins de pédagogie et de fanfare, plus de finesse et plus de goût. — Telle est l'impression que laissent les héros de Corneille ; Polyeucîe est un emporté, le vieil Horace un bourru, le jeune Horace un fanatique ; je les admire, mais de loin; je ne voudrais vivre avec aucun d'eux. Quant aux femmes, cliacun est tenté de leur dire : , Au nom des dieux,' madame, puisque vous avez tant de vertu, ne le proclamez pas si souvent, ni surtout si longuement; n'interrogez pas votre âme; n'apostrophez pas votre devoir; soyez simple; je vous louerai davantage, quand vous me laisserez libre de vous louer moins. » — Chez Racine, la vertu n'est point bruyante; il faut la remarquer pour la sentir. Les beHes actions s'y font aisément, doucement, par nature, sans vouloir de témoins, en telle sorte que le personnage n'a pas besoin de s'exalter pour y atteindre, et que la générosité coule de son cœur comme d'une source abondante et ouverte : Junie refuse la main de Néron sans tirades, du ton le plus modeste, en jeune fille et en sujette, sans se juger héroïque, occupée

seulement de ne point irriter l'empereur contre son amant. Les bassesses leur répugnent, non par principe, mais par instinct. Ils s'en écartent naturellement, comme d'une mauvaise odeur; ils font leur devoir, moins pour obéir à une règle que pour suivre un pencbant. — Dryden, le célèbre poète anglais contemporain, se moque de la délicatesse d'Hippolyte,qui n'ose révéler à Thésée le crime de Phèdre. « Un tel excès de générosité n'est praticable que parmi les idiots et les fous ; tirez Hippolyte de son accès poétique, il trouvera plus sage de mettre la selle sur le bon cheval, et aimera mieux vivre avec la réputation d'un honnête homme, franc de langage, que mourir avec l'infamie d'un scélérat et d'un incestueux'. » Au siècle de Dryden, je le veux bien, et dans son pays. Mais sa rude plaisanterie et ses phrases grossières suffisent pour marquer la dillerence des deux siècles et des deux pays. — Un prince comme le duc de Bourgogne, élevé par un homme comme Fénelon, aurait tenu la même conduite qu'Hippolyte*. Il aurait eu horreur de se rappeler l'action de Phèdre. Si jeune, si purement conservé par une éducation vigilante et pieuse, si assidûment nourri parmi des mœurs déhcates, des habitudes de prévenance et des spectacles de gloire, il « voudrait se cacher ce crime à luimême » ; il n'ose y penser : c'est le renversement de toutes ses croyances ; quand même il voudrait le révéler,

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