DES NOUVEAUX ESSAIS
Abolition. L'abolition de la torture fut le présage de la réforme des peines atroces , telles que la marque ou flétrissure et la peine de mort.
Adultère. Le célibat des prêtres est funeste aux mœurs; il multiplie, entre autres crimes, celui de l'adultère : j'en atteste les magistrats auprès de qui je sollicitai avec succès en 1819, en faveur d'un curé qui était en prison, à la Force, le bienfait de l'indulgence, moins dangereuse que le scandale.
Ancêtres. Les erreurs des ancêtres, en fait de législation, ne justifient pas l'exécution des lois injustes et cruelles.
Anitus. Ce prêtre athénien fut l'un des accusateurs de Socrate.
Antoine , triumvir , demanda la tête de Cicéron à Octave qui fut assez lâche pour la lui envoyer. Fuivie, femme, d'Antoine, perça plusieurs fois, avec un poinçon d'or, la langue de l'orateur romain.
Aristide. Les Athéniens lui donnèrent le surnom de juste.
Aspar. Dans la Phénicie, les enfans de noble extraction, qui tombaient au sort, étaient sacrifiés à Saturne. Aspar, fils d'Annibal et d'Imilcée, allait être immolé , à l'instant où sa mère s'écria :
Quœ porrb kœc pietas delubra aspergere tabo? Heu ! primœ scelcrum causée, mortulibus œgris , Naturam nescire deûm. Justa ite precari , Thure pio , cœdumque feros avertite ritus: Mite et cognatum est hominideus. Hactenus , oro , Sit salis ante aras cœsos vidissc juvencos , Aut , sivelle nef as superos fixumque sedetque , Me , me t quœ gcnui , vestris absumite votis. Cur spoliare juvat libycas hdc indole terras?
Madame la princesse Constance de Salm a exprimé les principales idées de ce passage du quatrième livre de Silius Italiens :
Quoi donc ! faut-il , pour plaire aux dieux , Faut-il leur présenter des victimes sanglantes ?
Peuvent-ils sans horreur ici jeter les yeux
Sur des victimes palpitantes
Dont le sang fume devant eux ?
Faut-il , pour les toucher , détruire leur ouvrage?
( Sapiio , tragédie lyrique , a. III , se. 5.)
Assassin. Ii est arrivé qu'un assassin étant mort , on a prétendu l'avoir découvert parmi les vivans, et l'avoir justement livré au bdureau.
Ateliers. Il y a , dans les prisons de Philadelphie, des ateliers où les crimes sont expiés utilement.
Attila, roi scythe, disait à ses armées: «J'ai le « coutelas de Mars ; à ce coutelas est attachée la « conquête du monde; je suis le fléau de Dieu, le « marteau de l'univers : les étoiles tombent devant • moi. »
Auguste. Le poète Lingendes a reproché avec raison à l'auteur des Métamorphoses d'avoir prodigué des éloges à celui qui , sous le nom d'Octave , s'était couvert de crimes :
Ovide , c'est à tort que tu veux mettre Auguste
Au rang des immortels :
Ton exil nous apprend qu'il était trop injuste
Pour avoir des autels.
Aurèle. Quoique empereur, Marc-Aurèle eut des amis. Ceux-ci lui conseillaient de faire comme Domitien, dont il éprouvait le sort, et de répudier l'impudique Faustine. «Si je la répudie, ne dois-je
« pas lui rendre la dot ? Fille d' Antonin , elle me » rendit le successeur de son père. »
Bailly, maire de Paris, fit exécuter la loi martiale. Plus d'un de ses imitateurs s'est dispensé d'ordonner , avant les massacres , les trois proclamations que cette loi exigeait.
Balance. Les tyrans font incliner à leur gré la balance de Thémis, toutes les fois qu'il y a partage égal dans les opinions d'une cour de justice.
Barthélemi. Les massacres de la Saint-Barthélemi ont été approuvés par des fanatiques, même dans notre dix-neuvième siècle.
Beccaria, né en 1735 à Milan, y mourut en 1793. Ce publiciste célèbre, auteur du Traité des délits et des peines , ouvrage qui a eu plus de cinquante éditions, a été surnommé le Montesquieu de l'Italie. L'opinion de ces deux écrivains n'est pas la même, en ce qui concerne la peine de mort. L'auteur français ne parle que superficiellement de la plus importante des questions ; le philosophe italien l'a examinée avec autant de profondeur que de clarté. Aussi regarde-t-on comme le plus beau morceau du Traité des délits et des peines le seizième paragraphe, ayant pour titre : De la peine de mort.
Bienfaits. Est-ce toujours la vertu qui reçoit le
plus de bienfaits? L'astre du jour éclaire les pervers , sans priver de ses rayons les hommes de bien.
Bonaparte. C'est lui qui a rétabli la marque flétrissante, qu'il faut se hâter d'abolir à jamais.
Bourreau. Sous le règne de la terreur , le bourreau fut le citoyen le plus considéré de la ville de Brest. Il réunissait en lui la double qualité d'oracle du tribunal et de président de la société populaire. C'était à qui se plongerait le plus avant dans l'ignominie, pour mériter ses bonnes grâces. Toutes ses paroles étaient recueillies et citées comme des maximes ; il ne faisait rien qui ne parût un exemple à suivre : on le fatiguait d'adulation ; on se disputait l'honneur de l'avoir pour gendre. Rien n'était plus ordinaire que de voir dans les rues des officiers de tout grade l'aborder d'un air caressant, et presser de leurs mains victorieuses ses mains sanglantes.
Bras. Les gouvernans qui emploient des bras à couper d'autres bras sont-ils les plus éclairés ?
Brigand. Un brigand ne craint pas la mort ; il la brave :
11 ne braverait pas an labeur éternel f L'espoir de vivre oisif l'a rendu criminel.
Brigandage. C'est au pied même de l'échafaud que le brigandage est exercé. La peine de mort n'inspire donc pas une terreur salutaire.
Bûchers. On a long-tems brûlé vifs des hommes et les ouvrages des savans où les impostures étaient dévoilées.
Bulles. Les écrits ultramontains ne sont-ils relatifs qu'aux biens spirituels ?
Caligula. Cet empereur romain était fils de Germanicus, et devint le digne successeur de Tibère. Il voulut se faire adorer comme un dieu. 11 ordonna que les statues de Jupiter fussent décapitées, et que toutes les tètes de divinités fussent remplacées par la sienne. Caligula, l'un des plus monstrueux scélérats qui aient souillé la terre, fut mis à mort par un tribun de la garde prétorienne. On fit porter son corps dans un jardin, où ses sœurs l'ayant brûlé à demi, se hâtèrent de l'enl errer „ pour empêcher que le cadavre ne fût traîné dans les rues , mis en pièces et jeté à la voirie.
Carrier. Il naquit en 1756 àlolay dans la Haute- Auvergne. Il fut membre de la convention nationale. Sur les plaintes portées à Robespierre par Julien (de la Drôme), il fut condamné à mort le iô dé» cembre 1794, comme convaincu d'avoir ordonné des noyades , et d'avoir fait fusiller des enfans de 14 et de i3 ans. Il avait donné le nom de mariages républicains aux noyades faites par ses ordres à Nantes ; expression aussi absurde que le serait celle de
crimes monarchiques, donnée aux crimes commis sous la monarchie.
Caton. Il se donna la mort pour se délivrer de la tyrannie de César. xS 'eùt-il pas été plus digne de son ameélevée de souffrir la vie, et de reprochera son vainqueur les forfaits de l'ambition ?
Célibat. Les oracles ullramonlains commandent aux ministres des autels un état absolument contraire à la nature et à la raison. Les prêtres ne sont-ils pas des hommes ?
César. Il fut poignardé; mais la mort de ce tyran n'a pas été celle de la tyrannie.
Chalotais (la). Ce magistrat se rendit célèbre lors de l'expulsion des Jésuites. Il aurait péri victime de l'oppression, si le duc de Choiseul n'eût fait valoir les vigoureuses remontrances du parlement de Paris. Arraché à la mort, il fut exilé. Il avait écrit un de ses mémoires avec un cure-dent et de la suie; ce qui a fait dire à ^Voltaire que le cure-dent Je La Clialotais gravait pour l'immortalité.
Le fils de l'illustre magistrat fut condamné à mort, âgé de 65 ans, le 17 janvier 1794, par le tribunal révolutionnaire.
Charondas. Ce législateur fut l'apologiste de la loi du talion. Ses idées étaient souvent opposées au sens commun; il termina lui-même sa vie.
Chatel. Maître J. Boucher, né à Paris en i55o, successivement recteur de l'université, prieur de Sorbonne, docteur et curé de St. Benoît, chanoine et doyen de Tournai , mort en 1644, fit, sous le nom de François de véronne , l'apologie de J. Châtel , assassin de Henri IV.
Clément. Ce fanatique dominicain avait lu dans son bréviaire l'article de Judith avant d'assassiner Henri III à St.-Cloud.
Code. Un Code sanguinaire ne prouve pas que le meurtre public soit légitime.
Coffinhal. Ce forcené partisan de la peine de mort fut élu vice-président du tribunal révolutionnaire, à l'époque où la terreur exerçait les plus grands ravages. Ses froides et cruelles plaisanteries, adressées aux victimes de sa férocité, le rendirent à jamais exécrable. Se trouvant avec Robespierre à l'Hôtelde-Yille, la nuit du 9 thermidor, il jeta par la fenêtre l'ancien commis de barrière Hanriot, devenu général. Il l'accusait d'avoir manqué de courage en marchant contre la convention. Coffinhal parvint à s'échapper, à l'instant où l'on saisissait Robespierre et les autres conjurés. Il resta caché deux jours dans l'île des Cj^gnes , sans prendre la moindre nourriture. Pressé par le besoin de manger , il sortit de sa retraite et fut arrêté. Conduit de la conciergerie du
palais à l'échafaud , il déclara qu'après ce qu'il avait souffert dans l'ile des Cygnes , la mort était pour lui un bienfait.
Collot-d'IIerbois. Il fut, à Lyon, l'agent de Robespierre. Il lui écrivit un jour: «Je veux faire « écraser, dans cette ville rebelle, jusqu'au dernier « des enfans sur la dernière pierre. » J'ai lu de mes propres yeux ces expressions dans les bureaux de la commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre. L'ancien comédien, devenu député, n'avait pas oublié, en écrivant le mot que je viens de citer, qu'il avait été sifflé à Lyon , ville connue , pendant le règne de la terreur , sous le nom de commune affranchie. Une autre commune était appelée alors ville sans nom; ce que l'on peut vérifier dans le recueil complet des décrets de la convention nationale.
Conclave. Ce ne sont pas seulement les philosophes que le conclave a condamnés. Un riche boucher de Rome a été marqué par le bourreau sur la place Fontana di Trevi, dans le mois de juin 1825, pour avoir mangé de la viande, un vendredi, dans une auberge.
Confiscation. Les lois ont abrogé la confiscation des biens du condamné ; mais lorsqu'une famille est ruinée par la mort de celui dont l'honorable industrie
tenait lieu de propriétés, les lois réparent-elle les torts des tribunaux? non, puisque la famille périt dans la détresse. Il ne suffit pas d'avoir abrogé la confiscation des biens ; il faut abroger aussi la confiscation de la vie, parce que la vie est la principale propriété , la source , le premier , le plus grand des biens et celui que la nature seule a le droit d'aliéner.
Consulat. Sous le consulat de Bonaparte, quatre citoyens: Aréna , D emer ville , Cérachi et Topino- Lebrun eurent la tête tranchée ; ces infortunés avaient été accusés d'avoir voulu assassiner le premier eonsul. Le seul témoignage d'un agent de la police consulaire fut écouté, au mépris d'un très-grand nombre de témoins à décharge. Je fus le dix-septième de ces témoins. Je parlai en faveur d1 Aréna * et de sa famille avec une fermeté que Bonaparte ne me pardonna jamais. Après avoir défendu Aréna, j'allais m'asseoir sur un banc où était un seul homme, c'était le dénonciateur ; mais je l'ignorais. L'huissier m'empêcha d'avoir un voisin si honnête. Je cherchai des yeux une place. Le public s'en aperçut , et plusieurs places me furent offertes simultanément. On
* Joseph , le plus jeune des Aréna , fut pris pour Barihélemi, sou frère aîné. J'affirme que l'un n'était pas plus coupable que l'autre.
devine que la police ne me fut pas aussi favorable que le publie. Mais il ne s'agit pas des persécutions que j'éprouvai ; il me suffit d'observer que mon nom fut estropié dans le procès imprimé; que j'y fus désigné sous le nom de T'aluis , et que cependant je devins la proie des sycophantes. J'étais alors suspect (l'être suspect, pour me servir d'un mot quia été remarqué; j'avais élevé librement la voix en public pour sauver un bon citoyen; on ne peut donc s'étonner raisonnablement que, sous Bonaparte, j'aie mérité l'honneur d'être surveillé de près par la haute police. Si j'avais joué le double rôle d'accusateur et de calomniateur, j'aurais été récompensé.
Correction. L'homme cpii devient coupable passe du bien au mal ; mais il n'est pas impossible que du mal il passe au bien. Il faut donc, au lieu de l'exterminer, savoir le corriger.
Coutho>". Ce féroce partisan de la peine de mort s'opposa vivement à ce qu'il fût sursis au jugement qui condamnait à mort Louis XVI. Il avait traité de beau rêve l'institution des jurés. Il fut envoyé a Lyon, d'où il appela soixante mille hommes pour accélérer le siège de cette ville. La reddition en ayant été faite, il présida au supplice des nombreuses victimes de ses vengeances. Un décret avait ordonné la démolition des édifices publics de Lyon. Couthou
donna le premier coup de marteau , en disant sur celui de la place de Bellecoxir: «Jeté condamne à « être démoli, au nom de la loi. » C'est lui qui avait proposé la fameuse loi de sang du 22 prairial, loi exécrable qui accélérait les assassinats du tribunal révolutionnaire. « Il s'agit moins, s'écria l'énergu- « mène, de punir les ennemis de la liberté, que de » les anéantir. L'indulgence, en ce cas, est atroce, « et la clémence parricide. Celui qui veut soumettre « le salut public aux préjugés du palais, aux inter- « ventions des jurisconsultes, est un insensé ou un « scélérat qui veut tuer juridiquement la patrie et « l'humanité. >■
Pourra-t-on le croire sans étonnement? le rapport de Couthon, qui mettait la convention sous la hache révolutionnaire, fut sanctionné presque sans murmure, par la convention elle-même....
Couthon ayant été décrété d'accusation, le 9 thermidor, fut mis au corps de garde de la convention, d'où il fut enlevé par Coffinhal, et porté à l'Hôtelde-Ville. On allait le saisir lorsqu'il se donna légèrement un coup de poignard. Il fut exécuté le 28 juillet 1794, à l'âge de 38 ans.
Croisades. Ceux qui étaient enrégimentés dans ces ligues de fanatiques portaient une croix sur leur habit. Ces énergumènes allaient massacrer saintement
les peuples dont la croyance nelait pas celle des chrétiens.
Tantùm relli'gio potuit suaderc malorum !
Croix. Des esclaves et des citoyens furent condamnés à Rome au supplice de la croix. On a fait subir le même supplice chez des peuples aussi barbares que Tétaient les Romains. A-t-on voulu affaiblir l'horreur qu'inspirent et la croix et les anciens porte-croix, quand on a changé le signe d'un supplice en signe de décoration ? Des femmes portent encore des croix suspendues à leur cou, et des hommes en embellissent fièrement leur boutonnière, sur la poitrine.
Cromwell. Il était âgé de 43 ans lorsqu'il embrassa la profession de militaire. Ses exploits furent si nombreux et si étonnans, qu'il parvint à obtenir le titre de protecteur d' Angleterre. Ayant appris que la chambre des communes voulait lui ôter ce titre, il entra dans la salle, et dit avec audace: « J'ai appris, messieurs, que vous aviez résolu de « m' ôter les lettres de protecteur ; les voilà. Je serai « bien aise de savoir s'il se trouve parmi vous quel- « qu'un assez hardi pour les prendre. » Après les avoir menacés , il exigea d'eux le serment de fidélité. Il eut l'adresse de se faire offrir le titre de roi,
afin d'avoir la gloire de le refuser, et pour mieux consolider sa puissance. Pendant le ministère de Mazarin, Cromwell se ligua contre l'Espagne concurremment avec la France. Cette ligue contribua beaucoup à la grandeur où la France était parvenue sous le règne de Louis XIT. Dans le traité que firent les deux puissances, Cromwell fit mettre son nom avant celui du monarque français, en substituant le litre de roi des Français à celui de roi de France. Cromwell se qualifia protecteur d'Angleterre et de France. Le jour qu'il fit son entrée à Londres, on lui parlait de l'afflueuce de peuple qui accourait de toute part pour le voir : » Il y en aurait autant , dit-il , si l'on « me conduisait à l'échafaud. »
Cultes. Si les cultes divers ne permettent pas l'effusion du sang humain, pourquoi le répandre? S'ils la permettent, peuvent-ils adoucir les mœurs ?
Damcclès. Ce courtisan exaltait beaucoup le bonheur et la magnificence de Denys le tyran. Ce prince, l'ayant invité à un grand festin, le fit habiller et servir en roi. Mais comme Denys avait fait suspendre sur la tète du courtisan une épée nue, qui ne tenait au plancher que par un crin de cheval, Damoclès effrayé eut pour la première fois une idée de la félicité d'un tyran, et demanda qu'il lui fût
permis de se retirer et d'aller jouir de la médiocrité de son premier état.
Danger. Toute forte passion du bien ou du mal a plus d'empire sur l'homme que le plus grand danger. Le premier navigateur brava les tempêtes , les écueils, la faim et la mort.
Daitton. Il naquit à Arcis-sur-Aube , le 8 octobre
Après la journée du 10 août, qu'il avait préparée, il fut appelé au ministère de la justice. On lui disait un jour que la convention avait tort de vouloir juger Loui$ XVI , parce que les membres d'une assemblée ne pouvaient être à la fois accusateurs, jurés ef juges. « Nous ne voulons pas le juger, répondit froide- « ment Danton, nous voulons le tuer. » Étant ministre de la justice, il regarda et commanda comme nécessaires les massacres dans les prisons, en 1792. Il fut condamné à mort, le 5 avril 1794, par le tribunal révolutionnaire qu'il avait fait établir ; ce qui prouve que tôt ou tard les instrumens de la vengeance sont brisés : Pérille fut consumé le premier dans le taureau d'airain que Phalaris lui avait demandé ; le favori d'Anne de Boulen, Thomas Cromwell, fut condamné d'après la loi qu'il avait portée contre le crime de lèse-majesté; trois ministres, l'un d'Assuérus, l'autre de Philippe-le-Bel, et un autre
de François I, furent pendus aux gibets qu'ils avaient fait dresser eux-mêmes.
Déicide. Ce crime est impossible; ridée en est absurde ; on ne peut tuer le Dieu de l'univers. Le rapporteur qui , chargé des vengeances du ciel, a fait usage du mot déicide, est un ignorant ou un homme de mauvaise foi.
Députés. A l'époque du procès de Louis XVI, plus de 3 00 députés se prononcèrent contre la peine de mort; et quelques-uns, parmi eux, ne craignirent pas d'avancer que les arrêts de mort révoltent, dans tous les cas imaginables, la nature et la raison,
Déserteurs. Volcatius Gallicanus rapporte que Cassius * faisait couper les pieds et les mains aux déserteurs ; barbarie qui était à charge ou inutile à l'état : à charge, si les déserteurs mutilés ne perdaient point la vie : inutile si la mort suivait la mutilation.
Despote. Renversé de son trône , sous le poids de sa propre puissance, un despote donne une grande leçon à tous les ambitieux, ivres du pouvoir absolu.
Divorce. La loi du 20 septembre 1792 supprimait les abus du divorce ; la loi du 8 mai 1 8 1 6 sup-
' Avidius Cassius , capitaine romain , sons Marc-Aurèle et Lueius Verus , devint empereur en Syrie. Il fut assassiné le troisième mois de son règne.
prime le divorce, sans considérer qu'une lui qui empêche, dans tous les cas, un second mariage, est injuste, immorale et impolilique. Elle est injuste en ce qu'elle traite l'époux non coupable comme celui, par exemple , qui est condamné aux travaux ou à une réclusion à perpétuité; elle est immorale en ce qu'elle pousse au vice l'époux qui devrait avoir, mais qui n'a pas le droit de se remarier; elle est impoliti<pte en ce qu'elle est attentatoire à la population autant qu'à la loi naturelle.
Dracon. Ce législateur athénien rendit les lois cruelles et sanguinaires. Ses lois, écrites arec du sang-, a dit un auteur, eurent le sort qu'elles devaient avoir ; elle tombèrent en désuétude,
La mort de Dracon fut un événement que ses partisans, sincères ou non , rendirent bien remarquable. Le législateur ayant paru au théâtre, les spectateurs lui jetèrent, comme signes d'applaudissemens, tant de robes et de bonnets, qu'il fut étouffé sous les trophées de la gloire.
Dragonnades. On a donné ce nom aux massacres faits par des dragons, bourreaux des protestans, dans les Cévennes , sous le règne de Louis XIV.
Droit. Le pouvoir est souvent confondu avec le droit. Les hommes n'ont pas le droit de s'entre-égorger. Ce n'est point dans les atrocités qu'il
faut puiser les droits de l'homme- Le véritable droit prévient les erreurs irréparables ; on ne peut prévenir de telles erreurs, que par l'abolition de la peine de mort. Le législateur, dont l'imprévoyance fait ôter juridiquement la vie à un innocent, ne peut la lui rendre ; il s'arroge le droit de faire le mal sans avoir le pouvoir de le réparer.
Duel. L'honneur consiste dans le mépris de la vengeance. L'homme qui tue ou qui est tué ne prouve pas que le meurtre soit honorable.
Quand pourrons-nous détruire un affreux préjugé Qui commande le meurtre à l'honneur outragé ? (Discours en vers.)
Dumas. Pour avoir une idée de son caractère , il suffit de se rappeler qu'il présida le tribunal de la terreur. Il lançait des sarcasmes contre ses victimes. Madame la maréchale de Noailles, âgée de plus de 8 o ans , étant forcée par sa surdité d'avancer la tête et de répondre à chaque question : Qu'est-ce que vous dites ? « Tu ne vois donc pas qu'elle est sourde , « dit à Dumas un de ses voisins ? » Eh bien, répondit-il, elle a conspiré sourdement. Complice et défenseur de Robespierre , il fut exécuté avec lui , le 28 juillet 1794, à l'âge de 37 ans.
Dupaty. Ce magistrat consacra sa vie à la réforme
des lois ; il a mérité par ses travaux la reconnaissant se de la postérité. Il arracha au supplice trois malheureux condamnés à la roue. Son mémoire pour leur défense est un chef-d'œuvre. Ses Réflexions historiques sur les lois criminelles méritent l'attention des législateurs. Dupaty, né à la Rochelle, fut président au parlement de Bordeaux ; il mourut à Paris , en 17S8.
Elisabeth. La crainte des révolutions qui éclatèrent souvent chez les Russes n'empêcha point cette princesse * d'abolir la peine de mort. Elle avait délivré plus de vingt-cinq mille prisonniers , les uns pour contrebande, les autres pour dettes qu'elle paya de ses propres deniers. Ce n'est pas au cœur d'Elisabeth , c'est à la cruauté de ses favoris qu'il faut attribuer l'abus d'une peine bien plus terrible que la mort, l'exil en Sibérie et la mutilation.
Erostrate. Cet homme d'Éphèse, ayant voulu s'immortaliser, mit le feu au temple de Diane, l'une des sept merveilles du monde **,l'an 356 avant l'ère
* L'impératrice Elisabeth, fille du Czar Pierre I , née le 29 décembre 1710, monta sur le trône le 7 décembre 1741- Elle mourut le 5 janvier 1762.
** Les sept merveilles du monde sont : les murailles et les i ardins de Babylone , faits par Sémimmis ; les pyramides d'Egypte; 1% phare d'Alexandrie; le tombeau qu'Artémise fit
)a> l86 <M tonimune. On fit une loi qui défendait de prononcer le nom àH Ero strate , loi bizarre qui servit l'intention de l'incendiaire.
Erreurs di:s tribunaux,.
On fait des tribunaux des jeux de sang humain , Où la mort va doubler le produit de son gain ; Où l'erreur , confondant le crime et l'innocence , Prend pour réalité l'ombre et la ressemblance , Voit une main furtive en un bec gazouilleux , Et change en parricide un vieillard vertueux .
(Discours en vers.)
Ce vieillard : allusion à Calas. Quant au bec gazouilleux, on devine que je parle de la servante de Palaiseau. Accusée de plusieurs vols de couverts d'argent et de pièces de monnaie, l'infortunée fut condamnée à mort. Elle était innocente. La coupable était une pie, oiseau voleur, qui avait caché dans une gouttière les couverts et l'argent. On disait autrefois à Paris une messe de la pie. L'objet de cette messe était l'expiation de l'erreur des juges qui avaient pris une main pour un bec.
Esçobar. Le nom de ce jésuite espagnol, théologien-casuiste , est souvent pris dans la signification
élever pour son époux Mausole ; le temple de Diane, à Éphèse ; le temple de Jupiter-Olympien, à Pisc , en Élidc , cl le colosse de Rhodes.. •
iï escamoteur. Il mourut en 1669, âgé de 80 ans. Pascal a tourné en ridicule les principes de là commode morale d'Escobar.
Exil. Lors du sacre de Charles X, deux vieillards célèbres , Merlin et David , furent exceptés de l'amnistie générale qui permettait aux proscrits de rentrer en France. Que penser de ces deux exceptions?...
Exil, déportation , bannissement; voilà des termes de la vieille législation ; les délits doivent être expiés sur les lieux où ils ont été commis. Que dirions-nous si les étrangers voulaient infecter notre pays de leurs coupables ?
Fanatisme. « C'est le fanatisme qui trop souvent « inspira des actions impies et criminelles. Ainsi, « l'élite des chefs de la Grèce, les premiers héros « du monde , répandirent , en Aulide , sur l'autel de « Diane, le sang d'Iphigénie. Quand le bandeau « funèbre eut paré la chevelure de la jeune prin- « cesse, quand elle vit son père au pied de l'autel , « debout, l'œil triste, et l'air morne; à côté de lui « les sacrificateurs , cachant sous leur robe le couteau « sacré, en présence d'un grand peuple dans la cons- « ternation : à ce spectacle, muette d'effroi, elle « tombe sur ses genoux comme une suppliante. Que « lui servait d'avoir, la première, donné le nom de « rÈRE au roi de Mycène ? Des prêtres impitoyable
« la soulèvent , et la portent tremblante à faute! . «< nori pour la reconduire au milieu d'un pompeux « cortège , après la cérémonie de l'hymenée ; mais " pour la faire expirer sous les coups de son père , « à l'instant même que l'amour destinait à son ma- « riage. Et pourquoi ? afin d'obtenir un heureux « départ pour la flotte des Grecs : tant il est vrai que « les cultes enfantèrent les plus grandes atrocités. » {Traduction de Lucrèce, liv. I).
Frédéric. On avait adressé à Frédéric , roi de Prusse, un manuscrit où il était outragé. Il le lut avidement , et envoya chercher un libraire. « Prens « ce libelle, lui dit le prince ; imprime-le ; il y a un « bon coup à faire. »
Quelque tems après, Frédéric aperçut de sa fenêtre une foule de monde qui lisait une affiche. — « Va voir ce que c'est, dit-il à un page. » — C'est un « écrit satirique contre votre personne. — Il est « trop haut; va le détacher, et mets-le plus bas, afin » qu'ils le lisent mieux. »
Galilée. Ce grand homme, né à Florence en i564, publia, l'an i632, des dialogues pour démontrer l'immobilité du soleil et le mouvement de la terre, autour du grand astre. Dénoncé par un jésuite allemand à l'inquisition de Rome , Galilée y parut avec les sentimens que lui inspiraient les mor-
tels ennemis de la vérité. Ses raisons furent rejetées. Il fut condamné, le 21 juin i633 , par un décret signé de sept cardinaux , à la prison et à réciter les sept psaumes pénitentiaux , une fois par semaine , pendant trois ans. C'est à l'âge de 70 ans que le savant astronome fut contraint à demander pardon d'avoir soutenu son système, et de l'abjurer comme une hérésie* , les genoux à terre, et les mains sur l'évangile. A l'instant où il se relevait , agité par le remords d'avoir fait un faux serment, ou plutôt un serment forcé comme l'abandon de la bourse à des brigands, sur un grand chemin, Galilée s'écria, en frappant du pied la terre : « E pur si move ! » Cependant elle tourne !
Galilée perdit la vue, à l'âge de 78 ans, trois ans avant sa mort, à Florence, en 1641. Il fut enterré dans l'église de Sainte-Croix, quoique hérétique. C'est dans la même église qu'un mausolée lui fut élevé , en 1737, vis-à-vis celui de Michel-Ange.
Garantie. Celle que nous offre la peine de mort est absurde.
Un prétexte , une erreur ne séduit pas toujours ;
* Hérésie signifia souvent attachement à la recherche de la vérité. Le curé Mesl/'er; le sincère Meslier , par exemple , se ren dit coupable de mille hérésies , et bien plus coupable qu'Anus , Calvin et Luther.
Ou ne peut nous défendre en terminant nos jours.
J'abhorre une défense illusoire et funeste ,
Qui dérobe à nos yeux cette voûte céleste,
Ces globes suspendus sur la terre et les mers ,
Ces plaines , ces forêts et ces fleuves divers ,
Ces monts et ces rochers qui portent dans les nues
Les antiques sommets de leurs tètes chenues.
(Discours sur le meurtre public.)
Glaive. La justice et le glaive : quelle alliance et quel contraste!
Gloire. La gloire est le prix de celui qui s'expose à la mort en faveur de l'humanité. Les grands meurtriers , tels que Théodose qui fit passer au fil de l'épée les habitans de Thessalonique , prirent la vengeance pour la gloire. On a beau gratifier plus, d'un personnage du titre de saint ou de grand homme, tout assassin est un scélérat.
Hébert. Il se fit connaître, pendant la révolution , sous le nom de père Duchesne, titre d'un journal incendiaire. Il fut nommé procureur de la commune de Paris. On le compte au nombre des assassins de madame de Lamballe. Il concourut aux massacres faits dans les prisons de Paris, dans le mois de septembre 1792. Il accusa la reine Antoinette d'avoir prodigué à son fils des caresses incestueuses. C'est par un noble silence que l'infortunée princesse répondit à une accusation si atroce. Le président du tribunal révolutionnaire lui ayant demandé la cause
de son silence, elle s'écria, vivement émue: «La « nature se refuse à répondre à une pareille incul- « pation ; j'en appelle à toutes les mères ici pré- « sentes. <>
L'arrestation d1 Hébert mit enfin un terme à ses crimes. A son entrée en prison, un détenu lui adressa la parole, et lui dit , en faisant allusion à la loi contre les suspects: « Citoyen, je suis suspect, tu « es suspect, il est suspect; nous sommes suspects , « vous êtes suspects, ils sont suspects. •> J'ai oublié la réponse à' Hébert ; mais je n'ai pas perdu le souvenir du premier entretien que j'eus avec l'éloquent eechapelier , qui termina sa carrière sur l'échafaud comme le père Duchesne.