‹ Nouveaux essais sur la peine de mortChapitre 4 sur 21 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

La vérité, toute digne qu'elle est de nos hommages, a des ennemis innombrables, d'autant plus dangereux qu'ils en sont les partisans hypocrites. Osons la dire cependant, et discuter une loi qui sert à immoler des innocens et à multiplier les coupables.

De toutes les erreurs, la plus funeste est celle qui, falsifiant les lois, a fait regarder comme légitime le meurtre connu vulgairement sous le nom de peine de mort.

Toute peine, imposée par la loi, sup«

pose une réparation utile au coupable et à la société.

Toute peine suppose donc la correction du coupable. Cette correction, est incompatible avec la mort. Celle-ci est évidemment la cessation des peines. Tuer n'est donc pas punir.

Pour identifier la peine de mort et le meurtre , il fallut recourir à un stratagème, à l'abus des mots, source de l'abus des choses ; il fallut déguiser un acte criminel , et le pallier sous la dénomination fallacieuse de peine de mort.

Ainsi , une circonlocution incohérente dans les termes qui la composent, abusivement légale, et transmise à l'usage par la déception, a rendu , en apparence, le meurtre public tellement conforme à la raison, qu'on l'a pris pour base de la sûreté générale, dans l'adoption d'un système pénal, d'après lequel les tribunaux ont à prononcer des sentences

de mort, comme s'ils étaient infaillibles ou capables de rendre la vie aux victimes des lois. Ce système , fondé sur les plusabsurdes paralogismes , fait réparer un meurtre par un autre meurtre, prendre des sicaires pour modèles des législateurs, donner des spectacles atroces pour des exemples utiles, et conserver dans le Gode une loi dont l'efficacité consiste à multiplier les forfaits, à égorger des Calas , et à perpétuer les sacrifices humains , en substituant des échafauds à des autels.

J'ai dit que toute peine suppose la correction du coupable. Mais les fauteurs de la peine de mort soutiennent que les criminels ne sont point corrigibles , et quun seul Octave devint un Auguste. S'il en est ainsi , pourquoi nous parlent-ils de remords, de repentir, d'expiation et de pardon des offenses?

Tout cela est détruit par la vindicte pu-

blique, expression de la plus barbare stupidité. La morale nous apprend que l'homme passe du mal au bien. La possibilité de ce changement a été admise ou rejetée par les anciens législateurs. Si elle a été admise, pourquoi tuer au lieu de corriger? Si elle a été rejetée, pourquoi rendre à la société des hommes qui furent condamnés aux travaux forcés ou à une longue détention? Rien n'est plus dangereux qu'une législation inconséquente, en prévoyant ou en ne prévoyant pas que l'innocent pourra être jugé coupable , et que la mort sera le prix de l'innocence , toutes les fois que le voile de l'erreur couvrira les juges , ou que le poignard de la vengeance leur sera mis entre les mains par un tyran astucieux.

La loi tient sa puissance de la raison ; elle n'a pas besoin d'emprunter la démence des assassins. Une loi qui punit

et commande le meurtre est en contradiction avec elle-même ; elle fait ce qu'elle condamne.

Ce n'est point le glaive du despotisme ou de l'anarchie) c'est la justice qui fait respecter les lois. Or une loi qui ordonne de ravir ce qu'elle ne peut restituer, est souverainement injuste : car la justice nous enseigne quï/ ne faut point ravir le bien d' autrui, quoique des spoliateurs en disposent ; et la raison , d'accord avec la justice, nous dit que la vie étant le premier de tous les biens , on ne peut l'enlever à l'homme sans commettre le plus révoltant des attentats.

Si la loi qui ordonne la peine de mort étajt juste , le ministre de cette loi ne serait pas couvert du mépris général, les juges ne craindraient pas de faire comme ceux de leurs prédécesseurs qui exécutaient, dans le midi de la France, les sentences atroces qu'ils avaient ren-

dues, et l'enfant de Mars ne dirait pas au législateur :

« Je n'ai point donné la mort à l'en- « nemi vaincu et désarmé ; je lui ai laissé « la vie. Toi , législateur , tu frappes « l'homme sans défense. Tu devrais aussi « escorter toi-même les tombereaux si- « nistres autour desquels un ordre rigou- « reux m'assigne une place honteuse.

'<■ Quel indigne camp tu me donnes I « Penses-tu que le laurier puisse croître « au pied de l'échafaud ? il ne te suffit « pas de me faire escorter l'exécuteur « de la haute justice ; tu ordonnes que «. ma fonction soit quelquefois celle de « bourreau , et que des frères tournent « contre des frères les armes qui n'a- « vaient été destinées que pour la dé- « fense de la patrie. »

Ces plaintes amères d'un guerrier sont en rapport avec les paroles remarquables que je vais citer :

« Vous avez voulu tuer pour vaincre ; « vaincre pour n'être pas tués ; mais tuer « après avoir vaincu; avoir vaincu pour « tuer!... Ces idées révoltent toutes les « âmes honnêtes *. »

S'il était juste de tuer après avoir vaincu , il faudrait admirer et faire revivre la discipline parricide qui augmenta effroyablement le nombre des déserteurs. On sait que durant le seul règne de Louis XV , les conseils de guerre firent passer sous les armes quarante mille hommes.

Plus il est constant qu'à l'égard des déserteurs l'abolition de la peine de mort a diminué la perte qu'éprouvaient les armées , plus il est certain que l'entière abolition de la même peine diminue considérablement toute sorte d'attentats. La progression ou le décroissement

* Muré>"a, Traité des violences, chap. 2.

de la corruption des mœurs vient des lois cruelles ou modérées. A Rome , la peine de mort avait multiplié les crimes; les lois Valérienne et Porcia les rendirent beaucoup moins communs.

Le prince qui fut surnommé l'amour

ET LES DÉLICES DU GENRE HUMAIN, TlTUS,

en montant sur le trône, jura que, sous son règne, le sang même des criminels ne serait jamais répandu. Léopold, en Toscane, prêta le même serment. Cinq crimes furent commis dans ses états , pendant vingt ans que dura son règne, tandis qu'il en fut commis deux mille , pendant ce laps de temps, dans le pays où le chef du conclave permet le meurtre public.

L'abolition de la peine de mort a produit un contraste presque aussi frappant à Philadelphie, dans les états d'ËLisA-

BETH, de GuiLLAUME-LE-CoNQUÉRANT,

de Joseph II , de l'empereur Maurice ,

et dans tous les pays où la loi sanguinaire fut abrogée.

Les gourera ans qui fondent leur pouvoir sur la peine de mort , foulent aux pieds le beau titre de Pères du Peuple, et lui préfèrent l'exécrable surnom de Parricides.

Les assassins par principes veulent que les lois tirent leur force de la terreur , prétention absurde d'un roi d'Angleterre, qui fit pendre soixante et douze mille voleurs * , et qui du vol poussait au meurtre **. Un tel roi n'aurait pas regretté de compter parmi ses esclaves le juge qui disait en parlant d'un accusé : « Est-il vieux ? Qu'on le pende, « il en a fait bien d'autres ; est-il jeune ? « Qu'on le pende, il en ferait bien d'au- « très. »

L'effet des exemples effrayans est le

* Voyez l'historien Harrissoit.

** Voyez I'Utopie de Thomas Morus.

brigandage exercé au pied de lechafaud.

La foule, l'éclat des armes , les coups du bourreau, le sang qui jaillit, rien n'empêche la main furtive de se glisser où elle peut. L'effroi ne saisit point les méchans ; il ne frappe que les hommes doux et sensibles, qui ont en horreur les exemples de cruauté ; on les donne en pure perte aux médians, on séduit par la curiosité un peuple laborieux; on l'arrache à ses utiles travaux ; on l'habitue au désœuvrement; on pétrifie les cœurs, on lesrend barbares. Combien les idées du législateur ont été illusoires quand il a cru que la peine de mort ne manquerait pas d'inspirer une terreur salutaire! Des femmes, oubliant que la pudeur est le plus bel ornement du sexe, vont se montrer dans les amphithéâtres des bourreaux, et prodiguent orgueilleusement des bourses pleines d'or , pour acheter le plaisir de voir .

tomber des têtes. Mollement appuyées sur le duvet, ces femmes ont prêté l'oreille aux cris d'une joie féroce , outrageant peut-être l'innocence ; elles ont contemplé la scène des cannibales qui , le front couvert de sang , osaient danser autour de l'échafaud de l'infortuné Bailly. Quel est l'objet de ces impudiques spectatrices ? Est-ce d'attirer les regards et de les disputer à des victimes et à des bourreaux ? Est-ce d'apprendre à ne pas s'évanouir en caressant un jeune épagneul qui semble se plaindre d'un mal fort léger ? Est-ce de s'endurcir a^sez le cœur pour se mettre en état d'étouffer leurs enfans, et d'empoisonner leurs maris ? Ces mères de famille recherchent-elles quelques autres jouissances ? Qu'elles se transportent à Constantinople , pour y voir empaler des hommes, et suspendre des têtes par ordre du sultan; qu'elles passent de

Constantinople à Missolonghi , déplorable cité de héros et d'héroïnes qui renoncèrent à la vie, pour n'offrir que des morts à la brutalité d'un hommetigre ; qu'elles parcourent l'Espagne > éclairée par des auto-da-fé dont elles attiseront le feu, pour gagner des indulgences à l'instar des moines et du petit peuple.

Redoutons les exemples de la terreur, exemples horribles , sans être aussi efficaces que les craintes inspirées par un homme condamné à la glèbe, punition qui ne sépare point la justice de l'humanité. Les morts sont oubliés. Le législateur qui les multiplie démontre, en amoncelant les victimes, l'inutilité des leçons de la terreur.

Le nombre des innocens condamnés à mort en Europe excède mille fois celui des hommes brûlés vifs pendant quatre siècles , sous les lois du plus exé-

crable des tribunaux. Ce dernier nombre, de trente -quatre mille -six cent cinquante - huit , n'a point paru assez considérable dans le dix-neuvième siècle aux nouveaux disciples de Torquemaua, fameux inquisiteur, dont la prééminence suprême a été l'apanage de ses successeurs , devant qui les rois d'Espagne se tenaient debout et la tête découverte.

N'eût-il existé qu'une victime de la peine de mort , il aurait fallu supprimer cette peine irréparable. Des tyrans et des sophistes prétendent la conserver malgré les progrès de la civilisation.

Les tyrans invoquent le droit de la guerre. Quel droit! .... Et quel rapport y a-t-il entre des armées à vaincre, et un ennemi vaincu? Insensés ! ils ignorent leurs propres intérêts : César fut poignardé ; plus de cent vingt monarques montèrent sur l'échafaud.

Parmi les esclaves du pouvoir absolu,

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les uns craignent qu'un prisonnier ne s'échappe, et décident qu'il doit être mis à mort. Mais les craintes ne justifient que les précautions. Ceux qui ont privé un homme de sa liberté, peuvent le retenir dans sa prison. Louis XVI, dans la tour du Temple , et le prisonnier de Sainte -Hélène, ont prouvé que la fuite est impossible aux détenus , quand la surveillance est bien observée. Le sophisme concernant l'évasion mérite à peine d'être réfuté ; ceux qui le mettent en avant se réfuteront eux-mêmes ; ce qui arrivera si, devenus prisonniers, ils entendent ces mots : « Vous pourriez « fuir; on va vous égorger , à moins que « vous ne prouviez qu'il est plus rai- « sonnable de vous garder et de vous « surveiller , que de vous tuer , par « crainte d'évasion. Optez entre votre « rétractation et la mort. »

Les autres esclaves du despotisme

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croient qu il est plus utile à un gouvernement de se débarrasser des prisonniers que de les surveiller , et prennent pour juste tout ce qui est utile, sans réfléchir aux inductions naturelles que chaque malfaiteur pourra tirer dune politique si commode , ni aux désastres que provoque une loi tyrannique par les condamnations à mort qui, tôt ou tard, amènent les révolutions, l'anarchie et les massacres. Jean Hus ayant été brûlé vif à Constance en Suisse, quarante mille sectateurs de ce martyr inondèrent de sang la Bohème, en livrant à la mort tous les prêtres, pour se venger de l'atrocité des juges de Constance. « Anne du Bourg , conseil- «. 1er au parlement et diacre , fut exécuté « en Grève, dit le président Hénault, < pour cause de calvinisme , après avoir « été dégradé ; ce qui donna lieu a la « conspiration d'Amboise et aux guerres « qui suivirent, »

Quelques publicistes font valoir jusqu'au prétendu droit de se détruire soi-même ; ils ont imaginé que , par un consentement unanime, la société a transmis ce droit à des législateurs, à des magistrats, à des bourreaux.

Répondons que la doctrine des suicides est criminelle, et qu'un droit qui n'appartient ni à chacun , ni à la société , n'est point transmissible ; que jamais il n'exista une société de suicides, et qu'une convention imaginaire ne prouve nullement la légitimité du meurtre légal.

A-t-on voulu fonder le droit du glaive sur le préjugé qui rend l'honneur dépendant de la vengeance? Je ne puis convenir que , se trouvant en opposition avec les bonnes lois qui n'ont point la vengeance pour base, le droit fondé sur la soif du sang humain ait le caractère de la justice.

La loi est impassible ; sa volonté dif-

fère essentiellement de la violence d'un furieux qui brûle de se venger et de sauver son honneur par des assassinats.

Il est possible que la défense de soimême exige qu'un assassin soit frappé par celui qui est attaqué ; mais la nécessité où est réduit un seul homme n'établit pas le droit de la société , assez forte pour vaincre un ennemi sans lui ôter la vie.

Dans un gouvernement éclairé, les bras ne sont point employés à détruire des bras. Les chemins escarpés et glissans à rendre praticables ; les plaines , les collines à fertiliser; les nouvelles constructions à élever au-dessus des fleuves ; les carrières , les aqueducs, les canaux à creuser, les ports de mer à nettoyer ; les vaisseaux à faire ou à radouber; mille travaux à entreprendre dans les villes et dans les campagnes:

tout demande des bras ; pourquoi cloue les anéantir? 3.

Les gouvernans inhabiles n'opposent à la destruction que la destruction , tandis que les hommes de ge'nie , tirant le bien même du mal, n'arrachent au coupable que les pavots de l'oisiveté.

Que le travail , imposé par la loi , soit donc la peine de tous les vices et de tous les crimes ; il en est le plus efficace préservatif ; il est la source des richesses des peuples et des états; il honore la société; le meurtre la dégrade autant que le fer rouge qui flétrit la chair humaine d'une marque ineffaçable.

L'abolition de la torture et des supplices atroces fut le présage de la suppression de la peine de mort ; mais au lieu de perfectionner la législation criminelle, on n'a changé, en France, que la manière de tuer ; on y a mis beaucoup d'adresse ; et l'on est parvenu à tromper la sensibilité par une prompte mort.

Qu'il soit brisé toutefois l'avide instru-

£*> 3i ^4 ment qui servit à faire tomber la tête de Louis XVI, de Malesherbes, et de tant d'illustres personnages ! Que l'innocent* ne soit plus immolé! Que le coupable soit forcé à une réparation utile à lui-même et à la société! Que les fonctions des législateurs et des tribunaux soient enfin ennoblies, et que l'accomplissement de ces vœux de tous les hommes éclairés et sensibles soit compté parmi les grands bienfaits des lumières et de la civilisation !

Telles sont les idées que j'ai développées dans mes réponses à des publicistes célèbres, et surtout dans le quatrième des nouveaux essais. Ce dernier ouvrage, où il est traité des plus importantes matières de la législation, a été soumis vingt fois à des lecteurs éclairés

* Vaïeant omnia ad salutem innocentium , ad opem innocentium ; in periculum verb et perniciem repudientur ! Cic.

dont les observations, recueillies avec soin, ont beaucoup servi à perfectionner mes premières esquisses. Le poète Rousseau pâlissait six mois sur les strophes d'une ode ; dix ans ont été employés, tantôt à la composition, tantôt à l'examen et aux corrections du premier discours poétique d'une étendue égale à celle des harangues ordinaires.

J'ai pensé que les discours philosophiques en vers ne sont ni assez multipliés ni assez développés , et que l'objet n'en est pas moins intéressant que celui du drame ou de l'épopée. J'ai voulu donner un exemple utile, sans avoir l'orgueilleuse prétention de fournir un modèle.

J'ai fait en sorte cependant de ne pas justifier certaines gens qui ont affirmé qu'il n'aurait pas fallu traiter en vers une question relative à la peine de mort , et que les embellissemens de la poésie ne conviennent qu'à des sujets

moins sérieux que celui-là. Il est facile de répondre que l'élégie et la tragédie, entre autres compositions, ne sont pas écrites en prose. Homère, Virgile, Horace, Corneille, Racine, Voltaire et presque tous les poètes ont prouvé que les muses enseignent la morale. Les domaines de la poésie seraient bien étroits, s'il n'était permis de versifier que des contes ou des vaudevilles. Pour» quoi serait-il déraisonnable d'exprimer en vers les grandes vérités qui intéressent tous les hommes? Ajoutons qu'il est plus facile de retenir les vers que la prose. On se rappelle fort peu quelque.: passages de d'Aguesseau, de Montesquieu ou de Buffon ; mais on n'oublie pas les vers des poètes tragiques. Personne donc ne peut soutenir raisonnablement que les plus graves sujets excluent les ornemens de la poésie.

J'ai taché de tirer parti du rhytbme

îe plus beau, celui des vers alexandrins. Je dis, en parlant d'un prisonnier qui s'est échappé :

Jl traîne sa prison avec la liberté.

Je fais entendre le bruit des verroux d'une prison :

Là , des verroux bruyans apprennent aux pervers Que l'audace punie en vain brisa les fers.

Je peins les vociférations des furies révolutionnaires ,

Dont la bouche de fer , annonçant le transport , En longs mugissemens criait : Vive la mort !

Je présente ainsi le contraste qui, dans le dix-neuvième siècle, étonne la raison :

Vainement la splendeur , etc.

Un voile ténébreux est partout étendu.

Les bons juges décideront s'il n'y a pas dans le discours sur le meurtre public des maximes incontestables, des

portraits fidèles , des tableaux frappans et des vers faciles qui souvent ne sont pas les plus faciles à trouver.

Mais fut- il démontré que le succès de l'entreprise n'a point répondu à mon espoir, c'est le talent du poète, ce n'est pas la poésie qu'il faudrait accuser d'être en opposition avec la matière que j'ai traitée.

Je n'oublierai pas d'observer, en terminant ce discours, que Beccaria ni la plupart des écrivains , publicistes , orateurs ou poètes , n'ont rien dit sur les victimes des lois. Pour moi, j'avoue que la plus douloureuse de toutes les pensées a toujours été présente à mon esprit. Dût-on me reprocher en cela des répétitions de pensées, je serais moins à blâmer que les hommes qui tolèrent la fréquence des supplices dont la marque ou flétrissure n'est pas le moins révoltant, et je ne rougirais point d'avoir

lu prévenir de nouvelles injustices les erreur criminelles. Je n'aurai ir détracteurs que les ennemis du genre humain, lorsque j'aurai souvent déploré la perte des innocens condamnés à mort et rappelé la conclusion de la prosopée de Malesherbes :

Les dfngers renaissans suivent l'excès des peines ; De l'innocent captif vous briserez les chaînes ; Mais rendrez-vous la vie aux victimes des lois ? Répondez, magistrats, législateurs et rois.

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