DU COMMENTAIRE INÉDJT DU GORGIAS
LoNGiir nous apprend ' qu'Eubulus ayaît écrit un commentaire sur le Philèbe et le Gorgias; et il paraît qu'Hiéroclès avait aussi composé^ un commentaire sur ce dernier dialogue. Ces commentaires ont péri avec beaucoup d'autres: le seul qui soit parvenu jusqu'à nous est celui d'Olympiodore. On ]p trouve dans la plupart des bibliothèques de l'Europe;, mais il est encore inédit 9 et totalement inconnu, à l'exception de l'introduction que Routh a publiée à la suite de son édition du Gorgias ^. Nous nous proposons de publier un jour un travail complet sur cet ouvrage d'Olympiodore , travail beaucoup trop étendu pour trouver ici sa place. Nous n'en donnerons qu'une partie , celle qui se rapporte
* Dans Porphyre, F'ie de Plotin. Long., p. 178, éd. Weiske.-— ^Damascius, f^iettlsidorey dans Photius, p. 338, ed, Bekker.— * Plaionis Euthjrdemus et Gorgias, éd. Roath,
au mythe célèbre, du Gorgias. Nous avon!^ vu que c'était presque un principe pour Platon, comme philosophe et comme artiste , de mêler un mythe «à chacun de ses grands dialogues, et le Gorgias comme le Phédon est terminé par «tn mythe. Ce mythe a exercé les critiques modernes et les critiques anciens , et il est d'autant plus curieux d'interroger sur ce point Olympiodore, que ce philosophe du VF siècle avait sous les yeux tous les commentaires antérieurs, et qu'on peut presque toujpurs regarder soil opinion comme celle de Técole même à laquelle iPâppartient, et le dernier mot de la philosophie alexandrine. Or, l'examen du mythe du Gorgias conduit naturellement à la question dé la nature et de Vautorité des mythes en général , question qui en soulève beaucoup d'autres du plus haut intérêt : Quel était le fond de la foi des Atexatidrins ? Les Alexandrins croyaient- ils ou ne croyaient-ik pas aux dieux du paganisme, et comment y croyaient -ils? Les superstitions qrfilâ défendaient étaient-elles dans ces suhtils et profonds philosophes un reste naïf et touchant 4e ta vieille fbi populaire, ou n'étaient-éîles pottî* eux que l'enveloppe consentie d'une doctrine philosophique ? Il n*y a point de questions plu6 importantes pour f intelligence des premiers siècles de notre ère. 01ympîodore,*dans la partie de son commentaire qui se rapporte au «yth© dli Ùorgias^ s'explique à-cet ég^frd avec tme franidbi^
386 oLrupioDoiis.
et une B^eté parfaite. Nous ne connais&ons dans toute l'âintiquité alexandrine aij^un passage aussi clair et aussi décisif que celui-là. Ce passage même est si curieux que nous avons pris le parti deb le donner tel qu il est, presque sans aucun retranchement et sans aucune remarque, aimant mieux feire subir au lecteur la manière lâche et diffuse d'Olympiodore , que d'altéré et d'afifaiblir l'impression de l'original. Voici doneVe dernier des Alexandrins nous exposant lui-même le système mythologique de l'école néoçlatomcienne. La base de, notre travail est le manuscrit de la Bibliothèque royale de Paris, n^ iSaa. C'est le même manuscrit dont Routh a tiré l'introduotion qu'il a publiée, fl contient, avec le commentaire d'Olympiodore sur lé Gorgias , les commentairesdumême Oljrmpiodbre surY^^iciâioele^ le Phédon et le Philèbe. Ce manuscrita été copié à Venise , en 1 536 , par Ange Vergèce, de Crète. Il est même très-probable que l'original est le manuscrit célèbre de Venise, du X* siècle, contenant les commentaires d'Olympiodore sur le Gorgias, XAlcibiade, \q Phédon et le Philèbe^ ayant 337 fe^l^s» parchemin , in-4*', et coté 196 dans Zanetti, p. 109. Le commentaire du Gor^ gias occupe dans le manuscrit de Paris 82 feuilles ; il est divisé , comme le commentaire sur VAlcibiadej en leçons ou articles, plus ou. moins longs, appelés irpcéSeiç,etil se compose en tout de 5o articles. Le fragment qui suit embra^ les
OLTMPlbSORB. . 38l
cinq derniers, savoir: les leçons 46, 47^ 48^ 49 et 5o.
LEçojir 46®, FOL. 7 a vsrso — • 74 verso.
Puisque Platon racofite un mythe , cherchons i^ ce qui porla les anciens à l'invention des mythes ; 2® quelle est la diflFérence entre les mythes philosophiques et les mythes poétiques ; 3® quel est le but de celai du Gorgias.
I® Les mythes se rapportent d'un côté à la na*turê , del'autré à notre âme.
Le mythe est fondé sur la nature : les choses invisibles se concluent des choses visibles; les incorporelles , des corporelles. Nous vpyohs les corps soumis à des lois, et nous concevons ' qu'une puissance incorporelle y préside. Nous voyons que maintenant notre corps se meut, et ensuite y après la mort, qu'il ne se meut plus; nous comprenons par là qu'une puissance incorporelle était la cause de ses mouvemens. Ainsi nous sommes conduits par les choses visibles et corporelles, aux choses invisibles et incorporelles. Or les mythes ont été inventés pour que nous allions de ce qui est apparent à ce qui est obscur. Quand on nous parle, par exemple ,^df s adultères, de la captivité, des blessures des dieux, de la fnutilation d'Uranus , etc. , nous ne devons point nous arrêter à ces dehors , mais pénétrer jusqu'à la vérité qu'ils enveloppent.
3St OLTUPXODOIUS»
'" Le» mylhetf^e rapportent aussi à uotre àme. Dans notre enfance , nous vivons selon Fiinagination; et l'imagination se prend aux formes. L'emploi deiJ mythes est destiné à satisfaire cette faculté. Le mythe n eU^aatre chose qu une fiction qui représente la vérité. Si donc le mythe est- Timage de la vérité, et si l'âme est l'image de ce qui est au-dessus d'elle dans l'ordre des êti^s, c'est avec raison que lame aime lesiujrthes; c'est l'image qui appelle l'image.
a^ Quelle est la différence entre les mythes philosophiques et les mythes poétiques?
Les uns et les autres sont réciproquement inférieurs sous un rapport, et supérieurs sous im autre. Le mythe poétique est supérieur en ce qu'on est comme forcé d'écarter l'enveloppe pour pénétrer jusqu'à la vértté qu'il contient : son absurdité empêche qu'on s'arrête à ce qui est apparent, et oblige à chercher la vérité cachée. D'autre part il est inférieur en ce qu à la rigueur l'homme simple qui ne regarderait que l'appai^nce, et ne chercherait pas ce qui est caché au fond du mythe , pourrait être induit en erreur; le mythe poétique peut tromper une âme sans expérience. Aussi Platon a-til banni Homère de sa République, à cause de cette sorte de mythes. Les jeunes gens, dit-il , ne peuj vent entendre sainement de telles fables: caries , jeunes gens ne savent point distinguer ce qui est allégorique de ce qui pe l'est pas, et ce qu'ils ont
* une fbb niis dans lepr mémoire est itiefihçâible. Phiton veat donc qu'on leur enseigne d'auiTés mythes. Dans les mythes philosophiques , *u cfintraîre, même en s'arrétant afix apparence*, l'esprit n'éprouve rien de très-fâcheux. En eîFet, cA mythes supposent sous la terre des supplices, des fleuves, etc. En admettant laMttre de ces récits, on ne tombe point dans une erreur nuisible; Mais rinfériorité de ces mythes consiste en ce que l'on se contente souvent de leurs dehors, pai«ce qu'ils ne sont pas absurdes, et qu'on n'en cherche pas toujours le vrai sens.
Telles sont les difFérences des mythes. On les emploie encore pour ne pas divulguer ce qui ne pourrait être coippris. Commip dans les cérémonies» religieuses on voile les instrumen s sacrés et les «choses mystérieuses, afin de les dérober aux regards des hommes indignes, ainsi les mythes *(eiiveloppent la doctrine^ afin qu'elle ne soit pas livrée au premier venu. En outre, les mythes philosophiques se rapportent aux trois puissances de Tâme. Si nous étions une pure in* telligencd sans imagination, l'esprit, uniquement occupé des choses intelligibles , n'aurait pas besoin de mythes. Si, au contraire, nous étions tout-à-fait privés d'intelligence |^si notre vie était toute livréie à l'imagination, sans rien chercher au-delà % les mythes suffiraient à tous ik)s be-
3A4 OLTMPIOBORS.
soins; mais nous avons eA nous riçtelligence, ropinion^rimagination. Vaploz-trotiS vous conduire d'après l'intelligence? vous avez k voie de la démonstration. D'après Fo^înioft? vous avez celle du témoignage. Par Fimagination ?
vous avez les mythes. Ainsi tous les besoins sont satisfait^
3^ Quel est le but du mythe du Gorgias?
Comme il £aut avoir devsAt les y exil le monde , c'est-à-dire l'ordre et non le désordre , de même il faut penser, non pas aux juges particuliers de cette vie, mais aux juges universels qui jugent Fftme après sa sortie du corps , et traitent chacun selon son mérite. La rhétorique nous défend devant les tribunaux humains, mais devant le tribunal des juges universels, celui qui a bien vécu gagnera sa cause , et la rhétorique est itiMil^y car ils sont incorn^ptibles. TeHe est rintention immédiate du mythe du Gof^as.
Platon rappbrte des mythes en plusieurs endroits. On en trouve un dans le Politique ^ savoir, que jadis, dans l'âge d'ô^, le mouvement des corps célestes n'était pas tel qu'il est aujourd'hui; que celui des planètes «était, contraire à celui des étoiles fixes ; qu'il n||[ avait ni été ni hiver. Il y a un mythe sur l'a^cMôr dans le Banquet; il y en a un dans la iCépuhlique; un dans le Phédon; un autre plus haut, dans le Gorgias; enfin celui qui nous occupe.
Tout mythe ne se rapporte pas à l'autre vie et
OLTBnPIOBOIl». 38S
ne s'appelle pas vexuia; on n'appelle ainsi que les mythes où il s'agit spécialement des destinées de l'âme. Celui du Politique n'est pas de ce genre: il parle seulement des corps célestes. Celui du Banquet n'en est pas non plus. Trois seulement se rangent sous ce titre; celui de la République y car le mythe de la République traite des âmes; celui du Phédon et celui du Gorgias. Dans lePhédon, Platon parle (fcs lieux où se subissent les châttmeàsiâàxïslsL République y des âmes qui sont jugées; ici , des juges eux-mêmes. Mais, puisqu'il y a dans Platon trois mythes sur l'autre vie , pourquoi lambliqiie; dans l'une de ses Lettres , n'en cite*t-il que deux , celui du Phédon et celui de la République? Peut-être celui à qui est adressée la lettre ne l'avait-il consulté que sur ces deux dcFniers; car un si grand philosophe ne pouvait ignorer le mythe du Gorgias.
UÊÇOlf 47? FOL. 74 VERSO •— 76 VERSO.
« Aîîoug ih , çacri, juia^a xa).'ou V^m — toutwv ^s ^ixacral IvX Kpovcu. » « Écoute donc, comme on dit, tm beau récit, qu^tù prendras, à ce que j'imagine, pour une fable,, et que )e crois être un récit très-véritable — Sous le règne de Saturne » Traduction de Platon, t. m,
Socrate, qui s'attache au fond des mythes saiiS i^'arrétcv à l'ciiiiérieur, dit que, dans sa penséef^
3g6 oLj]ni9PMs.
ce récit est vmj mais cpie pour Cailidès ce n'est
qu'une fable.
Les philosophes ne recoiinaifisent qu'une cause supréine de toutes choses, qui a donné naissance à toute la nature, et à laquelle ils n'ont pu imposer un nom. Voilà pour(|uoi qu^qu un dit dans un hymne :
ponnattecâftieraHey toi dont la sagesse est partout ? Qud diflcous te coiiYÎent, toi ^pe l'espt mène ne peut
(comprefàse 7\
Mais cette cause unique ne dirige pas inuné- ^ateqaent les choses de ce inonde; il ^rait contre l'ordre que nous fiissions gouvernés directement p^r la cause première eUe-mérae; car mt^nt la cause est supérieure à l'effet , autsDt l'effet est inférieur à la cause. II faut donc qi|e la cause première agisse d'abord sur des puis* sauces supérieures à l'humanité, et qu^à leur tour celles-ci agissent sur nous; car nous sommes le dernier degré de l'univers. Il devait en être ainsi, afip que le monde ne fût pas imparfait. Il y a donc d'autres puissances supérieures q^^e les poè^s appellent cl^aine dor^ à cause de leur continuité.
La puissance première est l'intelligence; après elle vient la puissance qui donne et entretient la vie, et ensuite toutes celles qu'on désigne par des noms symboliques. Il ne faut p^ se troubler
OLTMPIOBOJRÈ. ^ 3g;.j
de ces noms de Saturne et de Jupiter, mais rechercher quel est ^eur sens. On peut croire que ces puissances ne sont pas des essences propres et distinctes les unes des autres, mais les placer dans la cause preiHière, comme ses divers points de vue, et dire qu'il y a en elle des puissances ' intelligentes et vitales. Quand nous parlons de Saturne, que ce nom ne nous troubje pas: p^étrons-en le sens. Saturne est Tintelligence pure '. Ce nom désigne donc la puissance intelligente. Aussi les poètes disent qu'il déisore ses enfans et les vomit ensuite. En effet, l'intelligence se re^ plie sur elle-même, elle cherche , et elle est ellemême ce qu'elle cherche^ C'estpour cette raison que Saturne est représenté dévorant ses enfans. Et il les vomit, parce que no^v-seulement Fin-! telligence conçoit et enfante, mais produit e^ forme ^ C'est ce qui fait donner à Saturne r%)i* thètede iY)cu^d{i.7iTiç, parce que le crochet se replie sur hurmême. Comme il n'y a rien d'irrégulier, d'é* trange, de nouveau dans l'intelligence, on la repré-, sente sous la forme d'un vieillard. Voilà pourquoi fes astrologues disent que ceuxà qui Saturne est favoç^le naissent sages etprudens. Jupiterest ap^ pelé Z«i^ en tant que puissance vitale (de Ç^v]^ Aiàç parce qu'il donne(^i'^a,ai) la vieparlui-mêm*'
. * Kpovo; xopoç vouç , S è<mv 6 xaOapoç.
2 Elle est, en langage moderne, l'identité du sujet et de l'objet de la pensée.
» Hon-sculement eUe est substai^îe, maiseUe est cause.
,Qg otTMKODOaÊ.
te soleil est porté par quatre coursiers quireorésentent le» deux équinoxes et les deai solsu- L II est jeune à (!«use de la force de ses rayons. La lune est traînée par deux taureaux : ils sont deux à cause de sacroissancé«tde son décroissement. Ce sont des taureaux, parceque de même que les taureaux labourent la terre de menre la lune souveme le monde terrestre. Le sole.1 est mâleflalune femelle, parce qu'il apjartrent au mâle de donner, à la femelle de rece™r-,\e soleil donne la lumière , la lune la reçoit. Il ne faut donc point se troubler de ces récits des poètes. Platon dit que Jupiter, Neptune et Pluton se partagèrent l'empire qu'iU avaient reçu de Sa- «rue II n'emploie pas un mythe poétique ma,»
un mythe philosophique; auss, ne dit-d pas comme les poètes, qu'ils ravirent 1 empire à Saturne, mais qu'Us le partagèrent. Partage ou ta , même chose (,.fo< de, (,„). La loi, ='e^'>=P^';; tage fait par l'intelligence. Or, Saturne signifiant comme on l'a dit, l'intelligence, c'est de lu. que
■vient la loi. , ,
L'univers se compose de trois choses : te ce lestes, les terrestres et les intermédiaires , qui ont fe feu,I'»;.-, l>au. Jupiter préside aux choses célestes , Pluton mx choses de la terre : le règne rmcli^c es. soumis à Neptune^ Ces no^ désignent les puissances préposées à ces ditferen« natures. Jupiter tient un sceptre ,s.gno de ses fonctions de juge; Neptune est armé d«
OLTMPIODOBE. SSq
trident, comme présidant aux trois élémens intermédiaires ; Pluton porte un casque , à cause des ténèbres de son empire. Comme le casque cache la tête , ainsi Pluton est la puissance qui préside aux choses obscures. Ne croyez pas que les philosophes adorent des idoles , des pierres , comme des divinités j mais l'humanité étant soumise aux conditions de lasensibilité et nepouvant atteindre aisément à la puissance incorporelle et immatérielle . ni s'occuper sans cesse des idées , les images ont été inventées pour en éveiller ou en rappeler le «ouvenir; en regardant ces images naturelles , en leur rendant hommage, BOUS pensons aux puissances qui échappent à nos sens.
Les poètes disent encore que Jupiter eut de Thétis trois filles, Eunomie, Dicé, Irène. Eunomie règne dans le ciel fixe ; là le mouvement est continu et toujours le même , il n'y a point de diversité '. Dans la région des planètes habite Dicé. Là il y a distinction entre les astres, et la distinction appelle la justice distributive, laquelle rend à chacun ce qui lui appartient. Dans cette même, région habite Irène; car il y a combat, et par conséquent la paix est nécessaire ; il y a combat entre le chaud et le froid , l'humide et le sec ; mais quoiqu'il y ait combat, il y a harmonie. Yoilà ce que disent les poètes. Quand ils nous
Sgo OLYMPIODORE.
montrent Ulysse errant sur les mers parla vokmté de NepCone, ils veulent dire que la manière d être tf Ulysse n'était ni terrestre , ni céleste , mais mitoyenne : car Neptune préside à l'ordre intermédiaire. Ainsi, nous appelons fils de Jupiter celui qui ordonne son âme selon le ciel ; fils de. Pluton , celui qui vit d'une vie terrestre; fils de Neptune , celui qui suit les lois de Tordre intermédiaire. Yulcain est une ipuissance préposée aux corps. C'est pour cela qu'il travaille avec des soufflets , ev p^atç, c'est-À-dire, h ratç f utf6<nv, avec les productions de la nature. Puisqu'il est ici question des IlesJFor tunées, de la justice y du châtiment, de la prison, faisons connaître chacune de ces choses. Les géographes disent que }^ Iles-Fortunées sont dans l'Océan, et que les âmes vertueuses vont y habiter après la mort; mais il faut savoir que les philosophes comparêtat la vie humaine à la mer ; comme la mer, elle est sujette au trouble , amère et semée de difficultés. Les Iles dominent la mer et s'élèvent au-dessus d'elle ; aussi les poètes donnent le nom d'îles fortunées à cette manière d'être qui s'élève au-dessus de cette vie et de la création. Il en est de même des Champs^Élyséens. Hercule exécuta le dernier de ses travaux dans les régions de l'occident, c'est-àrdire qu'après avoir achevé cette vie ténébreuse et terrestre , il véeut ensuite à la lumière du jour au sein de la vérité.
- • Mais qu'est-ce que la prison où s'i&i|ige te
ciisMiinent ? Les philosophes pienseilt qtie la terte est percée de trous comme la pîerre poncé , et que ces trous pénètrent jusqu'à soû centre. Là, sont dés lieux divers, les uns glacés, les autres enflammés. Des puisisances Gharoniennes y président, cùmme le prouvent les exhalaisons de la terre. Ce lieu est appelé le Tartare. Les âmeS des méchans y demeurent jusqu'à ce (jueleùr enveloppe ( le char qiii les portait , oy^^m âutûv J ait satisfait à la justice. Le coupâfhle enchaîné est retenu immobile. En effet, une fois arriva dans le Tartare, il perd tout mouvement; car c'est le centre de la terre , et il ne peut totnbeï^ plus bas. S'il continuait de se mouvoir, soh mouvement serait ascendant, puisque après avoi# atteint le centre, il ne pourrait que remonter. Voilà pourquoi s'y trouve la prison gardée par les démons et les puissances terrestres. Car ce sont les démons, ^at(i.ovta)Set(; îuva(Aeîç, que désignent le chien Cerbère et les autres gardiens de ce lieu. Telle est la différence des puissances di^vines et des puissances infernales. '
LEÇOir 48 , FOL. 76 V£BSO — 79.
« Sons le régné dé Saturne — J'ëtaîs mstmit de ce dÀoi^ dre ayant yons.... »> P. 4^4 — 4^^*
Plu ton se plaint à Jupiter de l'injustice des premiers jugemens; Jupiter promet d'y remédier à raveni(, U est dans l'esseàce 4u m^tbe,
3ga OI.T3IPI0B01IS.
d'établir rantmorité et la postériorité , là oqèl il Y a toujours simultanéité. Uordre imparÊdt, le mythe ie suppese antérieur; Tordre parfait^ il le donne comme ayant succédé au premier; car il faut aUer de Iimpar£adt au parfait. Toujours les juges et ceux qu ils jugent ont été à la fois nus et revêtus de corps ; toujours les jugemens ont été mauvais et bons; car les mauvais jugemens , ce sont ceux de cette yie, dictés par la p2&sion ou par Terreur ; les bons jugemens , ce sont ceux. de Tautre vie, des juges divins, de la sagesse et de la raison: ces deux sortes de jugemens ont toujours existé simultanément. Le mythe change le rapport d'infériorité et de supériorité en rapport d'antériorité et de postériorité. C'es.t ainsi qu'il faut entendre ces mots : autrefois on jugeait et on était jugé revêtu de corps, et maintenant on juge et Ton est jugé nu. La diversité des temps est substituée à celle du rang. Les interprètes n*ont pu parvenir à expliquer ceci, rebutés par la profondeur des expressions de Platon '.
Qu'entend Platon par: ôter la prévoyance de la mort? si c'était un bien, pourquoi ïoter à Thomme? si c'était un mal, pourquoi le lui avoir donné? Quelques-uns disent que Dieu fit bien de nous ôter la prévoyance de la mort; car, si nous en connaissions le moment, nous pour-
^ Tapira 9g èinynreà rtSytviihvw éltXv 9tà ^ov; ;^tt»p)2ffayrcç
OLTMFIODOBE. 898
riens vivre dans l'injustice ^ et nous préparer à la mort par une conVersiou d'im moment. L'ignorance où noua?< sommes sur ce . point est donc un très-grand bien, puisque nous sommes obligés de nous ^conduire constamment comme des êtres misonriables ; mais il faut dire ce que c'est que cette prévoyance d'autrefois et cette ignorance d'aujourd'hui. Il y a trois questions susceptibles d'affirmations contradictoires. 1° L'âme ne vit-elle pas sur la terre revêtue d'un cotp3 et ne périt-elle pas avec lui, ou bien s'en sépare-t-elleiet existe-t-elle ' indépendante et par elle-même ?' 2° N'est-elle jugée que dans cette vie, ou Test -elle aussi dans ime autre? 3^ N'^st-elle jugée que par les hommes ,• ou l'estelle aussi par une puissance divine ? La réponse à une seule de ces trois questions détermine celle qu'on doit faire aux deux autres. Par exemple, si l'âme ne vit que sur la terre et périt avec le corps , il est évident qu'elle n'est jugée que sur la terre et non ailleurs, et qu'elle n'est jugée qtte par des hommes et non par une puissance divine. De l'autre part, si l'âme existe par elle-même, séparée du corps, il est évident qu'elle est aussi jugée dans une autre vie par uue puissance divine et non par des hommes.
Le véritable jugement a lieu dans l'autre vie. Quand donc Jupiter nous ôte la prévoyance de notre fin d'ici bas , il ne- nous ôte que notre ignorance et nous enseigne qu'il faut porter nos
3^4 OLTMPIODORlti
regards Ters le tribunal de Fautre Tie. Le mytlw est ane leçon adressée à Calliclès , leçqn qui lui apprend à préférer aux trîbimaux d'ici bas ^ ceux du monde à ¥enir. C'est danis ce choix, que consiste notre liberté. Il dépend de nous dfembrasser ou de rejeter la yertu^ et nous ne sommes point soumis à la nécessité.
L'astrologie n'a pas d'existence, car eOe détruirait la providence, les lois, les jugemens. I^e philosophe Ammonius dit : Je connais des bommes qui, selon l'astrologie, sont nés soumis à l'adultère, et qui cependant restent^vertueux par la force de la liberté. Ainsi, la puissance de Fastrologie dépend de la volonté des individus. Si l'on agit selon sa conscience ^ elle est sans influence et sans effet. Aristote se prononce contre la nécessité, et admet le contingent, to fv^i/o'/uKsvov. Plotin accable l'astrologie par ce dilemme : Les astres sont animés ou inanimés. S'ils sont inanimés , ce qui n'est pas , comment peuvent-ils produire quelque effet, opérant sans ame, ijrSj^aê^ i^ipyôovtfit ? s'ils sont animés, et que lerfh action soit supérieure àla nôtre, OetoTepwç % x«^M(«.a^ ivep-yei, comment donnent-ils à l'un la richesse et tous les avantages de ce genre, à Tautre la pauvreté et toutes les autres sortes d'infortune ?
Jupiter ordonne à Prôméthée tf ôter à l'bonoime la pt^vîsion de la mort : expliquons le mythe poétique de Prorâéthëe. Prdméthée est la puissance qui préside à la descente (xaOo'Jou) des âmes
raiéonHËible^ âur la terre. C'est le propre de rame raisonnable de savoiir antérieurement (itpo(Aii« OâdOâi ) et de se connaître elle-même avant toutes choses. Les êtres privés de raison ^ lorsqu'ils reçoivent une impression extérieure, ne distinguent ni cette impression ni eux-mêmes; car avant cette impression , ils rife connaissent rien. Mais T-ftine , qui est essentiellemcfnt douée de raison , peut déjà discerner le bien et s'y attacher avant de connaître rien qui lui soit étranger. Épiméthée est regardé comiiie présidant à l'âme privée de raison, parce qu'elle connaît à l'instant de l'impression , et non auparavant, liA t^ TrXifyri. Prométhée est la puissarlce qui préside à la descente des âmes i'àisonnables. Lé feu , c'est Fâme raisonnable elle-tnême; comme le feii, elle tend à s'élever et s'arrache aux choseà d'ici-bas. Pourquoi Prométhée dérobe-t-il lé fen ? Ce qui est dé^ robe passe dtt lieu qui lui est propre à un lieu étranger; c'est-à-dire que l'âme raisonnable descend de sa jJatrié pour s'exiler sur la terre ; c'est le feu dérobé. Pourquoi Prométhée l'enferme-t-il dans une férule? la férule est creuse; c^est le corps périssable dans lequel l'âme est introduite. Pourquoi Prométhée a-t-il dérobé le feu contre la volonté de Jupiter? Ici encore se retrouve le langage propre aux mythes, Prométhée et Jupiter voulaient Fun et l'autre que fâme restât dans la région divine ; mais comme il fallait qu'elle ëb descetidîi , le mythe conservant les 6a-
3g6 OLTVnOtMKE.
ractères Jes personnes , montre ïétat supérieur , (^est-à-dirc Jupiter, comme ne voulant pas que l'âme s'abaisse, tandis que l'être intérieur la force de descendre; il lui donne Pandore, ou le sexe féminin ( t4 OTiVuirpeitàî), c'est-à-dire l'âme privée de raison. En effet l'âme tombée sur la terre ne peut, oomme incorporetU et divine, s'unir immédiatement 'au corps; l'âme irr;itiLKii\eU*î devient le lien de cette union. Elle s'appelle Panàartiparce que c^aoun des dieux lui fit un don. AmsV\e.a choses de la terre sont iUmninéos par ic moyeu des corps célestes. Comme la lumière éclaire par SB propre énergie, ainsi Dieu, par sa propre énergie , fait le monde ; il fallait donc que le monde, fût parfait ; or, ce qui est parfait a un commencement, un milieu, une fin; le monde devait donc avoir une extrémité, un réceptacle, Tfifx x.aX Saxanv, où fussent reléguéesleschosesqui naissent et celles quipérissent.HésiodeditqueJupiternous donna Pandore et que nous la reçûmes aimant nous-mêmes la cause de nos maux; il veut dire par là que notre âme s'asservit aux passions^par l'entremise de l'âme irrationnelle.
LEÇOH 49') FOUO 79 — 80 VïHSO.
« Eyu fiiï «u* hbïtb iyvÙTmi irpitipo» 5 û/nîî — imiSin ou» ijisniviM irofx nr Stnaativ. » ij'éuà& instruit de ce désordre avant vous — Lors donc qne les hommes arrivent deraot leur juge, »pog. 4o6 — 4û7-
Âfin que les voiles dont le mythe c9UTre la
OLTMPIOBORSj 3g^
vérité ne nous la dérobent pas entièrement , Platon mêle au mythe une idée vraie. Suivant le mythe , Pluton et ses- ministres , c'est-à-dire les puissances angéliques, vont se plaindre à Jupiter. Alors Platon suppose que ce dieu leur répond: Je connaissais avant vous l'abus] que vous -me dénpncez , et, poUï* y remédier , j'ai établi juges mes fils. Voyez comme le mythe, fidèle à sa nature, divise ce qui est inséparable, et suppose des degrés et clés époques différentes dans l'établissement de l'ordre. Mais en même temps Fer^ reur se corrige d'elle-même, et ce qui est imparfait nous conduit à ce qui est parfait. Car Platon déclare que Dieu savait déjà ce dont on se plaint. En effet, si Dieu surpasse par son essence les choses dé ce moftide,' comment son intelligence ne saurait-elle pas tout ce quiarrive, lui qui a dit :
J'entends le muet , je coqdprends sans qu'on parle* Kat xwf oy SuvisT^ai xat ov XaXovvroc àxovo».
Pourquoi les trois juges sont-ils appelés fils de Jupiter? Pourquoi les uns jugent-ils les Asiatique»^ jet les autres les Européens? D'abord il est ridicule de supposer que des hommes jugent encore dans l'autre monde; ensuite, comment croire que des dieux engendrent des hommes?
de plus, les hommes morts avant les juges n'auraient donc pas été jugés ; enfin les âmes n'ont ' donc pas toutes des juges ; car l'Asie et l'Europe
3^ OiTJCFIOPQBl.
as oomposeat pas le monde entier , mais seulement la partie que nous habitons ; dles ne s'é* tendent pas dans la partie opposée de la sphère terrestre. Voici la vérité : chacun est dit sjmboliqueiÂent fils d'un IHeu y selon sa manière d être. Gekû qui mène une vie conforme aux lois de Tintelligence, est fils de Saturne, parce qu'il agit comme un dieu. Celui qui pratique la justice , est fils d^ Jupiter. Gomme ces trois hommes, Minos, Rhadamante , Eaque , ont mené une Vie )ust« ^ on les appdle fils de Jupiter , et le mythe suppose qu'ils jugent dans l'autre vie.
Que signifie l'Asie et l'Europe ? L'Asie^ contrée orientale, patrie de la lumière, représente les choses célestes; l'Europe, située à Foccident et plongée dans ïomhre, rep^ente les choses terrestres. L'Asie et TEurope désignent dans le mjthe la vie du ciel et la vie de la terre.
Pourquoi deux juges pour l'Asie , et un seul pour l'Europe? Ne devrait-ce pas être le contraire, puisque les choses célestes que représente l'Asie , se rapportent à l'unité , et les choses terrestres que représente l'Europe, à la dualité ? Nous répondrons que la supériorité de ^'<^^ sur la dualité est ici conservée ; car que dit le i|^he ? Je dgnnerai à Minos la supériorité; si Ea^j^ et Bhadamante doutent, ils s'en rapporteront à Minos. Vous voyez donc comment la dualité est riq[>portée àl'unité. Mais quoi ! les juges de l'autre ine sont sujets au doute ? D'abord le doute en^
gendre H science; ensuite Platon appelle cloute ]a connaissance dans un degré inférieur relative* ment à la connaissance divine. Puissances subordonnées ; les deux juges dépendent du principe un Qt universel.
Les juges siègent dans une prairie , et jugent dans un carrefour où aboutissent trois chemins. Qu'est-ce que cette prairiei? Les anciens donnent à la génération ( y^vectc ) le nom d'humide. C'est ainsi qu'il est dit au sujet de l'âme :
Le3 4pies des mpftels pëiis^ent par rhonudité. •^VX^^^y PpOTSOÎc Gavarèc xr^^oivi ytyiçQai»
Le lieu du jugement s'appelle une prairie , à cause de l'humidité et de la variété. Trois cheoiins y aboutissent , pa^ ce qu'wtre les âmes qpi sortent de ces lieux, les unes s'élèvent , étant dignes de pionter vers les pieux, les autres sont précipitées vers la terre, d'autres enfin se rendent dan$'un Heu intermédiaire.
Le nom de juge vient de ce que le juge sépare, ^i^a^ei, condamne l'injustice et récompense la vertu; car quand on dit que les âmes s'élèvent et qu'elles descendent , ces mots ne se rapportent pas aux lieux.
Ici parmi les trois chemins Platon n'en désigne que deux , celui du ciel et celui de la terre , et il ne parle plus du chemin intermédiaire qui conduit à la génération, mais c'est à nous de concevoir le milieu, étant donnés les extrêmes.
sept sphères : celle de la lune, celle an soleil, etc* Il y a de plus celle du ciel fixe. Celle de la lune se retrouve à son état primitif plus promptement que les autres; la révolution de cette planète s'opère en trente jours. La révolution du soleil f st plus lente ; elle dure une année ; celle de Jupiter l'est encore plus , elle s'achève en douze ans; celle de Saturne ne s'accompUt qu'en trente. Ainsi les astres ne se retrouvent suïwvltanément à leur point de départ que rarement. Var exemple I Jupiter et Saturne ne se retrouvent ^multanément au même point que tous les soixante ans. En effet, Jupiter revenant au même point en douze ans , et Saturne en trente , il est évident que pendant que Jupiter accomplit cinq fois sa révolution, Saturne achève deux fois la sienne. Or, trente multiplié par deux égale douze multij^iié par cinq, égale soixante. C'est pendant de semblables périodes que les âmes subissent leur châtiment. Lies sept sphères finissent aussi par sfi retrouver dans la même situation par rapport au ciel fixe , mais seulement après plusieurs myriades d'années. Par le mot toujours , Platap entrad la période dç temps qu'elles emploient à cette grande révolution. Les âmes des parricides et celles ^s autres grands criminels sont punies à toujours, c'est-à-dire pendant toute la durée de cette période. Mais, dit-on, si un parricide iXM>urait aujourd'hui , et que la grande révolu- ^on des sept sphères s'achevât dans ^ix ans^ ou
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dans six mois, ou dans six jours, ne serait-il puni que pendant cet intervalle? Non , mais si la période est de mille ans , il souffre pendant mille ans , à compter du jour de sa mort. L'âme ellemême se corrige, mais peu à peu; et ensuite, selon son mérite propre , elle reprend de nouveau ses organes sur cette terre dans Tétat où les a laissés sa première vie.
On peut dire aussi que les âmes souffrent ces supplices par l'imagination , et qu'elles s'épouvantjent à l'aspect des filles aux yeux sanglants, comme parle le tragique. Sachez que les âmes qui doivent être purifiées ne sont pas seulement châtiées dans l'autre monde, mais encore dans celui-ci : quelquefois même, n^ayant pas été pu* rifiées dans le premier , elles le sont sur la terre* Le châtiment les améliore et les rend plus susceptibles de purification. Car, au fond, rien ne purifie l'âme, si ce n'est la reconnaissance intérieure de ses fautes', reconnaissance qui ne s'accomplit que par la vertu. Et celle-ci n'a reçu son nom , àpeTin , que parce qu'elle doit être embrassée pour elle-même , aiper/f. Ce n'est donc pas le châtiment qui purifie l'âme, mais l'amendement, de même que le médecin ne peut seul opérer la guérison, si le malade ne suit le régime qu'il lui prescrit.L'âme, en arrivant sur la terre, oublie les châtiments de l'autre monde ; car si elle conservait toujours ses souvenirs, elle ne pourrait pécher. Or, l'oubU lui a été donné pour son
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h justkieu Le sceptre al fe s^ne de répiilé;ilest d'or^e'crtra-dirc^iiimtafmdycarrcg^litécstia^ maténdle^ dégagée de font intéret. LW désigiie ce qui est immaténdy parce que seul, de tous les corps^ il eslinoorniptiMe.
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Platon met cette périphrase : fils d'Égine, parce que Calliclés était
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