DU VRAI COMMENCEMENT
DE LlnSTOffiE
DE LA PHILOSOPHDE.
Vji'est une erreur grave de confondre l'histoire de ' la philosophie avec celle de l'esprit humain et de l'humanité.En effet toutes les pensées ne sont point des pensées philosophiques, à proprement parler, ni dans l'espèce ni dans l'individu. L'homme individuel pense de bonne heure, et ses facultés, dans leur culture la plus imparfaite, portent déjà des idées et des croyances de tout genre. Rien ne lui manque, dans son premier élan, pour atteindre à la vérité, ni en lui ni autour de lui ni au-dessus de lui. Le monde existe; Dieu existe; Thomme le sait , et se sait lui-même , s'il possède une seule idée. En contact avec toutes choses, rinstinct intellectuel dont il est doué s'applique à tout, et va d'abord aussi loin qu'il ira jamais. L'homme, il est vrai, ne débute point par poser des problèmes et par essayer de les résoudre : ' il voit, il sent, il conçoit, et il croit; et, dès
](! |>r(?mi«r jour, son intelligence se développe tin lu iiiunîcrv la [)1us riche et la plus féconde: iriuU M ilévelop|>ement est tout spontané. Plus tard vient la réHexion, et avec elle la philoso-
Uoii dillorciite d.H.
«nlérifuiT îi l'aiiiih m .
U srU'niT. La philoso|i «si donc un dé\ei()[i[iiii.
luunaiu, auquel sort de !«&..• un pivuiitT dévplop] ttuct du second, an moins v»iuà que se pa&âcnt les cbi
JUS L aiSfoiKE i» ijl oPHa-osovan. 3 dles s« passait de mènie dana Tespèce. Là «ussi une révélation imatédiate découvre k rintelligeoce las secrets, des êtres, Téctaira comim d*en haut de lumières ad|QirabIes, et tout d'à* bord j appose le sceau des vérités éternelles. ADtérieurem^t à toutsystème, le genre humain pense, et, par les forces dont il est doué, atteint de iHl-méme et spontanément les vérités essentielles, sans attendre le secours tardif de la réflexion et des phUosophes. Cette dism est ilo la plus liante iuiporlaïuT: i.-ilo Il LUiic liuinaine, et met «U'jà de lu lu- ' i grandeur autour du son berceau, - qu'elle sign;ile un progrès régu-
bsopliie n'est (l(iijc|iascou-
i'es[»iit iuimnin.
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■,niiiis L'ili)
À la lumière
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4 DIT VRAI COMIUENCEMENT
l'époque où elle est née et s'enfonce dans les ori^yines de la pensée humaine, elle sort de son domaine proprement dit, et court le risque de se perdre àùfis de profondes ténèbres. Son premier effort doit être de déterminer et de circonscrire le champ de ses recherches; il est d'ailleurs assez étendu.
Par ces considérations, nous ne pouvons approuver les historiens de la philosophie qui , pour se placer à son origine, remontent jusqu'à celle du genre humain, et se livrent à des hypothèses arbitraires, totalement indîfEérentes et étrangères à leur vrai sujet. Confondant sans cesse la pensée et la philosophie, ils demandent à l'état sauvage des systèmes où il n'y a que des croyances, et parce que, grâce à Dieu , nulle génération humaine n'é^t déshéritée d'intelligence, où il ne faut voir que des hommes, ils croient trouver des philosophes. L'historien de l'humanité et des religions, qui en sont le développement le plus immédiat , doit sans doute poursuivre les moindres vestiges de la pensée de l'homme sous les formes religieuses les plus grossières; mais l'historien de la philo-» Sophie ne doit prendre la pensée qu'au point où elle se manifeste sous cette forme spéciale qui constitue la philosophie. On souffre de voir l'illustre Brucker divisant l'histoire de la philosophie en philosophie antédiluvienne et postdiluvienne; dans cette dernière, distinguant
DE l'hISTOIR£ BE LA PHILOSOPHIE. 5
ce qu'il appelle U philosophie barbare d'avec la philosophie des Grecs ; et dans ceÇte dernière encore, distingtiant plusieurs sortes de philosophie , la philosophie mythologique , la philosophie politique, et la philosophie artificielle, avant d'arriver ^ la philosophie proprementdile; enfin, dans un appendice sous le titre de philosophie exotiqqe, cherchant dans l'Amérique des vestiges de philosophie, et, £aute d'en trouver, nous racontant des mythes et des fables qui appartiennent bien , nous le répétons , à l'histoire de l'esprit humain , mais non pa» à celle de la philosophie. Assurément personne ne rend plus justice que nous à ce respectable Brûcker , si infatigable dans ses recherches , si exact dans ses citations, si scrupuleux dans ses jugemens, et qui a élevé le premier grand monument en l'honneur de la philosophie; mais ce monument serait plus ad- •mirable encore, si une ordonnance plus sévère eût retranché le luxe surabondant des constructions accessoires, et mené plus directement au sanctuaire.
Selon nous, il faut retrancher de l'histoire de la philosophie toutes les hypothèses tirées d'un prétendu état sauvage , ou d'une civilisation première , supérieure aux civilisations qui l'ont sui^ vie; car tout^cela n'est pas même de l'histoire. U y a plus; il faudrait peut-être retrancher de This-î toire de la philosophie toute la première époque vraiment historique d^ l'humanité, b*est-à-dîre
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l'époque orientale. En effet l'Orient, à le prendre en masse et dans ses rapports' les plus généraux avec rOccîdent, présente tpus lès caractères de cette spontanéité riche et puissante qui a précédé l'âge de la réflexion et de la philosophie dans l'espèce humaine. Dans l'Orient , tout est illumination, vue immédiate, dogme, symbole, mythologie. Sans doute il ne faut pas croire que toute réflexion et toute philosophie ait manqué à l'Orient ; d'abord la chose est en soi impossible, ensuite les faits prouvent le contraire' ; mais il est certain qu'en général , dans cette première époque du monde, il faut moins chercher des systèmes que des religions, des écoles que des sacerdoces. L'intelligence à son aurore a déjà tout entrevu, mais à travers un nuage; et, trop faible encore pour se soutenir contre ces intuitions puissantes, elle s'y abandonne et s'y confond, sans oser ni sans pouvoir les soumettre à l'examen et àun.jugemeht méthodique. L'humanité joue alors, en quelque sorte , le moindre rôle dans ses propres conceptions. Gigantesques et démesurées dans
* Outre le Bhagauad^Gita (éd. G. ScUegel, Bonn, 1823 ) et l'exceUente analyse qu'en a donnée M. Guillaume de Humboldt (Berlin , 1826 ) , voyez les savans Méinoîiies de Colebrooke sur la Philosophie des Hindous, dans les Transactions de la société asiatique de Londres ( 1824- 1827 )v et les extraits exacts et étendus que M. Abel-Rémv^t en a insérés dans le Journal des SoAfans ( décembre 1825, avril 18269 mars et juillet 1828).
DE L'HISTOiM bÊ îA PÉm^MPAï^. ^
leurs objets, elles accabléht l'âitie humaine^ au lieu de relever et deTaffraïKîhir. CegraMduniver^ et le Dieu qui y est partout, laissent encore t>op peu dte place dans l'esprit de l'homnie à l'homme lui-même. La pensée a déjà une portée ilnmensé, mais peu de liberté; et c'est précisément la liberté qui constitue la philosophie. Aussi, jetés un coup d'œil sur les monuments qui subsistent de ces Vieuîi: âges, vous n'y découvrez jamais le mouvement original d'une pensée particulièrfe , mais l'empreinte d'une idée sans nom et presque sans date, si mystérievise dans son origine, si imposante dans ses formes et dans tout stin aspect, que même à la distance de tant de siècles la pensée individuelle ose à peine aujourd'hui s'y appliquer avec les procédés modernes, l'examiner et l'analyser comme le résultat d'une pensée semblable à elle. Le philosophe se sent en présence d'un monde qui n'est pas le sien, et qu'il ne peut comprendre que précisément à condition de déposer toutes ses habitudes , et de resaisir, dans le silence de la réflexion, ce sens de l'inspiration qui seul peut nous révéler le secret de la haute antiquité et des inspirations primitives. L'Orient, avec ses religions, son symbolisme universel et ses formidables sacerdoces, appartient au mythologue plus qtfau philosophe* Le philosophe fera donc bien de peu s'arrêter à l'Orient, et de se transporter d'abbfd en Grèce. En effet c'est surtout avec la Grèce que com-