‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 13 sur 50 · X PROCÈS · texte numérisé non relu

X PROCÈS

consacrées, une Providence, manifestée à la fois dans la nature par les causes finales auxquelles se rapportent en dernière analyse tous les phénomènes extérieurs , et dans l'homme , dans Socrate par exemple , par la voix intime de la conscience , organe immédiat et incorruptible de la divinité (c'est le sens du mot Actîfiuv) , qui dispense de recourir à l'intermédiaire officiel de la religion établie et de ses ministres.

Telles furent les causes du procès de Socrate ; mais ce fut surtout l’accusation d'impiété qui l'accabla : la religion menacée rallia autour d'elle l'État compromis et l'art insulté. Or nous avons fait voir ailleurs que les réponses équivoques de ['Apologie (i) ne sont rien moins que satisfaisantes sur l'article de l'impiété , cl il y a quelque chose d'absurde aujourd’hui à vouloir défendre Socrate d’avoir été en effet peu orthodoxe de son temps , et le premier héraut de la révolution dont il fut le martyr, et à laquelle il a attaché son nom. Si Socrate avait pensé comme Eulhyphron, il serait mort dans son lit ; mais l’adorateur impie d'un dieu inconnu, le prophèlo d'une foi nouvelle devait finir comme il a fini. Disons-lc nettement: en attaquant le paganisme, sur lequel reposait l'État dans l'antiquité, Socrate ébranlait l'Étal ; devant l'État il étaitcoupable. Or Aristophane , excellent citoyen , gardien et vengeur de l'État et de la religion, et qui du haut de sou théâtre connue d'une tribune combattailsaus pitié, avec

(i) Traducl. de Platon, Argum. de ['Apologie, 1. 1, p. 5o.

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le» armes redoutables du ridicule, tout ce qui lui paraissait contraire aux intérêts de la patrie et à l’ordre établi, Aristophane, sentinelle vigilante , devait jeter nn cri d'alarme à la nouvelle direction des études de la jeunesse athénienne , et à l’apparition d’oisifs novateurs occupés des cieux plus que de la patrie , et dans les cieux trouvant des astres à la place des dieux du pays. Socrate était au premier rang de ces novateurs ; Aristophane les persifla donc au nom de l’Étal dans la personne de Socrate. Dans l’antiquité , la religion , l’État cl l’art se prêtaient une force mutuelle : la première comédie avait une mission très-sérieuse , elles bouffonneries d'Aristophane couvrentdes pensées profondes. Assurément Aristophane n’eut pas l’intention de dresser l'acte d’accusation de Socrate, pas plus que Socrate n’eut l'intention de faire une révolution ; mais dans l'histoire , il ne s’agit pas des intentions des hommes , il s'agit de leurs actes , de leur caractère général et de leurs effets incontestables. Socrate était l’organe d’innovations qui devaient triompher, mais dont le jour n’était pas venu ; Aristophane était le défenseur presque officiel de la cause attaquée par Socrate. Les deux personnes pouvaient sc voir et même s'aimer ; les deux causes étaient ennemies , et la plus forte accabla l’autre. D'abord , la religion menacée se suscita pour vengeur un poète qui attaqua les innovations dans la personne de Socrate, seulement par le ridicule ; enfin le mal s'accroissant et le ridicule poétique étant impuissant, la religion appela l'Étal à son

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