‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 14 sur 50 · I KO · texte numérisé non relu

I KO

SOCRATE

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SON’ PROCÈS. ISt

secours pour la délivrer de leur redoutable adversaire , sauf d’ailleurs à Aristophane et à Socrate , dans l’intervalle de la représentation des Nuées à l'accusation juridique , à souper ensemble chez Agatlion.

C’est ainsi qu’il faut concilier le Banquet et le passage célèbre de Y Apologie (t) : « Ce sont eux, Athéniens , qui, s’emparant de la plupart d’entre vous dès votre enfance , vous ont répété et vous ont fait accroire qu’il y a un certain Socrate , homme savant qui s’occupe de ce qui se passe dans le ciel et sous la terre... Voilé mes vrais accusateurs ; car en les entendant, on se persuade que les hommes livrés à de pareilles recherches ne croient pas qu’il y ail des dieux... Ce qu’il y a de bizarre, c’est qu’il ne m'est permis ni de connaître ni de nommer mes accusateurs, à l’exception d’un certain faiseur de comédies... Voilé l'accusation ; c’est ce que vous avez vu dans la comédie d’Aristophane... » Dans le Banquet, les individus seuls sont en présence et conversent ensemble amicalement; dans Y Apologie, les causes memes sont aux prises, et, su us cc rapport on peut placer très-justement Aristophane parmi ceux qui ont amené le triste dénoûment qui s’apprête. En effet , comment supposer que les Nuées n’aient pas préparé le peuple et le magistrat é voir dans Socrate un citoyen équivoque, un novateur dangereux , digne du sort d’Anaxagore et de Prodicus ? I.cs Nuces ne soulevèrent pas l'accusation contre Soft) Traduct. de Platon, Arguni. de YApologie, 1. 1 , p. 6t.

SOCRATE

crate, mais lui frayèrent la voie. Ce qui avait produit la comédie l'accrédita , et quand le temps fut venu , la convertit en accusation. La seule différence est celle du premier acte d’un drame à son dernier.

On insiste et on soutient que l'effet des Nuces dut être d'autant moindre, et se perdre d'autant plus aisément dans l’espace de vingt-trois années , que les traits d’Aristophane ne portaient évidemment pas sur Socrate , et que le Socrate des Nuées ne ressemblait en rien au Socrate réel. Et on répète avec une confiance parfaite les paroles de Socrate dans l 'Apologie, qu’on l’accuse à faux de s’occuper de physique et d’astronomie , qu’il n'en sait pas un mot et n'y a jamais pensé. < Je ne me suis jamais mêlé de ces matières (i), et je puis en prendre à témoin la plupart d’entre vous. > Mais contre Y Apologie nous avons un témoignage sans réplique , le Phédon : Socrate y avoue que dans sa jeunesse (s) il était passionné pour les recherches de physique. < Pendant ma jeunesse , il est incroyable quel désir j’avais de connaître cette science qu’on appelle la physique. Je trouvais sublime de savoir la cause de chaque chose , ce qui la fait naître , ce qui la fait mourir , ce qui la fait être , et je me suis souvent tourmenté de mille manières, cherchant en moi-même, si c'est du froid ou du chaud , dans l'étal de corruption, comme quelques-uns le prétendent, que se forment les êtres animés; si c’est le sang qui nous fait penser,

(i) Traduct, de Platon, Argutn. de VApologie, 1. 1 , p. 66.

(i) Ibid., p. 273.

SON PROCÈS. ISS

ou l'air ou le feu , ou si ce n'est aucune de ces choses, niais seulement le cerveau qui produit en nous toutes nos sensations, celles de la vue, de fouie, de l'odorat, qui engendrent à leur tour la mémoire et l'imagination, lesquelles, reposées , engendrent enfin la science. Je réfléchissais aussi à la corruption de toutes ces choses, aux changements qui surviennent dans les cieux et sur la terre. » Ce passage du Phédon est une défense véritable des Nuéet. On voit que Socrate s’y donne pour avoir été à peu près tel que le grand comique le représente , avec l’exagération cl la haute bouffonnerie qui sont propres à la première comédie. Plus tard , il est vrai , Socrate renonça à ses premières études et quitta leç spéculations physiques et cosmologiques pour la philosophie morale jusqu'alors fort négligée. Lui-méme nous raconte encore dans le Phédon ( 1 ), comment l'étude des phénomènes extérieurs considérés en eux-mémes ne le satisfit point, et comment il chercha un point de vue plus élevé et plus intellectuel. Ce point de vue fut le Ne2« d’Anaxagore, qui devint pour Socrate et par Socrate la vraie Providence. De là l'élude des lois morales et des causes finales substituée à celle des phénomènes et des lois pbysiques, et toute la seconde époque de la vie de Socrate. La première justifie les Nuéet ; la seconde n'était pas propre à en détruire l'effet ; car les nouvelles éludes de Socrate achevèrent ce qu'avaient commencé les

(i) Traduct. de Platon , Argum. de V Apologie, 1. 1 , p. 281 .

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