‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 3 sur 50 · DU VRAI COMMENCEMENT · texte numérisé non relu

DU VRAI COMMENCEMENT

féconde : mais ce développement est tout spontané. Plus lard vient la réflexion , et avec elle la philosophie. Tandis que l’activité spontanée de l’intelligence se mêle et s’identifie avec les objets auxquels elle s’applique , et se teint pour ainsi dire de leurs couleurs, l’activité réiléchie s’en sépare , rentre en elle -même , et là , se prenant comme objet de son action , se demande compte de ce qu'elle a pensé , comment et pourquoi elle a ainsi pensé , comment et pourquoi elle pense, convertissant en problème ce qui naguère était un fait , procédant avec méthode, quand auparavant elle obéissait à l'instinct , substituant à l’inspiration immédiate des conceptions progressives , et des systèmes aux croyances naturelles. En un mot, la réllexion crée la science là où la spontanéité avait produit la foi. C’est la différence de l’abstrait au concret, de l’analyse à la synthèse. Or, on ne peut nier que l'abstraction ne soit nécessairement précédée par une opération différente d’elle , que la synthèse ne soit antérieure à l’analyse, et que la foi n’ait devancé la science. La philosophie , fille de.la réllexion , est donc un développement ultérieur de l’esprit humain, auquel sert de point de départ tt de base un premier développement tout à fait distinct du second , au moins dans la forme. C’est ainsi que se passent les choses dans l'individu : elles se passent de même dans l'espèce. Là aussi une révélation immédiate découvre à l'intelligence les secrets des êtres , l'éclaire comme d'en haut de lumières admirables, et tout d’abord y

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