GR
puissances supérieures que les poêles appellent chaîne (l’or, à cause de leur continuité.
La puissance première est l’intelligence ; après elle vient la puissance qui donne et entretient la vie, et ensuite toutes celles qu’on désigne par des noms sym- ,
boliques. Il ue faut pas se troubler de ces noms de Saturne et de Jupiter, mais rechercher quel est leur sens. On peut croire que ces puissances ne sont pas des essences propres cl distinctes les unes des autres, mais les placer dans la cause première , comme ses divers point de vue, et dire qu’il y a en elle des puissances intelligentes et vitales. Quand nous parlons de Saturne , que ce nom ne nous trouble pas : pénétrons-en le sens. Saturne est l’intelligence pure (i).
Ce nom désigne donc la puissance intelligente. Aussi les poêles disent qu'il dévore ses enfants et les vomit ensuite. En effet, l'intelligence se replie sur elle-même, elle cherche, et elle est elle-même ce qu’elle cherche (s). C’est pour cette raison que Saturne est représenté dévorant scs enfants. Et il les vomit , parce que , non-seulement l'intelligence conçoit cl enfante , mais produit cl forme (3). C'est ce qui fait donner à Saturne l’épithète de à?xoXo>ipn$ , parce que le crochet se replie sur lui-même. Comme il n’y a rien d'irrégulier,
(1) K pô/o; b xiipof vois, ô tant b xaOapôt.
(î) Elle est, en langage moderne, l’identité du sujet et de l’objet de la pensée.
(3) Non-seulement elle est substance , mais elle est cause.
Dogle
OLÏMP10DOKË. 5t>9
d'étrange , de nouveau dans l'intelligence, on la représente sous la forme d'un vieillard. Voilà pourquoi les astrologues disent que ceux à qui Saturne est favorable naissent sages et prudents. Jupiter est appelé Zfù< en tant que puissance vitale (de ÇÇv ), et A/s,- parce qu’il donne (JiJuvt) la vie par lui-même. Le soleil est porté par quatre coursiers qui représentent les deux équinoxes et les deux solstices. Il est jeune à cause de la force de ses rayons. La lune est traînée par deux tau reaux : ils sont deux , à cause de sa croissance et de son décroissement. Ce sont des taureaux , parce que de même que les taureaux labourent la terre, de même . la lune gouverne le monde terrestre. Le soleil est mâle,
la lune femelle, parce qu'il appartient au màlededouncr, ù la femelle de recevoir ; le soleil donne la lumière , la lune la reçoit. Il ne faut donc point se troubler de ces récits des poêles.
Platon dit que Jupiter , Neptune et Pluton sc partagèrent l'empire qu’ils avaient reçu de Saturne. Il n'emploie pas un mythe poétique , mais un mythe philosophique ; aussi ne dit-il pas , comme les poètes, qu’ils ravirent l'empire à Saturne, mais qu’ils le partagèrent. Partage ou loi, même chose (vSfttx; de vt'fui). La loi , c’est le partage fait par l'intelligence. Or Saturne signifiant, comme on l'a dit, l'intelligence, c'est de lui que vient la loi.
L’univers sc compose de trois choses : les célestes, les terrestres cl les intermédiaires , qui sont le feu , l'air, l’eau. Jupiter préside aux choses célestes. Plu-
ton aux choses de la terre : le règne intermédiaire est soumis a Neptune. Ces noms désignent les puissances préposées à ces différentes natures. Jupiter tient un sceptre , signe des fonctions de juge ; Neptune est armé du trident comme présidant aux trois éléments intermédiaires ; lMuton porte un casque , à cause des ténèbres de son empire. Comme le casque cache la tête, ainsi Pluton est la puissance qui préside aux choses obscures. Ne croyez pas que les philosophes adorent des idoles, des pierres, connue des divinités; mais l'humanité étant soumise aux conditions de la sensibilité et ne pouvant atteindre aisément à la puissance incorporelle et immatérielle ni s’occuper saus cesse des idées , les images ont été inventées pour en éveiller ou en rappeler le souvenir ; en regardant ces images naturelles, en leur rendant hommage, nous pensons aux puissances qui échappent à nos sens.
Les poêles disent encore que Jupiter eut de ïhélis trois tilles, Eunomie, Dicé, Irène. Eunomie règne dans le ciel fixe ; là le mouvement est continu et toujours le même , il n'y a point de diversité (i). Dans la région des planètes habite Dicé. Là il y a distinction entre les astres , et la distinction appelle la justice distributive, laquelle rend à chacun ce qui lui appartient. Danscelle même région habile Irène ; car il y a combat, et par conséquent la paix est nécessaire ; il y a combat entre le chaud et lu froid , l’humide et le sec ; mais
(l) OùS'tv Scffsyj/iivov.
OLVMPIODORE. SU
quoiqu'il y ail combat , il y a harmonie. Voilà cc que disent le poêles. Quand ils nous montrent Ulysse errant sur les mers par la volonté de Neptune, ils veulent dire que la manière d’être d’Ulysse n'était ni terrestre, ni céleste , mais mitoyenne : car Neptune préside à l'ordre intermédiaire. Ainsi , nous appelons fds de Jupiter celui qui ordonne son âme selon le ciel; tilsde Plu tou, celui qui vil d'une vie terrestre ; fds de Neptune, celui qui suit les lois de l’ordre intermédiaire. Yulcain est une puissance préposée aux corps. C’est pour cela qu'il travaille avec des soufflets, h fùaxi ; , c’est-àdire, év rüi fùtjeoiv , avec les productions de la nature.
Puisqu'il est ici question des lies Fortunées , de la justice , du châtiment , de la prison , faisons connaître chacune de ces choses. Les géographes disent que les îles Fortunées sont dans l’Océan , et que les âmes vertueuses vont y habiter après la mort ; mais il faut savoir que les philosophes comparent la vie humaine à la mer ; comme la mer , elle est sujette au trouble , amère et semée de difficultés. Les Iles dominent la mer et s’élèvent au-dessus d’elle ; aussi les poètes donnent le nom d’iles Fortunées à cette manière d’être qui s’élève au-dessus de cette vie et de la création, lien est de même des champs Élyséens. Hercule exécuta le dernier de ses travaux dans les régions de l'Occident, c’est-à-dire qu'après avoir achevé cette vie ténébreuse et terrestre , il vécut ensuite à la lumière du jour au sein de la vérité.
Mais qu’esl-cc que la prison où s'inflige le Chili-
OLYMPIOUOllE.
ment? Les philosophes pensent cpic la terre est percée de trous comme la pierre ponce , et que ces Irous pénètrent jusqu'à son centre. Là , sont des lieux divers , les uns glacés , les autres enflammés. Des puissances Charonieunes y président , comme le prouvent les exhalaisons de la terre. Ce lieu est appelé le Tartare. Les âmes des méchants y demeurent jusqu'à ce que leur enveloppe (le char qui les portait, ivrüv) ail satisfait à la justice. Le coupable enchaîné est retenu immobile. En effet, un fois arrivé dans leTartarc, il perd tout mouvement ; car c’est le centre de la terre, et il ne peut tomber plus bas. S'il continuait de se mouvoir , son mouvement serait ascendant , puisque après avoir atteint le centre , il ne pourrait que remonter. Voilà pourquoi s’y trouve la prison gardée par les démons et les puissances terrestres. Car ce sont les démons, JcufjuviuJïu; Juvi/xeiç, que désignent le chien Cerbère et les autres gardiens de ce lieu. Telle est la différence des puissances divines et des puissances infernales.