‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 8 sur 50 · ZÉNON D'ÉLÉE · texte numérisé non relu

ZÉNON D'ÉLÉE

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ZÉNON , appelé ordinairement Zenon d’Élée pour le distinguer du fondateur du stoïcisme, naquit à Élée. colonie phocéenne de la grande Grèce (t). Les uns lui donnent pour père Pyretès (s), la plupart Teleutagoras (s), la majorité des témoignages faisanldc Pyrctès le père de Parménide (*). Pour la date de sa naissance et toute la chronologie , l'autorité la plus précise que nous ayons est l'introduction du Parménide de Platon, où Parménide et Zénon sont représentés arrivant à Athènes, Parménide à l'âge de soixante-cinq ans, et Zénon à l'âge d'à peu près quarante. Et il ne faut pas éluder l'autorité de Platon, en invoquant ses nombreux anachronismes ; car Platon se permet , il est vrai , des anachronismes , mais quand ils lui sont nécessaires ,

(î) Diog. de Laërle, ix, 28. Apulée, Apol., i, Slrah., vi, etc.

(s) Apollodore, dans ses Chroniques, au rapport de Diogène , ix , 23.

ta) Diog., ibid. Suidas, Z> 5vwv.

0)Diog., Parmcn. Suidas, n«p/«v. Théotlorel, Therap., Serm .

ZÉNON d'ÉLÉC. 91

ou quand ils sont insignifiants; or ici rien de scmtdalde. Platon n'avait aucun besoin de nous donner l'âge précis de Pannénidc et de Zenon , et l’erreur serait trop positive et trop grave pour être une simple distraction chronologique ; ce serait une véritable déception tout à fait inadmissible. On peut donc regarder la date fixée par Platon comme une base sur laquelle la critique doit «'appuyer. Or Zénon , arrivé à Athènes à l'àgc de près de quarante ans , y jeta un grand éclat pendant son séjour, à ce que Platon nous apprend. Il y donna des leçons â l’élite de la jeunesse athénienne : Plutarque assure même qu’il enseigna à Périclès la philosophie de Parménidc. Ainsi cette époque peut être considérée comme la plus brillante de sa vie , et par conséquent c’est â celle-là que peut très-bien se rapporter ce que dit Diogène, que Zénon fleurit à la soixante et dix-neuvième olympiade ; Suidas dit à la soixante etdix-huitième; Eusèbe le place avec Iléraclite à la quatre-vingtième. Or un homme qui a près de quarante ans vers la soixante eldix-huitièmeou soixante et dix-neuvième olympiade, est né vers la soixante-huitième ou soixante-neuvième. Le même calcul servirait aussi à bien fixer la chronologie de Parménide. Si on fait tomber l'àgc de soixante-cinq ans que Platon lui donne vers la soixante et dix-neuvième olympiade, il sera né entre la soixante et unième et la soixante-deuxième , c’est-à-dire , dans le berceau même d'Élée et dans le premier établissement de la colonie. Ilaura pu entendre Xénophanc , mort vers la soixante-sixième olympiade,

ZÉ.NON dV.lèe.

et il aura très-bien pu commencer à se distinguer vers la soixante-neuvième, comme le marque positivement Diogène. Son illustration se sera accrue et développée de la soixante-neuvième à La soixante et dix-huitième ou soixante et dix-neuvième, époque à laquelle il arriva à Athènes à l'àgc de soixante-cinq ans , déjà tout couvert de cheveux blancs , dit Platon , et avec l'aspect d'une belle vieillesse. Après son voyage à Athènes, sa célébrité n’a pu que se maintenir jusqu’à sa mort , ce qui explique ce que dit Eusèbe, qu’il a fleuri avec Empédocle dans la quatre-vingtième olympiade ; la mention simultanée d’Empédocle prouve assez qu'il ne s’agit pas ici du commencement de la réputation deParménide, mais de son plus haut degré et de son dernier terme. La seule objection est l’impossibilité que dans cette hypothèse Socrate, né dans l’olympiade soixante et dix-septième, 3 e année, ait pu prendre part à la conversation retracée dans le Parménide, et qui a dû avoir lieu vers la soixante et dix-neuvième olympiade, c’est-à-dire, quand Socrate avait au plus dix ans. Sa jeune imagination aura bien pu être frappée de l'aspect imposant du vieux philosophe; mais comment lui prêter, si précoce qu’on le suppose , une partie de l'argumentation du Parmcnide? A cela nous répondons que c’est ici que se place très-bien le genre d'anachronisme que Platon se permet , et qu’il pouvait se permettre. Platon se proposant de faire connaître la philosophie éléatique, c’était une bonne fortune [tour lui de trouver établie et répandue une tradition vive encore du voyage et du

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IÊSOX d'ÉLÉE.

séjour de Parménide et de Zénon à Athènes, tradition qui lui permettait de mettre en scène ces deux illustres personnages exposant eux-mêmes leur doctrine. D'un autre côté , la donnée fondamentale des drames de Platon était l'intervention de Socrate; et Socrate dans son enfance avait vu ou pu voir Parménide et Zénon. 11 ne s'agissait donc que de lui prêter quelques années de plus , et de substituer sa première jeunesse à son enfance , changement nécessaire mais suffisant pour faire jouer à Socrate un certain rôle dans cette haute conversation philosophique. L’anachronisme était peu de chose, etil était indispensable. Rien d'ailleurs n’était plus aisé que de le masquer sous une expression indécise qui oflril le double sens de l'enfance ou de la première jeunesse , et c'est précisément une semblable expression (t) qu'emploie Platon dans le Parménide et le Théélile. Celle seule hypothèse admise , il en résulte uii calcul qui a pour lui la concordance de tous les autres témoignages , qni lixe et détermine toute la chronologie de Zénon et de Parménide , se lie à celle de Xenophane , établit l'enchaînement et le mouvement de l'école d’Élée, et par là éclaire l'histoire entière de celte école. Ou voit alors toute cette métaphysique, en apparence si arbitraire, se développer régulièrement, comme d’après un plan arrêté d’avance sur lequel viennent se dessiner successivement et au temps marqué , avec leurs rapports intimes et leurs

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