‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 9 sur 50 · ZÉNON D’ÉLÉE · texte numérisé non relu

ZÉNON D’ÉLÉE

difl’ércnces nécessaires , les trois grands hommes qui constituent l'école d'Élée. Entre la soixante et unième et la soixante-sixième olympiade , Xenophane, Ionien de naissance , et récemment établi au milieu des colonies doriennes et pythagoriciennes de la grande Grèce, conçoit l'idée fondamentale de l'école d'Élée , et la lègue indécise encore, mais féconde et pleine d'avenir, à son successeur Parménide, qui, né à Élée, n'ayant jamais respiré d'autre air que celui de la grande Grèce, nourri de bonne heure et pénétré de l'esprit qui avait inspiré la vieillesse de Xénophane , retranche de l’ensemble imparfait dont il hérite l'élément empirique et ionien , pour en développer exclusivement l’élément dorien, la haute tendance idéaliste et pythagoricienne, et imprime ainsi au système éléatique l’unité et la rigueur qu'aucun système ne peut avoir à sa naissance, l'élève à son véritable principe , le pousse à ses véritables conséquences, lui donne enfin son caractère et sa forme définitive. Ceci avait lieu vers la soixante et dixièmeolympiade.Zénon,néàÉlée, vers cette époque, trouvant l'école éléatique fondée et achevée, n’avait plus rien à faire qu’à la défendre et à combattre pour elle : c'était le seul rôle qui lui restât, et il l’a rempli admirablement de toute manière. On peut dire que Xénophane est le fondateur de l'école d'Élée ; que Parménide en est le législateur ; Zénon , le soldat , le héros et le martyr. Ce point de vue domine à la fois la vie de Zénon et ses ouvrages ; car la vie et les ouvrages d’un homme qui appartient véritablement à

ZÉNON d'ÉLÉE.

l'histoire expriment la môme idée et tiennent à la même destinée. La destinée de Zénon devait être toute polémique. De là, dans le inonde extérieur, la forte vie et la fin tragique du patriote ; et dans le monde de la pensée , le rôle laborieux du dialecticien (i).

Né à Élée vers la soixante- neuvième olympiade avec des avantages extérieurs remarquables (t ) , la première partie de la vie de Zénon s’écoula, à ce qu’il parait , dans l’étude de la philosophie de Parménide , qui l'aima comme un père (3) , selon les uns , ou plus vivement encore , selon les autres (4). Tous les auteurs s’accordent sur son ardent patriotisme. C’était l’époque de l’affranchissement de la Grèce et de l’élan général vers la liberté et l’indépendance : de toutes parts on secouait le joug des Perses, et l’on travaillaità se donner des institutions plus libres. L’histoire de chaque colonie, et surtout l’histoire d'Élée, est couverte de ténèbres trop épaisses , pour que nous sachions ce qui sc passa alors sur ce point intéressant de la grande

(l) r i/ovt Si àviip ymacÔTaref xai iv ftXoaofia xai «y ItoXlTt ta, Diog., IX, 2o.

(*) Platon, Parm., tù/<^x>) xai xapUna. iStiv. Apulée, Àpol. 1 , Longé decorissimum. Diogène dit la même chose d'après Platon. '

(3) Diog., "frvaei ph TeXcvrctyipov, Sitt t ci XlxppiviSo».

(•*) Platon, tàui.ÿ U xiScxk roî> üapptvlSov. Athénée, liv. xi, éd. Schw., t.iv, p. 581, semble confirmer l’opinion de Platon par le reproche même qu’il lui fait d’avoir dit sans aucune nécessité que Zénon était le bien-aimé de Parménide : oùStpiai xonvruiycôcru xpiiat.

ZÉNON u'ÉLÉe.

Grèce. Seulement nous voyons que, fondée dans la soixante et unième olympiade, Élée s'adressa à ses philosophes, à Parménide, selon Plutarque et Diogène, a Parméuide et à Zénon, scion Slrabon, pourtixer sa constitution et scs lois (i). Quelle était la nature de celte législation ? Inclinait-elle vers l'esprit des établissements doriens, ou, fidèle à son origine phocéenne, Elée conserva-t-elle l'esprit ionien dans ses institutions? Ou s'accorde à louer cette législation sans la décrire , et Plutarque ( 2 ) assure qu’au commencement de chaque année, les citoyens faisaient serment de n'y rien changer. La tradition dit la même chose des lois que Gharondas donna à Rhégium , et de celles de plusieurs autres villes de la grande Grèce. Si le fait rapporté par Plutarque est certain , il supposerait à Élée , comme à Rhégium , comme à Thurii et ailleurs, des troubles antérieurs , probablement causés par la lutte de l'aristocratie et de la démocratie, lutte qu'on aurait essayé de terminer par l'adoption d’une législation tempérée. Quoi qu'il en soit, Zénon, content d'avoir contribué à donner à sa patrie des institutions sages , ne chercha pas à s'y faire une grande place , et ne voulut d’autre pouvoir que celui de ses vertus et de ses talents. Diogène atteste qu'il méprisait les grandeurs (s) à l'égal d'IIéraclite, et l’on sait que l'ionien Heraclite méprisa si fort les grandeurs , qu'il renonça

(i) Diog. , ix, 23. Pluturq., conlr. Colol., éd. Reiskc, L x, p. 628; Slrabon, vi. — (*) Ibid.

( 5 ) Diog. , IX , 28, OTZSÇOnXUOi TM»

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