RUE DE RIVOLI
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— Mon ami, nous n’avons pas encore trop à nous plaindre : les cavaliers ont des pans, [c’est vrai ; mais ils n’en sont pas plus avancés pour ça!
Mais que que tu cherches donc par là avec ton mouchoir de poche?
Tiens, c’est vrai! j’oublie toujours que mes poches ont changé de garnison!
— Monsieur Pacot, pourquoi que vous ne vous asseyez pas plus que cela?
— Ah! dame! j’ai pas envie d’user mon pantalon : ça se verrait trop, une pièce à c’te heure !
Pas commode, le nouveau pantalon d ordonnance, pour se mettre en bourgeois !
— Bah ! avec une belle paire de sous-pieds pas trop courts, ça ira encore.
— Tiens, cher ami, voici ta Françoise qui te fait hommage de deux bonnes chemises.
— Mademoiselle Françoise, je regretle que vous me tassassiez cadeau de c’te chose-là... Il est question de changer l’habillement de la troupe, je ne sais pas si nous porterons encore de ça.
— Si c’est pas une horreur! Sophie qui accapare à elle seule tous les militaires !
— Ma chère, ce sont des soldats du 103e de ligne qui arrivent de la Savoie! son bonnet leur rappelle le mont Blanc.
— La garnison de Paris va t’être renouvelée! Si c’est pas une horreur de mettre les pauvres bonnes dans l’obligation de changer leurs affections comme ça !
— Excusez, bourgeois, mais je me sens légère comme z-une plume dans ma nouvelle costume !
— Dis donc, le bœuf gras, il est comme nous autres, tout culotte l
— Joséphine, je ne veux plus que votre militaire vienne manger ici . le gouvernement lui a donné des brandebourgs pour lui garnir l’estomac, ça doit lui suffire!
— Vois donc, Pierre, ce major est tant gros, que le gouvernement a été obligé de, le faire cercler.
— Mein lierr! quand je vous le disais que la France avait des vues sur l’Allemagne ! Voilà la garde qui a déjà pris brandebourg !
— Ne va donc pas avec lui, ma chère, il doit être trèsvieux !
— Bah!...
— Je crois bien : les bras ne suffisaient plus ; on a été obligé de lui mettre des chevrons sur la poitrine!
— Dites donc, militaire, paraît que vous ne les digérez pas, vous, les gaufres, qu’il vous en est resté une comme ça sur l’estomac !
— Dites donc, sargent, les Autrichiens et les Russes 11e nous reconnaîtront peut-être plus!
Que t es bête! puisqu’ils ne nous ont jamais vus par derrière !
— Sapristi ! monsieur Dumanel, vous m’avez fait une fameuse peur avec vos brandebourgs! Dans l’obscurité je vous ai pris pour une squelette I
— Sergent, çahumilie mes pauvres mollets, c’te mode-là.
■ — Au contraire, mon garçon; t’as l’air de les avoir perdus et d'en porter le deuil aux jambes ; c’est un hommage que lu leur rends, à tes mollets.
— Voltigeur, vos brandebourgs obliquent à gauche : vous avez bu ! Quinze jours à la salle de police!
— Crisli! plus moyen de dissimuler avec ces satanés brandebourgs !
— Dis donc, on dirait que notre tambour-major est vexé d’ètrc en garnison par ici !
— Parbleu! il sent bien que le mont Blanc, ça lui fait du tort !
Les recrues sardes ne comprenant pas l’opération que veut leur faire subir le maître tailleur à leur arrivée au régiment français.
— Couvrez-vous donc, militaire.
— Faites pas attention, bourgeois; c’est pas à la tête que j’ai froid !
— Dumanet, tu ne sens donc rien? Voilà une heure que je te pousse par derrière pour te taire rentrer au quartier !
— Ah! dame! grâce à ma nouvelle tunique, le froid m’a rendu complètement insensible de ce côté-là !
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Pourquoi n’êtcs-vous pas rentré pour F appel? Sergent, je m’étais perdu !
Où çà?
Dans mon nouveau paletot d’uniforme.
— Ali! mon ami, je voudrais-l'y être au collège!
— 'Pour avoir des prix?
— Non, pour avoir des pans.
— Sapristi! factionnaire, présentez-moi donc les armes!
— ' Excusez-moi, mon oflicier, le vent s’est engouffré dans mon nouveau manteau, je ne puis rien voir!
— Eli bien, merci... je viendrai plus voir l’iiippopolame z-avec ma nouvelle capote; a-t-il l’air de me prendre pour un pays !
— Tiens, monsieur Pacot, vous avez donc pris médecine aujourd’hui, que vous vous promenez tous en robe de chambre?
— Mais non, mamzelle Françoise, c’est la nouvelle capote; e’est-z-un embellissement !