‹ Nouveaux mélanges d'histoire et de littératureChapitre 36 sur 76 · LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME

pable de tOHS les renoncements qu'elle enseigne et de tous les sacrifices qu'elle commande. Le christianisme qui transforma madame Elisabeth n'est pas le christianisme contentieux des théologiens ni celui des encycliques : c'est ce christianisme intérieur qui met la charité même avant la foi, qui accepte le malheur comme une occasion de mérite ou comme une expiation des fautes, et qui apprend à la fois à bien conduire la vie et à la bien quitter. Les lettres de la princesse en offrent, non des professions expresses, mais, ce qui vaut mieux, des effets édifiants et touchants. J'ai entendu des catholiques accuser madame Elisabeth d'être dévote: elle n'avait, selon moi, qu'une piété exacte, avec les grands sentiments qui la vivifient.

Il est très vrai que la bonne princesse est fort occupée du choix de son confesseur. Ce n'est pas du moins pour en trouver un commode. Par le portrait qu'elle a tracé de l'ecclésiastique chargé du soin de sa conscience, on va juger si la confession élève ses sentiments ou les rabaisse, c Ma nouvelle connaissance, écrit-elle à madame de Raigecourt, veut connaître à fond ce que l'on pense, et n'est point une connaissance sèche; elle aide beaucoup à se corriger (28 mars 1791). » Et, le 23 août de la même année : « Je sors à l'instant d'avec cette personne ; l'esprit, la bonté, la douceur sans faiblesse, la connaissance

parfaite des hommes, une manière d'altirer la confiance, une vertu qui se faît aimer et inspire le désir d'être imitée, voilà son portrait mal esquissé, mais qui peut ajouter à tout ce que je t'ai dit et te faire deviner le reste. » Elle avait dit quelques lignes plus haut : € Si je ne fais pas de progrès, je saurai bien à présent à qui m'en prendre, et les excuses manqueront parfaitement. » Elle méritait d'avoir la main heureuse, et elle l'avait eue en effet. C'était un directeur de conscience tel qu'il le fallait en ces tristes jours ; il avait l'art de préparer à ces morts qui viennent avant le temps, et que Dieu n'envoie pas. C'était Tecclésiaslique vénérable qui devait assister Louis XVI à réchafaud, Tabbé Edgeworth.

Les guides spirituels de madame Elisabeth sont de ceux qui savent élever le cœur de l'homme en lui enseignant l'humilité. C'est, entre autres, Duguet, dont elle goûtait la piété sensée et profonde sans raffinements. Elle dit à propos de lui: ^ La théologie à part, à laquelle je ne comprends rien, c'étaient de bien saintes gens que ces solitaires de Port-Royal. Quelle vie à côté de la nôtre ! Et nous osons nous plaindre (23 septembre 1790). » Les titres des livres dont elle fait sa lecture habituelle indiquent le caractère pratique de sa piété. C'est un Traité de VOraison\ c'est un livre sur la Conformité à la volonté de Dieu. Et, en les recommandant à son amie, elle dit : <3: Il y a

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