LÀ SOUMISSION
des choses pour les religieux, mais on ne lit pas cela (12 septembre 1791). 3)
Chrétienne sans théologie contentieuse, elle se garde également des excès de la spiritualité, et, dans des lettres, qui sont presque de direction, à sa trop pieuse amie, « elle calme la délicatesse de ses sentiments pour Dieu ». La religion de madame Elisabeth est celle qui tire le fidèle des langueurs d'un christia,nisme trop spéculatif, pour le porter aux actes de charité et d'édification, et tout d'abord aux devoirs prochains et pressants, ceux de la condition, de la situation, de la famille. C'est par cette religion qu'elle apprend, non seulement à se soumettre à la Providence, mais à quelles marques cette soumission se fait sentir. « Il faut, écrit-elle, que la soumission nous porte au calme ; sans cela, elle n'est que sur nos lèvres et no n dans notre cœur. » Et elle ajoute ces belles paroles : « Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son cœur qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur était calme et prouvait que Dieu était vraiment en lui... Ainsi, mon cœur, soumettez-vous et adorez en paix les décrets de la Providence, sans vous permettre de porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit qu'avec des yeux humains (15 février 1791). »
Forte de ce secours surnaturel, elle entre sans agitation et elle persévère sans défaillance dans le seul
rôle qui lui fût laissé au sein de cette famille vouée au martyre. Elle n'est point consultée, ou, si elle l'est, très certainement point écoutée. Toujours vaincue, plus vaincue que son frère et sa belle-sœur, parce que, des trois, elle est le plus loin des idées de la Révolution ; point associée à ce qui avait été laissé de puissance à la royauté, mais associée à toutes ses disgrâces; tendant la joue aux soufflets qui s'adressent au visage de la reine; malheureuse pour tous plus que pour elle-même, elle trouve, jusque dans ce dévouement absolu, matière à ce mécontentement de soimême que le christianisme suggère aux plus saints. Au retour de Varennes, veut-on savoir ce dont elle « s'aperçoit » ? C'est que « son âme n'est pas ce qu'elle devrait être pour son Créateur, et qu'elle n'a d'espoir, de grâce, qu'en la bonté de Dieu x».
Pour le chrétien fidèle, la consolation la plus efficace, la source des forces ravivées, c'est la pratique des sacrements. Il y eut un moment où les actes extérieurs de religion devenant impossibles, la pauvre princesse fut forcée de s'en priver. Elle s'y résigna.
« Je comptais, écrit-elle, avoir le bonheur de communier le jeudi saint et le jour de Pâques; mais j'ai craint d'être cause d'un mouvement dans le château et que l'on pût dire que ma dévotion était imprudente, chose que je désire éviter par-dessus tout