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Comment alors ne pas risquer, soit de faire, par une illusion patriotique, cette part trop belle, soit, pour échapper au piège de l'apologie, de ne pas la faire suffisante? Garder à Tégard des hommes et des œuvres une juste mesure, faire sentir sa responsabilité par son impartialité, écrire de conviction un livre original qui fût, en même temps, par l'élévation et la gravité, une sorte de document d'État : tel était, ce semble, le programme d'un travail de ce genre, et, pour y réussir, quel esprit était assez sûr et quelle plume assez habile?
Enfin, à ne parler que des difficultés propres au travail demandé à H. Ravaisson, comment le faire court, — ce qui est la condition de tout résumé, — et le faire complet? La science philosophique a plusieurs branches, et chaque branche a ses questions particuh'ères. Fallait-il faire un choix, au risque d'omettre des travaux estimables, ou valait-il mieux dresser un étal détaillé de tout ce qui s'est écrit sur chaque question, et dans une sorte de bilan général de notre avoir philosophique, évaluer chaque apport individuel ?
Pour qui connaît à quel point M. f^çivaisson est un esprit appliqué et pénétrant, et comment, dans la variété de ses aptitudes et de ses goûts, il sait être aussi attentif à chaque chose que l'homme d'une seule science, ne se payant pas plus de l'apparent que de
rapproxiîaatif, il y avait sujet de s'inquiéter pour lui, non du résultat^ mais de TefTort que lui coûterait un tel travail. Si cet effort a été grand, je n'ai pas de peine à le croire; mais il n'y paraît pas, tant l'ouvrage est libre, aisé, abondant et comme écrit d'un seul jet.
Pour se défendre de l'illusion des jugements sur les contemporains, M. Ravaisson n'a pas eu à se surveiller; il lui a suffi de garder la belle situation qu'il s'est faite dans la science et dans la critique. M. Ravaisson n'est d'aucune école. Il aimerait mieux être accusé de n'avoir pas d'opinion que loué pour avoir un système. Aussi a-tril des admirateurs plutôt que des partisans. Je lui en sais pourtant de très vifs parmi ceux de nos jeunes philosophes qui donnent des promesses. Mais ce qui les attire, c'est moins une doctrine particulière que l'indépendance d'esprit qui cherche la vérité en dehors de toutes les doctrines, et qui s'aide des meilleures sans s'y assujettir. Je remarque que les plus fervents sont les chercheurs, et ceux qui, comme le maître, savent croire sans affirmer.
Quant à ce patriotisme étroit qui, dans une appréciation de tous les produits de notre travail national, en forme d'uae exposition publique, nous eût attribué plus que notre dû, je ne louerai pas M. Ravaisson de s'en être gardé. Pour ne pas tomber dans un tel travers, il n'était pas besoin de tout l'esprit qu'on lui connaît.
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Mais ce n'était pas trop de tout cet esprit pour traiter le sujet d'une façon pratique. La méthode adoptée par M. Ravaisson a été une véritable inspiration. Sans rien négliger de ce qui a été publié de notable sur la psychologie, sur la morale, sur riiisloire de la philosophie, il fait porter le principal de son travail sur la métaphysique, comme la partie la plus élevée de la science, celle où la gloire de faire avancer l'esprit humain est à la fois la plus haute et la plus bienfaisante.
Prenant successivement tous les hommes qui ont écrit avec notoriété sur le double objet de la métaphysique, Dieu et l'âme, il leur demande ce qu'ils ont trouvé de nouveau, les uns pour confirmer, les autres pour infirmer la croyance universelle. Je dis : les uns
et les autres, car, aux yeux de M. Kavaîsson, ne sont pas seulement philosophes ceux qui croient, avec le plus grand nombre des hommes, à Texistence de Dieu et à la spiritualité de l'âme, mais quiconque recherche si là métaphysique est une science, et même, en poussant les choses plus loin, quiconque, de bonne foi et avec la gravité scientifique, conteste qu'il existe des réalités qui répondent à l'idée de Dieu et à celle de l'âme. En un mot, de même qu'il y a de notre temps des philosophes qui sont spirîtualistes, il y a des idéalistes, des positivistes et des matérialistes qui sont philosophes. Si, parmi tous ces philosophes, également sincères, le spiritualisme a le droit de revendiquer les plus illustres, les autres se recommandent par la science et le talent.
Spiritualiste très convaincu, les Jugements de M. Ravaisson sur les idéalistes et sur les positivistes ne sont et ne pouvaient être qu'une controverse. Dire que cette controverse est courtoise, ce serait en dire trop peu. La courtoisie est autre chose que la sincé^ rite, et, dans les querelles des opinions, elle ne suppose pas nécessairement qu'on croie ses contradicteurs désintéressés. Non seulement M. Ravaisson ne fait pas aux siens le tort de douter de leur désintéressement, il croit volontiers que^ces hautes spéculations excluent tout autre intérêt que celui de la vérité. Même sur les points où le cœur pourrait être
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troublé de ce qui fait le dissentiment entre les esprits, sa controverse ne se passionne jamais. Les affirmations les plus téméraires se défendent, à ses yeux, par la bonne foi des personnes et par les libertés de Tesprit humain. Après tout, quand il plaît à Tâme de se nier elle-même, elle fait encore œuvre de pensée. Elle ne croit pas s'abaisser, en jugeant la vérité supérieure à l'esprit qui la conçoit. Pour M. Ravaisson, si toutes les spéculations philosophiques ne se valent pas, tout spéculatif est digne de respect.
Il raisonne avec les idéalistes et les positivistes comme avec des frères en philosophie, frères égarés, il est vrai, mais seulement pour s'être trompés de route en cherchant la vérité.
Sa manière de raisonner, tant soit peu socratique, consiste à les faire convenir que, leur système établi, leur preuves administrées, au moment où ils croient n'avoir rien oublié, il reste quelque chose qu'ils n'ont pas aperçu ou pas expliqué et que ce quelque chose est le tout. Penseur d'une extrême pénétration, ce qu'ils n'ont pas su voir dans leur propre fonds faute d'un regard assez perçant, il le leur fait distinguer et toucher du doigt. Il excelle à découvrir les inexactitudes secrètes, les défauts de jointure, les échappatoires par lesquelles on se dérobe aux objections du dehors et du dedans, les artifices involontaires du langage^ le moment où ce ne sont plus les choses qui
mènent les mots, mais les mots qui mènent récrivain. Nul ne sait mieux que lui en quel coin de nous se cache cette complaisance pour nous-mêmes qui fait que nous intéressons notre amour-propre même à notre abaissement. Nul n'aperçoit plus vite ce piège du désespoir, où par une sorte de générosité singulière, nous donnons tête baissée, en poursuivant le problème de notre origine et de notre fin.
Il examine ces philosophies qui nient l'âme ou pour qui Dieu n'est qu'un état d'esprit provisoire que traverse l'humanité, mais où elle ne doit pas s'arrêter. Au matérialiste, il montre le point resté obscur d'où pourra sortir, en un jour de logique plus rigoureuse, jour de grâce, disons-le, la croyance à l'esprit. Dans l'idéaliste, il se félicite de constater la notion de l'absolu ; car c'est par là que, la bonne foi aidant, l'idéaliste arrivera du Dieu idée au Dieu vivant, créateur et conservateur de l'esprit. La civilité n'est pour rien dans les espérances de M. Ravaisson; c'est par une connaissance profonde des ressources de la nature humaine, c'est parce qu'il s'en fie à l'esprit du soin de résister à ce qu'on le force à dire contre lui-même, que, tranquille sur la fin des négateurs de Dieu et de l'âme, il prévoit pour eux un heureux retour à la vérité, par un suprême effort de leur esprit, revenant sur son abdication et reprenant l'empire.
Quant aux spiritualistes, il les approuve, non comme
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les disciples d'une école, mais comme de libres cher* cheurs de la vérité commune, et il les loue de la seule façon qui ne soit pas suspecte, par leurs propres pensées, et par la fidélité expressive avec laquelle il les expose.
Il y a là des mots d'un grand prix sur quelques-uns des spiritualistes sortis de l'École normale supérieure, entre autres M. Janet, depuis longtemps sur la brèche, qui apprend la science pour combattre les savants sur leur terrain ; M. Caro, qui porte dans la polémique philosophique une modération si persuasive, et un talent d'écrire si littéraire; M. Lachelier, leur élève, à ce que je crois, que les spiritualistes attendent, et dont les débuts sont d'un professeur accompli, et d'un penseur plein de promesses.
C'est de tout ce qu'admet ou conteste M. Ravaisson, de tout ce qu'il ôte ou qu'il laisse, à propos de chacun des écrivains qui figurent dans cette revue, que se compose, comme par parties détachées, sa doctrine philosophique.
Nulle part il n'en donne la formule. Nulle part il ne dogmatise, et ce n'est pas le moindre de ses mérites, La foi seule a des dogmes. Le vrai philosophe ne parle de l'invisible et de l'incompréhensible qu'à la façon du poète et de l'artiste parlant de l'idéal, comme d'une chose qu'il poursuit sans pouvoir l'atteindre, qui semble fuir à mesure qu'il avance, et dont néanmoins il ne peut pas plus se détacher que de lui-même.
C'est de cette sorte que M. Ravaisson parle de Dieu
et de rame. Il en a plusieurs expressions, qui sont à la fois diverses et adéquates. Il ne détermine rien, sachant bien que l'essence du spirituel est de ne comporter aucune détermination. Quoique ses termes soient toujours précis, et que sa logique, toujours serrée, porte en avant et soutienne le lecteur qui essaye, à sa suite, de monter les degrés de l'échelle mystérieuse, il n'y a pas un moment où, par une imitation téméraire de l'observateur en présence des phénomènes de l'ordre physique, il ose décrire ce qui ne tombera jamais sous le regard d'un mortel. Ses pensées n'affectent pas les prétentions du syllogisme : on dirait plutôt des élans vers l'infini, et comme de rapides visions de l'invisible. Les très bons esprits, qui veulent que la philosophie conclue, tout comme les sciences d'observation, trouvent la doctrine de M. Ravaisson un peu fuyante et évasive. Je sais bien à quoi elle se, dérobe : c'est aux témérités de l'affirmation. Non qu'elle penche jamais du côté opposé, qui est le doute; elle reste dans celte manière de croire qui est bien plus persuasive que l'affirmation elle-même, et qui n'en a pas les airs tranchants. Le premier acte de la vie philosophique de M. Ravaisson a été de se soustraire au dogmatisme d'alors, que personnifiait avec tant d'éclat Victor Cousin. L'hommage qu'il rend au chef de l'école éclectique a paru un peu court. Je ne répondrais pas que sa plume n'eût été retenue par quelque
souvenir personnel du peu dégoût qu'avait M. Cousin pour les dissidents. En tout cas, ce qu'il en dit est exquis, et cet éloge réservé d'un esprit supérieur, qui fut un philosophe incomplet, est peut-être plus près de la justice dernière que les effusions d'apologie qu'a provoquées le juste regret de sa mort.
Que M. Ravaisson ait été payé ou non pour ne pas aimer le dogmatisme, toujours est-il qu'aucun philosophe de notre temps n'y a moins de penchant. Il n'impose son opinion à personne, et même en ce trayail où il fait acte de juge, et où sa fonction de représentant officiel de la philosophie dans l'enseignement l'oblige, sinon à tracer un programme, du moins à indiquer une direction, il ne veut pas qu'on ait à souffrir de lui ce qu'il n'a pas souffert des autres, et, s'il invite les gens à penser comme lui, il n'y contraint personne.
Une peut pas faire, d'ailleurs, qu'on ne se sente du penchant à le prendre pour guide. Un doux guide, qui n'a rien du maître, et qu'on suit parce qu'on est fitliré.
Il a le don le plus rare de l'écrivain, et je dirais volontiers le don de grâce chez le philosophe, il a le charme. S'il contredit, c'est en ôtant à la contradiction lout air d'agression contre ladversaire ou de complais sance pour lui-même. Il cache la personne derrière {es raisons. On est heureux d'être de son opinion;
conf redit ou critiqué, on a plutôt envie de s'examiner de plus près que d'abonder dans son sens, ou, si l'on y persiste, c'est avec une conviction qui ne s'est accrue d'aucun intérêt d'amour-propre.
II y a une autre raison de cet attrait particulier de son livre, c'est la b.eauté de la doctrine elle-même^ c'est tout ce qu'à la suite des grands esprits qui ont fréquenté les sphères supérieures, et dont il est à la fois le disciple si indépendant et Tinterprète si fidèle, M. Ravaisson découvre à son tour de ce « trésor inné » — le mot est de lui| — ^^qu'explore la métaphysique. Trésor inné, instinct, de quelque nom qu'on appelle cetta parcelle du divin dans l'homme, le plus grand meta-physicien est celui qui en a la notion la plus claire, ou plutôt le sentiment le plus naïf. Plus il paraît s'élever et nous élever avec lui au-dessus de la terre^ plus en réalité il nous rapproche de nous-mêmes^ plus il s'enTonce vers ce point central de notre être où est l'âme, où est Dieu. En sorte que les choses ea apparence les plus inaccessibles à l'esprit en sont si près, qu'elles s'y confondent, et que c'est l'esprit luimême qui se touche et qui se voit face à face. •
La lumière que fait en nous le métaphysicien de génie est celle-là même dont Pascal a dit, parlant de la raison dans ses rapports avec la foi : € La su* prême démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. > Qu'est-ce
à dire, sinon qu'en ne voulant reconnaître que. les choses qui Fégaleot, la raison borne elle-même sa vue et s'enferme dans une prison? Au contraire, quand elle se voit surpassée et que néanmoins elle sent que ce qui la surpasse ne lui échappe pas ; quand^ à l'exemple de Sixte-Quint jetant ses béquilles, elle se débarrasse des liens d'une logique qui la retient plus qu'elle ne la soutient, et continue de marcher là où manque la route, c'est alors qu'elle est vraiment la raison à « sa suprême démarche d, pénétrant dans son royaume natal, et entrant en commerce avec l'absolu et le divin.
Il y a une profonde joie attachée à cet état. Jean-* Jacques Rousseau semble l'avoir senti quand il fait dire au vicaire savoyard, non sans quelque mélange de déclamation, dans une apostrophe à VÊtre des êtres : « Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi ; c'est mon ravissement d'esprit, c'est le charme de ma faiblesse de me sentir accablé de ta grandeur ! »
Oserai-je dire que cette joie ne m'est pas inconnue, et qu'à la différence des choses qui sont à la mesure de ma raison, et dont la connaissance me laisse soit un reste de doute, soit de la sécheresse, soit l'amer sentiment de l'imperfection de tout ce qui est fini, les choses qui surpassent ma raison, et la connaissance même qu'elle a d'être surpassée, m'élèvent le
cœur et me disposent, comme le Vicaire savoyard, à l'adoration? C'est à ce ton que m'a mis, tout le temps qu'elle a duré, la lecture du beau livre de M. Ravaisson. Je lui ai l'obligation de m'avoir fait vivre quelques heures dans le monde du surnaturel, qui est presque plus la patrie de notre pensée que le monde sensible, et de m'avoir donné des vues de l'Êlre absolu et parfait, qui ne sont que des vues plus claires de mon propre fonds.
Il faut aller chercher dans Descartes le premier modèle du langage philosophique tel que le manie M. Ravaisson. Et puisque les qualités ne s'imitent pas, c'est de s(oa fonds et à son tour qu'il a l'enchaînement de Descartes, et cette propriété qui donne à chaque mot la valeur d'un chiffre, et qui fait de la métaphysique une mathématique éloquente. Il en a même la phrase lente et périodique, qui semble l'allure naturelle des spéculatifs, lesquels sont plus préoccupés de regarder au fond de leur esprit, que d'épargner des efforts d'attention à leurs lecteurs. Il est telle page de. M. Ravaisson où il faut prendre un peu de peine pour ne rien perdre de sa pensée. La difficulté ne venant point de l'insuffisance de l'expression,
mais des obscurités relatives d'une matière si au-dessus
de la réflexion commune, le plaisir de les pénétrer dédommage de Teffort d'attention qu'il a coûté. Et, s'il y a, en effet, de la peine, par quel plaisir profitable n'en est-on pas payé !
C'est en profane que j'ai parlé de ce beau travail. Je sais tout ce qui me manque d'autorité pour recom» mander un ouvrage de métaphysique, et de que) petit exemple est le profit personnel que j'en ai tiré. J'ai pourtant osé en donner mon sentiment, par reconnaissance pour l'auteur d'abord, puis, ledirais-je, par le plaisir qu'on prend à louer les gens qui semblent se dérober aux louanges. M. Ravaisson est de ceux-là. Esprit philosophique éminent, s'il a trop peu produit, c'est peut-être pour n'avoir voulu produire que des choses durables, et, dans ce cas, n'y a-t-il pas sujet de prendre exemple sur ce qu'il a fait, plutôt que de regretter qu'il n'ait pas fait plus? Hors du bruit et des polémiques du jour, il donne à la méditation le temps que d'autres donnent à la dispute, et, s'il n'a pas eu les caresses de la popularité, il a échappé aux complaisances dont on les paye. Quoiqu'il possède, autant qu'homme de notre époque, le sens critique, qui en est le trait distinctifet l'originalité, il n'en a pas le faible, qui est de triompher des défauts d autrui. Même dans les livres dont il combat les doctrines, bien loin que les défauts des auteurs lui cachent ou lui gâtent leurs qualités, il semble qu'il ait de l'obligation aux uns et aux
autres de le rendre plus attentif à ses propres pensées. Les néologismes même les plus étranges ne le fâchent pas; il aime mieux y voir des nuances de pensées ou des efforts ingénieux pour arriver à la précision, que la prétention qui veut imposer par les mots, ou l'illusion si ordinaire qui les prend pour des choses.
Peut-être même pousse-t-il trop loin sur ce point la libéralité d'esprit ou l'indifférence. Qu'il lise, sans en être choqué, dans l'Américain Emerson, e: que l'univers est une extériorisation de l'âme >, je ne m'en étonne pas; Emerson écrit dans une langue ouverte à tous les genres de hardiesses, et il est d'un pays où l'on ne se gêne pas pour si peu. Hais comment citer sans sourciller d'affreux mots tels que ceux-ci, qui se lisent dans des métaphysiciens français : phénomé^ nismey représentationisme, et autres du même goût? N'est-ce donc pas assez des inévitables obscurités de la matière, sans qu'on l'obscurcisse encore par une terminologie barbare?
Doué comme un Grec contemporain de Platon, musicien, peintre, assez avant dans les sciences pour en suivre et en apprécier avec compétence les progrès, M. Ravaisson est de son temps, en tout ce que son temps pense ou fait de bon. Serviable à tous les jeunes talents philosophiques, il l'est sans affecter l'air d'un patron et sans qu'ils aient à se croire des élèves. Enfin, esprit rare et charmant, par la can-
deur, la profondeur et le désintéressement, il était fait pour la gloire de connaître la yérité et de la persuader aux autres, et il méritait de recevoir un rayon de ce qu'il appelle « l'universelle lumière ».