‹ Nouveaux mélangesChapitre 1 sur 107 · PURCHASED APRIL · texte numérisé non relu

PURCHASED APRIL

IMPRlMEniE DE LAGllEVARDI ERK FILS

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l'abbé F. LA. MENNAIS.

A LA LIBAAlAlE CLASSIQUE ÉLÉMENTAIRE,

RFE DO PAONf N* 8.

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Notre siècle a ceci de particulier, que son histoire est essentiellement liée, dans tous ses détails, à celle des doctrines qui remuent les esprits , et ne sauroit en être séparée. Jamais on ne comprendra rien aux événements en apparence les plus simples de Tépoque actuelle , si Ton ne remonte aux causes morales dont ils ne sont que les effets; et Terreur de Topinion explique seule le désordre de la politique. Lorsque tout est devenu pour les hommes un objet de doute , comment les gouvernements auroient-ils une marche certaine et des principes arrêtés ? Eux aussi ont perdu la foi, et ne savent plus à quoi se prendre. Us suivent le siècle, comme ils le disent, sans même se demander où le siècle les conduira : le pouvoir ne guide plus , il est emporté. Je ne sais quelle souffrance intérieure excite dans les peuples le désir vague

Âin autre état. Ils sentent que ce quf est n'est que de passage ; que la stabilité, le reposn^est pas là. Où est-il? Ils Tignorent , car en cessant de croire ils ont cessé de comprendre , et il n*y a maintenant rien de certain pour eux. On agite des questions sans nombre; qu^on y regarde de près, on verra qu'elles se réduisent à celle du gouverneur romain : Qu'est'^e que la vérité^ ? La réponse est la même qu'alors; mais on la trouve bien vieille, on en veut une autre; et la philosophie, pleine d'un orgueil que rien ne déconcerte , et d'espéran-* ces que le succès n'a pas jusqu'ici encoura* gés , la cherche au hasard dans mille routes diverses.

Cependant la société , quelque lasse qu'elle soit des vérités anciennes, a besoin de croyances , et ne sauroit vivre des découvertes futures de la philosophie. Que fera-t-elle donc? Elle imitera de son mieux les individus. Ou-

* Dleii ù PUatui : Quid est vvriiat? Joan. xviu , 58.

bliant complètement Tordre intellectuel , Fordre religieux. Tordre moral , qui sont pour* tant son essence même , elle essaiera de se concenti*er 'dans Tordre matériel ^ et de tout ramener i ce qui frappe les sens , aux choses posiiwesy suivant Texpression consacrée parmi les admirateurs de cette haute civilisation, à ce que chacun admet dans la pratique de lâ vie. Ainsi la religion ne sera j^us qu*un simulacre de cuhe , des cérémonies accomplies

autour d'une pierre qu'on appelle autel, par des hommes qu^on appelle prêtres. Les droits politiques s^évalueront aritbmétiquement en francs et centimes , et la souviçraineté sera fondue à Thôtel des momunes. Un bourreau pour punir les crimes dont on n'a que faire , un caissier pour payer ceux dont la puissance profite, ce sera toute la morale de ce temps-li.

Si un pareil état de choses pouvoit subsister sans qu^il y eût dans le monde d'autres

maximes , l'idée d'un Dieu ne seroit qu'une

' chimère , et la notion de loi un rcve de Tesprit humain. Mais des rayons de Fantique lumière pénètrent encore à travers cette nuit ; le sentiment du devoir et toutes les croyances vivifiantes , conservées , nourries par le christianisme, luttent encore avec énergie

contre ce système destructeur et la corrup-

tion qu^il engendre. Il y a un grand combat

sur la terre : le bien et le mal se disputent

Tavenir; mais Tavenir, qu^on n^en doute point, est à celui qui a fait le temps, et qui regarde avec pitié les efforts de Timpie du sein de son éternité.

Les chrétiens, d^ailleurs, ont dans cette guerre un avantage immense; ils savent ce quHls défendent , parcequ^ils savent ce quUIs croient. Parmi leurs ennemis, nul accord, nulle union, excepté pour détruire. S^agit-il d'édifier, aussitôt ils se divisent. Qu'on indique un point sur lequel ils s'entendent invariablement. Leur force est stérile comme celle des tempêtes: elle abat, elle dévaste.

mais elle n'a point de vie, et ne sauroit en donner. Tout ce qui anime , tout ce qui féconde, appartient au christianisme : quelque chose du Dieu vivant est' en lui. Âpres des. égarements plus ou moins longs , des persécutions plus ou moins vives , il faudra donc que les hommes reviennent à la doctrine qui seule les sépare de la mort; il faudra qu'ils y reviennent^ ou que la société périsse. Sa prospérité matérielle, qui maintenant fait quelque illusion , trouvera en ellemême sa propre" ruine : et fût-elle plus durable qu^on n'a lieu de le penser, en considérant sur quelles bases elle reposé , qu'importe aux pestiférés la richesse du lazareth ?

Dans une situation si nouvelle, tout ce qui aide à bien cohnoître le progrès et les événements de la ^guerre entre Terreur et la véricne sauroit olre dénué d'utilité ni d'întcrét. Sous ce rapport, et sous ce rapport seul , il nous a semblé que ce Recueil pouvoit être offert au public. Ce sont les mé-

9 nivÀcUf

moires d^uii fiimple soldat, mais qui a pea quitte le champ de bataille. C'est là aujourd'hui la patrie du prêtre; c'est là qu'il doit n?re , et là qu'il doit mourir.

Dieo a bien fait toutes choses. Que les impics blasphèment tant qu'ils ?oudront, leurs blasphèmes n'ont aucun fondement. La créa* tion tout entière élèTe la voix pour rendre té* moignage à son jiuteur.

Dieu a bien fait toutes choses dans l'ordre de la nature. Tout y est plein de sa majesté et de sa grandeur; il s'y révèle à nous par des merreilles sans nombre; et certes, à la vue duo si ravissant spectacle, nous nous sent!« rions élevés au-dessus de nous-mêmes si nous n'étions pas appesantis par une insensibilité léthargique.

Dieu a bien fait, a divinement .fait toutes choses dans l'ordre de la religion. Le Verbe incrëé, engendré de toute éternité dans la

> Ce Bocceaa 9tt en -parlie tnditt de reUemaiMU

s SUR LA FOI.

Splendeur de sa gloire , est descendu de sou trône , et s'est fait chair pour sauver sa créature.

Qui pourroit méconnoitre en lui renvoyé du Tout-Puissant? Approchez, enfants des hommes : voyez le Pasteur dont il faut écouter la voix , le Maître dont il faut recevoir les leçons, le Grand-Prêtre par excellence dont il faut accomplir les préceptes ; en un mot, contemplez le Rédempteur promis , qui nous a , dans sa clémence , apporté le plus grand des hiens, je veux dipe la religiod chrétienne, religion venue du ciel et digne de régner sur la terre ; religion où l'on découvre évidemment le sigue de Tautorité suprême, devant laquelle toute raison doit s'humilier; signe d'unité, qui doit réunir tous les cœurs ; signe de vérité , qui doit subjuguer tous les esprits ; signe de sainteté, qui doit extirper tous les vices; religion manifestement divine, soit qu'on la considère sous le rapport de sa propagation ou de son institution primitive.

Pensons-y sérieusement, car jamais question plus importante ne s'offrit à notre examen. De sa solution dépendent et nos devoirs et uos espérances , et la conduite entière de notre vie, et notre sort éternel : ce sont là, ce

SUR Lk FOI. g

me semble , d'assez hauts intérêts , et des objets dont la raison la plus dédaigneuse peut sans rougir s'occuper quelques instants. Qui que nous soyons , il nous faudra comparoitre nn jour devant Dieu ; cités à son tribunal redoutable pour y rendre compte de notre foi « ▼oulons-nous n'avoir pour tonte réponse à articuler que ces paroles : Cela m*étoit indifférent ; je n'y ai point songé. Ah ! loin de nous cette indifférence coupable , ce mortel assoupissement bientôt suivi d'un si terrible réveil ! Sachons ce que nous devons croire , pour savoir ce que nous deyons faire , ce que nous devons espérer, ce que nous devons craindre. Voila la véritable science de l'homme ; les autres ne sont que des curiosités futiles , des jeux d'enfants dont on berce son ennui, ou dont on amuse ses loisirs.

Étoit-il nécessaire que Dieu révélât une religion? J'abandonne aux philosophes cette discussion où rien ne me force d'entrer. Je m'en tiens uniquement au fait , et je dis : Il existe une religion qui porte en elle-même des caractères visibles de divinité ; donc cette religion est divine , donc elle est révélée « donc elle est vraie , et par conséquent la seule à laquelle on doive s'attacher. Si le christianisme a réelle-

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ment les caractères que je lui attribue, ces conséquences sont rigoureuses.

Et d'abord est-il rien de si grand, de si sublime que ce que la religion nous enseigne par rapport à Dieu , c'est-à-dire touchant notre dernière fin et les moyens d'y parvenir? Cette parole, je croie en Dieu , cette parole que tout chrétien , que le pauvre paysan répète tous les jours, il n'a pas été donné aux philosophes païens, aux plus vastes génies, éclairés des seules lumières de la raison , de la pouvoir prononcer. Aucun n'a dépassé le doute, aucun n'a dit avec cette simpUcité et cette force : Je croie en Dieu. C'est que Dieu seul pouvoit éle« ver jusqu'à lui l'esprit de l'homme ; c'est que lui seul pouvoit mettre dans son cœur la foi, don surnaturel , don infini dans sa nature comme dans ses effets , et qui , nous conduis sant à la certitude par des routes inconnues à l'intelligence, nous fait entrer en participation de ce sentiment intérieur par lequel Dieu prononce qu'il existe. Je sucs, dit-il , celui qui suie; et ie petit enfant qu'il a instruit dans le secret du cœur, répète : // est celui qui esil

Or, une religion qui repose sur une vérité si féconde et si haute ; une religion qui m'oflùre pour modèle un Dieu-Homme, et Téternité

pour récompense ou pour punition de mes œu- Tres; une religion qui me montre un Être toutpuissant dont les yeux sont toujours ouverts pour observer ma conduite ; qui me laisse dans l'attente d'un jugement formidable» où mes pensées les plus secrètes seront examinées ; qui me représente cette vie comme un pèle*' rinage, et ce monde comme un lieu d'exil, afin qu'étant créé pour, le ciel , je ne m'attache point à la terre; qui, m'arrachant à l'empire des sens, m'apprend à regarder la mort comme le passage à une vie meilleure , où je dois continuellement m efforcer d'arriver : une religion qui me dit , Sois parfait comme Dieu même est parfait ; qui me relève avec tendresse dans mes chutes, parcequ'elle ne connoit point de crimes inexpiables , et qu'elle peut appliquer des mérites infinis ; qui ordonne au juste de trembler, et fait de l'espérance la première vertu du pécheur; qui arrête la présomption par la crainte , sourit au repentir, déclare heu- Ttttx ceux qui pleurent, maudit les joies dissolues du siècle, détrône l'orgueil hun^aîn, et proclame le règne de l'amour ; cette religion » sans aucun doute, mérite tous les hommages de ma raison et de mon cœur.

Je sais qu'elle contrarie les penchants de la

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nature corrompue, qu'elle déclare aux passions une guerre inexorable. La vanité, la mollesse, la vengeance, la haine, sont autant de victimes qu'il lui faut immoler; mais il n'y arien là qui m'étonne, rien qui n'ajoute à la confiance qu'elle m'inspiroit déjà. J'y vois un nouveau caractère de vérité très éclatant; car plus la religion est pure et rigoureuse dans ses préceptes, moins je puis reconnoître en elle l'ouvrage de l'homme. Les passions troublent l'ordre moral; la religion qui a pour but de le rétablir, doit donc combattre les passions. Les lois mêmes n'ont pas d'autre objet; et la i^eligion n'est plus sévère, elle ne commande des vertus plus difficiles, elle n'interdit des fautes plus légères, elle ne prescrit, en un mot, une plus haute perfection, que parcequ'elle est la plus parfaite des lois.

Il est vrai qu'elle me propose à croire des dogmes incompréhensibles, des mystères impénétrables qui consternent la raison; mais cela même, loin d^e m'ébranler, m'affermit de plus en plus. Tout^ et l'homme même, est mystère pour l'homme. Que croirois-je, si je ne croyoisquece(piema raison conçoit ?Lecîel» la terre, la vie, la mort, le grain de sable que je foule aux pieds, la paille que le vent emporte,

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me sont éternellement incompréhensibles; et je prétendrois comprendre Dieu, sa nature, ses attributs, son essence ! Insensé ! contemple ton néant, ta bassesse profonde, et cesse de demander compte à rÉternel de son être et de ses perfections. Il t'en a révélé ce qu'il t'étoit possible, ce qu'il t'étoit utile d'en savoir : crois et adore; car l'inaccessible hauteur de la doctrine qui fait le désespoir de ton esprit est la plus invincible preuve de son origine céleste. Une religion sans mystères seroit une religion fausse, puisqu'elle ne nous donneroit ni l'idée ni le sentiment de l'infini; une religion sans obscurité seroit une religion absurde, ou plutôt ce ne seroit rien, puisque cette religion nous laisseroit dans une ignorance complète de la Divinité, qui est évidemment au-dessus de notre intelligence, et par conséquent n'étabJiroit entre elle et nous aucuns rapports.

Le christianisme n'est donc obscur en quelques uns de ses dogmes, que parcequ'il est divin , que parcequ'il nous transporte dans les légions de l'infini , et déploie à nos regards une perspective immense , où l'œil cherche en vain des bornes qui fuient toujours. Si la religion se vantoit de dissiper entièrement les ténèbres de notre esprit, il seroit sans doute facile de la

l4 SVR LA FOI.

convaincre de mensonge ; mais au contraire elle nous dit : «Vous n'apercevrez jamais clai-

• rement ici-bas les sublimes vérités que je vous trévèle ; vous n'en pourriez soutenir Téclat , et

• voilà pourquoi je vous les présente envelop- »pées d'un voile que la mort seule déchirera. rCi-oyez sans essayer de comprendre : courbez

• votre raison altière sous l'humble joug de la

• foi; avec le sacrifice du cœur , j'exige encore

• celui de l'intelligence. »

Tel est le langage de la religion , et la raison elle-même découvre aisément les motifs du sacrifice qu'on lui demande. L'homme est tombé par l'orgueil. Dans l'insensé désir de s'égalera Dieu , il voulut ravir la science, et ne conquit . que l'erreur. Au lieu de s'élever, comme il s'en fiattoit, jusqu'au niveau du souverain Être, toutes ses facultés se dégradèrent, et il descendit au-dessous de la brute. Si tu manges de ce fruit, tu mourras , lui avoit dit le Créateur : il osa douter de sa parole et braver ses menaces; le châtiment suivit de prés. La rébellion de ses sens devient le premier fruit de sa rébellion contre Dieu : son entendement se couvre de ténèbres; de honteux mouvements jusqu'alors inconnus l'agitent et le fatiguent presque sans relâche. Devenu le roi de ses pensées en même

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temps que l'esclave de la concupiscence, îl règne dans les ténèbres et gémît sous le poîds du remnrds. Suîvez-le dans ses prodigieux égarements, cet être déchu : il ne sait ni ce qu'il est, ni d'où il vient, ni où il va ; ses devoirs ne lui sont pas moins inconnus que. ses destinées : il ignore tout, il s'ignore lui-même, il ignore jusqu'au crime pour lequel il est tourmenté. Comment donc l'expier , ce crime énorme? comment guérir cette profonde plaie? L'un et l'autre est l'œuvre de la foi. Elle guérit notre ignorance en nous remettant en possession de la vérité que nous avions perdue ; elle change notre arrêt de mort en la promesse d'une vie immortelle; elle expie enfin la révolte de l'orgueil par une soumission absolue : de sorte que , proscrits pour avoir refusé de croire, nous rentrons en grâce en croyant; et la foi 9 dans sa consolante obscurité comme dans la certitude et la paix qui l'accompagnent, est tout ensemble notre sacrifice , notre lumière , notre mérite et notre récompense.

0 foi ! appui de ma foiblesse et charme de ma misère, viens dans mon cœur, viens l'éclairer, le fortifier, le remplir de l'espérance et de Tamour des biens ineffables que tu nous annonces! Viens me dévoiler le secret de mon

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être 9 m'instruire des mystérieux rapports qui unissent riiomme à son auteur, et le ciel à la {terre. Â la lueur de ton flambeau , mes yeux s'ouvrent : quel spectacle vient les frapper ! Dans le ciel , la majestër du Très-Haut sur un trdne resplendissant de gloire; sur la terre, des hommes qui gémissent dans une vallée de larmes. Ces deux objets si différents , si infiniment éloignés l'un de l'autre, il faut les rapprocher ; il faut établir entre le Créateur et la créature une communication divine. Que fait la religion ? Elle place entre Dieu et l'homme un Homme-Dieu : comme homme, il satisfait pour l'humanité coupable; comme Dieu, il donne un prix infini à sa satisfaction. Prêtre et victime , il s'immole lui-même; il s'interpose entre nos crîoies et la justice étemelle: l'instrument de son supplice et de notre rédemption à la main , il se présente à son Père; il lui offre son sang , ses douleurs , son agonie , sa mort ; les entrailles de la miséricorde divine s'émeuvent , et le genre humain est sauvé.

Dès lors de nouvelles relations s'établissent entre la terre et le ciel; le médinteur en est le lien : hostie perpétuelle, pontife toujours vivant pour intercéder en notre f.iveur, c'est en son nom que nous demandons, en son pom

que nous obtenons ; nos prières sont ses prières; il les purifie, les sanctifie, les rend dignes d'être écoutées de celui à qui elles s'adressent. Par l'union que nous ayons avec lui , par l'application qu'il nous fait de son sacrifice et de ses mérites » notre repentir , nos vertus , notre amour, tous nos sentiments s'agrandissent, s'élèvent , se divinisent, pour ainsi parler. Le Tout-Puissant voit en nous ses fils , comme son fils voit en nous ses frères. Tout dans la religion de l'Homme-Dieu prend le caractère de l'infini, tout s'embellit et s'épure. La terre n'est plus seulement le séjour de douleur où un être criminel et misérable attend dans l'effroi l'exécution de sa sentence : elle est encore le lieu où la ver4u se perfectionne pour le ciel , le temple auguste où commence l'adoration en esprit et en vérité , qui se prolongeant à jamais dans la Jérusalem céleste , et s'y confondant avec la possession de l'objet même de ce culte ineffable , fera éternellement l'occupation des élus et leur indicible félicité.

Que sont les stériles spéculations de la philosophie, ses absurdes systèmes , ses doctrines désolantes , près de ce ma^ifique ensemble de vérités si sublimes et si simples , si étroitement liées entre elles , si conformes à ma rai-»

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son, SI appropriées à mes besoins , si douces et si consolantes pour mon cœur? Avouez-le ingénument, n'êtes-vous pas ému en méditant ces touchants mystères de l*Homme-Dieu descendu du sein de sa gloire pour s'humilier, pour souffrir, pour mourir d'une mort cruelle, afin de nous donner la vîe? N'y a-t-îl pas. en TOUS quelque chose qui tous dit que cela est divin? Ne sentez-vous pas vos yeux se mouiller de larmes à la vue de Jésus en croix ? Ah i malheur, malheur aux âmes dures que n'attendriroit point une bonté si ravissante , un si prodigieux excès d'amour! Oui, pour renier Jésus expirant sur un bois infâme en pardonnant k ses bourreaux, pour refuser de croire en lui , il faudroit n'être pas homme , il faudroit être un je ne sais quoi monstrueux, un démon , plus qu'un démon , car si les démons ne saûroient aimer , ils croient du moins et ils tremblent : eredunî et eoniremiseunt.

Voyez combien déjà une attentive considération du christianisme nous y fait découvrir de caractères de vérité ; et pourtant nous sommes loin d'avoir épuisé ce sujet immense; à peine au contraire l'avons-nous ef&euré. Ce ne seroit pas trop de plusieurs volumes pour développer complètement les preuves que no-

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tre plan nous contraint de resserrer en quelques lignes. Nous avons y par exemple , envi* lagé Jésui^Cbrist comme médiateur et comme rédempteur; mais quel nouveau jour cette doctrine n'emprunte-t-elle pas de sa liaison intime «rec le dogme de notre chute originelle, dogme attesté lui-même par la tradition de tous les peuples , et consacré pour ainsi dire par la conscience du genre humain ? Que l'orgueil se révolte , qu'une raison hautain^ et débile plie sous le poids de cette formidable vérité 9 une naturelle et invincible conviction nous force à la reeonnottre devant ce tribunal intérieur qu'on ne peut ni décliner ni séduire. Je ne sais quelle voix douloureuse se prolonge à travers les siècles et nous crie que nous som- , mes tombés ; la souffrance, le péché, la mort, nous en avertissent i chaque instant. Éternellement inexplicables à nous-mêmes , dès que nous perdons de vue' notre d^radation primitive, elle seule répand quelque lumière sur notre être et nos destinées ; notre crime explique notre punition ; et l'homme , dit Pascal, est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme.

O homme ! abaisse-toi donc : mortel cou-

pable , humilie-toi , prosterne-toi , mets ton front dans la poudre , et remplis de tes inconsolables géip[iissements cette terre, royaume de désolation que Dieu t'a donné dans sa vengeance pour exil et pour tombeau , comme ou assigne un vil domaine à un roi dqiossédé! Mais que dis-je? réjouis-toi plutôt, et chante avec la nojivelle Sion : Heureuse faute, qui a mérité d'avoir un si grand Rédempteur? La religion te rend, et bien au-delà, ce que tu avois perdu : elle t'élève à une. perfection qui te place autant au-dessus des anges que les triomphes de la vertu sont au-dessus d'une innocence paisible et sans combats. Soutenu par la grâce divine , il n'est point de vicieux penchant que tu ne puisses surmonter. Qu'on cesse de me parler de nature corrompue , je ne vois plus , je ne veux plus voir que la nature réparée et resplendissante de gloire. La foi m'ouvrejle ciel, éclaire mon ignorance, fixe mes incertitudes, dissipe les sombres nuages qui environnoient ma raison, et la remplit d'un torrent de lumières. Â sa suite marche l'espérance, charme éternel de la vie, et l'aimable compagne de l'amour. Croire, espérer, aimer, Toilà toute la religion. Aucun sacrifice ne coûte lorsqu'on est assuré du prix ; tous les devoirs

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sont doux à celai qui aime. Aimez , et faites ce que TOUS roudrez , disoit un des Pères de TÉglise: c'est qu'on n'a de volonté, quand on aime, que celle de l'objet aimé. Oloi d'amour! loi sublime , loi adorable , que n'obtîens-tu pas des vrais chrétiens ! A l'exemple de leur maître , ils passent dans le monde en faisant le bien. Une charité immense comme Dieu même, qui la leur inspire , anime toutes leurs actions ,

remplit toute leur pensée , féconde tous leurs sentiments. Est-ce poureux-mêmes qu'ils vivent , ou n'est-ce pas uniquement pour les autres qu'ils existent? Voyez-les voler au secours de toutes les misères humaines ; voyez-les verser, comme le Samaritain , l'huile et le baume sur les plaies de leurs frères : rien ne les lasse, rien ne les rebute ; plus vous êtes infortunés, plus vous leui; êtes cher. Leurs trésors sont le patrimoine de l'indigence; leur temps, leurs soins , leur compassion , leurs larmes , appartiennent à tous ceux qui souffrent. Êtes-vous pauvre , malade , infirme ? venez , ils vous soulageront. Votre cœur saîgne-t-il de Tune de ces blessures secrètes que l'on s'efforce de dérober à la dure pitié d'une philanthropie égoïste? accourez, ils vous prodigueront des consolations ineffables qui adouciront vos maux et

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TOUS les feront oublier. Pour eux il n'y a point d*6Dnemi$ , point d'étrangers , i] n'y a que des hommes. Avez-rous commis quelque faute?

approchez » ne craignez point ; leur bouche ne connott pas le reproche insultant ; ils tous plaindront , ils pleureront avec vous , ils s'avoueront foibles comme vous , et vous mon*treront , avec le souris de l'espérance sur les lèvres p le commun libérateur. Bons pères , bons fils, bons époux, amis sûrs, sujets fidèles, quelle vertu n'est pas la leur? Et pourtant , loin d'être épris de leur propre excellence, ils gémissent incessamment sur leur indignité , se regardent comme des serviteurs inutiles, et n 'attendent leur récompense que de la gratuite miséricorde de l'Être infiniment bon qui la leur a promise. Détachés des biens terrestres , ils n'aspirent qu'à la céleste patrie où le Sauveur les a précédés. Honneurs , plaisirs , richesses, rien de ce qui est du monde ne les touche ; ils n'en aiment , ils n'en désirent que les tribulations et les croix. Les larmes sont leur )oie , les humiliations leur gloire, les souffrances leur lit de repos. Frappez-les sur la joue droite , ils vous présenteront aussitôt la gau* che enlevez leur habit, ils vous abandonneront encore leuf manteau. Persécutea-les , em-

prisonnez-les , arrachez-leur la yie dans d'effroyables tortures, ils pricfont pour vous le Dieu qui pardonne, et leurs douces paroles seront des paroles de bénédictior;.

Je m'arrête: sonl-ce des hcmunes q«e î'aî |ieint8? non 9 ce sont des disciples de Jiésas- Christ. Que celui qui n'aperçoit dans la i* eligMo qu'une intention humaine se lè?e maintenant et dise: J'aurots créé cette doctrine, j'aurais changé la nature de l'homme, j'aurois inren^ la foi, l'eapéraDce et l'amour.

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