SUR LA PRIÈRE
Veillez et priez afin que vous n'entriez point en tentation \ La vigilance , qui tient uos yeux ouverts sur les pièges que nous tendent les ennemis de notre salut, nous empêche d'y tomber aveuglément ; et la prière prévient la tentation elle»même , ou nous donne la force de la vaincre , en armant Dieu pour nous. Prier, c'est s'humilier; prier, c'est aimer: les deux actes les plus excellents de la vie chrétienne. Aussi, qui ne se sent meilleur après avoir prié? qui ne trouve en soi plus de courage , plus de foi , plus d'espérance , plus de vigueur , plus de paix ? La prière renouvelle tout l'homme; elle l'unit au Dieu qu'il prie , elle attire l'abondance de ses grâces dans l'âme qui se dilate en quelque sorte pour les^recevoir. Et c'est pourquoi les apôtres disoient à Jésus-Christ : Enseignez-nous à prier \ Enseignez-nous : eh
■ Ce morceau et lef trois suiviDtf sont extraits de la Bibliothèque d€t Dames ehrétiennet, où ils scfTent de préfaces au Parois sUn complet , 4 la Doctrine chrétienne tirée des Pérès « aux Con fessions de saint Augustin , et à la Journée du chrétien,
• Matth. xxTi , 4o. — ' Luc , xi , i.
StB LA PRiiRB. a5
quoi ! est-ce donc une chose qui s'enseigne ? Oui , et , de plus , c'est une chose que Dieu seul peut enseigner. Comment le prier , si on ne le*connoit? et comment le connoître , s'il ne se révèle lui-*même à nous? Comment encore connoUre nos hesoins, nos misères, nos plaies secrètes , la corruption de notre nature , et la nécessité d'un réparateur? Comment nous connoître nous-mêmes , et ce qu'il nous est utile de demander, si Dieu n'éclaire nos ténèbres , et s'il ne forme en nous des désirs dignes de lui, et salutaires à notre âme ? Redisons-le donc avec les apôtres : Etiseignez-nous à prier. Enseignei-4]0us , ô mon Dieu ! à nous abaisser en votre présence , afin de nous élever jusqu'à vous. Enseignez-nous à vous exposer notre indigence, afin que vous la soulagiez; nos maladiest nos langueurs, afin quevous les guérissiez. Enseignq^nous à gémir de nos fautes journalières, "afin quevous les pardonniez. Enseignez-nous à vous offrir nos peines et nos douleurs , afin que vous les consoliez. Enseignez-nous à désirer les véritables biens , votre grâce, le salut, le ciel , vous-même, afin qu'éternellement nous vous possédions.
Ne nous abusons point sur ce que nous sommes. Créatures tombées , notre impuissance
U6 flUB hk PBIÈRI.
est extrême comme notre dénuetnenté De oau6mômes dous ue pouvons rien, pas méoie prier. Et qui Qons Tapprçnd? L'apôtre même qui nous dit : Pries sans cessé \
0 grand Paul I que ferai-)e donc pour accomplir ce précepte? Développei-moi ce profond mystère. Je crois, ear je sais que vous ne parlez point de vous-même, et que c'est Jésus- Christ, la sagesse de Dieu qui vous inspire. Je crois , vais mon esprit s'abîme dans ces apparentes contradictions. M'en trouverdi*)e point quelque part le dénouement dans yos écrits ? Lisons, cherchons, ne noiis lassons point. L'Esprit aide noire infirmité; ear nauê ne sa^ vons point demander comme il faut ; mais l'Eêprit lui-même demande pour nous avec des gémissements ineffables. Et celui qui scrute Us cœurs sait ce que désire l'Esprit^ pareequ'il demande selon Dieu pour les saints \ Il suffit* tout est éclairci. Je comprends que, comme le Verbe est notre lumière , TEsprit est notre amour, et le principe de tous les mouvements qui nous portent vers le Père. Je comprends qu'aucune prière ne pénètre jusqu'à Dieu , n'est écoutée de Dieu , si Dieu lui-même n'en est le fonds-, c'est-à-dire si elle n'est animée de sa vérité et
■ 1 9é TheiNrf. , «9 17. ~ » Bpfft. ad Rotn., vni , 9(6 et S7.
SOB LA PBliai.' ^7
de son amour : et dès lors je comprends qu'il faut que cet amour iofini 9 ou l'Esprit même de Dieu , la forme eu nous » et qu'il qous Bug-^ gère * ce que nous devons demander .par Jésus-Christ 9 par le Verbe , par la souveraine ▼érité : Car nul ne va au Père que par le FiU '• Et de là Tefficacité de la prière , efiicaeité si grande , que nous n'en pouvons avoir d'idée. Quand nous prions , c'est Jésus-Christ qui prie avec nouSf c'est l'Esprit saint qui prie en nous* Or, que peut le Père céleste refuser à son Fils, et à l'Esprit qui l'unit à lui ? Notre prière , lorsqu'elle est pure et détachée de tout désir des choses périssables , c'est le désir de Dieu même ; elle se confond en quelque sorte avec sa virfonté toute-puissante ; et si quelquefois il arrive qu'elle ne soit pas exaucée , ou qu'elle paroisse ne point l'être, ce n'est pas que Dieu l'ait repoussée, c'est que nous avons nous* mêmes repoussé la grâce, et que notre volonté criminelle a , pour ainsi dire , fait violence à la Tolonté divine.
Mais ce n'est pas assez de considérer la prière comme un moyen d'obtenir de Dieu ce que lui seul peut nous donner , il faut epcorp concevoir qu'elle forme une partie essentielle du
28 SUR LA PRiiRE.
culte qu'il exige de nous. Elle est un témoignage de noire dépendance, et par conséquent une déclaration solennelle de sa suprême souveraineté. Nous lui devons l'bompnage entier de notre être; notre intelligence,. .notre cœur, doivent sans cesse remonter vers lui , et ne s'arrêter qu'en lui. Or, la foi est l'hommage de l'intelligence , et l'amour est l'hommage du cœur ; et l'amour et la foi sont toute la prière, puisqu'on ne désire que ce qu'on aime, et qu'on ne demande, qu'on n'espère, que ce qu'on croit.
Et ici nous sommes ramenés à la doctrine de saint Paul. Car, par qui croyons-nous, si ce n'est par Jésus-Christ , auteur et consommateur de notre foi % par le Verbe , qui éclaire tout homme venant en ce monde ' ; et par qui aimonsnous, si ce n'est par l'amour même de Dieu, répandu dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné '. Ainsi notre adoration , qui a son principe dans la Trinité elle-même , devient infinie comme Dieu , et le culte du Sei^ gneur reçoit sa propre consommation ^.
Ne nous étonnons donc pas que l'église attache tant d'importance à la prière, qu'à des jours fixés elle convoque tous les fidèles pour
* Bptit. ad Heb. , zii, a. >- * Joan. ,1,9. — ' Epist, ad Rom. T, 5.— 4 II, Paralip., xiix, 35.
SUR Lk PRIERE. âQ
prier. Cette épouse immortelle du Roi des rois se sent perpétuellement comme pressée d'éle- Ter la voix vers sou céleste époux ; elle appelle ses enfants pour le louer, le bénir, pour chanter ses grandeurs et ses miséricordes. Tantôt elle gémit comme la colombe, parcequ'elle voyage en une terre d'exil, privée pour un temps de la présence du bien-aimé qui a bleue son cœur ' ; tantôt eUe tressaille de )oie, parcequ'elle décourre sar la montagne les pieds de celui qui annonce ta paix * ; tantôt . elle pousse des cris de douleur à l'aspect de ses souffrances. Tantôt elle éclate d'allégresse à la vue de sa gloire qu'elle doit partager. Et puis elle s'inquiète de ses enfants ; elle les compte , si on Tose dire, avec anxiété, dans la crainte que quelques uns se soient égarés ; elle pleure sur ceux qui manquent, elle intercède pour tous, et sa tendresse ne cesse de solliciter, en faveur même des plus coupables , la pitié et 4 'amour de leur Père.
Mais Toici quelque chose de plus merveilleux encore : ces louanges , ces plaintes , ces désirs , ces joies, tous les sentiments qui animent l'épouse , c'est l'époux qui les lui inspire, et leur expression même est de lui. Admirable
• Cénk , iVy 9.—. • Raliwa. 9 1 > tS.