‹ Nouveaux mélangesChapitre 18 sur 107 · L'ÉTAT DU CLEKGÉ EN FRANCE · texte numérisé non relu

L'ÉTAT DU CLEKGÉ EN FRANCE

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Vjilmanach du Ctergi de France pour Vannie iSao renferme des détails qui nous paroisseut mériter d'être recueillis. Us apprendront à ceux qui Tignorent quel est le yéritable état de la religion. Lorsqu'on élève la voix en sa faveur, lorsqu'on la montre déclinant chaque )Our dans le royaume de saint Louis , on vous taxe d'exagération* 11 y a même des hommes graves , au moins par leurs dignités , qui soutiennent que, grdce à la révolution, jamais TEglise gallicane ne fut plus florissante. Que lui manque t-il en effet? rien, presque rien, une organisation fixe , des évêques , des prêtres , des écoles pour en former , et ce degré de liberté sans lequel nulle institution ne sauroit durer ; voilà tout : mais on veut se plaindre; on a juré de n'être jamais content.

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D'autres, avec un rare sérieux, vous disent : «Attendez; ce que tous avez raison de dési- 9 rer viendra ; on ne peut pas tout faire à la » fois , et le moment n'est guère favorable : la

• religion a tant d'ennemis! Elle se meurt, f dites-vous ; nous en gémissons; mais ne doit-

• clle pas aussi se prêter un peu aux circonf stances?»

II n'est que trop vrai , le christianisme menace de s'éteindre parmi nous; il périra faute de ministres, si Ton continue de suivre à l'égard de l'Eglise lesystème adopté depuis quinze ans. Que le gouvernement se décide , le temps presse; sauvera-t-îl le christianisme 9 ou le laissera-t-îl expirer en France? voilà la question ; elle a bien , ce nous semble , autant dlmportance qu'on en peut attacher à savoir si tel orateur de tribune déraisonnera en vertu d'un mandat direct ou indirect.

Venons aux faits : il n'en est point de plus authentiques que ceux que nous allons citer , puisqu'ils sont publics par le thet méqie da bureau des affaires ecclésiastiques ap ministère de l'intérieur.

Le nombre des prêtres employés , y compris ceux qui ne reçoivent pas de traitement du trésor, est de 36,i83.

DU CLERGÉ EN FRANCS. jS

Le nombre des places vacantes et pour lesquelles les sujets manquent, est de 15,696; et le gourernement lui-même est convenu de la nécessité d'ériger de nouvelles succursales, ce qui n*étonnera aucun de ceux qui connoissent rétendue dés fonctions d'un prêtre catholique. Il ne seroit pas moins indispensable de multiplier les vicaires. Il n'en existe point dans plus des trois quarts des paroisses; et comment un curé, si zclé qu'il soit, pouriolt-il suffire seul à tant d'œuvres diverses, le culte public, la prédication , l'instruction des enfants , l'administration des sacrements , la visite des malades, etc.? Mais enfin, à s'cn'tenir à l'évaluation officielle que nous venons de donner, on voit qu'il manque à peu près le tiers des prêtres absolument nécessaires ; d'où il suit que le tiers des Français, ou vivent sans religion , ou ne la peuvent pratiquer que très imparfaitement.

Sur les 36,1 83 prêtres employés, 1 5,539 sont âgés de plus de soixante ans; vénérables athlètes de la fol , ils retrouvent , au bout de leur carrière , de nouvelles forces pour ccmibaiire les eambaU du Seigneur; mais, épuisés par leur zèle même , ils ne tarderont pas d'aller en recevoir la récompense. Dans dix ans ^ ces

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tfeillards du sanctuaire auront disparu. Si quelques uns vivent au-delà de ce terme, de plus jeunes succomberont. Qui les remplacera?

En 1819 il a été ordonné i4oi prêtres ; il eu est mort i36i. Mais pour juger de ce qu'on doit craindre ou espérer de l'avenir , il ne suffit pas de considérer une seule année ; nous avons une base plus sûre pour établir nos calculs. On compte 219820 élèves pour l'état ecclésiastique ; ce nombre doit être réduit d'un tiers , à cause des morts et de l'incertitude des vocations. Reste donc à peu près 149700 élèves sur lesquels on peut compter, sauf des circonstances extrax>rdinaircs. Les cours d'humanités, de philosophie et de théologie durent ensemble au moins dix ans; ce qui donne, année commune, 1470 prêtres; et par conséquent 9 vu le nombre présume des décès , il y auroit, nu bout de dix années, un déficit de 600 prêtres environ.

Nous avons malheureusement lieu de croire ce calcul très exact. 11 eu résulte que le clergé, sous le régime actuel, ira toujours s'affoiblissant , que chaque année de nouvelles paroisses seront privées de pasteurs ; et quand on a vu de près ce que c'est qu'une paroisse sans pasteur, sans instruction religieuse, sans culte, on

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gémit des destins qui semblent réservés à notre malheureuse patrie.

Observez que les canonicats sont des places de retraite, données pour la plupart, comme il est juste , à des hommes usés de travaux , et qui ne peuvent plus se livrer au. ministère actif. Les prêtres employés dans les grands et les petits séminaires , occupés tout entiers de cette œuvre fondamentale , ne sauroient non plus remplir d'autres fonctions. Autrefois les ordres monastiques aidoient le Clergé séculier. Les religieux prêchoient, confessoient : les capucins surtout (et il j en avoit près de 26,000 en France) étoient d un immense secours pour les curés de campagne. Maintenant ces curés sont, avec leurs vicaires et les desservants, chargés seuls des fonctions pastorales. Or, au lieu de 5o,ooo cui*és et desservants de cures et d'annexés qui existoient jadis, on compte maintenant 2,849 <^u>^^9 22,247 desservants, et 5,3oi vicaires; en tout , 30,397 P'étres actifs, dont près de la moitié sont âgés de plus de soixante ans.

Les ordinations ayant été presque entièrement suspendues pendant quinze années , il y a aujourd'hui dans le Clergé propiortionnellement plus de vieillards , et par conséquent de

déeèfl qu'autrefois. II ea est comme d'one famille où il ne resteroit presque que les aïeux. A mesare que le Clergé dimiiiiie';; leB causes de destrudîoo se multiplient. 6n se représente dîffictlemeat avec quelle rapidité le mal produit le mal. Un prêtre qui meurt abrège par sa mort la vie d un autre prêtre, obligé de porter seul le poids du travail qu'ils partageoieut. Mous oofiBoissons des paroisses de six , sept , et jusqu'à huit lieues de circuit, desservies par ua TÎeillard infirme. Il j a quelques années, une épidémie ravagea Tune de ces paroisses. Pendant qu'elle dura , le curé passa toutes les nuits babillé , sur Ja paille, afin d'être plus tôt pi^i à suivre ceux qui le venoieot cberçher , souvent plusieu^'s fois chaque uuit , pour administrer et consoler les pa^ivres malades. Dans une autre paroisse du même diocèse , depuis long-temps abandonnée^ on envoie un pfétre, afin de prévenir l'extinction totale de la religion ; il meurt en quelques mois d'excès de fatigue; un second lui succède et meurt de même : un troisième recueille en ce moment ce sublime béritage de martyre.

Qu'un de ces pasteurs j si admirables aux yeux de tout homme qui conserve encore des aentiraeats d'hommes aa'ua de ces Daiteuis.

nu CURiGé SN FRANCE. 7§

dLft^e, Tienne à périr sans être remplacé» on ferme l'église , on cesse de réparer un bâtiment désormais inutile; et, en peu de temps, il tomlie en ruines ,, ainsi que la foi et les mœurs du peuple. Le déspfdre va croissant, les crimes •e multiplient ; plus de sécurité , plus de paix 4 alors on relève h. maison de ^ Dieu ^ et l'on en fait une prison ou une caserne de gendarmes..

Que l'expérience nous l'apprenne enfin ; ce qui assure la durée des nations et leur boa? beur, ce ne sont pas les opinions et les inté^ rets» mais les croyances et les devoirs. Un prêtre obscur, qui commande la vertu au nom de Dieu , est mille fois plus utile à l'Etat que tous les faiseurs de lois même fondamentales ; car tout ce que l'homme a fait l'homme peut le détruire , et il le détruit en effet bientôt. Quoi que l'orgueil se persuade , il ne reste rien à découvrir en politique et en morale', depuis que le Décalogue et l'Evangile , qui en est le développement , ont été promulgués ; et toute législa* tion durable, comme tout pouvoir légitime, descend du ciel.

Mais les peuples ne tarderont pas à oublier rÉvaogUe, si l'Evangile cesse d'être annoncé : fide$ ex auditu '. Nous touchons presque à ce

• Sp. adRoiii.,Xi 17*

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