‹ Nouveaux mélangesChapitre 31 sur 107 · SUR LE SUICIDE · texte numérisé non relu

SUR LE SUICIDE

elle recucilloit jusqu'au remprds. CeUe sollicitude a, de nos jours j paru peu philosophique. On a détruit ces asiles dii malheur et du repentir. Renversé en quelques moments , l'œuvre de quatorze siècles s'est évanoui comme un songe de bonheur et de vertu. Ne nous plaignons pas, néanmoins, si la philanthropie du siècle nous a ravi les belles institutions créées par la foi de nos pères , nous n'avons pas tout perdu; il nous reste la Morgue et les filets de Saint-Cloud.

Remarquez cependant la différence des doctrines et de leui*s effi&ts. La philosophie qui dit à l'homme , Vis pour toi, le conduit^ à un dé- .goût profond ,de la vie ; la religion , qui lui ordonne de vivre pour les autres, la lui rend douce ; et le sacrifice de soi , sans lequel nulle société n'existe , est aussi pour l'individu un principe de conservation. Et l'on ne doit pas s'en étonner; car si l'on y réfléchit, on comprendra qu'aucun être ne se conserve qu'en se conformant à l'ordre » et que l'ordre lui-même n'est que l'ensemble des devoirs , ou des rapports qui unissent chaque être aux autres êtres. Se soustraire à ces devoirs , ne considérer que soi, essayer de se faire une félicité , une vie à {yirt, est donc tout à la fois une extravagance

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et un crime : une extravagance , car nul ne peut YÎvre seul, ni rivre heureux qu'en obéissant à ses lois naturelles; un crime, car c'est tenter de se rendre indépendant de Dieu / de se mettre à sa place. On s'adore réellement dans ses passions, dans ses désirs; on j sacrifie tout, et soi-même s'il le faut; et le suicide, terrible et dernier acte du culte de soi, n'est en effet que le sacrifice de tout l'homme à lui-même. La révolution qui , depuis trente ans , s'est opérée dans les croyances a tellement effacé on corrompu les idées d'ordre , qu'on a cru que la justice sociale devoit être indifférente à ce gfenre de meurtre. On va plus loin, on veut que la religion soit complice de cette indifférence ; on veut que , sur le cadavre encore sanglant du malheureux qui vient de se tuer, elle appelle les bénédictions du Dieu qui a dît : Tu ne tueras point. Et depuis quand Thomicide estil une action qu^il soit utile de consacrer au nom du ciel? Craint-on qu'il n'y ait pas asse^ de suicides? Sont-ce les scrifpules de leur conscience qu'on veut tranquilliser. Hommes de notre siècle , vous ave^ des attentions bien touchantes. Vous parlez de pitié, de miséricorde ; mais le scandale que donneroît l'Église en tolérant le meurtre , à quoi serviroit-il à llinfor-

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tuné qui n'est plus? Triste pitié qui ne sauve que Tamour^'propre d'une famille, en prépa«rant peut-êtte \fi désespoir de plusieurs autres.

Laissez à la religion se^ lois , aussi bien vous ne les changerez pas ; elles sont ioHnuables comme Dieu même. Occupes-vous plutôt de réformer les TÔttes 1 il en est bien temps. Tout hébétés de matérialisme, tous tous imagines qu'il en est de l'ordre social comme de Totre philosophie où la mort finit tout , et le suicide tous paroit hors do domaine des lois , parce* que le coupable est hors de leur atteinte. Mais ne Toyez-Tous pas que cet homme qui est mort laisse un exemple qui ne meurt point , et que cet exemple, on doit en prévenir les effets? Tonte punition , celle de l'assassin même , n'a pas d'autre objet; car enûn son supplice ne rend pas la vie à saTictime. Si donc Thomme qoi se tue donne un exemple funeste , il est juste, il est conremable de flétrir sa mémoire, non pow punir celui qui ne peut plus être puni que par Dieu , mais pour détourner , au* tant que possible , les autres hommes de llmi* ter. Et qtii doute que le suicide ne soit nuisible â la société? Elle ne subsiste qu'à l'aide des lois , par le respect ou la crainte qu'ell es in-

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spirent. Or, quiconque se croit maître de sa vie , quiconque est prêt à la quitter , est , de fait, par cela seul afFrauchi ^e toutes les lois ; il n'a plus de règle ni de frein que sa volonté. Gela est si yrai , qu'à Rome le suicide ne devint commun que dans des temps de calamité ; on y eut recours comme au seul moyen de se soustraire à des lois et à des jugements abominables. Ce fut aussi à la même époque qu^Ia philosophie entreprit de le justifier , et outrant l'erreur , selon sa coutume , elle enseigna qu'on pouvoitse tuer poor se dérober aux souffrances d'une maladie incurable , à l'indigence , aux peines de l'âme , ou pour s'affranchir des lois de la nature même*

Des gens qui ne voient dans les actions de l'homme que des résultats nécessaires de son organisation physique prétendent que le suicide est l'effet d'une maladie. Or, disent-ils, voulez-vous que l'on punisse les maladies? Non, mais qu'os les prévienne , qu'on en arrête le développement- H y 21 moins de suicides quand les lois flétrissent ceux qui se tuent. Des lois contre le suieide sont denc utiles à la société* Mais j'ai honte deiFaisonner sur une supposition aussi fausse qu'abjecte. D'après quoi jugez-vous que le suicide , hors certains'cas très rares, soit

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