SUR LE SUICIDE
Il n'est point de jour où le récit de quelque suicide ne vienne consterner Tâme , et nous éclairer sur la profondeur de la plaie que la philosophie a faite aux mœurs publiques : car, Atant qu'on eût ébranlé lempire des idées religieuses , le meurtre de soi étoit un crime presque inconnu ; et aujourd'hui même on en trou- Teroit à pein« des exemples chez les nations que l'impiété n'a pas encore perverties. Mer- TeiNeux progrès de la raison! elle a rejeté ta parole de vie 9 pour nous, enseigner des doctri* nés qui condamnent à mort leurs sectateurs : et tandis qu'en nous montrant le ciel, la religion nous fait supporter avec une égale constance ces deux grandes épreuves des forces humaines, la |fh)spérité et le malheur, la philosophie , s'efforçam de concentrer sur la terre les désirs infinis d'un être immortel , a mis le désespoir à l'extrémité de toutes nos joies et de toutes nos douleurs.
Il n'est pas si aisé qu'on le pourroit croire de réconcilier l'homme avec sa condition présente. Déchu d'un plus haut état, l'instinct de
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sa grandeur le tourmente sans cesse ; il aspire à recouvrer son rang , et il y a en lui , malgré lui , quelque chose qui s'indigne quand on mutile ses destinées.-
On a beau flatter son orgueil par dç vaines promesses d'indépendance , on ne guérit pas la plaie de son cœur. Plus il s'éloigne de Tordre, plus les angoisses se pressent autour de lui. Roi de see misères , souv^ain dégradé et en révolte contre lui-même, sans devoirs, et dès lors sans liens , sans société , seul an milieu de l'univers, il se fuit, ou plutôt il cherche à se fuir dans le néaut.
Les biens et les maux d*ici«bas fatiguent presque également les âmes vides d^ivenlr. On se repait de chimères , on vit d'attente ; puis l'on s'en va, quand on s'imagine qull ne reste plus rien à désirer ou à souffrir.
Chose étrange! pour dégoûter lliomme de la vie , il suffit de la lui livrer tout entière , de le rassasier de ses plaisirs ; alors , connoissant tout et ennuyé de tout, il saisit avidement la mort comme une dernière sensation , ou une dernière espérance.
Non moins foîble contre l'adversité, la moindre traverse l'irrite et l'abat. 11 oublie que cette vie rapide n'est pas une jouissance
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mais ud tnitail , et il se croit libre de refuser une existence qui lui pèse. Triste effet de lextioctioQ de la foii lorsqu'un peuple tombe dans rincrédulité et dans les désordres qui eu sont la suite 9 il perd jusqu'à la £urce de supporter les maux qu'il se fait lui-même. Ses doctrines et ses lois ne laissant' aux infortui^és d'autre refuge que la tombe, ils s'y précipitent aveuglément, et, dans leur effrayante aliénation , cherchent la fin de tout, là où tout commence pour ne finir jamais.
La religion seule, en instruisant Tiiomme de sa condition véritable, en lui apprenant ce qu'il est, ce qu'il doit être, l'élève au-dessus de tous les événements, et le retient sur la lerre par de sublimes devoirs, et par l'espé-
jrance même qui en détache son cœur. Elle sait qu'il y a beaucoup à pleurer , beaucoup à souf- .frir en ce lieu d'exil , et elle dit : Heureux ceux ^ui pleurent f heureux ceux qui souffrent; et «cette consolation s'est trouvée plus puissante qu'aucune autre. Ne pensez pas , cependant , qu elle néglige d'essuyer ces larmes dont elle •dte Tamertume , d'adoucir ces souffrances qu'elle enseigne à supporter. Partout elle avoit «ouvert des asiks à l'infortune ; sa tendresse «l'oublioit aucune foiblesse, aucune douleur;