‹ Nouveaux mélangesChapitre 39 sur 107 · LETTRES ET PIÈCES AUTHENTIQUES · texte numérisé non relu

LETTRES ET PIÈCES AUTHENTIQUES

Touchant la vie et la mort de S, A. /?. Monsei" gneur Char le%-Ferdioand d' Abtois,/?^* ile France, DUC DB Bbrbt» par M. le vicomte de Chateaubriand.

(i8so.)

Il y d trente ans la philosophie ouvrit en Europe Tère des crimes. Une nouvelle race d*hommes parut dans le monde, nés pour la destruction , aveugles comme l'eneuf) implacables comme la haine. Tels que ces hordes barbares qui se précipitèrent sur l'empire romain au temps des derniers Césars , on ne sait d'où ils viennent; ils ne ressemblent à rien de connu. Isolés du passé , ennemis de l'avenir, * étrangers dans la société qu'ils agitent et qu'ils dévastent, ils n'ont d'autre patrie que les ruines, et d'autre Dieu que la mort. On diroit que l'enfer ait à sou tour fécondé le néant et parodié l'hohiuie. Ces sinistres enfants de l'abîme,

S0B U8 1I1BM0IRB8, etC Sig

multipliés au milieu de nous, eurahissept Thé* ritage que nos pères nous avoient transmis. La ciTilisation les blesse comme quelque chose d'opposé à leur nature. Sans cesse en guerre contre Tordre i contre le pouvoir, contre la yé* rite, tout ce qui vient de Dieu , tout ce qui le rappelle, irrite leur fureur et tourmente leur orgueil. Ils ont couvert la France de débris et de sang, pour en faire un séjour digne d'euli rien ne fut épargné, pas même les tombeaux» car au fond des tombeaux il y a des souvenirf et des espérances. Sur un échafaud dressé de^ vaut le palais de ses ancêtres, on vit monter un roi,' le père de son peuple, une reine ado* rée, une princesse, modèle accompli des plus pures vertus. Bientôt après le fils de ce roi | |eane héritier des malheurs du trône, expire par le poison dans l'obscur repaire dû mor\^* tre à qui.on l'aroit livré. Le crime poursuit son œuvre, il menace tout ce qui a vie : la révolu» tion touche à une victoire complète ; une force inconnue l'arrête soudain : mais* elle n'est qu'é* tonuée ; elle n'est pas abattue ; elle se ranime» elle recueille sa rage, elle va régner de nouveau, quand loutrà-coup un homme élève son épée et dit : La révolution , c'est moi. C'éloit bien elle en elTet, on iie put «pas s y mëpren-

a%o scR LES 11ÉM01HE69 etc.

^ dre, lorsque le sang d'un Bourbon eut coulé

sous le même chêne au pied duquel saint Louis rendoit la justice à ses sujets. Dieu lacend enfin au tyran, à la France, à Tinfortunée famille de ses rois. Le tyran est chassé; les Bourbons

' remontent sur le trône, hélas! pour trop peu

de temps. La révolution , qu'on atoit imprudemment ménagée, les en précipite une secbnde fois ; elle se flatte de prévaloir, mais spn épée, brisée dans les champs de Waterloo, est )etée au loin. Les Bourbons rentrent dans la France sauvée; ils noqs rapportent la paix ; la révolution en profite et ne l'accepte pas/ Elle gronde, elle menace, elle obtient des concessions. Alors, comme au jour de tous ses triomphes, il lui faut une grande victime ; le petit* fils de Htnri lY, le duc de Berry, tombe sdus le»{)oignard.

C'est à M. de Chateaubriand qu'il apparte- Dolt de peindre cette scène si terrible et si touchante, et de retracer les dernière^ douleurs de la famille auguste qui, par §on antique ori-> gine , semble être en Europe la tige même de la royauté, comme elle en est le modèle par ses vertus , et par je ne sais quel saint caractère de grandeur et de bonté qu'elle tient de Dieu, et qui rappelle sa providence, doostamment

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dévoué aux malheurs de cette royale famille , M. de Chateaubriand l'a défendue dan§ les camps ; if la défendue en France contre Buo-> naparte, au moment où tout trembloit devant l'assassin du duc d'Enghien ; il l'a défendue depuis contre la révolution renaissante; et jamais lassé V son noble courage s'est , pendant trente ans, nourri de dangers et de sacrifices. Ce qui abat les âmes communes élève et for* tifie les grandes âmes.

Après avoir raconté avec un charme inex* primable les premières années du duc de Berrj, après nous avoir révélé les premiers mouvements de son jeune courage , M. de Chateaubriand peint ainsi le licenciement de l'armée de Condé, qui condamna au repos l'héroïsme naissant du prince.

c La paix de l'Allemagne amena la dissolu- »tion du corps de Coudé. Quand on licencie » une armée , elle retourne dans ses foyers :

• mais les soldats de Tarmée de Condé avoiedt- » ils des foyers ? Où les devolt guider le bâton

• qu'on leur permettoit à peine de couper dans

• les bois de l'Allemagne , après avoir déposé le

• mousquet qu'ils avoicnt pris p(Air la défense

• de leur roi? Les chasser de leur camp, c'etoit •les conjdamuer à un second exih Ce caj«p

222 6DR LES idbCOIRBS , etC.

étoit derenu pour eux une petite France; ils j aboient transporté leurs pénates, 1 epée héréditaire, le drapeau blanc, rautel'de l'hofineur. Ils ne pouToien^t s'arracher à leur dernière patrie : ceux-ci s'arrêtoient tristement' devant les faisceaux d'armes ; ceux-là pleuroient assis sur des canons ; d'autres erroient dans les rues du camp, auxquelles ils ayoiont donné des noms empruntés de leur cher pays. Quel prix tant de braves gentilshommes rece- ▼oient*ils de leur loyauté? Leur sang versé pour Une cause sacrée, tous les genres de sacrifices faits à leur devoir; rien n 'étoit compté: le résultat de leur vertu étoit l'abandon ^t la mi«ère. On leur disputoit jusqu'au cbétif secours qu'une certaine pudeur ne permettoit pas de leur refuser; on les obligeoitde montrer leurs blessures à des commissaires étrangers , afin de rabattre quelques deniers sur celles qui ne paroissoient pas trop graves, et de faire un petit profit sur le sang de la fidélité. Le cœur navré du coup qui frappoit ses coinpagnons d'infortune, monseigneur le duc de Berry surmontoit sa douleur pour les consoler ! on le vbyoit courir de tous côtés, «ncourageant fes un^, embrassant les autres, partal^ant avec tous le peu d'argent qyi lui restoit.

DE tA VIE ET DE LA MORT DU DUC DE BERET. 493 '

»I1 ordonna de distribuer aux .soldats du régi*

> ment noble à cheval le produit de la vente » des chevaux ; mais les escadpons le supplièrent »de faire remettre cette somme aux eentvété«- »rans-garde3'du*corp8, places près du roi à'

• Mittau. Il fallut enfin se séparer. Les frères

• d*armes se dirent un dernier adieu, et prirent

• divers chemids sur la terre*, sans savoir où ila » reposeroient leur tête. Tous allèrent, avant

> de partir, saluer leur père et leur, capitaine,

• le vieux Condé en cheveu^^brancs : le patriar-

• che de la gloire donna sa bénédiction à ses*

• enfants, pleura sur sa tribu dispersée, et vit

• tomber les tentes de son camp avec la doubleur d*un homme qui voit s écrouler les toits

• |iaternels '. •

Avant de retrouver ses toits paternelê,\t duc de Berry les contemploit de loin des rivages de 111e de Jersey.

t Quand le soleil les éclaire , écrivott-il à la » veuve de Moreau , je monte sur les plus hauts » rochers, ^t ma luiîette à la main , je suis toute » la côte , je vois les clochers de Coutences ;

• mon imagination s'exalte : je me vois sautant

• à terre, entouré de Français, cocardes Uan*

• ches aux chapeaux; j*entends le cri de vive-

« Mémêifiêf tto., p« 89.

*aa4 "^^^ ^^^ uÉHOiREs, etc.

• le Roi! ce cri que jamais Français n'a entendu » de aang-froid; nous marchons sur Cherbourg, k Quelque vilain fort avec une garnison d'étran- »ger8 veut se défendre, nous l'emportons d'asisaut, et un viiisseau part pour aller chercher » le Roi, avec le pavillon blanc » qui rappelle les » jours de ^gloire et de bonheur de la France.

• Ah! mad&me 9 quand on n'est' qu'à quelques •heures de l'accomplissement d'un rêve si pro-

> bable , pe\it-on penser à s'éloigner ' ? »

Ce rêvBy comme il l'appcloit, ce rêve accom«* pli, il lui fallut pourtant s'éloigner encore une

fois.

« La providence 9 pour oous donner une 1 dernière leçon, rendit un moment la «puis*

• sance à Buonaparte. Il sort de la mer, trsi-

• verse la France, arrive à la demeure du père •de famille absent, .court à Waterloo, et, pas-

> saut rapidement par le trône et par la gloire, »va se replonger daûs la mer au bout du

• monde*. • •

La révolutltp ne le suivit pas , elle *sesta pour velUeï sur ses victimes futures. Brrant dans la nuit, J'homme de meurtre qui la représentoit frappe monseigneur le duc de Berry pour tuer en Uii toute sa race ^ Le crime est consommé, et,

Mr0f, etc. , p. i3i. ~ • IbUl,, p, il;. — ' XM.,p. aSo.

DE LA VIE ET DE LA MOQIT DU DUC DE BERRT. ftd5

au milieu des joies profanes du jnoade. il ouvre à un chréfien les portes du ciel.

• Si , dana quelque partie de l'Europe civilî- 1 sée^ on eût demandé à un homme un peu at<-

• coutume aux choses de la vie, ce^iue faisoit >»à cette heure la famille royale de France, il 9 eût répondu sans doute qu'elle étbit plongée »daas le sommeil au fondée ses palais*i ou

• que, surprise par une révolution, elle étoit » entraînée au'miiieu d'un peuple ému.* Non : ••tout ce peuple dormoit sous la. g^rde de soa «Boi, et le^^Roi veilloit seul avec sa famille!

• Après tant de scènes prodqites par la révolu* »tion, nul n'auroit imaginé d'jiiler chercher «tous les Bour])ODS réunis , aa lever de l'aube, •dans une salle de spectacle déserte» autour du » Ht de leur dernier fils assassiné 'I »

Il faut Ijre dans M. de Chateaubriand* tous les détails de cette nuit d* épomarUe et de plaisir, nuit de vertus et de crimes j où un ^rideau siparoit les folies ^Lu monde de la destruction d'un empire \ C'est là ou'on voit tout ce qu'il y avoit de bon, de généreux, d'aimable, dans le eaxactère du prince , tout ce qu'il y a eu d'héroiqne dans sa mort. C^tte mort royale , disons plus, cette mort chrétienne,' a frappé d'étonnement

" MifMirêêf ctc« , p. )57. •« • IbU., p, 149. I* »S

%$^ iCR us MÉXOIBBit 6tC.

eeux qui ne connoûsoient pas la puissance de la religion; et, en consolant les âmes pieuses qui ne souhaitent j)as seulement ppur nos princes les couronnes de la terre , elle a consterné d'adnriratiOn les détracteurs du christianisme et lés jennemis des Bourbons. L'illustre historien de celui dont notJtfi déplorons la perte n'a eu besoin» pour 1» faire aimer, que de le oiontrer tel qu'il étôit , et le génie même du grand écrivain ne pauvoit rten ajoutef à l'attendrissèment que^ produit ie simple récic des de»nièrefl actions et des dernière» pâaoles du duc de Bcrry.

Puisse le fosfait qof nous l'a enlevé terminer cette longue cbafne de forfai«s«et de désastres qui s'appesantit sur nous tous les îours i Puisse lé ciel , las de punir, conserver <;e qui nous reste de l'auguste sang de nos rois !. Puisse-t-il détourner de-la France et de l'Europe (es caia* mités qui les menacent ! La révolution est de* bout; elle a frappé , elle frappera encore si on ne la désarme i se flattef de l'adoucir, c'est un téve : sortie de Tenfer pour détruire , elle ac«eomplira sa mission jusqu'à ce qu'elle retourne aux lieux d'où elle est Tenue* Que les soure^ tains ne s'2j>usent pas ; ils les trompent oeuz qui leur disent qu'il y a un pacte entre le bien

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