‹ Nouveaux mélangesChapitre 41 sur 107 · PAE M. GENOUDE · texte numérisé non relu

PAE M. GENOUDE

Toutes les nations de l'Europe qui ont une littérature possèdent , dans leurs langues, des traductions de TJ^criture sainte , où Ton retrouve une partie des beautés de l'original. La France seule , privée jusqu'à présent de cet avantage 9 ne pou voit ni se déguiser son indigence ni se l'expliquer. Les chefs-d'œuvre nombreux qui ont porté si haut sa gloire ne permettent pas d'attribuer, l'infériorité dont nous parlons à la rareté du talent. On doit en chercher une autre cause» et nous croyons l'apercevoir dans cette raison parfaite 9 dans ce sentiment exquis /des convenances religieuses et sociales» qui, développé par des .institutions admirables, formoit, chez les François , le trait le plus marqué du caractère national.^

Ou avoit conçu que l'enseigdement, pour être utile ^ devoit être proportionné aux divers degrés d'intelligence , et varier dans ses formes , selon qu'on s'adressoit à des esprits plus

SUR VNB ROCYBLIE TRADUCTION, etC. aag

OU moins cultirés. Le simple catéchisme suffisoit au plus grand nombre. Les autres trouvoient , dans une multitude douvrages excellents, une instruction plus étendue, plus élevée, et telle qu'il convenoit à leur. position et à leurs besoins.

Ainsi , d'une part , Tinutilité , et , de l'autre , le danger de "mettre TEcriture entre les mains du peuple , détournoit de la traduire les hommes les plus capableis d'exécuter ce grand dessein. Bossuet et Fénélon n'y songèrent jamais : et cependant qui la lisoit , qui l'étudioit avec •plus de soin ? Bossuet surtout est tellemrent pénétré de cette sève dir ine , qu'elle semble être presque l'unique aliment de son génie. Mais il sa?oit qu'on ne doit pas livrer sans discernement les secrets de Dieu à la multitude , et la provoquer à juger ce qu'elle' est incapable de comprendre. Il savoit combien l'ignorance et les passions abusent aisément des meilleures choses» Il savoit , et tout le monde savoit alors , que des précautions infinies sont nécessaires pour instruire k peuple , sans l'exposer aux périls qui naissent de la foiblesse de l'esprit et de l'orgueil du cœur ; qu'il ne doit rien rester d'obscur dans ses idées , d'incertain dans ses croyances , de douteux dans ses devoirs ;

a3o âui vins irôufELLE nAoucnoii

qu'aioâi la doctrine chrétienne lui doit être enseignée par l'autorité Tivante des pasteurs , et que le vrai moyçn de lui rendre ^Écriture utile n*est pas de la lui faire lire, mais de la lui' faire croire et pratiquer.

Il est remarquable que la pensée de traduire les livres saints en langue vulgaire tint d'abord, sous Louis XIY; aux partisans d'une secte alliée au protestantisme , et qu'ils essayèrent, comme les protestants,. de répandre leurs erreurs en corrompant la parole de Dieu dans leurs traductions infidèles. Sans chaleur , sans onction, sans amonr, ils n'avoient d'ailleurv' rien de ce quil falloit pour reproduire dans leur style, la grâce, Ténei^ie, la magnificence du texte saeré. Froids et arides comme leurs doctrines , l'esjn'it çui vivifie leur manqua toujours*

Les traductions de l'écriture dans nos Im-^ gués modernes ont encore un grave inconvénient , qui tient à la nature même de ces lan^-' gués , dont tous les mots offrent un sens précis rigoureusement fixé par l'usage. Il n'en est pas ainsi des hngties anciennes : chaque mot s'é* tend , pour ainsi dire , plus loin que le mot françois, anglois, italien , etc. , qui lui corre^ pond; d'où il résulte que la pensée, on là

M LA BIBUB. sSt

Téiité que renferme tel an tel passage eit souvent restreinte dans nos vewions. Le text« original réveille «plus d'idées; il est plus corn* plet, plus fécond; avantage qiJii-est dûquet* quefois aussi à la tournure de la phra^» qM nous nç saurions, reproduire.

La Vutgate , ce chef-d'œuvre qu'on n'admire pas "assez , est exempte de cet inconvénient ^ parceque le génie de la langue fotine se rapproche davantage du génie du grec et de Thé» breu , et qu'elle ^peunet d'ailleurs, même aux dépens de la gcammaire , une fidélité littérale à laquelle nos langues vivantes <e ref^senl absolument.

De ces .observations nous sommes loin de conclure qu'il ne faut pas, traduire en françots les Livres saints. .11 auroit mieux valu peut-être les conserver dans une langue universelle, i&variable, dans la langue de l'Egli^^ seule investie du droit d'interpréter la paMle de Dieu : mais enfin ces livre» ont été traduits, et dés lors il est à désirer qu'ils le soient le mieux possible. Mous crojons que M. Genonde a plus approché qu'aucun de ce«x qui l'^nt précédé dans la même carrière , de la perfection q«B comporte on pareil travail. Son stjfe, généralement p«r, t du mouvement , de U vérité, 4e

a3d sut UNE N0I7VBI.LB. TRADUCTION

la force t et rareiuept offre*t-il des traces d'affectation. Oa pourroit plutôt reprocher à Tau- , teur de sacrifier quelquefois trop le caractère antique à ooire timide élégance. L'Écriture est remplie d'expressions naïves, d'ellipses ha^dies^ que le goût ne doit pas craindre de transporter dans notre langue. On y rencontre , en certains endroits , quelque chose de heurté ,. d'étrange, qui donne une énergie siqgulière au discours- Bossuet offre de nombreux exemples de ce genre de beautés. Il a, comme 1^ Bible, une harmonie à part. Les bruits les plus majestueux de la ngture n'ont rien de doux , et cependant il n'en est point qui nous émeutent davantage.

iu reste , on pourra juger de la traduction de M. Genoude , pajr ce fragment 4ju Cantique de Débora, après la mort de Sisara, chef de l'armée des Cananéens.

1 0 Dieu^ quand tu sortois de Séir , et que tu passois par la terre de l'Idumée , la terre s'émut, et les cieux et les vallées versèrent leurs eaux,

«Les monts s'écoulèrent devant la face du Seigneur , et le Sioai devant la ^ce du Seigneur» Dieu d'IssaëL

»Aux jours de Samgar, fils d'Anath, aux jours de Sahel, les sentiers reposèrent^ et

DB LA BIBLC. 233

ceux qui' 7 eatroientinarchoifnt en des Toies détournées.

iLes cités étoient mornes en Israël; elles étoient mornes jusqu'à ce que moi je me fusse levée. . •

»Lère-toil lèTe-toi, Débera, et chante le cantique : lève-toi , Barac, et saisis tes captifs» fils d'Abinoèm!...

» Pourquoi reposes-tu dans tes champs pour entendre le bêlement des troupeaux? Dans la tribu de Juda sont des hommes d'un grand cœur* . • •

iGalaad s'est reposé au-delà du Jourdah): Pourquoi donc vogue-t-il dans ses vaisseaux ? Pourquoi Aser s'arréte-t-il aux bords des mers* tranquille en ses ports ?

• Zabulon est allé offrir sa vie , et Nephtali , dans les plaines de Méromé.

t Les rois sont venus, ils ont combattu. ..Le torrent de Cison a roulé leurs cadavres , le torrent de Cadumin est le torrent de Cison ; mon âme a terrassé les forts.

• Bénie entre les temmes , Sahëel , femme de Haber ; bénie soit-elle m sa tente !

» Il a demandé de l'eau , elle lui a donné du lait , et dans la coupe des forts *elle a présenté le breuvage.

^34 StJR UNE NOUnUB THADUCTIOBI

t l^e a pris un clou de la main gauche , et dç la droite le marteau de l'ouvrier : elle a frappé Sisara du marteau, elle lui a percé la této , elle Ta percée : le clou a traversé les tempes.

• n étoit cottché, abattu ^ gisant à ses pieds; il roula et fut abattu ; il se roula à ses pieds , il resta là gisant.

t Regardait par les fenêtres, sa mère poussoit des gétnissement à travers le treillis. Elle crioit : c PcÀjrquoi les ' pieds de ces coursiers 1 sont-ils. si lents ? » '

» La plus sage de ses femmes lui répondit , et elle se disoit à elle-même :

c Peut-être qu'en ce moment ils partagent ides dépouilles, et qu'on choisit pour lui la f plus belle des femmes. On donne en partage 1 à Sisara des vêtements de diverses couleurs ; lies broderies éclatantes; les broderies, les » ornements pour parer le vainqueur. »

» Ainsi périssent tous tes ennemis , Seigneur. Que ceux qui t'aiment brillent comme le soleil resplendit à son lever!

»Et la terre reposa pendant quarante ans.»

Après ce sublime cantique , voulant citer un morceau d'un genre plus calme et plus doux, nous sommes tombés sur cette prière tou-

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chante de Sdlomon , dans le • liyt^e . de la Sa-*

gesse: . '

•Dieu d^mes pères, Seigneur de (nisAi* corde, qui avex tout fait par Votre parole,

• Et* qui avez formé l'homme par Totie sa* gesse , afin qu'il dominât «sur les créatures que vous avez créées;

iPour qu'il dirigeât l'univers dans Véquité et dans la justice, et qu'i> rendit Jes jugements dans la droiture du cœur ;

»Donnez«moi cette sagesse qui est dehout devant votre trône , et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants , * . '

»Parctque'je suis votre serviteur et le^h de voti^ servante ^ un hommelnfivme et de peu de jours ; trop foibU pour comprendre votre jugement et vos loi^. . . ^ •

'Vous m'avez choisi comme roi de votre peuple, et comme juge dé vos fils et de vos filles ,

»Et vous m'avez dit de bâtir un temple'sur votre montagne sainte, t\ un autel dans la cité où vous habitez, i l'image de ce ^bemacle saint que vous avez préparé dès le* commencement.

• Et avec vous est votre sagesse, qui connut V06 ouvrages, qtii fut présente lorsque voua

a36 euB vm nocybub traduction

formief TuAivei^ » • et qui sayoit ce . qui étoit .agréable à -tos yeux , et ce qui. é^it coufornie à vqtre Tolonlé.

tEnyoyezr^a tlu ciel i votre sanctuaire , afin qu'elle soit a?ec moi , qu'elle, agisse avec mot 9 et que je sache ce qui vous pbit ;

t Car elle a la «cience'et Tiatelligeiice de toutes choftes 9 et elle me conduira dans mes œuvres par sa modératioù , ^t*me gardera pgr sa l>uissance ;

» Et nies œuvres vous seront agréables , .et je dirigerai» votre peuplç avec ^ustiee» et je se^ tai digne*^du trône de mon pèté..; ' '

>Les pensées des hommes soût timides et nos prévoyapces» incertafnes*.

»Iae corps quiw T^orroippt appesantit Tftme; etce tte dépouilkf terrestve abat l'esprit et le trouble de mille soins.

• Nous jugeons difficilement ce qui se paâse sur la terre, 'et noys trouvons avec peine ce qui *e9t sous nos yeux. J.

• C'est paf la sagesse , Seigneur , qu'ont été guéris tous ceal qui vous ont plu dès le commencement. »

Il est doux de penser que , malgré le désordre et les calamités des temps» les saintes lettres sont encore si heureusement- cultivées

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