‹ Nouveaux mélangesChapitre 58 sur 107 · I>E L*£8PAGNE · texte numérisé non relu

I>E L*£8PAGNE

ques espérances . suc des hommes qui , malgré des démarches équivoques , avoient après tout ' combattu habituellement dans les rangs des royalistes. Ont-ils justifié ces espérances ? on en jugera : pour moi, je ne veux que rai^ntcr des faits.

Le premier soin du ministère fut de tranquilliser les révolutionnaires de France sur ses intentions à l'égarddes révol utionnaires espagnols. 11 déclara formellement et à plusieurs reprises qu'il ne troubleroit point leurs opérations ; et je crois même, sans l'affirmer, qu'il qualifia de calomnie la supposition qu'il pût avoir la pensée d'intervenir dans les affaires de la péninsule ; c'est-à-dire la pensée de sauver du poignard ou de l'échafaud un petit-fils de Louis XIY et le cousin de Louis XYIIL II seroit aisé de vérifier si ma mémoire me trompe en relisant les discours prononcés à cette époque dans la chambre. Toujours est-il certain que la promesse de ne point intervenir fut laite , et qu'elle a été tenue très loyalement.

Le ministère alla plus loin; il s'étqit engagé envers le côté gauche à garder une stricte neutralité. Voyons ce que fut cette neutralité , ce qu'elle est encore.

Ainsi qu'il devoit arriver dans un pays si

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fidèle , il ne tarda pas à 8e former en Espagne un parti d'hommes dévoués au trdne , à la relu gion , i la société. Partout ils cherchèrent à i*anner pour délirrer leur roi captif, et pour loustraire leur patrie aux épouvantables ca^» lamilés qui pesôient sur elle. Une régence s'organisa pour diriger ce noble élan , pour atteindre ce but sacré. Les royalistes firent enfin ee qu jls avoient déjà fait , lorsque Buonaparte lenoit moins dangereusement Ferdinand YII prisonnier à Yalençay.

Voilà donc en Espagne deux gouvernements: Tun composé des geôliers du roi , qui n'an« noncent que trop hautement Tintention d'être bientôt ses bourreaux; des féroces conducteurs de ces bandes dont le cri <fe guerre est, Meure Diw ! vive V enfer ! l'autre , composé des plps fidèles sujets de cet infortuné roi, résolus à mourir pour lui.

Lequel de ces deux gouvernements le ministère reconnotlra*t-il ? Lé premier sans hésiter i car il est clair que les défenseurs deia Foi et leurs héroïques chefs sont des inetirgéi ; et en effet , on ne peut disconvenir qu'ils ne soient efl rébellion ouverte contre les deecamitadoêi C'est donc eu ceux-ci qu'on verra la véritable Espagne, son légitime gouvernement; c'est

âTeç eux qu'on traitera , s'ils le daignent pourtant ; lieureux si Ton obtient quelques légèrea modifications qu'on juge désirables dans leUf êubtime eonttitution.

Encore un coup, je ne discute point, je raconte : mais qu'on me dise si , pendant trente années si fécondes en é?ènements prodigieui » la révolution aroit remporté un pareil tciompKe. ' Des sommesénormes sont levéessur la France par voie d'emprunt, pour aider i soutenir le glorieuse cause des martilleroz* On se rappelle que M. Roy , dans une occasion semblable , découragea les préteurs ; mais il u^y entendoit rien sans doute ; c'étoit peut-être nuirr au crédit, et le crédit est une si belle chose! Il est )uste d'avouer qu'il y a six semaines on permit* aussi à la régence d'emprunter à peu pressée qui seroit nécessaire pour élever une croix de bois sur la tombe des Espagnole fidèles que les révolutionnaires ont égorgés sous les yeuft de nos soldats frémissant d'horreur et Impi<« tients de vengeance.

Cependant , les pauvres défenseurs de la foi et de la royauté, sans armes y sans habillements» sans pain quelquefois, bravent toutpour mourit* Le ministère les regarde, cft je suis convaincu qu'il les a secrètement admirés.

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. Il est triste que les journaux aient dit que des armes achetées et payées par ces martyps aient été saisies à la frontière. Pour Thonneur de la France , je désire que ce fait soit faux ; mais il n'a point » que je sache , été démenti. Passons : l'histoire fatigue Tdme quelque-- . fois.

Un congrès s'assemble, la France s'j rend , non le ministère ^ L'Europe confiante remet entre ses mains les destinées de l'Espagne ; elle périra s'il le veut , s'il veut elle sera sauvée. Que fera*t-il? Pas un doute n'entre dans un seul esprit. L'organe officiel du cabinet anglais lui-même croit la plus légère hésitation impos^ aible, parcequ'il la juge également impolitique et déshonorante. Il se trompoit. On hésite, on tergiverse; on montre aujourd'hui la velléité d'obéir, si ce n'est au commandement de l'honneur, aux conseils impérieux d'une politique saine , au moins à l'instinct pressant de la conservation. Le lendemain ce n'est plus cela: on a vu des inconvénients. Qui sait si 9 en regardant

* Les piëcefl officielles publiées en Angleterre ont fait connoitre k'toute l'Europe la noble conduite de M. le duc de Montmorenc j au congrès do YérouÈ; et, en quittant le ministère, lorsqu'un sjftème de lâcheté prévalut dans ses conseils » il a donniS oo exemple aussi honorable qu'il a paru jusqu'ici aux hommes du pouvoir difficile ^ imiter.

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bien , on n'en verra pas d'autres? Les révolutionnaires assurent qu'il y en a tant ! Après une pensée de guerre , précédée de douze mois d'inaction complète j effrayé de son courage , le ministère dit , Négocions ; et il négocie effectivement sur les cadavres .des défenseurs de Ferdinand Yll ; et , rassuré parcequ'il négocie avec les hommes b, marteau , il annonce enfin que la paix ne sera point troublée , c'est-à-dire qu'en ce qui le concerne , la révolution s'accomplira paisiblement en Espagne, pourvu que Vhonneur de la France et sa dignité n'en souffrent point.

D'honneur et de dignité 9 il n'en faut plus parler, on le conçoit trop bien; parlons de l'existence.

Avez-vous donc espéré que la révolution d'Espagne » si elle triomphe, se renferme entre ses frontières? Ne voyez-vous donc pas qu'en ce moment elle est je bras de la révolution européenne, etque ce bras est levé sur vous? Vous croyez éviter la guerre , et vous ne faites autre chose que nous en préparer une plus terrible.

Yous montrez votre foiblesse 9u dedans, votre foiblesse au dehors; et, poursuivis par les fantômes d'un esprit troublé, vous vous réfugiez dans votre peur comme dans un asile inviolable:

9^ tôt h^UBAÇTOL

eh bien donc > donnez là , jusqu'à^ce que la t4« Tolution f dus réveille !

Ecoutons cependant le ministère, ou du moins ceux qui se sont ebargés de justifier sa politique. Quand la malheureuse Espagne sera V eou?erte de ruines et inondée de sang; lorsque

les derniers soutiens de la royauté et de la religion auront succomba ; lorsque des millions de frénétiques ( car la contagion s'étendra ) , las de s'égorger entre eux , jetteront sur la France un regard avide, et, se précipiteront dans nos plbTindes pour s*unir aux révolutionnaires qui les attendent , alors que fsra^-on ? y La guerre ? Non , ce n'est pas ainsi que nos pro-

fonds politiques Tentendent. Ils ont -trouvé un ' autre moyen de préserver le pays , un moyen beaucoup plus constitutionnel , disent-ils : ils feront murer les Pyrénées !

A la vérité, ils espèrent qu'on ne les forcera pas d*en venir à cette extrémité ; car enfin , ajoutent-ils , si la révolution consent à se modifier elleHuême? Pauvre illusion I eHe le devroit pour^es intérêts, .elle le devroit pour rendre son triomphe plus sûr, en le retardant de quelques instants. Mais je vous ferai une seule question : dites*-moi avec qui vous traiterez, quelles garanties on peut vous donner, quelles garan-

tîc« TOUS pouTCï recevoir. Votre traité, quel qu'il soit, car je ne yeux pas discuter ici cette question , votre traité ne sera qu'une consécration solennelle de la révolte y' et un appel général à la rébellion.

Mais qui pent prévoir les suites de la guerre? Eh! sans doute, qui peut les prévoir, quand on 9^ fait tout ce qu'on pou voit faire pour tourner les chances contre soi? Cependant le succès offre peu •d'incertitude : on n'imagine qu'un événement qui pourroit amener dé grands revers ) et- de cet événement sordroit une accusation si terrible contre le ministère, qu'on ne sauroit se permettre dele supposer possible. Au reste, ne vous y trompez pdtnt : vous n'avrx pas à calculer si vous ferez la guerre, mais quand vous la ferez. La révolution avance; eHe avance en écrasant ceux qui seroient au« îourd'huipourvousdinappréciabjes auxiliaires. Serez-vbus plus forts quand ils ne seront plus? Pensez-Tous que vos soldatr seront plus en stireté dans l'Espagne, lorsqu'au lieu des fibres d'armes qui les appellent , ils n'j rencontre^ ront que leurs tombes et leurs mânes indignés? On a osé calomnier ces nobles défenseun du tréne , on a osé' dire que « le jour où l'armée • françaifle entreroit dans leur pajs, les roya*

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• listes s'uniroient aux rérolutionnaires pour les » repousser. • Qu*ODt répondu les royalistes? c Nous u'aTODs point refusé contre Buon aparté » le secours des Anglais €t des Portugais , com- » ment repousserions-nous le secours des Fran- •çais, nos alliés naturels » pour, détruire la •révolution? Si les Catalans, les Arr^gonais, »les Navarrois, sont étonnés de quelque chose,

• c'est d'attendre encore les Français'. « Ils ont lieu en effet d'être étonnés : appelés pour défendre Dieu et le roi , ce sera la première fois, depuis douze siècles, que les Français libres auront manqué à un semblable rendez-

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