‹ Nouveaux mélangesChapitre 64 sur 107 · SI · texte numérisé non relu

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rée de loin s'éleva contre la religion et la royauté; elle prévalut, le trône s'écroula; il entraîna dans sa chute les institutions, les lois, la société entière.

La Vendée avoît opposé, avec plus de gloire que de succès, son héroïsme aux fureurs de la Convention; il se forma dans la Convention mêrhe une opposition contre les dictateurs du meurtre. Peu s'en fallut plus tard qu'une opposition monarchique , dont la force principale résidoit dans les journaux, ne renversât le Directoire. Les chefs manquèrent de résolution , ils se laissèrent prévenir. Comme il arrive souvent, tout fut perdu faute d'une tête et d'un bras.

Un homme décidé fit ce que n'avoient pu faire des milliers d'hommes sans volontés Buonaparte monta d'un pied ferme sur les débris ' amoncelés par la révolution. Il dit, La France est à moi, et on le crut , parcequ'on croit toujours la force qui ne doute pas d'elle-même.

Il voulut ôter aux partis l'espérance de le renverser, et il y parvint. Il.y eut des conspirations contre sa personne, et jusqu'à l'époque de ses désastres, aucune contre son pouvoir. Sous le despotisme impérial , l'opposition se retira au fond des âtnes : elle éclata enfin en

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i8i4î lorsqu'après une suite d'événements audessus de toute prévoyance , l'Europe eut brisé nos fers et les siens.

Le retour des Bourbons fut célébré .par la joie des peuples; ce fut comme la fête de la civilisation. Ils nous ramenoient le bonheur, ils nous ramenoient l'ordre; et l'ordre, on le sentoit alors, est la véritable gloire des nations.

Trop de confiance et trop d oubli détruisirent en peu de moments cette félicité qui s'étoit montrée dans l'avenir aux yeux des Français. Le pouvoir ne se reldche jamais sans danger; qu'est-ce donc quand il semble s'a* bandonner lui-même? Une opposition nouvelle commença contre les Bourbons ; ses progrès furent rapides ; elle ne trouva nulle part d'obstacles réels, parcequ'elle ne rencontra nulle part la puissance. Tout sommeilloit autour du trône; personne n'agit. On sait le reste. Buon aparté revient, traverse la France, apparoît aux Tuileries comme Tombre du passé , et va terminer à Waterloo ses destinées étonnantes.

Tout ce qu'il y avoit de caché dans les cœurs setoft manifesté pendant les cent -jours. La tâche du pouvoir devenoit alêrs facile ; il connoissoit ses amis et ses ennemis; s'entourer

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des uns pour conteuir les autres , substituer les maxiofies et les institutions monarchiques aux institutions et aux maximes d^. la révolution, c'étoit le seul parti qui parût, nous ne' disons pas sage , mais possible. Le ministère embrassa un parti différent; au lieu de s'appuyer sur la France fidèle, il imagina, dans un pays où il nexistoit que deux intérêts et deux, opinions, de ne s'attacher à aucune et de les combattre toutes deux. Il se plaça entre Top-* position des adversaires du trône et l'opposition de ses défenseurs, entre la révolution et la monarchie , se privant ainsi de toute force vérita1>le, et ne se soutenant que par la ruse, le mensonge et la corruption.

L^histoire ne fournit aucun autre çxemple d'un pareil excès d'aveuglement ; on ne conduit pas un peuple en s'isolant de lui, et il n*est point de gouvernement qui pût subsister* dans cette position indécise. Le gouvernement Il 'est pas un modérateur entre l'anarchie et la société ; il est établi pour procurer le triomphe décisifdu bien , et non pour protéger la lutte entre le bien et le mal.

On n'a point oublié les efforts gerîéreux des royalistes pour arrêter ce système funeste. Le Comervateur éclaira l'Europe sur ses consë-

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queûces 9 et peu de personnes auroientpu prévoir à cette époque que 9 parmi les hommes qui l'attaquoient avec tant de courage et de talent, il s*en trouveroit qui, parvenus à la tête des affaires , sembleroient avoir pris rengagement de le. perpétuer. C'est pourtant ce que nous avons vu; car on. ne sauroitse dissimuler que le système du Wnistère actuel n'est que la continuation , le développement dp système que les royalistes ont combattu pendant sept ans.

Nous n'examinerons point les causes qui ont entraîné si loin de leurs principes des hommes qui avoient mérité l'estime des Français attachés au trône et à la religion. Nous ne voulons ici qu'établir un fait, le changement survenu, non sans doute dans leurs sentiments , 'mais dans leurs maximes publiques , depuis qu'ils sont arrivés au pouvoir. Ont-ils fait cfe qu'ils ont tant répété qu'il falloit faire ? Leur conduite présente est-elle conforme à leurs anciens discours? Personne ne répondra affirmativement à ces questions , ^i eux-mêmes ils ne l'oseroient pas.

Mais si leur système politique est fondamentalement le même système que les royalistes ont attaqué si long-temps , dont ils ont prédit

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lés suites désastreuses, comment s etonneroiton que des royalistes, invariables dans leurs jugements et dans leurs opinions, redisent aujourd'hui ce qu'ils ont toujours dit, combattent ce qu'ils ont toujours combattu , conservent une persuasion qui étoit naguère celle de tous les amis de Tordre et de la monarchie, celle des ministres eux-mêmes /et continuent l'opposition commencéepar ceux-ci? Est-ce des hommes ou des choses qu'il s'agit? N'avionsnous pour but que de porter tel ou tel homme au ministère, ou voulions-nous sauver la royauté des périls qui l'environnent? Ne nous est-il plus permis de penser maintenant ce que nous pensions, ce que tout le monde pensoit sous le ministère précédent? Ne peut-on répéter les paroles des ministres, soutenir les principes qu'ils ont soutenus , les presser d'entrer dans la voie qu'ils ont déclaré être la seule voie de salut, sans courir le risque d'être représenté comme leur ennemi personnel?

Est-on l'ennemi personnel d'un homme en place parcequ'on lui dit : Vous vous égarez, vous.compromettez TeXistencc de l'État, vous lui préparez un avenir terrible; et, à cet égard, nous en appelons à votre autorité même : c'est elle que nous vous opposons ; ne nous croyez

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point, ne nous écoutez point, si nos avis vous sont importuns i mais au moins ne nous refusez pas de vous écouter, de vous croire vousmême. Nous n'avons contre vous aucun sentiment d'amertume; vous nous trouverez toujours prêts à vous défendre, à vous applaudir, touteâ les fois que nous aussi nous vous retrou-^ verons semblable a vous-même, semblable à ce que vous étiez, lorsque, proclamant les maximes immuables sur lesquelles repose l'ordre social, nous signalions de concert les vices du système qui est malheureusement devenu le vôtre.

Point de milieu : ou vous avez eu tort de tenir le langage que nous tenons aujourd'hui, ou vous avez tort de nous le reprocher. La vérité ne change point : qui a changé de nous ou de vous?

Et quelle autre pensée que celle du devoir pourroit, dans ces temps difficiles, déterminer des chrétiens à remplir la fonction pénible d'avertir le pouvoir de ses erreurs, et de dissiper les illusions dangereuses dont il se flatte ? Ce n'est pas là, que nous sachions, le chemin de la faveur. Ou peut s'attacher ù un parti dans des vues d'intérêt; mais la religion et la royauté sont-elles des partis? La vérité est-elle un parti?

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Et que promet-elle à ses défenseurs? Tandis que les méchants l'attaquent sans relâche, les' bons, fatigués de combattre, n'aspirent qu'an repos , et s'irritent contre tout ce qui trouble leur fausse sécurité. Ils se familiarisent peu à peu avec le mal 4 ils tâchent de se persuader qu'il est inévitable; et , désespérant de sauver Tordre, ils cherchent à se faire une demeure commode et tranquille dans ses ruines.

Bendant les discordes qui préparèrent les derniers destins de la république, on vit des Komains, effrayés des devoirs qui leur étoîent imposés, abandonner l'empire aux factieux; et, retirés au fond de leurs palais, s'environner de l'oubli comme d'un rempart contre Ta-. venir. Mais l'avenir est tel qu'on se le fait. Un soldat, un' simple esclave, en leur apportant l'ordre de mourir^ apprenoit à ces lâches Romains que Marins ou Sylla, Antoine ou Octave, avoit tiiomphé.

Qu'on ne s'y trompe pas : la question qui agite ,1a société n'est pas de savoir quel est l'hotnme qui occupera telle ou telle place, mais qui l'emportera de l'athéisme ou de la religion , de l'anarchie ou de la royauté. Dans cette guerre décisive, le pouvoir jusqu'à ce jour semble être resté neutre ; et c'est rem-

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plîr un devoir que de lui rappeler les siens. Quant à ceux qui jugeroient inutile une opposition grave et de bonne foi, nous leur répondrons d'abord par Texemple du Conserva': teurj qui seul arrêta le progrès de la conspiration libérale; et enfin nous leur dirons : Croyezvous que ss^ns l'opposition des journau."!^ et sans l'influence qu'elle a eue sur l'opinion publique, la guerre contre la révolution d'£spagne> reconnue maintenant nécessaire par les ministres même , auroit été résolue ? Si on répond que oui, on accuse le ministère qui Ta différée si long-temps, qui d si long-temps eûiployé toutes les ressources de sa position pour diriger lopinion dans un autre sens, et pour demeurer inactif. Si on répond que non, l'on avoue que l^s journaux ont sauvé la France.

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