‹ Nouveaux mélangesChapitre 68 sur 107 · AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

PAR H. tAURENTIE.

Une courte analyse de cet écrit en fera sentir l'importance. L'auteur examine premièrement l'état actuel de la société, et il trouve qu'elle « présente un caractère particulier que 1 chacun peut également saisir, c'est la diver- »sité infinie des croyances et la liberté extrême ides opinions. » Le droit de juger souverainement de ce qui est vrai et faux en matière de religion , refusé par la réforme à l'autorité générale de la société chrétienne et accordé à chaque membre de cette même société , telle fut la première cause de ce grand desordre, de cette anarchie spirituelle que lé seizième siècle vît éclore, et qui devait inévitablement produire l'anarchie politique. «Luther parut dans »]e monde comme un de ces conquérants qui » portent partout le désordre , en renversant par-

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• tout les autorités légitimes. Ces doctrines »D6 prévalurent que parcèqu'elles établis**

• soiciut rindépeudance absolue des conscien*

• ces, et qu'elles mettoient à la place de la foi »des peuples, ce droit d'examen si flatteur «pour Torgueil de la raison, mais si funeste M pour la Tenté. »

Le principe du jugement privé ou de la sou* Teraineté de la raison individuelle passa d'abord de la religion dans la philosophie , où il excita moins d'alarmes , parcequ'il y eut peu d'esprits assezclairToyantspourenprévoirlescoDséquen* ces , et qu'il y a toujours ^B^fxs le cœur humain une secrète réroUe contre Tautorité. M. Laurentie prouve très clairement que le système de Descartes n'est que la théorie philosophique du protestantisme. Les jésuites s'en aperçurent, ^ et combattirent ce système nouveau. Fénelon y opposoit la doctrine de saint iugustin ; le docte Huet le réfuta plus fortement encore i et Bossuet , qui Tavoit vu naître , en déploroit déjà les funestes effets, « Je vois , disoit«ii , un «grand combat se préparer contre l'Église, sous «le nom de philouaphie eartéiiehne... Un incon* » vénient terriblegagne sensiblement les esprits; n car, sous prétexte qu'il ne faut admettre que •eequon enten^ clairement, ce qui, réduit

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«à de certaines bornes, est très véritable, cha- » cun se donne la liberté de dire : Pentends ceci, 1 et je n'entends pas cela ; et sur ce seul fonde- 1 ment ,* on approuve et on rejette tout ce qu'on

• veut : sans songer qu'outre nos idées claires

• et distinctes , il y en a de confuses et de géné- > raies qui ne laissent pas d'enfermer des vérités 9Bi essentielles, qu'on renverseroit tout en les f niant. Il s'introduit, sous ce prétexte, une «liberté de juger qui fait que, sans égard à la V tradition, on avance témérairement jout ce

• qu'on pense*»

La philosophie du^dix*huitième siècle n'est qu^une vaste et rigoureuse application du principe fondamental de Descartes. On a tout nié, on a doutë'de tout, parceque rien n'a paru assez > clair ni assez distinct à la raison philosophique, dernier juge de toutes les questions qu'il lui plaitde mettre en controverse. Toutes les bases de la religion et de l'Ëtat ont été ébranlées l'une après l'autre , et , de progrès en progrès , on eu est venu à ce point, qu'il n'y a plus ni vérités, ni erreurs pour les hommes. « Tout aujourd'hui »se réduit a des opinions; chaque homme a »la sienne sur la religion , sur la morale , sur »la politique , sur les questions les plus com-

• munes, comme.sur les questions les plus éle^

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yées. Et ees opinioQs ne sont ni 'les résultats d'une longue étude , m d'aucune préméditation philosophique; elles ne se rattachent point à quelque système universel pénible* ment élevé ; chacun adopte au hasard une croyance sur toutes choses ; c'est à peine un choix , c'est plutôt , le dirai-)e ? une sorte de loterie morale ; une opinion est sortie, on la prend comme on auroit pris une opinion con- ^. traire ; on n'a point étudié, on n'étudiera jamais ce qu'elle a de faux , ce qu'elle a de vrai, ce qu'elle a de probable. Mais on la garde par habitude; on la changeroit volontiers par calcul , si on ne vouloit paroitre constant dans ses opinions; c'est l'indifférence qui les a faites , c'est la vanité qui les maintient quelques jours. Mais le sentiment , mais la raison, mais le devœr, tout cela est étranger à ce qui s'appelle opinion; et entre les hommes qui ont été assez heureux pour adopter celles qui sont raisonnables , combien peu , faut-il le dire , s'en rencontreroit-il qui y restent attachés par quelqu'un de ces motifs puissants et surhumains qui , dans des temps de foi , lient les consciences privées à la conscience universelle de la société ! »

On ne contestera pas plus, nous le croyons»

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