‹ Nouveaux mélangesChapitre 8 sur 107 · SUR LES CONFESSIONS · texte numérisé non relu

SUR LES CONFESSIONS

et qui n'obéit à aucune loi, tous les remords qui peuvent la troubler , la joie amère des plaisirs du monde, l'inanité de ses espérances, les peines secrètes attachées à nos affections même légitimes , saint Augustin a tout éprouvé : homme extraordinaire , dont l'exemple semble suffire à l'instruction de tous les autres hommes.

Car enfin, dites, que voulez-vous? que cherchez-vous sur la terre? La vérité ? Eh bien , voilà le génie le plus perçant, le plus étendu, le plus actif, qui, pendant une longue suite d'années , s'applique à cette recherche ; et tandis qu'il veut tout voir, tout comprendre , tout soumettre à son jugement, il ne peut parvenir à rien de certain ; mais, flottant à tout vent de doctrine, passant perpétuellement d'une opi- ^ nion à une autre, sans jamais sortir du doute, il ne trouve enfin le repos d'esprit que dans une pleine obéissance à l'Église qui commande la foi et fait taire le raisonnement.

Est-ce le bonheur que vous cherchez? Cet homme l'a cherché aussi ; il l'a cherché dans toutes l^s voies : dans la gloire , et il en a senti le néant; dans la science, et il en a reconnu la vanité; dans les plaisirs des sens,; et il n'a recueilli que les angoisses et le dégoût; dans

les liaisons intimes d'une amitié pure, mais toute humaine , et il a vu que cela aussi n Vtoit que travail et affliction d'esprit \ Dans le monde , dans la solitude ^ quelque chose lui manquoit toujours. Son cœur inquiet soupiroit sans cesse après je ne sais quel bien immense , inconnu, qui existoit puisqu'il en avoit le désir, mais qu'il ne découvroit nulle part. Il le demandoit aux créatures , et les créatures lui répondoient : Ce n'est pas nous. Enfin une voix qu'il n'afoit pas entendue encore, une voix aussi douce que puissante l'appelle, et son âme troublée se calme soudain ; le bien auquel il aspiroit, Dieu, s'est montré à lui, et de ce moment il ne vit que pour Dieu , pour l'aimer, le bénir, pour célébrer ses miséricordes. Cet homme jusqu'alors nourri d'orgueil s'humilie; cet homme naguère si enflé de^a science devient docile comme un petit enfant ; il croit , il prie , il obéit , il courbe toutes ses passions sous le joug de la loi divine, et une paix ravissante, une paix qui surpasse tout sentiment^ est la première récompense de sa foi et de son amour. Plus d'anxiétés, plus de regrets, que celui de s'être égaré si long-temps loin de ce Dieu qui est seul la félicité véritable.

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Et maintenant , qui que tous soyez , rentrez en ▼ous-même , interrogez-rous. Si saint Augustin , un si grand génie , une âme si élevée et si tendre, n'a pu trouver que dans la religion la vérité et le bonheur qu'il cherehoit , les trouverez-vous ailleurs ? Le pensez^vous ? Et si vous ne lé pensez pas, que tardez-vous à suivre son exemple? Lisez attenti?ement ses Confetrions : vous j Verrez tous les liens secrets qui vous attachent encore à un monde qui vous pèse; vous y découvrirez tous les vains prétextes, tous les motifs frivoles par lesquels vous vous abusez vous-même; et qui vous arrêtent , pour ainsi dire, à l'entrée de la conveision* Profonde misère du cœur humain ! On veut être heureux ; on ne peut Têtre qu'en soumettant sa raison à la foi, et ses désirs à Tordre immuable; on le sait, on l'avoue, et cependant ce n'est jamais sans un effort au-dessus de la nature qu'on renonce à la triste liberté de se corrompre et de se perdre. Tel est l'empire de l'orgueil sur l'homme, qu'il repousse la lumière qu'il n'a point créée, et prend en haine le bonheur même qui lui est imposé comme une loi. Preuve effrayante de sa dégradation originelle! Quand le ciel ne demande, en quelque sorte , qu'à s'ouvrir pour le recevoir ,

quand il est maître » en obéissant , de s'en as^ siirer la possession , il 7 a quelque chose en lui qui choisit et qui veut Tenfer.

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