Nouveaux mélanges philosophiques
les premières des œuvres posthumes qu'a laissée.^ ^l. Jouffroy, il eût peut-être été convenable que l'éditeur les fît précéder d'une notice biographique; mais^ outre qu'il lui eût fallu plus de temps et d'espace qu'il n'en a dans cette circonstance, il eût eu besoin aussi de plus de matériaux et de documents que ceux dont il dispose, pour la faire complète et sûre, et lui donner ce caractère de pieuse et fidèle •exactitude qui en serait le premier mérite ; il lui eût surtout été nécessaire de pouvoir à loisir rassembler et coordonner les souvenirs de la famille, des amis et des compatriotes do Tauteur, afin d'en tirer Thistoire de cette vie si simple quant aux événements, mais si pleine de sentiments, de travaux et d'idées.
* Il ne peut, il ne veut donc pas donner une telle notice; mais il tâchera cependant, au moyen des diverses pièces qu'il a entre les mains, et dont il doit le dépôt à la conlBance affectueuse de la veuve et des frères de son ami, de tracer au moins une esquisse de la partie de celte vie^ la plus considérable au reste, et la plus be*lle, qui revient à la philosophie ; il y joindra quel |ues mots qu'il a cm devoir prononcer dans une leçon de son cours au sujet de celte destinée si laborieuse et sitôt terminée.
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II PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
M. JoulTroy a laissé en mourant do tros -nombreux papierjs ; dans une note de sa main, qui en est en partie le ca^ talogue^ je compte 69 numéros, et dans cette liste ne sont pas compris nombre de morceaux, de fragments, de rédac- $ tiens d'élèves ou de sténographes, qu'il avait cependant recueillis et mis en ordre avec soin. C'est à Faide de celles de ces pièces qui sont le plus particuiièi ement du genre philosophique que j'écrirai ce qui va suivre.
Par les raisons que je viens donner, je ne remonterai ni à renfance ni ;i Tadolescence de M. JonfTroy ; je ne parlerai pas de la première instruction qu'il reçut dans son village, des études d'humanités qu'il fit à Lons-le>Saulnier sous la direction d'un de ses parents, M. Tabbé Jouffroy, régent dans le collège de cette ville; je ne dirai même rien du cours de réthorique qu'il suivit ensuite à Dijon. On a conservé, je crois, dans sa iamille des lettres et des récits, peutêtre même quelques essais, qui datent de cette époque, et qui seraient à cet égard des sources précieuses de souveliiis. Mais, de tout ce que j'ai entre les mains, rien ne remonte au delà de son admission à l'Ecole normale.
Ce sera donc là mon point de départ. Seulement, pour ce qui précède, je rappellerai ce que reconnurent d'abord ses maîtres et ses condisciples lorsqu'il entra dans cette École: c'est qu'il y vint avec un esprit déjà très-cultivé , riche de lectures et d'idées, plein d'ardeur et de force, très-capable de philosophie, et tout prêt à h vocation, qui n'attendait pour se déclarer qu'un signe, qu'une impression.
Cette impression, il ne tarda pas à la recevoir. M. Cousin, qui d'élève était devenu successivement répétiteur et maître de conférences, après avoir été quelque temps chargé de renseignement des lettres, le fut ensuite heureusement pour nous de celui de la philosophie. Il vivait avec nous dans une familiarité trop studieuse pour ne pas discerner ceux qui pouvaient le plus particulièrement le suivre dans cette nouvelle voie. Un des premiers qu'il y appela, avec la parfaite confiance de ne pas y égarer son talent, ce fut
PKÉFAGË DE L'ÉDITEUR. m
M. Jouffroy. M. Jouffroy, jusque-là, ne s'était guère exercé à la pensée philosopiiique que dm& ce que noos appelions, sans mauvaise intention toutefois^ et même avec une
certaine considération de la chose et du mot, des Heux communs , espèces de compositions dont nous choisissions le sujet) et que nous traitions comme nous Tentendioiis.
Soosvne direction plus précise, il laissa les Hevx conmim»
pour des recherches et des travaux d'un caractère phis déterminé; et dès ce moment, .Jbien guidé, il commença à • philosopher régulièrement et par ordre. Ce qu'il déploya aussitôt de sagacité^ àe justesse et de s&reté d'inteUigence dans sa manière de comprendre, de rendre et de développer les leçons auxquelles nous assistions, est attesté ])ar de nombreux morceaux, que M. Gousm, pour la plupart, à pu faire entrer» presque sans les modifier, dans les publications qui reproduisent son ensrignemeat de cette époque. C'était en tout un excellent disciple ; aussi devint-il vite un excellent maître. De sorte qu'au lieu d'être envoyé, comme nous 1 etîons à peu près tous, dans quelque collège de province, il fut gardU à Paris, et chargé dans FÉcole elle-même des fonctions de répétiteur. Ces fonctions, en principe, consistaient simplement à reprendre et à expliquer dans des séances particulières les cours que les élèves suivaient à la Faculté des lettres. Pendant quelque temps , il les remplit peut-être sans trop s'écarter de la lettre un peu étroite du règlement; un paquet assez volumineux qui a pour titre : Notes pour les répétitions du cours de M. Thurotf le constate 8a£Bsamment« Mais j'ai peine à penser qji'alors même, tout, en exposant les doctrines d'autrui , il ne proposât pas lee siennes, et qu'il n'enseignât pas en son nom en même temps qu'en celui du professeur qu'il représentait. Au reste, il ne tarda pas à pouvoir faire directement ce qu'il ne pouvait d'abord se permettre qu'accessoirement el comme en passant : car bientôt, au lieu d'une répétition, on lui confia une conftirence, et par conséquent avec le devoir il eut le droit
PRÉFACE m L'ÉDITEUR.
de parler et d'enseigner de son chef. Aussi, dès la fin de 1817, il traitait la question des méthodes, et des Recherches étendues, ainsi que des Esquisses assez nombreuses de leçons sur ce sujet, suivies elles-mêmes d'un Programme qui les résume, attestent à cet égard le soin qu'il prit de ses débuts. C'était une introduction à un cours qu'il fit en 1818. Quarante^sept leçons swr la psychologie inteUectueUCf neuf svr la psychologie morale, et six sur la destinée hvmaine^ toutes développées de vive voix d'après -un plan écrit qui en jUfLrque 1 ordre et les matières, prouvent également comment il continua ce qu'il avait commé&cé, et comment dès ce moment il jeta les fondements de toute la théorie psychologique que plus tard et en différentes occasions, notamment dans son enseignement privé , il reproduisit , en letendant sans doute^ en la fortifiant, en Tapprofondissant, mais sans la modifier dans ce qu'elle avait d'essentiel. De 1818 h 1819, il reprit les mêmes leçons; mais, soit qu'il ne les fit pas complètement , soit qu'il n'insistât avec quelque nouveauté que sur quelques-unes d'entre elles, il ne reste de cette date que huit petits cahiers de notes qui ont particulièrement pour objet la détermination et la décompubidoii de l'objet de la psychologie , la définition de la méthode propre à la science de cet objet, et l'explication de la nature des actes spirituels; il y a Ib, comme on le voit, tous les germes de la préface de la trâduction des Esquisses de D. Stewart, de son Mémoire sur la Distinction de la psychologie et de la physiologie^ et même de celui qui est placé en téte de ce to« lume. De 1820 à 1821, outre plusieurs autres points de •psychologie dont il s'occupa spécialement, tels que, par exemple, V Histoire du développement du moi, la Sensibilité et là Passivité^ sur lesquels toutefois il n'y a dans ses pa<piers que des indications imparfaites du maître et quelques rédactions des élèves, il aborda la métaphysique, et résuma dans de courts Essais l'exposition qu'il en fit. Il ne faudrait pas par conséquent y chercher un véritable traité, mais plu<t6t une suite de vues nettes, rapides et hardies, sur les
PHÉFAGE DË li'ÉDITËUH
principaux problèmes de cette partie de la philosophie. Ce fut^ comme l'indique un mot de sa main , au Collège Bourbon, dans lequel il avait été à cette époque appelé comme suppléant , qu'il s'exerça d'abord sur ces matières ; il dut sans doute les introduire ensuite dans son enseignement de l'École normale*
Cependant la mort de son père et une assez grave altératien de sa santé l'avaient obligé à demander un congé d'un an comme maître de conférences à l'École normale , et à renoncer à ses fonctions de suppléant au Collège Bourbon. Ce fut même à cette occasion que, sur son avis et par ses soins, je sollicitai et obtins cette suppléance qu'il laissait, et qui avait à mes yeux, alors surtout, l'avantage inappréciable de me tirer de la province et de m*amener à Paris.
n attendait dans ses montagnes le terme du temps de
repos qui lui avait été accordé, lorsque vers la lin do Tannée scolaire de 1822, il apprit, avec la suppression de l'École normale, la position précaire que lui faisait cette mesure; mais il s'y résignasans trouble, eut bientôt pris son parti, et dès le mois de novembre 1822, de retour à Paris, il avait ouvert et constitué ces cours particuliers qu'il destinait à quelques esprits d'élite accourus à ses leçons avec autant d'ardeur que de constance. C'est ainsi , comme je l'ai dit de lui ailleurs (1), que le professeur persévérant honora noblement le professeur injustement et vainement persécuté.
Je rapporterai à cette époque de sa vie philosophique deux cahiers, dont l'un, assez court, l'autre, plus étendu, ont pour titre commun : Notes philosophiques, novembre et décembre 1822. Le premier ne renferme guère que des imes ou des pensées détachées sur divers points de philosophie ; mais le second, outre quelques réflexions du même genre, en contient d'autres qui ont plus de suite, Sur une idée de la lo(jique, Sur un plan de psychologie, dans lequel, après la détermination du but de cette science, est tracée ra-