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péril. Sa vue inspire l'ardeur aux troupes^ et quand elles éprouvent des revers, c'est un point de ralliement pour elles.
Une formalité était nécessaire ; c'était de déclarer l'emploi du sandjakr shérif nécessaire ; elle fut remplie par le muphti.
Mahmoud, suivant l'usdge, remit l'étendard entre les mains du grand visir. Aussitôt des crieurs publics se répandent de tous cotés, et proclament l'ordre suivant :
ce Que tout musulman, que tout homme fidèle à sa foi et à la religion , prenne les armes et se rende prèsdu sandjak-ahérif, àSultan*Âhmed.»
C'était le nom d'une mosquée considérable, . située sur la place de l'Hippodrome. Le grand visir, le muphti; les grandsofficiers, les oulémas, se transportent à cette place , accompagnés ou suivis d'un foule immense déjà armée. On élève à la hâte des tentes pour les ministres, et l'on établit le camp impérial . L'appel, au nom de la loi, eut un effet si prompt, qu'on vit une multitude de barques chargées d'hommes armés.
La nouveauté du spedtacle contribua peut-être à en augmenter le nombre. Tous étaient en armes, et dans un silence religieux. De leur côté, les janissaires se déclarèrent en pleine révolte.
Lorsque les préparatifs furent achevés, le sultan voulut marcher en personne contre les
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révoltés; mais, on Tefii empêcha. Comme chef de la religion , il frappa d'aDathéme tous les janissaires y les déclarant impies , apostats, et comme tels hors la loi civile et religieuse.
On se dirige en ordre vers VJEt-Meïdani(i), place située devant les casernes des janissaires, et sur laquelle ils s'étaient réunis autour de leurs maVmites renversées. On fondit sur eux en les attaquant de divers côtés. Pendant le choc, Mahmoud ordonna qu'on mit le feu aux immenses casernes de cette milice, et défendit de Téteindre, sous peine de mort. Brûlées , elles resteront ainsi comme un monument tle ven-* geance et de malédiction.
Poursuivis avecacharnement, et n'ayant plus d'asile pour s'y réfugier et s'y défendre , les ja«nissaires finirent par succomber; il en périt huit mille. On en renvoya ensuite quiûze mille dans leurs foyers.
Cet événement eut lieu le i6 juin 1826.
Mahmoud attachait tant de prix au succès , l'entreprise lui avait paru si difficile et d'une telle importance, qu'il ajouta à son nom le
(i) C'est sur cette place qu'on leur faisait la distribution de la viande. Dans leurs re'voltes , ils s'y rassemblaient toujours , parce qu'elle était auprès de leur caserne.
titre Aefethy ( vainqueur), regardant avec raison comme une victoire éclatante, et surtout d'une incontestable utilité, la réussite d'un projet qui l'occupait depuis si long-temps; il s'accomplit après dix-huit ans de méditations et de soins , ayant été conçu en 1808.
C'eût été une imprudence dont Mahmoud était incapable, que dé supprimer les janissaires, sans avoir aussitôt les moyens de les remplacer; aussi préparait-il de longue main les nouvelles troupes qu'il substitua à cette milice turbulente et factieuse ; elles portent le titre de troupes réglées, aidées de Dieu. Elles étaient exercées et disciplinées à l'européenne, sous prétexte de les opposer aux armées des puissances de l'Europe. Cette idée n'était pas nou*velle; elle avait été donnée par le baron deTott au sultan Mustapha III. Abandonnée, après quelques essais, elle avait été reproduite par le sultan Abdul-Hamid , et adoptée par Sélim , sous la dénomination de nouvel ordre de choses. Comme toute innovation est dangereuse en Turquie, celle-là aurait peut-être échoué sans l'infatigable persévérance de Mahmoud.
En voilà suffisamment pour mettre à même d'apprécier ce prince ; il avait en lui-même l'énergie et les talents nécessaires pour résister à la Russie , qui ne les soupçonnait point.
En effet ^ tous les grands préparatifs de cette puissance , si fastueusement annoncés au commencement de cette campagne^ n'ont donné qu'un résultat de soixante mille hommes; elle en peut armer un million , mais ses finances ne le lui permettentpas. Elle n'a brillé sur l'horizon qu'au moyen des subsides que l'Angleterre lui Fournissait contre Napoléon; mais depuis qu'elle n'est plus payée^ les ressources lui manquent.
Voici les conjectures que font naître et l'expédition de Morée et la guerre d'Orient. Cette expédition y disent les politiques^ étant un acte d'hostilité contre la Turquie , il est probable que le sultan nous déclarera la guerre; il est à craindre que nous n'ayons d'autre allié que la Russie. L'Angleterre, qui, comme à son ordinaire, trompe tout le monde, et plus particulièrement la France , tâchera d'armer contre sa riTale toutes les puissances de l'Europe. La Prusse, alliée naturelle de la Russie, serait probablement forcée de renoncer à cette alliance. Elle restera donc neutre , si l'on veut bien le souffrir, ou se verra dans la nécessité de faire cause commune avec les ennemis de la Russie et de la France.... Nos politiques seront encore désappointés dsLU% leurs préi^isions , oubliant toujours, avant de les faire, que, par
nécessité comme par prudence^ les rois doivent rester en paix.
Autant on avait exagéré au commencement de la campagne y non pas les forces de la Russie en elles-mêmes y mais leur emploi contre les Turcs, autant et plus encore on parait prêt à tomber dans^ l'excès contraire. La conquête de* vait être rapide et complète; la perte actuellement est immense. Double erreur à laquelle il faut opposer un article de la Gazette d'Âugsbourg (1), qui, peut-être, est encore loin de la vérité.
a On a pris de telles mesures, que, sous peu de jours , les hordes musulmanes seront hors d'état de tenter aucune entreprise sur la rive gauche du Danube. De nouvelles troupes arrivent journellement de l'intérieur de la Russie, et tout prend un aspect de plus en plus sérieux. Si la mauvaise saison venait interrompre les opérations militaires (ce qui, du. reste, est encore douteux), on verrait, dès les premiers jours du printemps prochain, se développer des forces qui feraient l'étonnement de l'Europe entière, et qui ne laisseraient à la Porte d'autre ressource que de se soumettre à la volonté de l'empereur Nicolas, de donner les satisfac-
(i) Du 7 septembce 1828.
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lions exigées pour le passé, et les garanties nécessaires pour l'avenir; car si, avec l'emploi de faibles moyens, les armées russes sont parvenues, en trois mois de temps, non-seulement à s'emparer de dix places fortes et d'une artillerie considérable , mais aussi de vastes territoires, tant en Europe qu'en Asie, il est hors de doute que cette armée, étant renforcée comme elle va l'être , et comme il est facile à la puissance colossale de la Russie de le faire, nui obstacle ne pourra arrêter sa marche, et que la victoire lui est assurée. On fait, à Bu^ charest, des préparatifs qui annoncent que la guerre va seulement commencer. »
Peu de temps après cette date du 7 septembre, ce journal et les autres tenaient un tout autre langage; ils annoncèrent que le sultan avait convoqué les chefs et pachas de l'Asie mineure, à l'occasion de l'envoi de troupes françaises en Morée. « Un nouvel ennemi ( disait ce prince dans son manifeste) se présente, au mépris des traités y et, sans cause ni motif, s'arme contre son plus ancien allié. Tenez vous prêts à entrer dans la guerre sacrée. » Une circulaire fixait le nombre des contingents à envoyer à Salonique, point de réunion d'où l'on devait partir pour chasser les Français de la Morée. Enfin quarante mille hommes de la Romélie devront se joindre
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au% asiatiques^ pour terminer les scandales qui ont fait, depuis sept ans, un lieu (ï anarchie du pays de Morée. On voit que Mahmoud n'a point peur de la guerre ; mais on l'apaisera, on ne négligera aucun moyen de lui faire remettre le sabre dans le fourreau ; car lui seul peut guerroyer sans risques, et son trône est le seul dont la guerre , loin de l'ébranler , consoliderait les bases.
Septembre. — »- Des souverains voyageurs ; du grand'-lwre du monde f voyage du roi dans les départements de l'est. — A diverses . époques du dernier siècle, l'envie de voyager prit à^tusieurs souverains. En général, ils empruntaient le nom d'un homme de qualité pour garder un incognito qui n'était jamais observé (i). C'était ainsi que Pierre le Grand , Joseph , Frédéric , parcoururent une partie de l'Europe ; et quoique depuis long- temps les saints pères ne sortissent plus de la ville éternelle , il n'y
(i) Joseph II voyageant sous le nom de comte de Faikeistein, s'arrêta dans un village isole', et se fit donn.er deux œufs frais , qu'on lui fît payer un louis pièce, u Les œufs sont donc bien rares ici , dit le prince. — rion, répondit la femme de l'auberge, ce sont les empereurs. » Joseph croyait être inconnu.
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eut pa$ jusqu'au pape Pie VI qui ne se rendit à Vienne; il voulait faire entendre raison à l'empereur Joseph, qui le reçut bien, tout en faisant le sourd. Le but de ees princes n'était ni de voir leurs États, ni de connaître leur^ peuples ; ils allaient dans d'autres pays. ^
A l'occasion de ces courses , le spirituel et caustique abbé Galiani laissait échapper cette boutade dans une lettre du 5i mai 2777 : (c Je « ne sais quel démon de notre siècle inspire t( aux souverains de se montrer chez les autres f( nations. Si on les trouve meilleurs que le <i propre souverain, ils laissent le plus indigne « de tous les regrets. Si on les trouve égaux ou (c même inférieurs , il laissent dans le cœur M humain abattement et désolation. Il y a des « choses qui ne sont belles qu'à être souhaitées ; « l'amour a de ces beautés-là, et je trouve que M la vertu des souverains est comme le plaisir i( de la virginité ; il vaut mieux se la figurer* «c que d'en jouir ».
Le commentaire dont auraient besoin Pabat^ tement et la désolation du cœur humain, serait une, épigramme que nous ne nous permettrons point.
Dans une autre lettre l'abbé dit encore:
« Les souverains s'ennuient bientôt de voyager^ « Leur caractère devient pour eux un fardeau
(c qui les assomme. » Il est évident que l'abbé ne voulait pas que les rois se missent en route ; mais il n'était question de son temps que de courses en pays étrangers , et qui n'avaient d'autre cause que l'ennui^ ou d'autre motif que la curiosité.
Visiter ses États ^ s'assurer par soi-même de la situation du peuple , voir s'il souffre , s'il est à l'aise , s'il a des besoins , si l'administration marche y si le préfet règne au Ireu d'administrer; si le clergé persécute au lieu de consoler; encourager de sa présence l'agriculture, l'industrie et les arts : tels sont les moyens infaillibles de se concilier tous les cœurs. Un roi de France , dont la religion est si souvent surprise, dont on éloigne la vérité par des rapports contradictoires , qui ne cesse pas d'être le point de mire de toutes les intrigues de cour, doit se trouver souvent dans l'embarras pour se former une opinion bien motivée du véritable état des choses. Communiquer avec son peuple est un des moyens qui l'y font parvenir. Le premier pas à faire est de sortir de l'atmosphère de la cour. « Un cortège de voyage est plus face cile à percer qu'une cour. A travers les ha- (c rangues administratives des préfets , sous- (c préfets et maires, le roi pourra toujours « entetadre quelques accents de vérité. »
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Mais ce qu'il faudrait toujours auprès du prince qui ne peut ni tout voir, ni tout entendre par lui-même , ce serait un de ces homme» rares qui sachent lire dans le grand^Uvre du monde ^
Lire dans le grand-^ivre du monde ! chacun interprète comme il l'entend cette façon de parler; mais personne ne l'a ni mieux comprise , ni mieux expliquée que le régent; et, si l'on songe à son rang, au^ieude temps qu'il donnait aux affaires , à celui qu'il laissait aux plaisirs pour lesquels il avait un goût effréné , l'on conviendra que le duc d'Orléans fut de tou3 les princes qui ont existé, le plus heureusement doué.
Lire dans le grand-^Uvre du monde^ c'est pénétrer dans tous ses mystères; pour le génie, c'est arracher les secrets de la nature. Ainsi Colomh cherchait un autre continent, en. désignait la position avant de le trouver; ainsi Galilée , devinant le mouvement de la terre,, et,, condamné pour ce crimes s'écriait : si muove ; Newton indiquait l'attraction avant de la démontrer ; Buffon désignait l'anneau qu'il fallait chercher pour que la chaîne des êtres ne fût pas interrompue. Dans un autre ordre de choses, lire dans le grand'livre du monde ^ c'est rendre compte de la conduite d'un personnage
dont la position, le rôle et les goûts sont connus^ des motifs qui le font agir , quoique Ton n'ait aucune donnée que cette connaissance pour expliquer cette conduite. Si cette connaissance s'étend dans une sphère plus élevée, sur des hommes d'État qui traitent d'intérêts généraux^ elle mène en quelque sorte à deviner l'avenir. H n'est pas étonnant, d'après cela, qu'elle mette au fait du présent.
Ainsi le régent devinait toutes les conjecture» odieuses qu'on faisait sur lui , lorsqu'il fut le dépositaire de Louis XV. Une potion donnée à cet enfant naturellement délicat, assurait le trône au duc d'Orléans. Aussi ce dernier ne se fâcha-t-il pas lorsque le maréchal de Yillars eut l'audace de lui dire que sans doute il désirait la vie du roi; mais, ajouta-t-il : « Il n'est personne qui puisse s'étonner ^t^ vous portiez vos vues plus loin, n Louis XV étant malade dans le même temps , la duchesse de La Ferté, en examinant son visage , osa dire : // est empoi-^ sonné. Le régent ne témoigna ni émotion ni ressentiment.
« Le royaume, dit-il à l'un de ses confidents u (Brissac)» tel qu'il était lorsque j'en ai pris les tf rênes, était un véritable dépôt en mes mains, « et celui que je devais rendre à l'héritier du « trône, à Louis XV. Vous savez ce qu'on a ré-
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ff pandu sur mon projet d'^ faire descendre « l'eirfant royal, qui m'était confié, pour y (I monter moi-même. Quiconque m'eût conpu , a aurait su que je suis incapable d'une infamie ; u mais comment être connu de ces gens-là?
u Aussi a-t-il fallu conserver le trône et le « monarque , et rester à leurs pieds. Toute autre « chose m'était possible cependant., j^insi il « est bien clair que je n^ai pas voulu faire ce « cjueje n^ ai pas fait. »
Pour être habile à lire dans le grand^lis^re du monde, il faut de l'expérience, du jugement, du tact, et l'esprit d'observation.
Une fois je crus que M. de Villèle y savait lir^; mais un seul trait ne suffit pas; et comme ce ministre n'a véritablement que celui-là, que même il pouvait être déjoué, et courait des risques, on ne peut pas supposer un instant qu'il ait su lire; car il a prouvé positivement le contraire dans tout l'ensemble de sa. conduite. Ainsi il devait voir qu'il était impossible que l'esprit-prêtre et la congrégation eussent un succès durable. Cette idée choquait toutes les notions, l'état de choses, la pente des esprits , le sens intime, la marche de l'esprit humain, l'expérience enfin , qui démontre d'une ma^ nière incontestable qu'on ne revoit pas plus deux fois certaines choses qu'on ne revient de
Vempire des morts ^ et dans ces choses sont, par exemple, les jésuites, tels qu'ils furent avec leur doctrine, leurs principes, leur influence ; et la révolution française telle que nous la vîmes, et dont menacent encore nos rois , les ambilieux , les intrigants , la cour, les prêtres, qui font semblant de croire à la possibilité du retour de cet événement , aidés puissamment des sots^ qui, non -seulement y croient', mais ont pour ceux qui en doutent une pitié dédaigneuse^
Ah ! c'est sous ce rapport qu'on sent l'utilité, pour un souverain , d'avoir près de sa personne quelqu'un à qui l'habitude de feuilleter ce gratid^ivre du monde donnerait la facilité d'y lire et de tout apercevoir d'un coup d'œil. Ne dirait-il pas au prince, surpris et touché de Tafiluence du peuple qui encombrerait sa route, de cet élan , de l'unanimité de ces vivat ^ que sa cour lui avait annoncés devoir être si rares; H Ne voyez, sire, dans cet enthousiasme, que ce qu^il faut y voîrj l'expression de la reconnaissance pour ce que vous avez Tait, et l'instante prière de faire encore , d'achever ce bel ouvrage qui vous coûterait si peu , si Ton vous laissait voir les choses telles qu'elles sont ; qui vous donnerait cette récompense si flatteuse dont vous paraissez sentir tout le prix : P amour (lu peuple f la gloire d'avoir fait son bonheur,
et de rendre en même temps votre puissance inébranlable; et si l'un de vos courtisans osait vous dire : Arrêtez-vous, ce peuple est content, ce que vous avez fait suffit ; bannissez de votre présence cet homme dangereux , comme votre plus mortel ennemi ! » Hélas I on trouvera l'un plutôt que l'autre
Le voyage que sa majesté allait entreprendre était le second depuis qu'elle occupe le trône. L'an dernier, à pareille époque, elle avait visité les départements du nord. Le but était d'assister aux manœuvres du camp de Saint-Omer, comme, dans ce second voyage, celles du camp de Lunéville paraissent en être l'objet ; mais il est présumable que le véritable but est de se montrer au peuple, et de connaître sa situation.
Le voyage de Saint-Omer s'était fait sous les plus fâcheux auspices ; on l'avait annoncé comme couvrant un coup d'État. Ces souvenirs ayant été fidèlement retracés , nous n'avons rien de mieux à faire qu'à les reproduire. « Le départ pour Saint-Omer semblait présager des événements sinistres. Le ministère Villèle, dont le joug pesait depuis près de six ans sur le pays, venait de déclarer ouvertement la guerre aux libertés publiques, qu'il avait long-temps minées , ainsi qu'à la nation qu'il ne daignait
même plus tromper; il s'était vengé par le coup le plus audacieux du naufrage humiliant de son mémorable projet de loi contre la presse ; il avait frappé Tel i te de la population parisienne f. et recouvert tou» ses attentats du manteau boueux de la censure^ comme le faisait autrefois le cardinal de Richelieu avec sa pourpre. Après de telles opérations^ pour parler le langage de M. de Corbière, et une fois entré dans une semblable voie, il ne pouvait plus s*arrêter. On devait attendre de lui tous les excès, tous les genres d'audace; son salut était à ce prix. Aussi des bruits sourdement accrédités présentaient-ils le voyage du roi à Saiat- Omer comme une combinaison concertée au profit d'une faction dont le ministère avait toujours servi les intérêts, dont il valait d'adopter les passions , et qui poussait au renversement de la Charte, par violence et à main armée. L'esprit public était en proie aux plus vives appréhensions : on parlait tout bas d'expériences projetées sur les dispositions de la troupe, de contre-révolution imminente. L'itinéraire tracé pour le prince à travers des provinces où Tesprit constitutionnel avait , disaiton, fait le moins de progrès, semblait donner quelque vraisemblance à ces rumeurs , que fortifiait surtout le silence des journaux bâillonnés
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par la censure la plus vexatoire et la plus stu-^ pide qui fût jamais.
« Quel moyen pouvait-on se promettre d'é-»
clairer la religion du prince ? Depuis la promenade de Catherine en Grimée , on sait comment les monarques voyagent; comment la flatterie sait déguiser à leurs yeux la misère et le mécontentement publics. Il n'est pas jusqu'à l'enthousiasme qu'elle ne possède Tart d'organiser; car^ au besoin , elle solde assez de cris pour étourdir les oreilles du prince, La vérité pou-, vait-elle se faire jour jusqu'au roi? N'était-it pas entouré d'une triple haie de courtisans et de fonctionnaires de tous rangs » de toute nature , la plupart complices des méfaits du ministère^ et intéressés comme lui à isoler le prince de son peuple, et à intercepter des révélations dangereuses pour eux comme pour leurs protecteurs? Quelques citoyens parvinrent cependant à franchir ces obstacles , et osèretit parler de Charte et de détresse publique. Un magistrat d'Amiens eut le courage de dénoncer au roi des conseillers infidèles , et de prendre à témoin de ces accusations la tristesse et le morne silence du peuple; mais sa voix était isolée; on la réputa mensongère; cet acte de fidélité fut représenté au prince comme une sorte de félonie; en revanche, il a été récompensé parla
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gratitude publique. Au jour des éleclious, les citoyens ipdépendauts s'en sont souvenus; il n'y a de populaire^ dans le voyage de Saint-Omer, que la généreuse conduite de M. Caumartin , et de deux ou trois citoyens qui ont imité sa^ courageuse franchise.
(c II n^en sera pas de même du nouveau voyage que le roi vient d'entreprendre ; il a lieu à la suite de changements politiques qui ont scellé le rapprochement du prince et de son peuple ; il commence sous d'heureux auspices , et peut-être même portera-t-il quelques fruits salutaires. »
En effets il n'y a aucune analogie entre les circonstances où nous nous trouvions à l'époque du voyage de Saint-Omer et celles où nous sommes; alors il y avait la censure, un ministère odieux , tracassier ; des jésuites , des délateurs, M. Franchet, M. Delavau. Aujourd'hui rion de tout cela, ce A chaque pas que fera le prince , il pourra se convaincre facilement que les anciens ministres et leur système n'ont laissé dans le pays ni regrets ni d'autres sentiments que ceux de la réprobation et de la haine. Aux témoignages de la reconnaissance publique pourront se mêler des représentations respectueuses y mais fermes. L'exemple donné l'an dernier par M. Caumartin trouvera des
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imitateurs; il reste encore des vérités à dire; elles ne trouveront point d'organes parmi les membres supérieurs de l'administration, surtout dans les départements. Les préfets qui auront l'honneur de recevoir sa majesté sont ceux de MM. Villèle et Corbière; il ont plus d'une bonne raison pour ménager leurs anciens maîtres. »
Le roi partit le mardi 2 septembre. Sa première station devait elfe à Meaux , et l'on savait que ï'évêque de cette ville, M. de Cosnac, ferme colonne du jésuitisme , devait livrer au prince un premierassaut en faveur des évéques protestant contre les ordonnances; et que préalablement ce prélat avait fait tous les préparatifs d'une réception magnifique. On n'était donc pas sans inquiétudes; elles étaient augmentées du soupçon qu'on eut bientôt, et qui, plus tard, fut justifié; que, sur toute la ligne, de pareils assauts seraient renouvelés ; mais ils furent sans résultat, et celui de Meaux ne parut faire aucune impression. Arc de triomphe, illumination, feu d'artifice, et vivat unanimes , prouvèrent au prince qu'il était aimé. L'évêque ne pouvait s'attribuer ces démonstrations ; elles furent répétées tout le long de la route, et même allèrent crescendo, toujours franches, et l'expression du sentiment qu'on éprouvait
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et que les rois inspireront toujours quand ils le voudront.
Cette route pouvait, jusqu'à Châlons, rappeler à Charles X de tristes souvenirs* C'était celle qu'avait prise Louis XVl pour enlrepren* dre le plus mal calculé et le plus malenconireux voyage que jamais prince ait fait (i)»
(i) C'est particulièrement au de'part que Ton remarque tant de maladresse, qu'on a droit de s'étonner que les augustes voyageurs aient pu parvenir à la barrière de Pantin. ï** On prit pour cocher M. de Fersen , qui , ne connaissant point les rues de Paris ^ descendit celle de Saint •^Honoré pour se rendre à la barrière de Pantin. Il savait seulement qu'en suivant les boulevards il fallait prendre le second arc de triomphe construit sur sa gauche , c'est«à-dire la Porte Saint-Martin. Ce long détour fit perdre des moments précieux , et il est bien démontré aujourd'hui qu'en arrivant une demiheure plus tôt à Yarennes , le roi était sauvé* 2^ On choisit , pour sortir le roi et sa famille des Tuileries , des gardes du corps qui n'étaient jamais venus à Paris. Celui qui donnait le bras à la reine égara cette princesse, que la voiture de M. de La Fayette détourna de son chemin ; autre retard qui fut assez considérable , puisque toute la famille attendait Marie -Antoinette avec inquiétude. 3** M. d'Agoust devait être du voyage. Il fallait un militaire courageux, hardr^ dévoué , l'on ne pouvait mieux choisir ; mais madame de Tounel, dont il occupait la place, la rpclama, fit valoir ses droits
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Qu'on eu compare les préparatifs et les détails à ceux des voyages combinés dans les mêmes circonstances et pour les mêmes causes. Est-ce dans une vaste et lourde berline que se sauvèrent les rois d'Angleteri^e, obligés de fuir de leur pays? Jacques ne se sépara-t-il pas de la reine et du prince de Galles^ bien loin de prendre des gouvernantes et des femmes de chambre ?
Marie - Antoinette avait prescrit toutes les mesures et tous les arrangements jusqu'à Châlons^ et tout réussitjusqu'à cette ville, au-delà de laquelle commencèrent tous les embarras , parce qu'on avait voulu faire protéger la voi-r ture par des troupes , ce qui était une imprudence, parce qu'on ne pouvait, dans ce temps ^
prescrits par Tëtiquette , qui défendait à la gouvernante des enfants de France de se séparer d'eux ; et l'on eut une femme qui ne pouvait qu'embarrasser au lieu d'un brave qui pouvait payer de sa personne, et certainement aurait rendu des services. Remplacez M. de Fersen par un bon cocher qui connaisse bien les rues de Paris, sache bien conduire et presser ses chevaux; emmenez M. d'Agoust, et vous gagnerez la demi-heure nécessaire pour assurer la retraite du roi , et vous aurez l'homme actif qu'il fallait à Varennes pour chercher les chevaux que M. de Bouille tenait prêts de l'autre cêté diN^nt, et la famille royale ne se morfondra pas dans la plus cruelle anxiété ; enfin elle sera sauvée !
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compter sur leur fidélité , et que leur présence iospirait des craintes et faisait révolter le peuple. La reine avait senti que l'excès des précautions avait un danger réel. Ce fut au-delà de ChàlonSy et près de cette ville ^ qu'un homme à cheval ^ «'approchant de la voiture j et mettant la tète à la portière ^ s'écria : Vos mesures sont mal prises^ vous serez arrêtés ^ et disparut au galop, sans qu'on ait jamais pu savoir quel était celui qui donnait un avis que son inutilité, puisqu'il croyait le mal sans remède , rendait barbare. Ce mystérieux et funesteavertissement, qui ne fit qu'augmenter le supplice des voyageurs , ne fut cependant vérifié qu'à VarenneSy et ne l'aurait point été si le roi, dans son impatience, n'eût avancé sa tête hors de la voiture, à Sainte-Ménéhould, pendant qu'on changeait de chevaux; ce qui fit reconnaître ce prince par Drouet.
En passant par Châlons, Charles X visita l'école royale des arts et métiers, fondée par le duc de La Rochefoucault-Liancourt (i). Sa
(i) La manière dont il fut traité par le dernier ministère prouve de la part de ce ministère une inconcevable ignorance de l'espèce humaine. M. Corbière destitua M. le duc de Liancourt d'une muU^de de présidences honorifiques qui ne rapportaient ^s un sou,
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majesté fut contente de cet établissement, calomnié sous le précédent ministère ; elle paru^t prendre un Tif intérêt à une école destinée à donner à la France des chefs habiles dans les diverses branches d'industrie. Les élèves de la fonderie coulèrent , en présence du prince, son buste très-ressemblant, et le lui présentèrent pendant sa visite.
Naus ne suivrons pas le roi, qui partout put voir combien sa présence excitait d'enthousiasme, et partout s'y montra sensible.
Les Lorrains virent avec attendrissement le petit-^fils de ce bon roi Stanislas, dont ils chérissent la mémoire. Des circonstances particulières permirent à l'Alsace de se distinguer. Les habitants de cette province ont conservé leur costume et leurs usages. Près de Saverne , sur un point élevé d'où l'on découvre une immense étendue de pays , une innombrable quantité de villages et de hameaux, on arvait construit un arc de triomphe en verdure. Les plus riches»
fermiers de l'arrondissement , les plus jolies villageoises uniformément vêtues, cinq cents
qui le rendaient l'objet des plaisanteries de la cour, et dont la privation ne pouvait que produire le plus mauvai^ffet. Il fallait au contraire tâcher d'en trouver encore à lui donner.
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paysans en habit noir, en gilet irouge, la tête couTcrte d'un grand chapeau relevé d'un côté^ ayant un ruban blanc autour du bras gauche^ se trouvèrent, tous à cheval, à l'arrivée de Charles X. Des drapeaux , des guirlandes , des chariots chargés, les uns de musiciens, les autres de jeunes filles, contribuaient à la beauté du coup d'œil. La réception des Stras-* bourgeois fut au-dessus de toute description. Rien de ce qui peut embellir une fête ne fut oublié. Le roi de Wurtemberg , le grand duc et le margrave de Bade , le prince de Lowenstein, envoyé du roi de Bavière, s'étaient rendus dans l'ancienne capitale de l'Alsace pour y visiter sa majesté. Avant le magnifique arc de triomphe , construit près de Strasbourg , le roi avait traversé une file de tix)is cents chariots, attelés de quatre chevaux, et de douze cents cavaliei*8, divisés par escouades , ayant des drapeaux fleurdelisés , et à leur tête les maires de leurs communes. Colmar, Mulhauseu, et toutes les villes situées sur la route que parcou-* rait le roi, rivalisaient entre elles.
I*' octobre. — Des mémoires historiques publiés depuis quelque temps ; leur utilité.
Rapprochement. — hes mémoires de M. le duc de Roi'igOf qui paraissent en ce moment, et
dont il sera question plus tard , $ont une occasion naturelle de parler du goût du public pour ce genre de production. C'est l'histoire ^^'^en.chantée : ce sont les héros ou les acteurs de son ressort y et qu'on nous montre au coin de leur feu y ou dans les coulisses. Quelque soin qu'ils prennent pour se présenter sous un jour favorable, il y a toujours des reflets qui les font entrevoir tels qu'ils sont.
En corrigeant tous ces mémoires les uns par les autres , on découvrirait incontestablement la vérité; et l'histoire, d'après les mmo/r^^ comparés (i), serait, sans aucun doute, palpi-* tante d'intérêt.
Ce qu'il y a de singulier dans la plupart de ces mémoires, c'est que toutes les fois que l'historien veut taire une vérité qui le blesse, elle s'échappe presque toujours, et que, tantôt l'effet qu'il attend est en partie manqué , et tantôt il obtient un résultat contraire à ses intentions, ou au but qu'il s'était proposé. Nous allons en donner des exemples.
Le premier et le plus frappant est madame de Genlis, qui , malgré tous ses efforts, laisse d'ellemême une idée diamétralement opposée à celle
(i) On assure qu^un homme de lettres, connu par des ouvrages historiques , s'occupe de ce travail.
3o8 nouveaux:
qu'elle voulait inspirer. Elle n'est, dans le cours de ses éternels mémoires, qu'une femme qui médit sans cesse , en assurant qu'elle ne dit de mal de personne ; qu'une intrigante maladroite, qui met son masque de travers j et se fait reconnaître sans y songer.
Le marquis de Marcillac n'avait certaine-ment pas , et ne pouvait avoir l'intention de jeter du ridicule sur l'émigration dont il avait fait partie, ni sur sa cause ; d'autant plus que cette cause a fini par triompher. Ce n'est donc pas sans surprise qu'on trouve dans ses mémoires les passages suivants (i):
ce Je fus inscrit devant le prince de Condé, les ducs de Bourbon et d'Enghien, sur la liste d'honneur. J'étais le soixantième. Cette liste fut portée à cent, puis fermée, et nous déclarâmes à l'unanimité déshonvrés, indigpes de servir le toi , tout ce qui n'était pas inscrit sur ce con-trôle sacré , dont nous portions tous une copie en forme légale n.
Ces cent ne voulurent pas admettre le colonel du régiment de la Reine-Cavalerie , qui se présenta le cent-unième.
(i) Sous^enirs de V Émigration, par le marquis de Marcillac , commissaire du roi à Tepoque des cent jours. Paris, i8a5, iQ-8% p. i6 et suivantes.
MÉMOIHES SECBETS. So^
«r L'émigration était- elle politique? Cette question serait à résoudre si les événements n'avaient pas démontré à l'évidence la fausseté de cette mesure. S'éloigner du trône pour soutenir Je trône ; sortir de France pour reconquérir la France ; s'enlever son influence pour se servir de cette influence^ voilà des fautes impardonnables (i).
ff Les Français ne veulent plus de roi, disait le prince royal de Prusse : j'ensuis assuré, plus de roi , c'est le cri du soldat (2). -
« La politique des cabinets ne voulait plus soutenir la légitimité.
u Toutes les fois que je prononçais les mots guerre civile devant Pitt, il me répondait avec feu : C'est bien (5). *
ce Tout me prouvait, à Londres, qu'on ne voulait que détruire la France,, en attirant les dissensions intestines, et en évitant de donner à la guerre intérieure ce caractère d'ensemble qui eût éteint les germes révolutionnaires. Les
(3) fbid, p* 91*
3io nouYEÀUi^
puissances voyaient avec une ambitieuse espérance la France divisée (i).
c< Le gouvernement anglais mettait obstacle au développement de l'opinion royaliste en France, tout en employant ce principe comme moteur de divisions partielles (si).
« On repoussait tous les moyens décisifs pou r^ n'adopter que ceux qui pouvaient entretenir la discorde , sans donner à aucun parti la faculté d'obtenir une prépondérance positive (3).
« Napoléon rappelle Velite de la nation , maK traitée généralement dans l'étranger (4).
« Les émigrés , très-fatigués de l'émigration, désiraient rentrer dans leur patrie. Cette impulsion fut fortement combattue par M. de Conziê, évêque d'Arras.
w On savait d'avance l'événement qui devait asseoir Alexandre sur le trône des czars ; l'épo-
I ■ ■ I ■ ■ ■ ■ ■ Il I < ■il I I I g I ■>■ I. fc.li ■ ■ ■ ■ ■■ ■ I I
(i) Page 92, M. de Marcillac dit qu'il a écrit à Pur sage de l'époque actuelle.
(2) Page 97. La politique anglaise n'a jamais eu d'autre principe que son intérêt. Cette assertion , fondée sur des faits innombrables , est confirmée par l'observation de l'auteur.
(3) Souvenirs de V Émigration , par le marquis de Marcillac , commissaire du roi à l'époque des cent jours, Paris , 1 826 , in-8° , page 1 06.
(4) Jbid , p. 12^2.
MÉMOia!g:S SEGJELETS. 5lt
que en était Résignée. Un des cabiqets de l'Europe avait compté sur cet événemeDt pour ramener la Russie dans la coalition contre la France.
i< Disons-le avec vérité, Tespérance du retour de la famille d'Henri lY était presque une chimère. Les vieux serviteurs du lis craignaient d'entretenir dans le ccsur de la fidélité les principes de la fidélité (i).^
n Si l'on veut être de bonne foi, l'on conviendra qu'en 1812 , si Bonaparte avait su s'arrêter, le gouvernement impérial s'établissait sur des bases indestructibles (2).
« Le lieutenant- général <îomte Ricard n'hé-*^ sitepasàdireque le duc d'Angoulêmeavait voulu se mettre la couronne sur la tête, et qu'il méri-. tait d'être traduit à un conseil de guerre (5). »
Nous hésitons y nous, très-fort à le croire, et le déclarons en terminant ces extraits, qui font voir que M. de Marcillac produit, sans le vou-
(i) Page 148. G'esl uiie autre version de l'assertion de Manuel qui fit tant de scandale.
(2) Page 149. Oui ; mais qui est-ce qui veut être de bonne foi ?
(3) Sous^enirs de ,V E migration , page 197. Le caractère du prince rend cette assertion étrange , par son invraisemblance.
3l!2 nOUVEAUX
loir^ ainsi que tous ceux qui ont écrit leurs mé* moires , un effet auquel ils n^avaient pas songé.
Du reste, Thumeur perce visiblement dan^ son récit ; il est facile de voir qu'il a éprouvé des mécomptes dans ses calculs. II. n'est personne qui n^en ait eu dans les siens , et dans tous les partis qui se sont succédé depuis quarante ans, on ne trouverait pas un seul individu qui n'ait été plus ou moins désappointé.
Un homme connu par son royalisme, et qui , certes, ne peut jamais avoir eu pour cette cause , je ne dirai pas une intention hostile , mais même équivoque , ou du découragement , vient à Tappui de la remarque que nous avons faite à l'occasion de M. de Marcillac. C'est M. le marquis deClermont-Gallerande, membre de la chambre des pairs. Voici les termes dans lesquek il s'exprime sur les princes français et sur le roi, dont les malheurs épouvantables auraient dû désarmer la critique. Le dévouement bien connu de l'auteur rend son témoignage extrêmement remarquable (i).
(c Les princes du sang, pour ainsi dire
(i) Mémoires particuliers pour servir à l'histoire de la réyolatioa qai s'est opérée en France en 1 789 , par M. le marquis de Glermont-Gallerande; 3 vel. in-8*. Paris y 1826; p. 7 et 8.
MÉMOIRES SECRETS. 3l3
étrangers à la cour , y étaient sans influence et sans crédit. Fort injustement ils attribuaient leur nullité à l'éloignement où le roi les tenait de sa personne et des affaires ^ beaucoup plus qu'à leur conduite, à leurs opinions et à leur caractère. A Versailles , ils eussent été courtisans; ils étaient rois à Paris ; ils préféraient ce dernier séjour; ils y étaient les premiers à fronder, à critiquer ouvertement les opérations du gouvernement (i), devaient-ils donc être étonnés d'être sans crédit 1 »
ce Louis XYI, arrivé au trône sans expé*^ rience, masquait d'une brusquerie apparente, une timidité excessive qui nuisait à la dignité de sa représentation , et , le plus souyent, obscurcissait le sens droit dont il était doué.... Ses idées, souvent justes, mais sans cesse flottantes dans une pénible indécision , se fixaient difficilement sur un parti ; il avait la méfiance des hommes en général , et surtout la crainte d'être gouverné par ceux qui avaient la réputation de gens d'esprit ou de caractère; il les redoutait, et manquait d'ailleurs de ce tact, de cette na-
(i) Ce reproche peut être fonde' relativement à Monsieur, depuis Louis XYIII, qui avait une véritable cour au Luxembourg , et qui semble avoir de bonne heure compté sur \e trône; mais c'est le seul.
5l4 NOUVEAUX
tMred^esprit précieuse qui devine le talent des autres, les apprécie^ les juge et sait les appli* quer à l'emploi qui leur est propre. Les vices de caractère de ce prince étaient accompagnés de défauts extérieurs qui étaient moins un tort de la nature que celui de mauvaises habitudes f et d'une éducation négligée. Une figure peu expressive y une taille épaisse, une démarche dandinante, un rire commun, un ton quelquefois dur, devaient prévenir contre lui le vulgaire, qui approfondit peu, et ne juge jamais que par aperçu. » v
Souvent les mémoires servent à modifier l'opinion qu'on s'était faile; et tel qu'on admirait dans un récit, se trouve abaissé dans un autre. Le marquis de Clermont-^Gallerande nous en donne l'exemple dans M. de Bezenval, qui, dans les mémoires publiés sous son nom, se montre comme un royaliste plein de zèle , sans peur et sans reproche. Voici la modification que devrait subir cet éloge si le témoignage de M. de Clermont est> comme on doit le supposer, digne de foi. (c M. de Bezenval, dit-il (i), fut arrêté à Brie-Comle-Robert, déguisé en brigadierde maréchaussée. Saconduite, àParis,
(i) Mémoires cités, 1. 1, p. i6i
MÉllOIRES REGRETS. 3lS'.
OÙ il coinmandail le jour dé la prise des Inva- Hdes et de la Bastille , est fort louche. Avaît-il des ordres y n'en avait*ii pas? Et en fidèle serviteur du roi, ne devait^-il pas prendre sur lui d'arrêter l'insurrection par la force? Il a dit plus d'une fois en prison , pendant son jugement, que s'il méritait la mort^ c'était pour n'avoir pas agi pour le roi. Un homme bien digne de confiance m'a assuré avoir vu en Suisse, entre les mains du chancelier Glalz, de ses lettres originales qui prouvaient et sa fausseté et sa trahison envers M. le comte d'Ar* tois^ qui le comblait, relativement aux régiments suisses, dont ce prince était, comme on sait, le colonel général ». Ce dernier reproche serait sans excuse*
En 1824, on a publié des mémoires sur les guerres des f^endéens et des chouans (i). L'au-^ teur est l'adjudant général Savary (2) , acteur et témoin oculaire dans ces événements. Il fait voir les meftsonges des historiens de la Vendée^ qu'il désigne, et. ce sont MM. Beauchamp, Berte de Bournizeaux, et de Barénte, rédacteur des mémoires de [madame de La Rochè-
(1) Ou Annales des départements de V ouest pendant ces guerres; 2 vol. in-8*.
(a) Totalement étranger à M. le duc de Rovigo.
3l6 WOUVEAUX
jaquelein. La marche de M. Sarary est ferme et sûre; il procède toujours, prends en main , c'est-à-dire avec les actes et la correspondance du comité de salut.public , des ministres , des représentants du peuple en mission, des agents du gouvernement, des autorités locales, de tous les généraux; et d'après les règlements , proclamations et bulletins du conseil supérieun, et des chefs des Vendéens et des chouans. Ce qui nuit peut-être àrintéiét de ses mémoires, sous le rapport dramatique, mais en contribuant à la découverte de la vérité, parce que les faits deviennent incontestables; avantage qui dédommage de la perte des autres.
En effet , avec les ressources immenses et les autorités sur lesquelles s'appuie Fauteur, un fait pouvant être contradictoirement discuté, le doute disparait et la vérité brille de tout son éclat. La note suivante donne une idée de l'infidélité ou de la négligence des trois historiens qu'on vient de nommer. Il est question du combat devant Cholet, sur lequel M. Savary rapporte les circonstances les plus intéressantes d'après les notes de Kléber. u Ils est vraiment ^ curieux, dit l'adjudant général, de comparer aux détails qu'on vient de lire , ceux que donnent les historiens de la Vendée. Le lieu de la scène, l'ordonnance des troupes, les manœu-
MÉMOIRES SECRETS. SlJ
Très des généraux^ les faits , tout j est dénaturé. Si dû moins ils s'étaient bornés à tracer des tableaux de fantaisie; mais il fallait représenter les Mayençais, la torche à la main ; aussi n'ontils pas épargné les couleurs. MM. de Beauchamp et Bournizeaux ont leur excuse toule prête ; ils n'ont été que les échos de madame de La Rochejaqueleiu , dont ils ont embelli le i^écit, chacun à sa manière. Je dirai donc à M. de Barante ^ rédacteur àesjnénioires de madame de La Rochejaquelein : «Vous étiez^ en ido5, n sous-préfet à Bressuire. En vous chargeant a de rédiger ces mémoires, vous avez pu^ vous « avez dû vous assurer de la vérité des faits sur « les lieux mémes^ ne fût-ce que^pou/* votre n honneur^ et vous n'avez pas craint de dire (i) « que les républicains rentrèrent à Cholet, mi- « rent le Jeu à la ville , et se livrèrent y pendant ic toute la nuit y à leurs Iiorreur s accoutumées I a II est encore assez de témoins à Cholet pour <c faire connaître la vérité. Cette ville fut incenu diée par Stofflety après l'évacuation ordonnée « par le général Turreau »•
On ne peut réfuter d'une manière plus précise et plus positive un fait qu'en lui opposant
(i) Mémoires de madame La Rochejaquelein y t. I, p. aSi.
^l8 i!«O0VEàUX
le fait €on traire^ sans aucune autre observation , et en prenant le lecteur pour juge. On ne peut nier que rhistorieii qui a.dministra;it le pays où ce fait s'était passée n'ait eu non^seule^ ment tous les moyens de le vérifier, mais là certitude de sa fausseté^ sans se donner la peine de faire des recherches pour la trouver; car elle lui parvenait toutes les fois qu'il était question devant lui de l'incendié de Cholet y situé près de l'arrondissement dont l'administration lui était confiée.
Nous avons dit que ceux qui écrivaient leurs mémoires donnaient souvent d'eux - mêmes , à leur insu et contre leur intention, une idée qui ne leur était point favorable.
C'est ainsi que , sans qu'il s'en doute le moins du monde , M. de Montbarey (i) laisse percer, dans mille endroits des siens, une puérile vanité. Son orgueil était tellement aveuglé, que, n'attachant de prix qu'aux titres et non au mérite qui doit les faire obtenir, tout son but est de s'en faire donner, et il raconte avec une admirable bonhomie toutes les peines qu'il prend à ce sujet. Par une de ces traditions de famille que l'amour-propre conserve et transmet soi-
(i) Mémoires du prince de Montbarey; 3 vol. in-8°, Pariîi, 1827.
MÉMOIRES SBCKET^» SiQ
gneuseinent de génératioa en génération , il apprend que Fun des ancêtres de sa bisaïeule maleroelle avait eu^ deux siècles auparavant ^ le titre de prince du Saint-Empire ; il n'est dé^ marche qu'il ne tente pour se le faire rendre ; il le paie argent comptant, et sacrifie cent mille francs, car le conseil aulique exploite la vanité et fait bien.
Il en est de même de la grandesse d'£spagne> qu'un des collatéraux de sa grand'mère avait eue ; il parvient à se la faire promettre à la nais-^ sance du premier enfant dé la reine d'Espagne, pourvu que ce soit un garçon ; car les droits de M. de Montbarey dépendent apparemment de ce sexe , quoiqu'ils ne lui soient transmis que par les femmes. La reine accouche de deux jumelles ! Grand est le désappointement^ point de grandesse. Elle arrive enfin à la seconde couche. INotez bien que ce ne sont jpoint de$ Saint- Morjs (ûom de famille de M. de Montbarey) , qui, jadis avaient été grands d'Espagne, ou princes de l'empire.
On sent bien qu'il devait passer pour un parvenu, soit parmi les princes sans principauté, comme parmi les grands d'Espagne, honoraires ou titulaires. Aussi, dans des mémoires inédits sur la cour de Louis XVI, le courtisan qui les a faits s'indigne-t-il de tant
de faveur» accumulées , dit-il, sur la tête d^un gentilhomme de Franche-Comté'; car les gens de cour traitaient avec mépris la noblesse de province qui le leur rendait bien*.
Nous sommes obligés de revenir à madame de Genlis , parce qu'elle nous semble être Texempie le plus frappant de la maladresse des fai^ seurs de mémoires* Malgré son système de ré-^ ticence sur les personnes , de rappel aux grands principes , de restriction sur les faits , elle laisse entendre ce qu'elle ne veut pas que l'on soup-* çonne , et dit ce qu'elle ne voudrait pas dire* Que desoins ne se donne<-t-elle pas pour mettre tous les torts du coté de madame la duchesse d'Orléans ! tandis qu'il résulte clairement des peines qu'elle a prises à ce sujet, qu'ils sont entièrement de son côté, lorsqu'elle fut attachée à la maison du premier prince du sang, soit comme ^out^erwear , soit comme gouvernante des enfants.
Elle parle sans cesse de son indulgence et de sa bonté ; et tous ses récits sont pleins de méchanceté plutôt que de malice* Une remarque qu'on est à même de faire souvent, est l'obligeante attention avec laquelle, et à propos d'une femme, elle dit: CeUe-làii^ jamais fait parler d'elle; on n'a rien dit de celle-ci; ce qui donne lieu de présumer qu'il n'en est pas de même de
MÉMOIRES SECRETS. Ssi
celles à l'occasion desquelles elle oublie cette formule* Glissant avec habileté sur le chapitre des mœurs y si délicat à traiter par une Femme toujours juge et partie quand elle s'occupe de ses compagnes y madame de Genlis s'est rejetée sur le bon ton et la bonne compagnie. Nous ferons observer que le bon ton (i) , loin d'être de quelques secours pour faire découvrir la vérité, prescrit au contraire de la voiler soigneusement ^ parce qu'il est ennemi de toute nudité; ce qui n'empêche pas cepeudant que cette vérité ne se laisse deviner : tant il est vrai que toujours elle tend indiscrètement à paraître, à secouer également et les fers dont on la charge et les fleurs dont on la couvre. Cherchons-la dans le tableau que fait de ce bon ton madame de Genlis. « Il s'établit dans la société,
(i) tJn de nos plus aimables auteurs, modèle de bon ton et de bonne compagnie, encore aujourd'hui, et malgré trente ans d'interruption dans le règne de ce bon ton , M. le comte de Segur , s'exprime ainsi dans ses Mémoires , t. I, p. 1 56 : « Par l'effet d'une civili- « sation concentrée , les règles de ce qu'on appelait «t alors bon ton et bonne compagnie obligeaient tout « le monde à se soumettre , pour le goût , pour les opi- « nions, pour le langage, et pour la manière de vivre, «< à une monotone uniformité. »
dit-elle, une secte très- nombreuse d'hommes et de femmes qui se déclarèrent partisans et dépositaires des anciennes traditions sur le goût y l'étiquette, même la morale ^ et s'érigèrent en juges suprêmes de toutes les convenances sociales, s'arrogeant exclusivement le litre imposant de bonne compagnie. Il ne fallait ni une vie sans tache , ni un mérite supérieur pour y être admis. » Ainsi d'un trait de plume madame de Genlis discrédite son tribunal ; ce qui donne droit de conclure, ou qu'elle n'en faisait point partie, ou qu'elle le redoute.
«Cercle usurpateur et dédaignent, continue-t-elle, il fut désigné par le titre de grande société f qu'il a gardé jusqu'à la révolution. Sous les formes artificieuses de la confiance , de l'étourderie et de la distraction, on y pouvait médire sans scandale (i).*. On exigeait que la médisance fût pour ainsi dire dispersée; un même personnage qui se serait chargé constamment de la répandre , eût été odieux. » Sans doute, mais fl eût été suspect, on aurait fini par ne pas le croire ; au lieu que cette médisance dispersée était plus dangereuse, et l'on ne pouvait parer ses coups.
(i) Experto crede,,^,.
MÉMOIRES SEGBETS. $25
Du reste , malgré les éloges qu'elle donne ensuite à ce tribunal, sous le rapport du bon ton , Tauteur s'exprime de manière à faire voir qu'elle en veut décliner la juridiction.
Une des manières dont elle médit , mérite d'être remarquée. Le ftiit l'expliquera. Nous le choisissons entre plusieurs, non qu'il soit le plus marquant , mais parce qu'il se prête, plus que tout autre, à une rédaction laconique. Il s'agit de madame la comtesse du Holstein , née Barbantanne, attachée à la maison d'Orléans, et qui fut enfermée dans un couvent à Nancy.
Nous en ignorons la cause, et si nous la demandons à madame de Genlis , elle éludera toute difficulté, et sans nous rien dire, elle livrera la coupable à notre imagination, sans poser aucune borne dans le vaste champ des conjectures dont elle reculera même l'horizon. Elle peint en effet et d'une manière touchante le repentir et la conversion de madanae du Hols* tein; mais en même temps elle la flétrit en disant qu^elle a vu d^elle d^ étranges cfèoses , dont elle ne parlera pas , à cause de la sincérité de sa pénitence (la bonne âme !), et parce que ses trop terribles a\^entures n'ont été que trop connues du public. La vérité serait peut-être préférable à ce genre de charitable discrétion qui vous abandonne la victime à qui madame de
Genlis a pardonné. C'est l'effet d'une médisance dispersée*
Quelquefois les mémoires historiques présentent sous un jour nouveau certaine personnages connus y et compromettent leur réputation.
C'est alors qu'il faudrait examiner avec sévérité les tia*esque l'historien peut avoir à notre confiance ^ et les preuves sur lesquelles il s'appuie.
Citons deux exemples ; je les trouve dans les Mémoires an comte Alexandre de Tilly (i).
Le premier est relatif à M. l'abbé , aujourd'hui duc de Montesquiou. Voici le portrait qu'en fait M. de Tilly (2).
(c L'abbé de Montesquiou, dit-il, intrigant c( fieffé, que. beaucoup de bonnes gens ont pris « pour un trés-honnéte homme; que tous les f< partis ont cru à eux; voleur d'une bonne récc putatibn, usurpateur de celle d'un homme (c d'esprit, parce que l'intrigue et la ruse, K revêtues doucereusement de quelques lieux 'ff communs, en tenaient chez lui la place »
Ce portrait n'est pas flatté. Nous ne connaissions M. l'abbé de Montesquiou que comme le plus mauvais administrateur de tous ceux qui
(0 3 vol. in-8% 1828.
(2) Tome II , page 282.
eurent un portefeuille. Jamais il ne toucha au sien pendant les neuf mois qu'il en fut possesseur; particularité connue de tout le monde, et constatée par ces vers épigrammatiques qui lui furent adressés dans le temps qu'il était ministre de l'intérieur :
Tu fis y en ton printemps , le vœu de chasteté' :•
Le ministère est sans doute une femme; Tu crains, en y touchant, de damner ta belle âme. Et tu gardes au moins cette virginité'.
Mais il y a loin de ce reproche à ceux que lui fait M. de Tilly, et l'on peut fort mal administrer, ou ne pas se mêler de son administration, sans être un intrigant jieffe y etc.
Nous verrons quel degré de conGance mérite le peintre historien , après avoir rapporté le second exemple» Il s'agit de M. Sénac de MeiU han, intendant et homme de lettres , connu par des production» littéraires estimées.
On trouve dans les n^moires dont nous nous occupons, sur le compte de M. Sénac, des révélations d^une nature si singulière qu'elles ne laissent que le soin d'en transcrire une partie, en obligeant de renvoyer pour l'autre au livre mém€. lie comte passe en revue les personnages qu'il voyait à Londres, pendant son émigration.
(c Venait, dit -il, un autre original, un M. Sénac de Meilhan(i), ancien intendant de Valenciennes. « J'ai eu de longues conversations w avec le roi , me disait celui-là ; j'étais pres- (i que parvenu à lui faire goûter mes idées (a), « l'État allait être sauvé; c'était tout ce qu'on « pouvait demander à un homme de génie. On tf.me préféra un homme d'esprit , M. de Ca- « lonne, et la monarchie s'écroula. Quand « nous rentrerons, il en faudra venir à moi. » — Ce hon homme, reprend M. de Tilly, s'é-
(i) M. Sénac de Meilhan étant très- connu par des ouvrages d'esprit (qui iront plus loin que ceux du comte de Tilly ) , cette manière d'en parler n'est excusable que par le sentiment que durent inspirer à celui-ci et la fatuité ridicule de l'intendant , et ses goûts ainsi que le genre de jouissances qui lui paraissaient préférables;
(2) Je ne crois pas que M. Sénac mentit dans cette occasion ; on lit dans les Mémoire» du prince de Montbarrej-y que cet intendant fut nommé, pendant vingtquatre heures , par Louis XYI , à une place qu'on créa pour lui, qui n'eut que cette durée, et qui correspondait à celle de ministre directeur de l'administration de la guerre, créée depuis par Napoléon. Ainsi M. Sénac avait du faire geûîer ses idées au roi, et surtout à M. de Saint-Germain , le grand faiseur de projets et de suppressi/ons.
lait tuis au lit long-temps avant de mourir^ et n'en sortait plus. Un orgueil aussi sérieux ^ un amour- propre aussi tranquille ^ n'ont point été surpassés ; leur trouver un objet de comparaison exacte, serait une tâche trop difficile(i).
«Je ne passerai point sous silence un
trait de ce M. Sénac de Meilhan. Un moraliste y pourra trouver "une preuve de plus de cette éternelle vérité , que les passions de la faiblesse et de la nullité sont plus dangereuses que celles de la puissance et delà force (2). »
Cette observation est un préambule au récit que fait l'historien d'une aventure galante dans laquelle intervint M. de Meilhan , qui était son rivaL Four supplanter le comte de Tilly^ il lui confia, sous le secret, que l'on courait risque d'être assassiné chez la femme qu'ils se dispu-
(1) Mémoires, etc. , tome III, p. 77;
(2) Ceci n'est pas clair : la faiblesse ni la nullité n'ont pas de passions, mais elles rendent les passions de celui qui est faible et nul plus dangereuses que celles, d'un homme fort. et violent. C'est probablenient ce qu'a voulu dire le comte ; tout en expliquant sa pensée , nous ne prétendons pas en garantir la justesse. Il est probable que dans la position dé M. de Meilhan , un homme violent qui aurait eu ^e^ goûts , ne se serait pas contenté de supplier madame "^^^ et de se jeter à ses genoux. < I '
taient : mais le comte ayant eu la préférence qu'il méritait en effet , parce qu'il était beaucoup plus jeune que l'intendant^ les confidences Tinrent 9 amenèrent les explications^ et M. Sénac fut convaincu de mensonge et de calomnie. Ici nous laissons parler M. de Tilly, sans lui permettre de tout dire.
cr Madame "^^^ m'avoua qu'elle avait reçu M. Sénac deux fois en tout bien tout honneur; qu'il l'avait persécutée pour des horreure qui l'avaient fait frémir; il 8*était jeté à ses ge* noux, lui avait offert tout ce qu'il possédait au
monde y pour prix de sa complaisance Elle
l'avait assuré qu'il la navrait de terreur, et que, s'il reparaissait chez elle , elle braverait toutes les conséquences, et ferait une déposition à la police. Depuis cette sale découverte, je m'éloignai de M. Sénac ; il y a une sorte de mépris qui défend de railler celui qui en est l'objet (i). »
Il est difficile de bien apprécier la véracité de M. de Tilly. C'était ce qu'on appelait un homme à bonnes fortunes. Si les gens de cette espèce , presque toujours fanfarons , avantageux, indiscrets , exagèrent le nombre de leurs bonnes fortunes, vantent outre mesure leur
(i) Ménfoires du comte de TiUj, t. III, p. 8i.
MÉMOIRES SËGRëTS. 320
mérite et lears succès, ils ne sont, du moins en général, ni méchants, ni calomniateurs* Pierre Alexandre de Tilly, d'une ancienne famille du Maine ^ fut page, à quinze ans, de la reine Marie-Antoinette. Une tournure élégante et une trés-'jolie figure le rendirent célèbre pendant quelques années. En sortant des pages, il eut la prétention d'être à la fois homme à \b. mode, homme dé lettres, çt même ce qu'on appelait alors homme de qualité yà/if pour parvenir aux emplois de la cour et de l'armée; il prit pour devise P honneur et P amour. Les actrices et les femmes entretenues ne donnèrent pas une grande idée de son amour, et ses créanciers n'eurent pas une grande confiance en son honneur; il eut des querelles avec eux, et le bruit qu'elles firent dans le monde, sembla autoriser MM. de Tilly-Blaru, à déclarer publiquement qu'Alexandre de Tilly n'était point de leur famille (i).
il émigra, passa en Amérique ,^ en revint^ habita Londres et différentes villes de l'Ailemagne; il se tuaàBruxelles en 1814^ étant âgé de cinquante ans. On ne sait point les motifs qui le portèrent à cette extrémité. On ignore
Il I 11 I ■ — --i - —
(i) Les Correspondances littéraires et secrètes de 1780 à 1788 font mention de ces particularités.
pareillement ceux pour lesquels il avait été excepté de la permission de rentrer en France accordée aux émigrés par le second sénatusconsulte du 6 floréal an x (avril 1803 ), qui l'exclut nommément.
Ces mémoires ont été publiés sous les yeux de sa sœur maden^oiselle de Tilly. On prétend qu'ils ont été retouchés : ce qui porterait à le croire y ce sont les inégalités qu'on remarque dans le style ^ très-remarquable dans certains chapitrés par l'élégance et l'élévation, et trèsordinaire dans quelques autres; mais les aventures galantes y sont trop multipliées , et les récits d'un intérêt général trop rares. Sous ce rapport ils ont. peu d'utilité , et ne peuvent servir à la connaissance des événements historiques. Nous voulons bien qu'un faiseur de mémoires ne s'oublie pas ^ mais nous ne voulons pas qu'il ne s'occupe que de lui.
Quelquefois on trouve dans les mémoires des leçons; mais elles sont perdues pour l'expérience, comme celles de l'histoire dont on ne profite pas. La guerre d'Espagne aurait-elle eu lieu si l'on se fût rappelé ce passage des Mémoires de (T Aubigné {i)l a Je sollicitai fort
(1) Mémoires de la vie de Théodore Agrippa d[Aubigné, etc. ; édition de 1731 , 1. 1 , p. i63.
MÉMOIRES SECRETS. ' , 33l
((mon maître (Henri' IV) de tourner vers « l'Espagne un rameau de ses desseins, pour i< l'assaillir dans le cœur , tandis qu'on assail- (( lirait de tous côtés ses autres membres. A^ « quoi ne voulut point entendre, fondé sur ce a vieux proverbe, qu'il me répétait sans cesse, « que qui va faible en Espagne y est battu , et « que qui va fort, y meurt de faim (i)« »
Ces mémoires , composés il y a plus de deux siècles, sont écrits avec hardiesse et franchise, et les grands n'y sont pas plus ménagés que ceux qui ont vu passer une révolution^ D'Au* bigné, ayant une discussion avec le duc d'Ë* pernoii, fort peu endurant de son naturel, lui dit : « Monsieur, nous sommes tous en France, » où les princes qui y sont nés dans la peau de « leur grandeur, ne peuvent s'en dépouiller c( sans l'écorcher ; mais sachez qu'on peut, sans « se blesaer, se dépouiller de sa grandeur, « quand on ne la possède que par acquêt (2). n
(1) Nous pouvons ajouter au proverbe , -et quijr va riche en revient avec des dettes. Le proverbe répété par Henri lY signifiait qu'il ne fallait jamais aller en Espagne pour y faire la guerre. Groit-on que si Napoléon n'y eût jamais mis le pied , ses affaires en eussent été plus mal ?
(2) Mémoires de d'Aubigné y t. I, p. 177.
C'était précisément le cas où se trouvait d'É- • pernoD.
De tous les mémoires modernes , ceux qui ont le plus la couleur locale, qui peignent le mieux les mœurs de l'époque , qui (si l'on peut se servir de cette expression ) sentent le mieiuc leur fruit f ce sont les mémoires de M. le comte de Ségur. En les lisant, on est comme transporté dans une cour aimable et voluptueuse, dans une atmosphère parfumée, d'une température douce et toujours égale , dans une sphère où l'on chante toujours sur la même note, où le diapason ne varie pas, où les passions sont désarmées, où règne enfin cette politesse qui enchante quand on la r^encontre, qui affadit quand on ne voit qu'elle. Cette réflexion n'est point une critique, et je me hâte de le dire. M. de Ségur, né, bercé, nourri, élevé dans cette atmosphère, a eii le bonheur ou plutôt le bon esprit de ne prendre et de ne conserver que ce qu'il y avait de bon et de louable. Il est peintre, et peintre fidèle avec du talent; et ce n'est pas sa faute si les objets offerts à son pinceau ont le même coloris; il eut manqué à la vérité historique en les animant, en leur donnant de l'énergie. Assez heureux pour en avoir, pour se garantir de la contagion, il a seulement le tort de dire du bien de tout le
MÉMOIUES SECHETS. 353
monde. Avec M. de Ségur on est aux antipodes de madame de Genlis. Sans doute on ne doit pas dire du mal de tout le monde et d'un chacun; mais c'est un inconvénient que d'en tou* jours dire dû bien. Ce bien ne peut se varier comme le mal ; il est monotone , tandis que le mal est inépuisable et chaud en couleurs; cela ne fait pas notre éloge, mais je ne suis que vrai. Je ne parle d'ailleurs , et j'aurais dû en prévenir, que d'une très-petite portion de ces mémoires. Quand l'historien sort de la cour et de la haute société, il a plus de vigueur et de nerf, particulièrement à ce qui touche à Y honneur ; vieux mot qui a conservé sa puissance magique, et l'exerce sur l'auteur qu'il anime alors d'une énergie remarquable. On peut se faire une idée de ces mémoires par le tableau suivant, d'après lequel on conviendra qu'ils sont tout ce qu'ils devaient être : « L'effet d'une longue cice vilisation était de donner à tous les esprits ((une uniforme ressemblance, au moins pour « le langage ou pour la forme. Dans nos brilu lantes sociétés surtout, par un mélange et « par un frottement continuel, les empreintes (( natives de chaque caractère s'effaçaient ; « comme tout était de mode, tout était sem- (( blable. Les opinions, les paroles se pliaient w sous le niveau de l'usage : langage , con-
c# duite, tout était de convention ^ et, siTinté- (r rieur différait, chacun au dehors prenait le r# même masque, le même ton et la même <r apparence. » M. de Ségur a toujours été d'une discrétion plus louable qu*imitéè par les faiseurs de mémoires. Il entrait dans le mondé au moment où de toutes parts on ressentait les effets des ouvrages de Voltaire , de Rousseau , des encyclopédistes ; même un grand nombre de jeunes seigneurs de la cour étaient accessibles aux nouvelles idées philosophiques. Placé au milieu d'eux, M. de Ségur décrit en ces termes le spectacle qu'offrait la société. « Jamais on ne vit plus de contraste dans les u opinions , dans les goûts et dans les mœurs. c< Galanterie, ambition, philosophie, tout était « entremêlé et confondu ; les prélats quittaient « leurs diocèses pour briguer des ministères; « les abbés faisaient des vers et des contes liw cencieux.
(c On parlait d'indépendance dans les camps, « de démocratie chez les nobles, de philoso- « phie dans les bals, et de morale dans^ les w boudoirs. Ce qu'on peut regretter, c'était au « milieu de ce conflit entre des opinions, des « systèmes, des goûts et des vœux si opposés , « une douceur, une tolérance dans la société,
ff qui en faisaient le charme (i). » On doit faire remarquer que Tépoque où l'on se livra généralement à la discussion des affaires publiques, fut la publication dix compte des Jinances ^ rendu par M. Necker; dés-lors on ne fit plus attention aux intrigues galantes.
Il y a des ouvrages historiques qui doivent être classés dans les mémoires , quoiqu'ils n'en portent pas le titre. Tel est celui qu'on vient de publier à Bruxelles ; il est intitulé : Conspiration pour V égalité f dite de Babeuf (2) , par Ph. Buonarottiy et mérite d'attirer notre at-tention. L'événement qu'elle rappelle, quoique presque entièrement oublié aujourd'hui , pouvait avoir sur nos destinées une grande influence , quand même le succès de la conspiration n'eût eu qu'une courte durée. L'objet et le but sont renfermés .dans l'épigraphe tirée des ouvrages de Diodore de Sicile , qui dit que les meilleures lois sont celles qui rendent les hommes probes et prudents, et non pas celles qui les font riches (3). Jamais principe n'a été moins perdu de vue dans un ouvrage par l'au-
(i) Mémoires ou Souvenirs, t. I, p. i65.
(2) Suivie du procès auquel elle donna lieu , des pièces justificatives , etc. ; a vol. in-8®, 1828.
(3) <t Eas enim optimas esse leges putandum est
teur, que ne Test celui-là dans les mémoires sur la conspiration Babeuf. C'est donc un plai-* doyer en faveur de ceux qui n*ont rien , contre ceux qui possèdent , en prouvant systématiquement à ces derniers qu'ils n'ont rien de inieux à faire que de se dépouiller. Il faudrait plus que la puissance du cardinal de Bouillon , qui y suivant le coadjuteur, avait plus que personne le talent de persuader aux gens que les fièvres quartes leur étaient bonnes.
Voici quelques détails qui nous ont été communiqués par un homme de lettres de Bruxelles qui devait être l'éditeur de ces mémoires, et qui ne l'a point été. « L'auteur de cet ouvrage singulier sous plus d'un rapport, nous écrit-il, désirait que l'éditeur n'y mit aucune note, et ne le Ht précéder d'aucun avertissement. De longs malheurs, une longue proscription , la vieillesse enfin , étaient autant de titres sacrés qui nous faisaient un devoir de respecter ses intentions; mais nous nous réservions le droit d'écrire sur son ouvrage. L'auteur, conséquent avec lui-même, étendit ce droit à celui de réfuter sa doctrine. Ce n'était
« quibus nondivites, sedhonestiprudenlesque, hommes «t fiant* (Diod. Sic. , lib. II. cap. 5).
MEMOIRES SECRETS. 55j
point notre projet. Nous voulions simplement attirer sur cette production remarquable l'attention qu'elle mérite, établir la position respective de ces nouveaux législateurs et celle de la société , au milieu de laquelle ils voulaient introduire une iréforme, aujourd'hui d'autant moins dangereuse que, lésant tous les intérêts dopiinauts, elle serait aussitôt étouffée par cette même société qu'elle prétendrait améliorer. — C'est une utopie , disions - nous à M. Bui)narotti. Ce mot déplut au vieillard et lui causa même une émotion que trahit la rougeur qui vint momentanément animer son visage. — w Pas tant utopie que vous croyez, à l'époque où il en fut question, répliquà-t-il , ' après un moment de silence. »
Cette observation me transporta sur-le-champ ' à l'époque désignée, c'est-à-dire de 1792, où? la conspiration de l'égalité commençait à se former, à 1796, où, découverte et poursuivie , elle fut livrée aux tribunaux. En me rappelant qu'alors les grandes propriétés étaient sous le séquestre, et que ceux qui jouissaient des leurs n'osaient paraître riches, pareè que c'était un crime de l'être; en passant en revue tous les actes de ce temps , je convins qu'il était possible que le gouvernement proposé ne fut pas aussi* imaginaire que je le supposais, et que les cii"-
338 KOvUVEAUX
constances pouvaient empêcher que ce ne fut une véritable u/o;?/^; mais aujourd'hui ce plan en a tous les caractères , toutes les conditions , et ce n*est plus qu'un rêve curieux à examiner, d'abord en lui-même , ensuite par la bonne foi de ces nouveaux législateurs , particulièrement Philippe Buonarottiy et par l'anathème prononcé contre eux depuis plus de trente ans; anathême qui a, pour ainsi dire, force de chose jugée •
La clarté de l'exposition de M. Buonarotti,
le, développement des principes sur lesquels est fondé son système, l'enchaînement des moyens combiné^ avec les divers intérêts, faciliteraient l'eixamen de ce système dont nous laissons le soin à d'autres, parce qu'il ne peut entrer dans notre cadre. Il nous reste à faire deux remarques : la première est relative à la bonne foi des cli^fs de cette conspiration, à en juger par leur historien, et par des circonstances bien connues de leur vie. M. Philippe Buonarotti est un vieillard d'une belle figure, de mœurs sévères, d'un extrême désintéressement, d'un caractère doux et tolérant, ajoutant à des connaissances profondes , des talents et de l'esprit. Il vit à Bruxelles du produit des leçons de musîque et d'itaUen qu'il donne, et il n'en donne que ce qu'il lui Paul pour vivre. Il ne gagnait riefi
MÉMOiBEs sechets. 55g
à son système y et il n'eut d'autre mol)ile que l'intime conviction qu'il avait du bonheur des hommes, qui , dans ses idées , devait en être le résultat : ce qui me parait être une erreur notable. Changer le peuple français en Spartiates qui mettent tout en commun, renoncent à toute propriété, travaillent pour vivre, etc., c'est un projet digne des Petites -Maisons, mais il n'en est pas moins étonnant de voir adopter un pareil projet par des gens qui ont de là fortune. Tel était le fameux marquis d'Antonelle, mort il y a peu d'années.
Mais un objet fait pour exciter une bien plus grande surprise , est le point de vue sous lequel est présenté constamment dans cet ou-^ vrage ce Robespierre , mort depuis trente-^sept ans, et dont il n'est plus permis de prononcer le nom sans une série d'imprécations (i); c'é^ tait , d'après M. fiuonarotti , l'homme le plus pur et le plus vertueux que possédât la France; L'auteur de la Conspiration Babeuf n^e$i pas le seul qui tienne ce langage; d'autres écrivains,
(i) Sa sœur, comme on sait, obtint, sur la cassette du roi de France , une pension de 6,000 fr. ; et, comme elle s'appelait mademoiselle Robespierre , Louis XYIII a eu le courage, pour en signer le brevet, de vaincre l'horreur que lui inspirait ce nom.
avec moins d'exagération cependant^ ont eissayé^ depuis plusieurs années, de réhabiliter en quelque sorte la mémoire de Robespierre (i). Quoiqu'il paraisse insensé de vouloir soumettre ce fameux démagogue à un nouveau jugement y c'est un point historique digne de tout notre intérêt , et qu'on doit hardiment aborder , parce qu'on ne prescrit point en histoire ^ et que la postérité renferme toujours un véritable tribunal de cassation qui a le droit de reviser tout procès.
Les recherches que. nous avons faites pour résoudre le problème relatif à Robespierre ^ et dont il est possible que nous rendions compte un jour, nous ont donné pour résultat qu'il est difficile de se former une idée bien nette de ce personnage y et qu'à moins dé révélations nouvelles, la postérité sera tout aussi embarrassée que nous.
On voit d'après cet exposé , imparfait sous tous les rapports y et très-^incomplet, combien les mémoires historiques y quand ils méritent véritablement ce nom , ont de l'attrait pour les lecteurs qui aiment à réfléchir sur les événements , à en connaître les causes et les ressorts,
( I ) Entre autres l'auteur de la Réfutation de F Histoire de Vabhé de Monlgaillard.
et surtout à découvrir la vérité. On publie en ce moment ceux du duc de Rovigo; d'autres sont annoncés : nous n'en laisserons passer aucun.
lO octobre. — Intervention du pape dans ^affaire des ordonnances. — Il était nécessaire de savoir si le saint-père approuvait la résistance que le clergé mettait à l'exécution des ordonnances du i6 juin. On avait plusieurs moyens de s'en assurer , mais il fallait éviter de faire expliquer le souverain pontife dans le cas où sa sainteté. blâmerait les ordonnances, et prévoir même les motifs qu'il pourrait avoir de ne point se laisser deviner.
On s'adressa d'abord à l'un des curés de Par i^ les plus distingués par ses connaissances , son esprit y sa conduite exemplaire , son usage du monde , et par sa tolérance : vertu sans laquelle les plus beaux dons perdent leur plus grand grand prix ; c'était M. l'abbé Galard , curé dé la Madeleine (i). ir réunissait toutes les qualités et les talents désirables pour une négociation importante et par son objet , et par lé mystère dont il fallait la couvrir jusqu'à ce que
(i) Nonuné depuis à l'évéché du Mans, il a refuse, préférant sa cure aux honneurs de l'epUcopat.
342 HOUVëADX
le succès eq fut assuré; mais M. Galard a refusé cette honorable mission.
On savait que M. Lasagni, conseiller à la ' cour de cassation , jadis auditeur de rote , avait eu des liaisons avec le cardinal Délia Genga (aujourd'hui Léon XII), et qu'étant personnellement connu du pape , il était plus propre qu'un autre à cette négociation; de plus, il est l'intime ami du garde des sceaux ^ M. le comte Portalis. Ce magistrat accepta , et partit pour Rome.
Fendant son voyage^ le ministère continua d'user de ménagements pour l'épiscopat^ et n'ajouta rien au timide article du Moniteur dontnous avons parlé. Les évêques crurent avoir gain de Ciause^ et dans leurs lettres pastorales, chacun fut plus ou moins véhément ou doucereux, suivant son caractère; mais aucun ne mit plus d'emportement que M. Clausel, évéque de Chartres, et frère du député de ce nom, dont la modération n'est pas la vertu favorite. Il assura qu'il ne trouvait dans l'histoire entière que les V^andales qiii aient su porter au vrai culte un coup pareil, à celui qu'il recevait des ordonnances, et que c'était cons-pirer contre la religion par la destruction du. sacerdoce. Il reconnaisss^it le type des ordonnances dif, 16 juin dans un édit d^Htméric.
Certes y MM. Portalis et Feutrier ne s'attendaient guère à voir paraître Hunéric en cette affaire y ni à s'entendre accuser de plagiat aux dépens d'Hunéric , dont le code n'est pas trèsfamilier^ je le suppose /à ces messieurs. Dans sa pieuse colère , le bon évéque laisse échapper une prétention épiscopale qui ne doit point passer inaperçue. Répondant au reproche du manque de confiance envers le roi , le prélat s'écrie : « Eh I pourquoi la monarchie ne se fierait-* elle pas aux és^éques , qui Vont faite ? » Ce mot n'a pas besoin de commentaire.
Cependant on n'avait point de nouvelles de M» Lasagniy et quand on en reçut ^ on ne les publia point. De là mille conjectures qui se détruisaient. Les uns disaient que le gouvernement avait eu tort de consulter la cour de Rome y et les autres^ que cette cour avait tort de garder le silence. Les .partisans des évéques auguraient bien de ces délais^ et déjà annonçaient que le souverain pontife apprôut^ît leur conduite. Cependaiit, comme ils n'étaient rien moins que sûrs de leur affaire , ils sentirent qu'il fallait prévoir le blâme et le prévenir. En conséquence, allant au devant, ils déclarèrent que le nonce ne' pouvait être cùnsîdéré que eomme un agent diplomatique ; que le corps épiscopal s'était trop avancé pour
reculer^ que ce serait avoir de sa dignité une idée bi^n injurieuse que d'imaginer qu'il pât jamais désavouer le langage qu'il avait tenu dans ses protestations.
La chancellerie romaine est renommée par sa concision , autant que par l'art d'éluder les difficultés. , Tout le Mémoire des évéques avait été laconiquement résumé en deux mots : non possumus (qu'il fallait traduire par non volumus); il paraissait impossible d'être plus concis, et cependant Léon XII y parvint : sa première réponse fut un seul mot, uidebimùs (i); de manière que le ministère, avec ses ordonnances, était placé entre le non possumus d'un côté, et le vidébimus de l'autre.
Ce t;/V/e^//7}u^ s'était fait attendre, et lé pape avait eu le temps d^ être court y aussi l'était -il suffîss^inment; mais il ne décidait rien, et c'était dontter |;ain de cause aux évéques que de
(.i) Cette réponse rappelle >la. gageare de Yoltaire et de Piron, qui s'étaient défiés à qui écrirait la lettre la plus concise. Piron se tint tranquille, se réservant la réplique :'on était maître du choix de la langue. Voltatre , prêt à partir pour la campagne , écrit à Piron tes niot^ : Eo ru^,' se croyant ccinain de* la TÎftoîre ; mai» l'auteur de la Métromanié' '\xk\ r^{K>ndit. sur-le^ champ par cetleJ^bti^^ , /* .
ne pas frapper d'un blâme apostolique Tinsurrection épiscopale. .
Le saint-pére fut moins long dans son examen qu'il ne l'avait été à répondre qu'il examinerait. Le cardinal Bernetti, secrétaire d'Etat ^ transmit la réponse de Léon XII y qui disait seulement qu'il fallait s'en rapporter à la piété du prince; sur quoi la Gazette de France ^ organe des 'évéques y fit ces réflexions : « Qu'y a-t*il de « changé dan^ la situation de cette affaire > en « admettant même qu'on doit déférer à la lettre a du cardinal Bernetti? Le pape, en faisant « répondre par son ministre qu'on pouvait s'en (c rapporter à la piété du roi /a par cela seul « adhéré au Mémoire des évéques; il n'a rien (( délibéré 1 rien résolu : il n'a fait qu'homolo- H guer le I^émoire. » . .
Il n'était guère possible de raisonner plus pitoyablement* Il faut avjouer cependant que la réponse d^ saint*pére n'est' qu'une politesse, et que la nécessité d'obéir aux ordonnanees^n'est qu'une induction. Le roi est pieux ^ il n'a pu rien fai.rç. qui; blessât la religion, donc vous devez lui obéir.
A propos de cet appel à Rome, l'abbé dé
Pradt a 4it quiB Fénejon: commit une fnule en
déférant.spn livre des. Moadmesdes ^kd^d^
jugeinent ^u pape,: p?ir<}e que. cette dématcHe
était contraire aux libertés de TÉglise gallicane. Il en est de même de l'appel du clergé pendant l'assemblée constituante; c'était un acte plus politique que religieux, parce qu'on allait chercher à Rome un ennemi de plus contre cette assemblée. On mettait en jeu ^ dît Fabbé, la grande machine dont on a tant abusé depuis.
c< Règle générale, ajoute-t-il : toutes les fois H que les partis en appellent à la religion, souci levez l'épiderme, et vous trouverez la poliii tique cachée dessous. Les évéques qui con- (< sultaient Rome en 1 790 avaient l'air de douter w de leur doctrine. En 1828, le ministère , en « requérant les bons offices de Rome, a eu l'air
«r de douter de son droit et de son autorité
f< Le recours à Rome n'était pas admis jadis, w et sous un gouvernement constitutionnel on tf ne balancerait pas à l'adopter! Qui invoque u autrui, fait aveti d'impuissance : qui s'ex- « p^e ïi tiû refus d'acquiescement en matière <i'gra:ve et de droit, commet une impruu deiicê. w ' '
Ces ^observations paraissent judicieuses; cependant il faudrait savoir si le ministère a réellemenl autorisé la démarche de M. Lasagni, sî et» i^iitorièant, il ne s'était p^i d'avance asstitédti résuleai; ettenfin s'il n'était pas obligé de faine cette cohcfessI(!]in. ScTppo^on'^ (et le ré-
sultat jusiifie celte hypolhèse) supposons que le ministère fût certain d'une réponse favorable et qu'il vit en même temps que cette réponse . contribuerait puissamment à lever les obstacles, el surtout qu'elle entraînerait tous <:eux qui sont de bonne foi , en détruisant tous leurs scrupules> devait-il renoncer à l'emploi de ce moyen? non certes. De plus^ la piété d'un auguste personnage lui en faisait un devoir^ Les virulentes déclamations de la Gazette ei de la Quotidienne pouvaient égarer cette piété en persuadant que la religion du prince avait été surprise. La réponse du saint-pére, en faisant voir le con* traire , a signalé tous ces déclamateurs comme des fanatiques ou des gens de mauvaise foi qui voulaient tromper. Le pape a répondu en homme d'esprit. Rapportez-vous-en à la piété du prmce\ a dit sa sainteté. L'abbé de Fradt Ait remarquer à cette occasion que cette piété était aussi grande avant qu'après les ordon^ nances; sans doute , mais tous ceux qui veulent toujours l'entremise du pape dans lèurs^ affaire» ne savaient pas si le saint-père avait une aussS^ haute idée de cette piété , et s'il la cfoyaitédatr rée; il fallait donc le leur apprendre. j^n. cela, ie ministère s'est conduit avec habileté; sa position âcait délicate ^ il ne pouvait se p^r^ mettre une démarche diplomatique et d'appa*-
rat y car il courait risque de tomber de Charybde en SjWa, ou ce qui est pis, de s'exposer à un danger plus grand que celui qu'il voulait éviter. Le ministère ne mérite donc point les reproches que lui fait Tarchevéque de Malines ^ puisqu'il a concilié les principes et les convenances avec l'emploi d'un moyen qui , parvenant à rendre le repos aux consciences timorées, prouvait son amour de la paix.
Les paroles, rapportez -- vous -en à la piété du prince y ne sont que le compendium de la réponse du pape. Sa sainteté a commencé par exprimer le chagrin que lui causaient les deux ordonnances et les dissensions qui paraissaient devoir en être le résultat; mais en même temps elle a dit qu'elles n'atta/juaient en rien le dogme, c'est le point essentiel. Ensuite elle a parlé de la piété du prince, et, après plusieurs circonlocutions ^ a prononcé les paroles en question , présientées comme sacramentelles.
QucMqup la déclaration de l'intégralité du dogme semblât devoir rassurer les gens méticuleux , cependant comme ce n'est point une décision formelle , ils restent dans leur incertitude. Le pape, par son langage, parait leur laisser la liberté de faire ce qu'ils voudront , conséquemment , de suivre les mouvements de leur conscience. Or, c'est cette conscience qu'il
MÉMOIHËS S£€AETS. 549
aurait fallu éclairer. Le choses restent donc à peu près in statu quô.
Il n'y a encore aujourd'hui que dix -huit évéques sur quatre-vingt-six qui aient donné leur adhésion; on en fait espérer soixante.
L'archevêque en promet, mais avec des protestations. Cet archevêque est, dit-on, le cardinal de Re(z, moins l'esprit et les talents; il est de toute justice d'ajouter, moins la laideur ^ car il est d'une figure agréable : c'est une manière bien détournée de dire que M* de Quélen est un factieux; mais comme la franchise de ce prélat ne lui permet que l'usage des périphrases, on s'en sert avec lui , c'est plus poli.
L'obéissance, accompagnée d'une protestation , vaut toujours mieux que le refus d'obéir. On pourra publier la première , et ne faire aucune mention de la seconde.
Outre les soixante ou soixante-quatre évêques récalcitrants, un grand nombre de chefs d'établissements refusent, ou donnent leur démission; on en compte quatre-vingts dans une partie de l'Anjou et de la Bretagne : avec Napoléon, c'eût été bientôt terminé !
On pense que la déclaration exigée , et qui fait toute la difficulté, aurait pu être d'autant plus évitée, qu'on s'attendait à ne l'obtenir qu'avec des restrictions jésuitiques.
55o - tïOUVEàUX'
L'embarras du ministère sera considérable; car le prince ^ voyant que le pape ne blâme point les refus , n'ordonne point d'obéir, n'osera peut-être pas prendre sur lui de blâmer ou de prescrire. En s'en rapportant a sa piété f le saint-père ne semble-t-il pas rendre ce sentiment responsable de l'événement? On espère cependant que sa majesté sentant que la di-* gnité royale serait compromise en laissant ses ordonnances à la disposition ô^un chacun y près* crira les mesures nécessaires pour leur exécution.
i5 octobre.— M. de Toulouse et son etiâmsi.
— La Gazette àvx 1 4 rapporte cette lettre de l'archevêque de Toulouse.
H La devise de ma famille qui lui fut donnée <c en II 20, par Calixte II, était ainsi : Etiam- <c si onmes, ego non.
« C'est celle de ma conscience.
c< Je suis avec la respectueuse considération a qu'on doit à un ministre du roi , etc. , etc. »
Cette lettre est adressée à M. Feutrier, ministre des affaires ecclésiastiques. La Gazette en loue l'énergique précision : nous, franchement, nous y trouvons une nouvelle preuve de cet antique orgueil reproché aux Clermont- Tonnerre.
MEMOIRES SECRETS. 55l
Malheureusement pour l'archevêque ^ l'a^ necdote n'est rien moins que certaine , et il ne cite pas d'une manière exacte. Nous allons rétablir le fait d'après une biographie non sus* pecte, c'est celle des frères Michaud. Voici donc ce qu*on lit, article Clbrmont (Sibaud de). Biographie universelle , t. IX , p. 88.
u Clermont (Sibaud de), que la maison de Clermont-Tonnerre regardé comme lauteur de son illustration, vivait au commencement du douzième siècle. On prétend qu'sLjSint chassé de Rome lantipape Bourdin, il remit sur le trône pontifical Calixte II, en Tannée 1119, et qu'en reconnaissance de ce service , Calixte accorda , par une bulle, à Sibaud de Clermont et à ses descendants, l'insigne privilège de porter dans leurs armes deux clefs en sautoir, d'avoir pour cimier la tiare pontificale, et pour devise : Etiamsi opportuerit mori tecum, non te negalimus (i), pu bien : Si omnes te negaverint^ ego non te negabo. Mais celte bulle n'est citée par aucun historien digne de foi; et c'est sans doute quelque généalogiste qui, pour établir
(i) Cette première version n'a point de rapport avec la circonstance ; la seconde est bien moins e'nergique que celle du cardinal , qui a d'autant plus eu le droit de la corriger, qu'aucune des deux n'était authentique.
cette prétendue concession lui a donné une date romaine (i). »
Rétablissons les faits : Bourdin , né en Limousin, étant parvenu à être archevêque , fut fait légat du pape Pascal II ^ auprès de Henri Y, pour traiter de la paix. Dans sa mission , il couronna cet empereur , qui le fit élire pape , quoiqu'il y en eût un. Ce pape prétendu écrivit aux princes chrétiens , qui refusèrent presque tous de le reconnaître. Calixte avant été élu , Bourdin se réfugia a Sutri, où Calixte le fit assiéger par une armée de Napolitains. Il leur fut livré. On le mit sur un chameau , tenant la queue au lieu de bride ; on le fit entrer à Rome dans cet équipage. Le peuple voulut le massacrer, mais Calixte s'y opposa , pour l'envoyer dans un monastère; d'où l'on voit que le pape ne fut pas remis sur le trône pontifical par un Clermont. La longue devise que l'archevêque a bien fait d'abréger suppose que Bourdin avait beaucoup de partisans ^ et qu'il était reconnu; ce qui est faux.
(i) La Bruyère s'est moqué, sous le nom de Brance,
dans ses Caractères , de l'orgueilleuse fatuité d'un
Clermont-Tonnerre. Le prétendu trait de Calixte est
rapporté en note, su\yi de ces mots, c'est une pure
fable. Voyez le chap. du Cœur.
MRMOIRES SECRETS. 553
L'illustration de cette famille e&t purement cléricale : de services à la patrie , point; à l'exceptioQ de celui qui ^ s'étaut distingue à la bataille deFontenoy, reçut de Louis XV le bâton de maréchal. Stanislas , membre de l'assemblée constituante y avait, au grand scandale de la famille, dégénéré de Torgueil héréditaire en exprimant plus de modestie, et en méritant une popularité qui ne pouvait être qu'une souillure pour cet auguste nom. Il a laissé des souvenirs honorables. Le plus renommé dans les fastes de la vanité est Tévêque de Noyon, qui ne voulut point se conformer à l'usage où les titulaires de ce siège épiscopal étaient de lire en, chaire la passion, le vendredi saint, et de faire une petite allocution sur les souffrances du Dieu fait homme. 11 donna pour motif de son refus que le fils de Marie n'était pas d'une assez bonne famille pour être loué par un Clermont-Tonnerre.
i6 octobre. — M. le marquis de Vaulchier. — M. le comte de Mallarme. — L'affaire des postes, c'est-à-dire de M. de Vaulchier, s'éclaircit. Le temps produit son effet, il amène les dénouements
Ces jours derniers, un comte Mallarme (i),
(i) Fils de madame Bonrnon-Mallarme , bien connue
chef du bureau du ^r; des lettres, a été surpris triant une lettre , et la glissant dans sa poche , où l'on en a trouvé^^ lorsqu^^n Ta fouillé, sept autres qui avaient pris cette direction. Hier M. Desmortiers, juge d'instruction, interrogea le comte Mallarme. Du comte il passa au^roarquis de Vaulchier, brave directeur qui ne voit que son affaire, et défend les ouvreurs ^ décacheteurs et cànjiscateurs de lettres et billets.
Le comte fut mis en sûreté. Voici ce qui arriva le même jour.
a Après l'arrestation de M. le comte de Malc< larme par monsieur le commissaire de police , « les lettres soustraites et retrouvées sur le pré- V venu sont restées entre les mains de monsieur « le directeur général. Comme leur remise <c était nécessaire , M. le procureur du roi w Billot et monsieur le juge d'instruction les « ont fait demander à M. de Vaulchier, qui a « cru devoir les refuser. Les deux magistrats, « forcés d^ se transporter eux-mêmes à là di- (c rection générale , y ont éprouvé une nouvelle « résistance, et se sont vus obligés de déclarer w à M. de Vaulchier que s'il persistait dans son
pour être de l'acade'mie des Arcades de Rome, qui serait inconnue sans elle.
rr refus y l'hôtel des postes allait être investi ce par la force légale , et que, perquisition serait « faite partout. Ce dernier s'est rendu à cette « sorte d'invitation judiciaire; il a restitué les (( lettres, mais en faisant consigner au prodès- « verbal qu'il agissait comme contraint et forcée
« Ce fonctionnaire a tâché d'excuser l'acte « de M. le comte Mallarmé, eu rejetant sa « faute sur un sentiment mal entendu de eui< riosité. Malheureusement pour le protecteur, w le protégé, dans l'interrogatoire qu'il a subi , u avait déjà reconnu que le but de la soustrac- « tion par lui commise avait été de toucher, « à son proGt, le montant des effets contenus (c dans les lettres détournées et placées à cette « intention dans sa poche de côté.
a M. de Yaulchier n'a pu retenir un a^veu ff bien naïf et tout- à- fait propre à donner, le i< secret de sa conduite. Il craignait surtout, cr a-t^il dit, que le libéralisme ne s'emparât i< de cette affaire pour la grossir et l'exploiter à « son profit... Nous rappellerons que les certic( ficats que M. de Yaulchier exige , même en ce matière de finances et de comptabilité, ne « sont pas des certificats de probité, mais des c< billets de confession (i), »
(i) ^Constitutionnel du 9 octobre.
Laissons là ,- j usqu'à nouvel ordre , le marquis de Vaulchier, et revenons à l'auteur innocent de ce scandale, c'est-à-dire au comte Mallarme. Le parti a fait publier que ce comte était un ancien employé, voulant insinuer par là qu'il n'était pas* de ses créatures; mais il n'a pas songé qu'on savait de notoriété publique que les anciens conservés ne l'avaient été qu'en donnant des gages, et qu'on doit bien plus compter sur un homme qui a de l'expérience, et qu'on tient par l'intérêt et l'honneur dont il a fait l'abandon. Le sieur Mallarme est entré en effet dans le mois de septembre i8o3 à l'administration des postes, comme trieur de lettres, et avec 900 francs de traitement : c'est moins que les garçons de bureau de divers ministères; aloi's il ne se comtisait pas. Il ne le fit qu'en t8i4» ^u pillage des titres ramenés par la restauration. M. Mallarme fut graduellement augmenté jusqu'en 18 10, qu'il fut porté à 1800 fr. En décembre i8i5, il sauta du grade de trieur de première classe à l'emploi de chef de la distribution, et en 1816, il reçut un traitement de 3400 fr. Son importance ne date que de la nouvelle organisation : il était à bonne école, celle de maître Franchet.
20 octobre. — Mémoires de Vidocq, — Les
MÉMOIRES 'secrets. 55j
Mémoires de Vidocq ont paru les premiers jours de ce mois (i). Successivement et depuis longtemps annoncés, démentis , ajournés, ils étaient attendus avec impatience par les amateurs du scandale ; avec crainte par ceux qui pouvaient en fournir la matière ; avec modération par les gens qui ne se pressent pas de juger, et qui savent tirer parti du fumier d'Ennius.
Vidocq est un des exemples les plus frappants de rimperfection de la justice humaine. Mis en prison pour querelle, il y est condamné pour un crime de faux qu'il n'a point commis, et qui, quand il en aurai tété coupable, méritait d'être distingué des autres crimes de ce genre, puisque le but était de favoriser l'évasion d'un détenu. Ce n'est pas Vidocq que nous croyona, mais le témoignage du procureur général près la cour de justice criminelle du département du Nord, et l'arrêt de condamnation; deux pièces rapportées dans ses mémoires et qui ne peuvent guère être arguées de faux.
Ainsi voilà un homme qui ne méritait qu'une peine correctionnelle, condamné, pour un crime dont il est innocent, à huit années de galères l RobuBte, adroit, leste, brave, intelligent, il
(i) Journal de la Librairie du 4 octobre.
se met bientôt au pair avec rinfâme société où le sort Ta jeté, et s'y distingue de manière à pouvoir en élre regardé comme le chef. Son idée fixe était d^en sortir; il y réussit,' s'évade du bagne de Brest, est repris, transporté à celui de Toulon, dont il se sauve ; et jusqu'à ce qu'il devienne agent de police, , partage ainsi sa vie entre la prison et la liberté, sans cesse occupé d'évasion ou de déguisements; sans cesse en proie au désir de recouvrer cette liberté, dont il ne pouvait jouir quand il se l'était Vendue, et aux tourments que lui caur sait le soin qu'il prenait pour la conserver tout imparfaite qu'elle était. Dans ces intervalles quelquefois assez longs, il était obligé, préciséiAent par les précautions qu'il prenait, de voir tantôt une société qui ne valait guère mieux que celle qu'il fuyait; tantôt des échappés comme lui du bagne, que les mêmes précautions conduisaient dans le même asile.
Il n'est pas besoin de dire qu'en lisant ces mémoires, on se trouve toujours en fort mauvaise compagnie ; mais on y consent , puisque l'on sait que c'est l'histoire d'un galérien, agent de police , qui raconte les moyens dont il se sert pour faire capturer les voleurs et les assassins, vivant avec eux et se faisant leur complice pour mieux réussir. Un honnête homme, d'à-
MÉMOIRES SECRETS. SSq
près ridée qu'on attache à ce mot , ne ferait pas un pareil métier, et cependant Yidocq se croit un honnête homme.
C'est lui qui nous dit ou nous fait dire (i) i< que le plus grand fléau des sociétés est (f l'homme qui provoque. Quand il n'y a point (f de provocateurs , ce sont les forts qui cornif mettent les crimes , parce que ce ne sont que (c les forts qui les conçoivent. Des êtres faibles u sont entraînés..... En police, il vaut mieux ne a pas faire d'affaires que d'en créer. »
C'est encore lui qui avoue « qu'il n'espérait ce pas rendre honorable la qualité d^ agent secret^ (c mais qu'il se flattait d'en remplir les fonctions « avec honneur. »
En efi^et, «comme il faut pour réussir en toutes choses un peu d'enthousiasme, » il en eut pour lesdites fonctions; cq qui prouve qu'il y a des grâces d^état dans tous les états.
Cette première livraison, composée de deux volumes, laisse Yidocq au moment où, placé à la tête de la brigade de sûreté^ il se propose de rendre compte de ses captures et des moyens
(i) Vidocq se plaint amèrement de son libraire, qui a fait corriger son style pendant qu'il était malade; maïs il annonce qu'il ne souffrira pas qu'on touche à la suite )ie son manuscrit. Il a raison.
56o rrOU VEAUX
qu'il employa pour les faire. Nous aurons donc occasion de parler de lui.
^4 octobre. — Du Messager des Chambres.
-^ On conçoit le système d'un journal ministériel ^ et dans quel but on établit une entreprise de ce genre; il est rare qu'on atteigne ce but, mais enfin il est bon de se le proposer. On ne convainc ou Ton ne persuade que ceux à qui Ton n'avait pas besoin de dire un mot pour les persuader ou les convaincre; il faut, pour produire cet effet, une plume exercée, un coup d'œil sûr et prompt , du talent et de Vâme. A défaut de tout cela , on peut avoir de l'esprit , de l'humeur, on plait sans convaincre. Je ne sais par quelle fatalité» toutes les fois qu'on écrit pour le pouvoir, on est terne, pâle, flasque et plat. Identifiez ce pouvoir avec les principes ( seul problème à résoudre), vous deviendrez sublime.
L'histoire des tripotages du dernier ministère , considéré dans ses rapports avec les journaux qu'il acheta, morcela, avilit, annula, serait fort curieuse, et je ne désespère pas de l'offrir un jour. Ce n'est pas que je tienne les comptas de M. **♦ vendu et toujours à vendre quoique vendu. Cette particularité le distingue des choses vénales de ce monde qui appar-
MÉMOIRES SECRETS. 36l
tiennent ordinairement à ceux qui lesr ont payées; mais je possède quelques matériaux qui ont leur prix. Ce ministère avait, comme on sait, plusieurs journaux à lui : les uns en sont morts; les autres allaient en mourir quand leurs patrons ont vidé les lieux, ce qui les a sauvés; il lui en restait un seul; il devint opposant de ministériel qu'il était; il eut de l'esprit en vingt-quatre heures, tant l'opposition est puissante d'abord; mais il n'en eut pas longtemps, parce que bientôt elle se mit dans son tort.
Four qu'un journal ministériel soit passable et bon , il faut qu'il ait pour base la franchise et le droit.
. Ces réflexions mènent naturellement au Messager des Chambres , qui , pendant six mois , a été le plus remarquable de tous les journaux de ce genre , par sa nullité et par l'absence de tout ce qui peut concourir au succès d'une pareille enti'eprise; il n'en pouvait être autrement , en voici les raisons.
Un ministère qui veut avoir un journal à sa disposition doit trouver une place dans un des journaux les plus accrédités , ou s'il en veut créer un, s'y réserver une place et laisser les autres, c'est-à-dire la partie qu'il n'occupe point , entièrement indépendante de son in~
fluence ^ il doit encore en confier la direction à un homme capable, dont il soit sûr, qui ait du tact, du goût, du talent même au besoin , qui sente les nécessités de Tépoque, et qui se connaisse en hommes. Ce directeur saura trouver ce qu'il faut et d autant mieux qu'il aura intérêt à le trouver.
Aucune de ces conditions ne fut remplie. Le ministère donna des fonds en abondance, et laissa M. de Martignac, que celte affaire concernait plus particulièrement, maître absolu. Ce ministre, à son tour, ne s'en mêla point; il ne sentit pas qu'il valait cent fois mieux ne pas avoir de journal que d'en faire un mauvais.
On alla prendre un directeur parmi les collaborateurs d'un journal hargneux , qui cherche toujours à n'être de l'avis de personne , et y réussit toujours. L'idée de prendre son sou*r tien dans le camp ennemi était tellement déraisonnable, qu'on a cru qu'elle avait été imposée à M. de.Martignac. Quoiqu'il en soit, il choisit M. Capefigue, l'un des collaborateurs de la Quotidienne, et M. de Malitourne. Je ne sais trop cependant si celui-ci ne fut pas choisi par le premier. Toujours est-îl que chacun de ces deux personnages se fait donner par mois deux mille francs, ce qui fait vingt-quatre mille francs par an : traitement bien au-dessus
de celui de conseiller d'Etat, de conseiller dans les cours de cassation, royales, des comptes, de préfets de 3« et 4* classes, de colonel, de lieutenant général, de gouverneur, d'évêque enfin. Pour ces vingt*quaire mille francs fixes et liquides, l'un d'eux regarde d'où vient le vent, l'autre s^en rapporte. Si l'envie de quelque élucubration leur vient fortuiteûient et qu'elle soit suivie d'un commencement d'éxé* cution^ les fonds consacrés à la rédaction .doivent y pourvoir. C'est un article à part. Les deux mille francs par mois sont indépejidants , indemnes de toute espèce d'impôts , retenues, etc. L'intention même est payée, et c'est là qu'elle est réputée pour le fait. Il y a onze ou douze actions , partagées entre plusieurs employés et les deux titulaires des vingt-quatre mille francs. M. de Lancy, chef de la division, en a sa part. J'ignore la quotité.
€es détails littéralement exacts (i) expli*
(i) Nous avons acquis les preuves des faits que nous venons de rapporter , mais nous ne pouvons les donner. D'ailleurs, toutes les pièces d^une coiiiptabilité qui n'a d'autres contrôleurs que les copartageants y ressemblent au jeu de cartes d'un escamoteur. C'est toujours celle qu'on cherche et qu'on palpe qui passe dans sa manche.
quent la rédaclion du Messager, ainsi que le nombre des abonnements. Au i""' octobre^ on tirait à deux mille cinq cents. Je n'ai pu Savoir le montant des gratis ; mais si Yoà songe au nombre des fonctionnaires et employés dans les départements qui se croient obligés (vu la dépendance où ils sont du ministère) de s abonner au journal ministériel , on conviendra que le rapport est bien au--dessous de celui qui avait lieu sous le dernier ministère. Cette remarque est toute à l'avantage du ministère actuel , puisqu'elle prouve qu'il renonce à toute influence menaçante; mais aussi doit-il convenir à son tour qu'il aurait pu faire un meilleur emploi du demi - million qu'il a donné pour cette œuvre f ou rendre le résultat meilleur (i). Ce qu'il y a de plaisant , c'est que monsieur le ministre ne sait pas un mot de tout cela, et que nous aurions probablement l'bonneur de le lui apprendre ou de l'en informer indirectement.
(i) Noas repétons que tous ces détails étaient exacts au 1*' octobre , et même nous pouvons assurer que cet état de choses a duré jusque dans le mois de décembre ; mais alors y un homme connu par ses talents administratifs et la fermeté de son caractère , s'est emparé du Messager j et certes , s'il y tolère des abus, c'est qu'il n'est pas le plus fort.
si le hasard mettait sous ses yeux ces observa* tions. Dii reste on n'en boit que mieux à sa santé ; et si cette santé n'est pas des plus robustes^ ce n'est pas faute de toasts; il y aurait de l'ingratiltide à lui de n'y répondre que par des verres d'eau.
25 octobre. — Madame , ducliesse de Berrj.
— Madame la duchesse de Berry, qui réunit les qualités et les goûts que les Français aiment à trouver dans leurs princes, a fait, dans la Vendée et dans le midi de la France , un voyage de plusieurs mois, et dont tous les journaux ont rendu compte. Son altesse a fréquenté les bals et les spectacles; elle a pris part aux plaisirs que l'on s'est empressé de lui offrir; mais il est des gens qui tirent parti de tou t , et qui déna turent les faits les plus évidents ; ils ont prétendu que cette princesse était de l'opposition , à la tète de laquelle se montrait le prince Castelcicala , si célèbre par %otk papier russe (i) ; que l'envoi considérable de poudres
(i) De tous les genres d'opposition , dans un état, le plus illégal, le plus honteux, le moins excusable, est Yopposition étr€mghre. Un parti de nationaux , quelque exagéré qu*il puisse être, peut être supposé croyant agir dans les intérêts du pays ; mais un parti à la tête
266 ^OUYEAUX 4
dans la Vendée 1 qui avait précédé ie voyage de la princesse y n'était pas étranger au but de ce voyage. Son altesse royale serait bien mal conseillée si, renonçant à la popularité qu'elle s'est acquise, elle s'immisçait gratuitement dans des intrigues politiques qui , dans la situation actuelle des affaires, n'auraient aucun résultat. Elle nous semble avoir adopté le plus beau rôle qu'elle puisse jouer, celui que lui indique sa haute position :, secourir les malheureux, concilier les inimitiés, protéger les arts, voilà ce qui convient à une grande princesse , et telle çst la conduite que madame la duchesse de Berry semble s'être tracée. La reconnaissance publique lui en saura plus de gré que de toutes ces combinaisons auxquelles les courtisans voudraient l'associer. Nous allons rapporter, par extrait, un fait raconté par Je Courrier français du 9 octobre, et nous n'abandonnons point notre opinion, malgré ce qu'on va lire.
cr Xàindicateur de Bordeaux raconte , dans les termes suivants, une anecdote qui lui a été envoyée du chef- lieu d'un département voisin, traversé le mois dernier (septembre)
Juquel seraient des étrangers ne peut vouloir le bien de ce pays ; et tous les nationaux qui se mettraient de c« parti seraient des traîtres.
* MÉMOIRES SECllETS. 36^
par S. A. R. Madame, duchesse de Berry :
(( Notre spirituel correspondant, à la suite w d'une peinture fort piquante des désappointe- « nients oecasionés parle refus que fit S. Â.R. « d'assister à un bal qu'on lui avait préparé, « ajoute : Le lendemain cela fut une affaire. On « avait emprunté de la préfecture, à Tune de i< nos dames, sa jolie toilette pour le service de « S. A., et elle s'en était servie. Quand on la «rend à la propriétaire, celle-ci veut l'ouvrir (c pour y mettre ses pommades, etc. , elle y voit (f un papier. Un papier de son altesse!... Il a fut bientôt ouvert. C'était une note sur le ff département, et sur laquelle étaient'les noms (c des préfets, sous-préfets et maires princi*u paux. Un seul de ces personnages avait une « épithéte; c'était le préfet, et l'épithète était <f celle-ci : faible. Ensuite venaient, comme i< personnages à distinguer^ huit de nos meili< leurs gentilshommes. La note finissait par l'ace linéa suivant que je copie mot à mot :
« Le département de a montré beaucoup
w de-dévouement en i8r5; il a fourni beaucoup c< de volontaires royaux ; il semblerait utile de c< témoigner de la reconnaissance des services H qu^ ont, rendus ces messieurs à MM. d^Et.^., « père etfUsy et à M. le baron de T.., y par qui K tous en seront instruits, w
u Cette note fut communiquée ^ et dans les M vîngt-quatre heures plus de cent copies en (c furent distribuées. Le préfet le sut; il Gt i< demander l'original , et , comme la dame (c refusa de le donner au premier émissaire qui> a à ses yeux , n'avait pas suffisamment le caracrc tére officiel , on lui dépêcha un conseiller de « préfecture. Alors elle s'exécuta, et le préfet « a pu lire de ses propres yeux la trés-gra- K cieuse épithéte A^ faible accolée à son nom w par les fournisseurs de notes secrètes. »
Après avoir rapporté celle anecdote curieuse, le rédacteur du Courrier français ajoute les réflexions suivantes : «Nous nous ré- (c jouissons de croire que l'anecdote rapportée ff dans cette lettre, tout authentique qu'elle « est pour nous , le serait fort peu sans doute i< pour S. A. R. , si elle lui parvenait. EUe s'é- «f tonnerait, avec juste raison, d'avoir été encf tourée à son insu de ces complaisants de i8i5, « qui s'obstinent à parquer en cathégories la cr grande famille française, où nos princes ne « veulent et ne peuvent voir que des citoyens (f également fidèles et dévoués ; elle s'affligerait ce que dans un voyage qui ne fut pour S. A. R. H qu'une suite de fêtes, qu'un concert unanime « d'acclamations, on ait pu lancer à sa suite ir ces espions chamarrés, ces brouillons d'anti-
MÉMOIRES SECRETS. 56c)
H chambre., dont Finepte suffisance égale l'art veuglement. »
Nous partageons la joie du publiciste; toutefois , nous devons dire que d'autres efforts non moins infructueux ont été tentés, que l'oix a essayé de nouveau Ijcsystème des notes, que l'on a prétendu en organiser un rapport complet , que Ton a eu l'idée de ressusciter ces célèbres cathégories de i8i5, et ces listes d'épuration-, source effrayante des discordes civiles. Que le blâme en retombe sur leurs auteurs, mais qu'il,s ne perdent pas de vue que nous les connaissons,, que nous les suivons de l'œil , et que s'ils ne s'amendent pas , nous 'pourrons .bien en faire justice, et du moins nous au^ns. cet ayan^ag^ sur eux, d'attaqueff nos ennemis à visage découvert. Madame la duchesse de Berry se montrant aux spectacles de Paris, se livrant, à Dieppe, au bonheur de vivre au milieu -des Français, de leur parler , en partageant; Içurs plaisirs et leur joie , donne un éclatant démenti à ces hommes qui voudraient pi^ofiter de.lair influence au profit d'une ambition niaise, sinon criminelle. ^ .
I*' novembre. — Les martyrs delà Quoti^ dienne. — Le 12 novembre la Gazette et la Quotidieime oot jeté feu. et flamme., Toutçs.,l.e3
5^o waovEAux
deux se sont fait remarquer par leur mauvaide foi ; plus encore la première que la seconde ; mais celle-ci s'est rendue ridicule par sa prétention au martyre. Rien n'était aussi comique que ses doléances^ si ce n'est la manière dont on le» 'Hdigeaii ; car lé sentiment qu'elles supposent n'existe pas; on les mettait au concoure (^i). De jeunes rédacteurs / qui i}waient du martjre^ se raïrgeàtènt autour d'une table, causant de l^éffet produit par l'article de ta veille , et riant Àvtx dépens de qui il appartenait. Puis, dans 'lin moment de répit, l'un d'eux s'écriait : «r Qui de vous se ^ènt en train aujourd'hui de faire du martyre? — Moi, disait M. J..« nM)ï, moi. » Fluriéurs' se mettaient à la besogtoe., et les
plus pitéuëes doléances étaient, comme de ràisort, accueillies par de grands édais de rire et définitivement adoptées.
Cle qui pèuvàrit être plus sérieux, ce qui ne le fut guère, grâce à l'époque, ce fut le manifeste dés éVêques, fait, en grande partie, par M;de<^ïélen, archevêque de Paris, et signé par M. de Glermont^Tonnerre , archevêque de Toulouse. Le premier nia sa coopération; le
(i)^On peut garantir ces particularite's qui nous ont ëtë' données par un transfuge ennuyé de faire du martyre {expces^xstx technique de ces meésieurs).
MÉMOIBES SECRETS. 3^1
second avoua un travail auquel il ét£^it étrauser. Dans ce manifeste est le non possumus, €^lçu|^ pour l'effet. C'était du romantique sacré.
Le roi comprit qu'il fallait que ses Qi^ckpi^r nances fussent exécutées , let recommanda, c^eu-» lement qu'on traitât avec égard le clergé opposant. M. dèLatil, archevéquède Reims , écrivit une lettre dans ce sens à ses suffragants (r)r
L'archevêque de Paris vit qu'il avait foit un pas de clerc. Combattu , vaincu dans tous ses arguments, il répétait avec une naïveté plai-^ santé : i< Mais que voulez-^vous que nous fassions <i de noire non possumus . » Dans le fait , il était difficile de le conserver avec une capitulation.
La lettre de M. de Latil fit et devait faire le meilleur effet. En France on attribue beaucoup de pouvoir au confesseur du roi , et l'on croit généralement que celui de Charles X est M. de Latil. C'est une erreur. S* -M. a choisi un prêtre d'un maintien austère , et dans une position indépendante^ qui probablement a le bon esprit de se renfermer dans ison .emploi; nouS'dispiiis probablement^ parce que uous ii'a*
(i) La Gazette eut la mauvaise foi de l'insérer (7 octobre) avec des réflexions qui, n'étant .pas séparées de la lettre, avaient l'air d'en être la eoatknudl^n. *è^ manière que le prélat se réfictait liti««>mpni€> /.
Sya KODVEAOX
vous point encore assez de renseignements pour rien assurer de positif. L'erreur où Ton est augmenta l'importance de la lettre de M. de LaCil , et d'autant plus que le ton et le langage du prélat contrastaient avec sa véhémence ordinaire.
2 novembre. — Le secrétaire du minisire des affaires ecclésiasticiues. —M. Feutrier vient d'appeler auprès de lui , en qualité de secrétaire, M. l'abbé Busson. Ce choix a paru d'autant plus singulier^ que cet ecclésiastique est d'une congrégation. De plus, il se mêle de ces pieuses intrigues qui plaisent taut à nos bons pères. En voici une preuve que le hasard a fait tomber en nos mains. C'est une lettre trouvée dans la rue du Bac, en .1827 .
Elle est adressée à M. (i) r abbé Busson ^ directeur du séminaire des missions étrangères, rue du B^c , 1 20.
Ce lundi ( sans autre date ).
«J'avais besoin de vous parler, monsieur; K Dieu n'a pas voulu que j'en trouve rinstant(2). ti Voyez le tourbillon qui m'attend : demain
(1) M. est écrit de cette manière, c'est-à-dire eu abrégé , ce qui suppose une certaine familiarité , ou plutôt que la personne était pressée.
(2) Dieu toujours mis en a vaut!
MÉMOIBES SECRETS. / 373
ff séance royale, soirée mercredi , ma quête (i). Il un concert et un bal. C'est madame Franche! K qui m'y mène. La sécurité de sa très-pieuse (( protection s'est jointe à mon envie de sauter ce avec la juste mesure, et en fort honorable (f compagnie ; mais il faut que je vous le dise, en a vous demandant de prier que le sentiment de (f la présence de Dieu me préserve de toute dis-» f( sipation (2) ; que je sache que vous pensez à If moi ! Ne parlez pas de ce billet chez mai (3); (( mais croyez que vous rendre compte de mes K actions , c'est un devoir aussi nécessaire que « doux. Je voulais vous le di re d'avance, par scrui< pulc (4), quoique sûrement je ne croie pas vaa loir mieux que la R. J. (5), LesSorg^es, et cette
(i) Ce mot fait supposer que cette lettre est. d'^xl(Ç
{einme.
(2l) Pourquoi y aller? pourquoi ne pas résister i Yenifie de sauter? Comment , en contentant cette envie, peut-on se préserver de toute dissipation?
(3) Ces deux mots chez moi sont soulignés^ Une demoiselle ne dit pas chez moi; c'est donc une feinue mariée : elle ne veut pas que son maû sache qu'elle écrit à son confesseur ; il y a donc du. mal d'écrire à son confesseur? y ep a-t-il à le cacher?
(4) Ces deux mois ^ par scrupule , sont en interligne.
(5) La R..J*-> On présume que ces deux lettres initiales signifient Rochejaquelein^
f< parfaite madame F. (i)y et feu sainte Ëmilyl Ce <r ^etiliitj^nteropéeliera trop d'entraînement. »
i< Hommage , dévouement. »
(Sans signature. )
D'après les notes mises à cette lettre , il est évident que celle qui l'écrivit est une jeune femme; qu'elle ne voulait point qu'on sût chez elle qu'elle correspondait avec M. l'abbé Bus* son; que cet ecclésiastique exerçait un grand epnpire sur elle; que cet empire était ignoré de son mari; enfin qu'elle regardait comme un devoir bien doux de lui rendre compte de ses fictions.
Ainsi voilà un prêtre qui attire à lui une partie , et la plus vive des affections d'une jeune femme; qui occupe son cœur et ses pensées; qui non*seuIement altère ta confiance qu'elle doit avoir en son mari, mais l'autorise à avoir des secrets pour lui ! Enfin qui oppose à ce tendre intérêt qui doit dominer tout autre dans UQe mère de famille , et être la base de son botthéur, un intérêt plus vif, parce que l'imagination, le mystère et la religion sont mis en jeu. Tout ce manège ne constitue-t-il pas ce que M. de Montlosier appelle Vesprit-prêtre ^
■■ «^ M ■■ ■■> mm ■ ■ ■ ! >
(i) C'est la parfaite madatne Fraticliet.
MEMOIRES SEGHETS» 375
et pour œux qui demandaient la définition de ce mot 9 la lettre qu'on vient de lire n'en estelle pas la démonstration la plus claire ?
I o noi^eoibre. — Mémoires du duc de Ro^igOm — Cônnaissez-Tous un petit Jioçame fort gentil , fort agréable y fort qor^tent de lui, qui chante, et dont ^ tété dépasse à peine celle de la personne assise, au pilsino pour raccompagner, tandis qu'il; est debout, s^e balançant, souriant, fredonnant, caresjsant sa cravate mise très-proprement, et,parcoura,nt d^un regard satisfait toute l^honorabh assistance? C'est un libraire. £ntre&-¥ous dans son hptel, voua trouvez assis dans son bureau uq personnage grotesque y coiffé d'une sorte de turban , le cou découvert, affublé d'une robe qui ressemble au cafetan y, emboîté idahs un Êuffeau qui dé^ robe la moitié de spa corps , . de. manière qu^ comme il ne se lève jamais^ vous ne save? pas s'il a des i>abouchea^ pour reildre. le cdstum^ cosnplet. C'est le/ais^ur, le metl^ur ep oeuvre du libraire; il çst à Iiti seul jtejis^ie^ coi^tjemporains et cositemporaines de notre. époque% Ja^ mais on ne s'est. moqué du pubJio avec plus d'aisance qiie ne ie 'font: ces deiix personnages^; tous les deux sont élirangersaux mémoiresd^due de Rovigo,^ dont la ipremîère livraison a paru à
pea près dans le même temps que M. Ladvocat achevait de malitourner la dernière de cette éternelle contemporaine qui quête des aventures , et se joue à bon droit de notre crédulité. ' Les nrémoires du duc de Rovigo sont une autre affaire : ils forment huit volumes; c'est à peu près la publication la plus intéressante^ sous te rapport historique ^ qui ait été faite dans le courant de cette année. Ils ont fait du bien à la réputation du duc; ils resteront malgré les réclamations de MM. de Villoutreys, Tourton, Donnadieu, Âugu&te de Talléyrand, Tromraelin, et les réfutations du général Keller« Mann et de M. Année. Ce dernier attaque bénévolement le duc de Rovigo , qui ne parle pas de lui dans ses mémoires. Quand on songe que, sur plusieurs centaines de personnages . qu'il met en scène dans ses huit volumes^ de compte fait y six ou huit réclament ^ et que les autres se tàiisent , on est bien forcé de convenir qu'il y a peu d'erreurs dans cet ouvrage. L'auteur se montre à nu dans sa préface ^> et il est beaucoup mieux qu^ou n'aut^ait cru. Il prend la pîlume pour fa,ire connaître Napoléon , poor se mon-^ il'er lui-même tçl qu'il çst. Pendant son exil , beaucoup de' gens se sont justifiés à; ses dépens, tra cru que c'était asse^rleur répondre que de raconter le» choses telles (pi'elles s'étaient pas.»
MÉMOIRES SECRETS. Syj
séës. Il n*a pas tout dit; et je m'abonnerais vo* lontiers à faire l'échange de ce qu'il raconte contre ce qu'il tait. Quelque intéressantes que soient ses confidences , elles le sont moins que celles qu'il a mises en réserve. Si l'honneur et la délicatesse doivent lui savoir gré de sa modé-ratiôn et de sa générosité, la curiosité est de moins facile composition, parce que naturellement exigeante, elle devient insatiable à mesure qu'on tache de la rassasier; et plus elle apprend de particularités piquantes, plus elle en veut savoir. Si elle demande encore quelque chose au duc de Rovigo , an moins lui doit-elle quelque reconnaissance pour ce qu'il a fait pour elle dans ses mémoires.
M. Année, dans un petit opuscule, s'acharne moins après le duc que contre Napoléon, qu'il présente comme un empoisonneur, un buveur de sang qui écrivait ces mots, dont je voudrais voir la lettre autographe : Coupez six têtes par jour y et riez toujours. Cela, rappelle l'anecdote d'une marquise Fou rnier qui débitait avec feu sur Napoléon des horreurs dignes de Barbe- Bleue y et que leur invraisemblance et les grimaces de l'historienne rendaient très-comiques. Elle terminait toujours ses récits par ces mots : i< Figurez-vous que le misérable, le monstre, (( pour entretenir sa santé, était obligé déboire
fc à jeun UD verre de sang... humain ! Otti , du u sang humain (i) ! »
On prétend que M» Année a déterré un ma-* meluck. qui assure que Napoléon a fait étrangler Pichegru , et que ledit roameluck en est d'autant plu8 certain , qu'il a servi de bourreau. II n'y a qu^une chose à répondre , c'est qu'il était du plus grand intérêt de Bonaparte de faire le procès à un général qui recevait de l'aident pour se faire battre^ et qui vendait ainsi le sang français; il était de toute justice tle donner à de pareils actes la plus grande publicité. L'intérêt véritable de Pichegru dans cette affaire était que sa mort précédât le procès. Le point de vue est changé depuis cette époque : il est tout simple de ne pas abandonner la mémoire de celui qui a fait tant de sacriGces^ y compris celui de l'honneur; mais il faut toujours que tôt 011 tard la vérité ait son tour ; elle arrive quelquefois bien lentement^ mais elle arrive; c'est une nécessité., et les mémoires de Fauché- Borel (:i) ne la feront pas rétrograder; elle a pris position.
(i) Mémorial de S ainte^Hélene, (2) Us n'ont pas encore paru. L'auteuf est un grand défenseur de Picfaegm.
Non- ignara mali , miseris suecumre diseo»
MÉMOIRES SECRETS. 57g
Il y a eu dans la Quotidienne du 3o octobre un vrai défi de matador fait par un Espagnol qui , après avoir gourmande le duc de Piovigo du langage qu'il tient sur Ferdinand , lui jette le gant, et l'assigne chevaleresquement en réparation d'injures y à comparaître armé de pied en cap au champ du combat. Il y a un peu loin de Cadix ^ d'où la lettre est datée , à Paris , où demeure le duc. Le fier Hidalgo a fort à faire s"il veut se mesurer avec tous ceux qui partagent , sur le compte de son seigneur et maitre^ l'opinion de M. de Rovigo; aussi n*a*t-on vu dans ce défi que l'intention d'obtenir du roi de toutes les Espagnes quelque faveur.
M» de Villoutreys , connu par le rôle qu'il avait joué en 1808 dans la honteuse capitulation de Baylen, où Ton vit une armée française ren- V dre les armes à une armée espagnole inférieure en nombre, est fort maltraité dans les mémoires du duc de Rovigo ; c'est-à-dire que celui-ci a purement et simplement raconté les exploits de cet officier, qui consistaient à être allé chercher l'armée de Castanos pour motis^er la capitulation de l'armée française; à avoir préféré une escorte espagnole à une escorte française, etc. 11 a réclamé dans la Quotidienne : il traite la nar^ ration de M. de Rovigo ^odieuse calomnie y et A\i^\j!ilment$ciemment.\\iïe pouvait en effet se
58o NOUVEAUX
justifier de Taccusation d'ineptie et de lâcheté qui pèse sur lui que par un démenti. Le récie du duc est une des parties de ses mémoires tes plus remai^qimbles par sa simplicité. On voit que rbistorien est sûr de son fait, et qu'il ne raconte que ce qu^il a vu , que ce dont il est certain.
L'accusé accuse à son tonr^ et s'exprime ainsi : If M. le duc de Rovig^o fut mon plus cruel enw nemiy sans que j'aie pu obtenir de lui cette H espèce de satisfaction que ne refuse jamais M un homme d'honneur. Toute rarmée sait que H je lui demanderais inutilement raison* L'o- <r pinion est formée depuis long- temps sur le If T'vistan de Napoléon. » U ajoute que les tribunaux lui rendront justice. Remarquons com-' bien il serait difficile de trouver toute l'armée qui fut obligée de rendre les armes en 1808^ à Baylen. Je ne suppose point que M. Villoutreys parle de l'armée actuelle ^ qui ne connaît point M. deRovigOy encore moins M. Villoutreys , et qui, si elle consultait ses souvenirs, n'en trouverait aucun de lâcheté sur le premier des deux.
Le lendemain rsy, M. de Rovigo écrivit à la Quotidienne une lettre dans laquelle , après avoir annoncé que dans la nouvelle édition de ses mémoires, qui était sous presse , il répondait à plusieurs réclamations, il ajoute:
MÉMOIRES SECRETS. 38l
If Quant à ce qui touche votre dernier corresw pondant (M. Villoutreys), foi dit la vérité. <c Je laisse au public le soin d'apprécier comfr ment 9 dans nos positioas respectives ^ les « {'dations dont il parie auraient pu avoir lieu; d îl sait bien que les rapports que nous avons « eus ensemble étaient d'un tout autre genre, j» £n effet , il est bien évident que M. Villoutreys ne fit aucun défi, et ne put en faire à M. le duc de ilovigo, qui était alors ministre de la police générale; les positions respectives ne le permettaient pas. Il y a plus, c'est qu'aucun prétexte ne motivait un défi, puisque le duc n'avait pas publié ses mémoires , et que certainement, s'il parlait de la singulière conduite de M« Villoutreys, c'était dans un cercle où ce dernier n'était point admis. Il a gagné, dans cette discussion, le soupçon d'un rôle qui cadre bien avec sa conduite antérieure , et qui est suffisamment indiqué par ces mots accablants : // sait bien que nos rapports étaient d'un tout autre genre. Ainsi il n'y avait aucune inimitié entre eux, quoi qu'en dise M. Villoutreys (i)-
(i) Depuis que ces observations sont écrites, M. dt; Rovigo a fait paraître le 8* volume de ses mémoires , à la fin duquel M. de Villoutreys reçoit le coup de grâce.
1^ noi^enibre, — U ahbé Feletz et ses Mélan- \ges. — - On aDDOQce les Mélanges de l'abbé Féletz. Cet abbé de racadémie , et qui n'avait rien fait pour en être,. prouve par cette publication qu'on n'aurait jamais dû le choisir. C'est un recueil d'analyses d'ouvrages , faites pour le Journal des Débats. Suard avait donné,* le premier, l'exemple de ce commerce^ en recueillant ses nombreux articles pour revendre en gros ce qu'il avaif vendu en détail ; mais il fut plus habile encore, en disséminant de nouveau tous les articles et les faisant rentrer encore danela ei|*culatioQ. Personne jusqu'ici n'a osé imiter ostensiblement cet exemple. Peut- être l'abbé , qui a plus d'un trait de ressemblance avec Suard, le prendra-t-il pour modèle.
; U n'est pas besoin de dire que l'abbé de Féletz est. un homme de beaucoup d'esprit; tout le monde Iç sait, ses articles le prouvent. C'est l'abbé des salons et des femmes : il tourne un compliment avec gentillesse, il le rend d'autant plus flatteur qu'il le fait indirect; il persifile avec finesse; un grand usage du monde, un excellent ton , une urbanité exquise, le distin- . guent souverainement.
On l'a comparé à cet être souple, adroit, caressant, dont tous les mouvements sont doux et moelleux , mais que la nature a pourvu de
griffes qu'il fait seatir au moment où l'on d'y attend le moins. Toute comparaison est vicieuse, et il n'y A ^^ns doute d'autre conformité que celle du nom entre le chat et Vabbë. Cependant il serait téméraire de décider positivemem cette question. Ce qui parait certain, c'est que la sincérité n'est pas sa Teita ÊKTorite; il est amphibie; il aime les feilimes titrées , parce que l'abbé était eonice de Lyon au moment où la révolution le Mrpriit ayant fait ses preuves. Il jooe bien au wisL, au revers! , au boston. U éisit depuis idog, et sous Napoléon consé- ^tremtnenty sous-bibliothécaire de Mazarin. A la restauration il conserva cette place. Dans les cent jours il la perdit; Camot eut ordre de le destituer. On a dit que c'était pour se venger de ce que l'abbé avait critiqué son mémoire.
Le fait est faux, et l'ordre venait de Napoléon; Le chef de division le défendit, et Carnot lui dit que ce n'était pas lui qui prenait cette mesure. L'abbé vint , lit des démarches pour conserver sa place , et demanda une audience que le chef de division lui fit obtenir. Jamais peutêtre il n'y eut plus de contraste entre deux hommes, que n'en offraient entre eux un républicain bien prononcé dans ses formes, dans ses opinions, tel que Carnot, et un grand blondin, dont les sourcils, les cheveux, et la
584 ISOUYEAUX
peau sont de même nuance , les yeux bleu pâle, les lignes moUemenl arrondies, et qui a, dans l'ensemble de sa personne quelque chose d'une vieille femme à prétention. On a droit de s'étonner du parti que prenait l'abbé en parais* saut devant un républicain» 11 eut du cœur une fois. Peut--être comptait-il sur le pouvoir de ses charmes. Carnot le reçut avec une froide politesse, Fécouta, le toisa, le jugea, persista, et l'abbé s'en alla comme il était venu (i). On lui a rendu sa place comme de raison au second retour; et comme de raison encore, il ne se sera pas vanté des démarches qu'il avait faites pour la conserver et la tenir de l'usurpateur. Nous parlerons une autre fois de ses mélanges.
i" décembre, — - Suàe et résultat des ordonnances* — Montlosier, — Coup d'œil sur Vétat actuel de la religion. — Anecdotes. — Les ordonnances , les petits séminaires , la protestation du clergé, son non possumus ^ Yetiamsi de M. de Toulouse , le patelinage jésuitique de M. de Paris, la consultation, la réponse
(i) Les dernières paroles que lui adressa ce ministre, en le conge'diant, sont remarquables. « Il est possible, « monsieur , que je vous rende service, et qu'un jour « vous fassiez valoir cette destitution. »
MÉMOIBES SECRETS. 385
é vasive du pape ^ tous ces incidents paraissant bien petits auprès de l'existence de. ce clerg^ qui bruit sans produire: grand effet; car il s'agira bientôt de son existence qui a pour base la religion. Abordons franchement cette question j9r/>7Mz/re. Voyons quel est l'état de cette religion (i), quel est celui de son clergé; si l'un est en rapport avec l'autre; si celui-ci n'est pase/ï aidant de celle-là; enfin ^ quel rôle lui est réservé s'il veut vivre.
Nous allons offrir , sur ce sujet intéressant des observations inédites ^ destinées dans l'origine à M. de Montlosier; elles sont accompagnées d'ailleurs de quelques anecdotes curiçu-r ses : mais avant de les rapporter, occupon^nous un moment de cet écrivain qui a rendu- un si grand service, et qui est un monument de notre ingratitude. Nous l'avons oublié; nous ne songeons plus que c'est à lui que nous de-
(i) Yoir quel est l'état de cet(ç religion, ce n'est point examiner sa naturel ce n'est point exprimer des doutes : c'est tout simplement rechercher si ye'ritablement on a dé la religion, ou si l'on fait semblant d'en avoir. Osa fut puni pour avoir touché à l'Ârche-Sàinte , mais il ne l'aurait point été y* il n'aurait pas mérité de l'être , s'il se fût contenté de l'examiner , de la décrire , et de constater la manière dont qlle était portée.
S86 NOUYEAUX
Tons rabâisâetnent et ( nous respérohs ) la tiiitie âe la cotfgi^gàtTôii.
Quelque temps npvés là pùUication de son Méfficfire à coHm^ter, ori fit vôîr la grandeur et Tétè'iïdûe de reritreprise, et Ton prouva que MoAtlosîer seul pouvait l'tfcheVer. « Assez d*âutî*es, disait-^n, parleront de Tôuvi^age et de f autetir. Exatuinoil^ son action , le rôle qu'il â jbUéy et les s^entinients aûxc^uels il a droit. Il s'agit d'une association secrète ^ qui^/trèdans le tooiïde 9oeial pour le saturer el le péfr'ir ensuite ^ comnfie Teau dans une masse qu'eTle dissout. €eltte assbciatiôn attiré vers elle tous ceux qui Véiilènt les biens du ciel et de Ta tei^rfe-; èlïé âidhn'ë tés uns^ promet les autres ; elle èfbtn[f)t^par]hi l^^^»^^â)es potentats^ dès'gmhds> dés hôïàbftïtés'de toute eèpèfce. Jusqu'à te qu'^élle se lève , el^te n^est nulle pfart , parce qù'telte ^t paMôtït.
u II fallait, pour Tapercevoir dans les chemins couverts qu'elle se fraie de tous cotés, pour la signaler , las montrer au doigt , la dénoncer, il fallait un homme probe, brave, loyal, un preux chevalier^ sans peur et sans repl^oche; bieQ plus, il {allait que cet homme €«t été, pendant {4us de doliïe lustres, fidèle à son Dieu, -k soû roi; que le sentiment de l'honneur fit battre son cœur à soixante-douàse
MÉMOIRES SfiCE£T5. S87
atiâ comme à vitigL €e n'est pas tout: il follaii qB'îl eût encore des préjugés -; qu'il fut le cIiaRi<^ pion de cette féodalité tant repoufl»ée; qu'il eût ainsi , avec les ennemis qu'il venait com« battre y quelque conformité, afin que , ne pou^ vaut le récuser 9 ils fussent accablés de sen témoignage» Toutes -ces conditions, tin seul homme pouvak les remplir , et cet homme s'esl trouvé. Quel autre que M. de Montlosier avait le droit de se présenter, avec les mêmes armes que les adversaires contre lesquels seul il «nar*ehe au combat ? »
Voyez ce que peut un êevâ homtBe I la cos^ gré^ation recula; les meneui^s tressaillireni de surprise et de dépii. La honte fit renaître le toouirage; l'appel fut dignement entendu. L'e8>pérance, prête à nous quitter, replia ees «îles pour rester avec nous.
C'était une curiosité louaUe que de connais tre M. de Moutlosier.» Toid les rensetgnemenis que nous nous sommes proeurés : C'^st mi homme d'une haute sAatune, âgé de soixanlie^ •quinze aps, droit, aligné, k nez au vent^ c*- 'tièroaient^eb^n/k
Il fonda Jadis ^ en Angleterre, un journal qui eut du succès. A son retour en France, dans les premières années du siècle , il voulut le coq^ tinuer. Le gouvernement consulaire le lui
acheta pour une pension viagère de six mille francs. Plus tard on lui en alloua une pareille SUT les affaires étrangères (î).
Avec ces douze mille francs il alla dans l'Auvergne^ sa patrie, où il possédait uuq prairie, près du Mont-^'Or, Cette prairie était bornée d'un côté par une montagne toute couverte d'ajoncs et de bruyères ; il l'acheta , se proposant de la cultiver ; elle s'appelle Randàne; il y construisit des bâtiments d'exploitation sur lesquels il planta la girouette armoriée, une bergerie pour trois cents moutons , et fit des élèves. La neige couvre le sol pendant sept mois de Tannée. M. de Montlosier, luttant avec persé^ vérance contre les obstacles, parvint à fertiliser ce terrain aride; mais il absorbait ses deux pensions.
Lorsqu'il publia «on Mémoire à consulter, on afficha au Café des Nobles , à Clermont , des vers injurieux contre M. de Montlosier. Quelqu'un après les avoir lus, ajouta, au crayon, que l'auteur était un sot, parce que les vers étaient mauvais; et, déplus, un lâche, parce qu'il gardait l'anonyme. Arrive le payeur du
(x) C'est-à-dire M. de Serres lui en donna une de 3yOoo fr. sur les sceaux , et une autre de pareille somme sur lès affaires étrangères.
MÉMOIRES SECRETS. 58g
département M. Bouret, qui passait pour avoir jadis porté la livrée^ et pour être maintenant de la congrégation; il fait quelques réflexions sur le commentaire du quatrain. Le commentateur qui était encore là, répète ses remarques, les développe, et dit à son interlocuteur qu'elles s adressaient à lui, s^il était l'auteur de ces vers, et que, dans cette hypothèse-, il était un lâche et un sot. Le payeur fila doux.
Montlosier, apprenant ces circonstances-, écrivit une lettre pour être mise à cèté du quatrain; il exhortait l'anonyme à se faire coQuaitre; l'rnvilait à venir le trouver sur sa montagne, ou à moitié chemin ; ou lut ofl^rait de faire, lui, malgré ses soixante-douze ans, le chemin tout entier. Le poète continua de garder l'incognito, mai» le payeur partit le lendè^ main en poste pour Paris. Pendant la saison des eaux, les buveurs et les baigneurs furent divertis par le récit de cette anecdote.
Lorsqu'on supprima les pensions de M. de Montlosier, il se contenta de dire que les bruyères de Randàne^ moins barbares que le ministère, lui donneraient des pommes de terre. Passons aux observations dont nous avons parlé. C'est après avoir étudié l'homme , son ouvrage, son aetion , qu'elles furent écrites pour lui être adj'essées ; elles ont une liaison étroite avec les
ordonnanceâ du i6 juin , parce qu'elles expli-* quent, en p<irtiey les obstacles qu'on éprouve pour leur exëcu tbn •
ce II est rare de faire à la foit> un bon livre et une bonne action; et, quand ce problème est résolu, il est bien plus rare encore d'arriver au but qu'on Voulait atteindre.
u Tous allez éebouer au but, monsieur, ce n'est pas votre faute; un autre s'en console-» rait, dédommagé par la gloire et par le témoignage de sa conscience. Mais la première a peu de charmes sur qui l'honneur règne avec empilée , et vous avez eu soin , dans le cours d'une longue vie , d'avoir toujours le suffrage de la seconde» Le succès, donc, était la seule récompense digne de vous , parce que vous aimez votre prince et votre patrie, et qu'il ne s'agissait de rien moins que de sauver l'un et l'autre.
a Avant de vous soumettre quelques observa-»
lions, permettez-moi , monsieur , de commencer par m*expliquer sur le sens des mots dont je serai quelquefois obligé de me servir. Tels sont ceux de religion et de gcawernement^ il ne faut entendre^ par ces mots ni Dieu ni le roi. Je les place dans l'arche sainte , et je n'aurai point la témérité du lévite Oza; il ne sera donc questitm que de, leurs ministres.
MÉMOIRES SECBETS. Sgi
ce Malgré reffrayant tableau tracé par vau^ avçc tant d'éloquence , je craiixa, n^onaievir, que vous ne connaissiez qu'une partie dç, la vérité; que la situation des esprits ne,soitpp.iat appréciée par vous dans toute son étendu,?* F^rmettez-moi donc d^ajouter quelques obç^rr valons aux vôtres.
a La révolution française a, remué le n^ondç sofcial. Je mets de côté ses effets désastreux, cette action qu'elle a eue et qu'elle consei^^vç encore sur la masse des intérêts géçiérav^ çç^nina sur les intérêts individuelSt Je mets^ qpr core de côté ses principes qui cheminent. tÇMr î/mrsp et feront peut-être le tour d^ moA<(^e : principes contre lesquels on arme t^nt de baiour nettes; rempart inutile et vain, car ils finiront par pénétrer dans la tête de ceux qui les por-r teul,. ces batoniiettes. Ni vous ni moi pe le
verrons Je ne m'occupe don^c que, des effets
moraux de cette révolution , eff<^ts qui recevront d'&ge en ^e une nouvelle sauctipn san§ qu'il spit besoin d'une révolu^on nouvelle. Jç choisis l'effet le plus remarqi^ble comme le plus^vantageux à l'espèce huipaine f elle a fait voir, cette révolution, et ce qui vaut mieux, fait sentir que certaines conditions étaient attachées à l'existencç, et que personne ai^ monde n'avait le droit den priver cel^ui ^^\
l'avait reçue. Ces conditions sont la liberté, V égalité devant la loi ( ne séparons point ces mots), et le droit- de publier sa pensée. En m'exprimant ainsi , je ne parle que de la grande société civilisée. Mahmoud faisant impunément tomber des milliers de tètes assez stupides pour s'incliner sous le coup, et les millions d'homm^ès qui subissent le joug de ce despote, ne sont point un argument contre ce que je viens de dire. Le janissaire a reçu avec la vie, les conditions dont je parle , mais il l'ignore, et tôt ou tard la révolution française le lui fera connaître.
' ce Que voulons-nous ? L'exécution littérale de ces trois conditions : elles nous sont assurées par notre Charte ; et , quelque ' reproche que l'on fasse à tort ou à raison à la mémoire de Louis XYItl , ce sera une compensation importante que cette Charte.
« Tout ce qui tend à nous priver de l'une de ces trois conditions, excite à bon droit notre indignation; et ce sentiment augmente d'énergie, si nous voyons qu'à défaut de courage ( qui a toujours quelque chose qui pkit), on use de fourbe , d'astuce , de moyens détournés, d'insinuations pour faire renoncer de fait aux conditions désignées, ou pour en priver ceux qui en sentent tout le prix.
MÉMOIRES SECRETS. SqS
ic Je ct^ainsy monsieur/ que la situation actùeUe des esprits ne vous ait échappé. Malheureusement on né peut pas tout dire, ni même faire tout entendre; il y à un sentiment des convenances qui arrête tout court.
ce Vous croyez qu'il y a plus de religion qu'il n*en existe , et moins de corruption qu'il n'y en a. Uii homme comme tous a peine à croire le mal , mais il doit le connaître. Du mainmëlon aérien de Randane qui, sans tous, serait couvert dé ronces et d'ajoncs, vous n'avez observé que les prêtres y vous n'avez étudié que ce parti. Mais le monde! Vous avez parfaitement jugé une classe d'hommes , celle qui agit sur les autres; mais vous effleurez çeux^i. C'est la matière exploitée par la première dont les succès' prouvent combien la masse est disposée autrement que vous ne le supposez; et avec quelle déplorable facilité elle est prête à recevoir, à féconder le germe du mauvais gk*aini.. Hélas I oui , disons-le , il règne partout un esprit dégoûtant de cupidité.
(cll y a des choses qu'on ne croit point , qu'on ne saurait croire^ parce qu'on ne se les explique pas , mais qu'on est forcé d'admettre , parce iqû'ell^s rentrent dans la logique des fai(s. Or, écoutez-:
' • ce J'ai vu et lu, ipsissimis oculis, une image
représentant un coeur percé de flèches. Au bas étaient : Ce cœur a été béui par M. Vés^êque de. . • S|ir la. marge on lisait ces mots : Cette image guérit de... La maladie et Ici prix étaient en blanc; parce qu'on indiqua l'un et l'autre i la première d'après la déclarsition du patient^ le ^cond, suivant un tarif que, je Ae connais pas. M. l'évèquè de,.,., anciea auditeur au eonseil 4'l^tat de Napoléon, eroit-il à l'efficacité de ce petit inorceau de papiçr? Non, saus doute, il a trop d'esprit et de raison pour cela; il sait çoipme vous et moi que. la religion n'est nullement intéressée à ces amulettes : mais on en v^uty pu lui en demande; les liiorrainset les Calvajrieus les mettent au chevet de leur lit; il. y aurait de la désobligeance à les refuser. Devait-il faire cette concession? C'est une autre question dont je m'interdis l'examen.
Cette carte bénite qui guérit tous les m^ux est un genre d'industrie inconnu des industriels patentés.
a Encore une historiette. Un abbé de la Louptière disait la messe dans deux paroisses, chaque dimanche. On. appelle cela biner. £n revenant de l'une à l'autre,, il fut pris par un orage* L'abbé n'était pas brave; il avait pBur du tonnerre, et croyait que la foudre u'approcl^ait jamaif de l'eau béuile; il se r^ugiedans
MÉMOIRES SECRETS. SgS
un moulin; la foudre gronde; Tabbése signe ^ demande de Teau bénite ; il n'y en avait pa». Le meunier prétendait que le vin guérissait de tous le^ maux ^ même de celui de la peur , et ne voulait d'eau que pour faire tourner son mouw Un* Les éclats redoublent* Dans aoa effroi, l'abbé s'avance prè3 du bi^z du moulin , et bénit toute l'eau en prononçant les formules uaiiées. L'orage ai'élpigne et cesse. L'abbé rit de son miracle, et n'y croit point quand sa peur est passée. Mais depuis cette époque on va toujours prendre de l'eau bénite quoique l'eau qui le fut ne tardât pas à coiiler lorsqu'on, rendit le mouvement à la roue. Que voulez-vous faire aveq des gens de cette espèce ? Ils s'agenouilleront devant le premier congréganiste qui parai<p tra dans le canton.
ce M • d'Hermopolis (i), prédicateur sous Na-« poléon , orateur chrétien, dont nous avons tous entendu les discours avec édification, peu-* saît-il qu'il sauterait presque à pieds joints, de la chaire de St.-Sulpice sur le trône d'Hermopolis? Non, sans doute; cela s'est fait sans
(i) Qael singulier disparate dans les idées par Tadop- Uon ( pour un évéque ) d'un mot qui rappelle le nom d'une Tille consacrée au culte d'une divinité du paganisme !
qu'il y crût. Pensez-vous qu'il croie tout ce qu'il dit du malin au soir, et du soir au matin? Non^ certes. Je ne parlé point de dogmes ^ et je lui crois trop d'esprit pour en parler hors dé propos. Je ne lui suppose pas une grande tendresse pour vous y depuis que vous avez prétendu (i) qu'il faisait une contrebande de jésuites. On croit voir ' ce respectable prélat couvrant de sa soutane un jésuite. Vous avez éclairci une idée confuse qui me venait toutes les fois que j'avais le bonheur de le rencontrer. Je lui trouvais toujours l'air d'esquiver, de cacher quelque chose. Actuellement, j'y suis.
C^est un jésuite.
' « Le livre le plus vrai , le plus philosophique , au moins dans le titre, est le Traité de P indifférence en mfitière de religion. L'auteur a mis le doigt sur là plaie; il a signalé un fait qu'on ne pouvait nier sans mauvaise foi. Que fallaitil ou que faudrait-il pour faire cesser cette indifférence? Les amulettes de M. Tévéque de.. J un jubilé? Non, non , rien de tout cela. L'indifférence est l'absence de toute passion ; et l'homme habile tire moin» parti de la première que de la seconde. C'est un trésor qu'une âme
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accessible à la passion ; et certes ^ nos missionnaires aimeraient mieux avoir affaire avec un amoureux , un hérétique même.
u Mais avec Tindiftérent ! rien ; il ne sort de son indifférence que pour être un hypocrite.
Oh I alors ii peut être d'une'grande ressource.
a Jj'homme adroit , prudent , habile , prend les hommes comme ils sont. Je le demanderait M. d'Hermopolis. Ya-t-il quelque ressemblance entre les hommes des premiers siècles de TÉ* glise^ ceux du x% du xvi® et ceux du xix® , considérés sous le rapport religieux? Â->t-on agi avec les uns comme avec les autres? Le pouvait-on? Le devait-on? On a voulu tirer le meilleur parti possible de ces troupeaux d'hommes^ soit pour leur salut et en faveur de la Divinité (ad majorem Deigloriam)^ soit pour l'intérêt de ses prêtres qui n'a jamais été perdu de vue. J'indique à la fois le prétexte et le but. »
« Dans, un siècle ces troupeaux inclinaient la tète, et le respect leur fermait les yeux. On leur mit bientôt un bandea:u pour les empêcher, de. les ouvrir. Dans un autre, ils ployèrent les genoux et tendirent les bras : on leur mit des chaînes.
«.Aujourd'hui, plus de fers, plus de menottes,. plus de bandeaux : tout est tombé. Que doit faire le prêtre? Partir du point où l'on est ;
5g8 irouYBÂJirx
dire t ce Votre raison est édaipée , mab votti tid pouvez TOUS passer de relig;ion* Changeons nos rapports. Nous avons besoin ^ vous d'un euUe ; nôus^ de noire ministère. Ces rapports seront oircoBscrils à Tavenir dans Tezercioe de nos fenetioas; nous n'en sortirons point. Introduits daBS vos familles, et seulement appelés par TOUS > fioiis n'y serons que des ministres de morale et de paix» ji
« V<oilÀ où nous en sommes. C'est erneore un asaez beau ministère : mais au lieu de ce spec-^ tacle que voyons^nous?
u Des jésuites ,. des coogréganistes , des tnoineê dé tioutes les couleurs ^ «t leurs affiliés t|Cii véu^ le»t se mettre dans la même position que les agents de t^hange^ les avocats, les procureurs , tous ceux qui font les affaires d^autrui; avec cette difierenee qile œuxM^i , légalement insfi'* tué»» attendent que nous réclamions leur intei^ vêntîob : tandis que les autres se présentent » .s'insinuent '4fkand même* C'est pour kur imit* rèt qu'ils le mêlent du nàtre. Notre caré nous suffit $ Bûs femmes, nos filles, nos serars n'o«t pas besoin d'autre intermédiaire que e(^ili*4à entre elles et Dieu.
« Le rçméde a ces maux, dirêz-^vous anrec vofûe élm^ie acooiitumée? Le remède I kélas I monsieur^ il ^est en nous. Vious voutet •qu'un
MEHOltlfiS SfiCRETS. . 3^
ftutretiôus en délivre. Cela ne se peât; il faut nous en délivrer nous-mêmes,
(k Divisons nos conipatrioles eà deux elàel^ y teè administratefirs et les administrés. Quelîqué^ ncMûbreiiix que soient lés preiniérs , ils le ««ml moins que les déeônds. Ainsi la force serait ée ce côté, èi l'énèrgre s'y trouvait avec elle. Vètfé livré est fait pour la leur rendre. Quand je parte d'^nergie> te n'est point de celle qui| lorsque les lois sont muettes^ ou leurs dépoei-» taires sans aetion^ ne peut agir sa^s étrie fac-' tieuse , mais de cette énergie de volonté qui résiste à la force, à rentratuement, aut séduc-* tiens : qu'elle s'éveille à votre cri d^alarme ! Qu'elle s'éveille, et l'État est Sauvé (i) !
k VcHci l'emploi de l'énergie d« cette restée tSfOce i il faut commencer par bien oetivi^it' avec soi de Ses rapports avec les ministres da cuke ; il fa<ut les casener dans leur «acH^ie* S'ife vont dans le monde, qu^ils y soient e* qu'ils dmvent être ; bmnme les eanx d'Arétfause q«ii traversaient la meft sans contracter aueuiiè aipertume. Selon vous, mon^tir, k les maux a qui nous menaeeAt viennent de ee i^'on veut ti mettre tcrute la divinité dans k pape , et toute
<i) ^Elte s%it rëtèiUéè 9 y à jptè's âè q^taïe'môîs.
u la royauté dans le prêtre. » En appelant le pape s/gnor del mundo , le cardinal Pallaviçini faisait le monde bien petit* D'abord il faut le réduire maintenant à l'Europe, et de cette Europe retrancher l'Angleterre qui r^gne sur les mers , la Russie qui menace l'Europe , la Prusse, les Pays-Bas, etles autres souverains ou peuples du culte protestant -, sans oublier les sectateurs, du grand prophète. Ce n'est pas la peine de parler de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et^ela NouvellerHoUandç. Nous trouverons à l'effectif l'Italie > terre papale; l'Espagne où l'on décime chaque jour les sujets du pape ; le Portugal, où dpm Miguel les abrutit; la France ^ où l'indifféreDoe en matière *de religion est proclamée par un des coryphées de cette religion... Bref, force nous est de convenir que ceux qui ne reconnaissent pas le pouvoir du signor del mundo, sont bien plus nombreux que ceux quî le reconnaissent> ou qui, par intérêt, en font semblant* Du reste, c'est un fait avoué du tempe même où Pallaviçini proférait de pareils lapophthegmes. >)
Concluons de ces. faits et de ces remarques qn'il n'y a. point assez de religion pour justifier la résistance du clergé. Aussi a-t-il capitulé I
L'abbé Galiani prétendait, en 1764^ que l'esprit de l'Église avait été dans tous les temps ,
MÉMOIRES SECRETS. 'w ^l
celui d'un gouvernement et non d'une religion. cr On 8e lasse de tout, même de la religion , (I disait-il; il faut, à de certaines -périodes, un « renouvellement d'opinions et d'idées, parce (f que les anciennes ennuient. Le paganisme c< était à ce point de maturité. Il avait fait son a temps. Personne ïie se souciait de la cause des « dieux. C'est alors que le christianisme s'an- « nonça bientôt avec un esprit de police et de « discipline , qui tendait à former dans l'État « un gouvernement particulier et indépendant (c de la puissance divine. On peut estimer à « deux mille ans au plus la durée d'une reli- « gion. Quand la puissance ecclésiastique perte dra les trois actes les plus importants de la a vie civile ( l'extrait de baptême , la bénédic- « tion nuptiale et l'extrait mortuaire ) , elle sera « prés de sa fin... N'est-il pas singulier que le « témoignage d'un prêtre décide en tout pays « catholique de l'existence et de l'état des ci- « toyens (i) ? ^
Comme, après toutes ces observations, les deux ordonnances sont loin ! et combien la résistance du clergé parait dans les objets microscopiques !
(i) Lettres de Galiani. Corresp. de Grimm , tom. IV, pag. 25o. <
4oa . NOUVEAOX
i" Décembre 1828. — Mémoires de Fauche-^ BoreL — *- Ce libraire fait paraître , depuis peu de temps y les trois premiers volumes de ses Mémoires. Le quatrième doit paraître sous quelques jours.
Les mémoires historiques ont beaucoup d'intérêt si Fauteur est sincère , et même ils n'en sont pas entièrement dépourvus quand il ne l'est pas. Il est curieux alors de remarquer les efforts qu'il fait pour empêcher la vérité d'arriver , parce qu'elle se laisse toujours entrevoir à celui qui la cherche bien.
Voici les observations que fait faire une première lecture des Mémoires de M. Fauche.
i^ Il faut commencer par dire qu'il a choisi , dit-on y M. Alphonse de Beauchamp pour rédacteur; il en résulte nécessairement qu'ils sont moins bien que si le héros eût été son propre historien. Dans leur état actuel, ils ne sont ni de M. de Beauchamp, ni de M. Fauche. Il y a des positions qui ne peuvent être bien décrites que par celui qui en a senti toutes les angoisses; toute fiction est alors au-dessous de la réalité, quelque féconde que soit l'imagination.
^'^ Il y a d'ailleurs dans ces Mémoires des anachronismes qui prouvent que le héros a négligé de relire la rédaction de son historien. C'est ainsi que le premier n'aurait point laissé
MÉMOIRES SEGAETS. . 4^S
dire au second qu'il était né en 1764 pour avpir dix-hùit ans en 1778, et vingt en 1780 : un enfant de six ans sait faire une addition aussi simple avec plus d'exactitude. C'est ainsi ^e M. Fauche n'aurait pas dû permettre à son biographe de le représenter à prés de quarante an8"^(^i794), dans un bal, déguisé en femme; ajoutant que l'absence de la barbe , qui n'était pas alors aussi épaisse qu'elle l'est devenue de* puis, prétait à l'illusion. A quarante ans, la barbe n'épaissit plus, elle grisonne. Ici il n'y a point de transposition de date, puisque le général Pichegru était de ce bal.
3^ Ces Mémoires produisent un effet diamétralement opposé à celui qu'en attendait l'auteur. Tout en accusant Napoléon, ils le jus^ tifient, puisqu'ils constatent la culpabilité de Pichegru et celle de Moreau. Leur intelligence avec les Français armés contre leur pays est hors de doute. De quoi furent-ils accusés dans leur procès? de cette intelligence. lis ne furent donc pas injustement condamnés sous le rapport politique, et d'après la législation du temps. Certes on ne fera point accroire à celui qui n'est pas privé de l'usage de sa raison , que Pichegru, Cadoudal et consors étaient venus à Paris pour faire leur cour au chef du gou-
4o4 NOUYEAOX
Temement^ et que celui-ci eut tort de ne pas les laisser agir.
4^ Il en est de même de Moreau , et il vau* drait mieux pour sa mémoire que les confidences de M. Fauche n'eussent pas été faites.
5** D'après ce qui vient d'être dit ; le gouvernement français n'avait aucun intérêt à faire étrangler Pichegru. Toutes les raisons que donnent les deux auteurs de ces Mémoires pour persuader le meurtre de ce général par Napoléon y prouvent que l'intérêt de celui-ci était de laisser aller la justice.
Oh suppose que Bonaparte était envieux de yichegru, et M. Fauche veut nous faire croire que le premier voyait dans le second un rival dont il voulait se débarrasser. Dans un parallèle , on ne doit point sortir des rapports sous lesquels on se propose de faire ce parallèle. Ce sont donc deux généraux qu'il faut comparer Fun à l'autre. Pichegru n'a que la conquête de la Hollande^ dans laquelle il fut secondé par les glaces : conquête que, sans leurs secours^ il n'eût jamais faite en aussi peu de temps. Mais la campagne d'Italie , dans laquelle avec une armée inférieure en nombre à chacune des trois armées que le vainqueur battit successivement; et la possession de ce beau pays, sans autre aide que la bravoure du sol-
dat et rhabileié des manœuvres, est un fiaiit d'armes bien supérieur à l'invasion de la Hollande. Et celle de l'Egypte, et les batailles livrées dans ce pays, et Marengo, et cent autres, qu'a donc à leur opposer M. Fauche ? Ses révélations démontrent que Pichegru et Moreau conspiraient; le premier, pour arriver consul, le second, pour agir quand la chose serait faite. Le vainqueur de la Hollande , convaincu d'as* sassinat, voyait flétrir ses lauriers avant de monter sur l'échafaud. Certes, Napoléon ne devait, ne pouvait prévenir un pareil résultat par un meurtre odieux. Concluons que Pichegru avait intérêt à s'étrangler, et que Napoléon n'en eût aucun à faire étrangler Pichegru.
6^ On est bien forcé , de quelque opinion que l'on soit, d'admirer l'intrépide dévouement de M. Fauche -Borel : prison, cachot, secret, ruine complète, affection, liens de famille, il résiste à tout , même à l'ingratitude. Jamais de si grands et de sinombreux sacrifices ne furent faits avec une pareille ténacité. Mais plus ils sont étendus, coûteux, étonnants, plus on en cherche la récompense , et moins on la trouve { Avons-nous eu raison de dire que ces Mémoires produisent un effet contraire à celui que s'est proposé l'auteur?....
7*" Le duc d*Orléans, qui s^clait distingué à
4o6 NOUVEAUX
Jemmapes^ en défendant sa patrie^ passait pour n'avoik* jamais voulu prendre les armes contre elle. M. Fauche-Borel , fait voir que c'^est une erreur y et le représente consentant à se ranger sous les drapeaux de la Prusse en i8o5 pour combattre les Français (i).
8* Parmi les pièces historiques que rapporte l'auteur, il en est une de Louis XVIII, datée de Mittau^ le 2:2 mars 1806^ intitulée lUné-raire du roi (2), et très -r curieuse j le prinee récapitule les courses qu'on l'a forcé de faire ^ son renvoi d'un État dans un autre; les nombreux désagréments qu'on lui fit éprouver et les pensées dont il était occupé dans un exil aussi douloureux. Ce court exposé contient des aperçus lumineux , des observations profondes.
(i) L'auteur de Tarticle d'OuLSANS , dans la Biogra" phie des Hommes vivants (des frères Michaud), représente le prince vivant dans une paisible retraite à l'époque dont parle M. Fauche. Dans le doute , je préfère cette version à l'autre.
(2) Cette pièce , et le voyage à Goblentz ne doivent pas être du même auteur , dont tout le talent était dans la tête. Un de ses compagnons d'infortune disait de cet auteur , en posant la main sur les trois parties de notre corps où les philosophes , les médecins et les plaisants ont placé la pensée et les sentiments : Rien là, rien là, tout ici, quand il était parvenu au front.
MÉMOIRES SECRETS. ^OJ
Qui croirait que dans une pareille situation la manie du bel-esprit se laisse encore apercevoir? Elle y exerce son empire, et s'y fait sentir par des citations et des antithèses !
4 décembre. — Du gouifernement des Pajs^ Basn — Inconcevable arrêté. — Étrange erreur où Von est sur ce pays dans le nôtre. — Nos journaux ont^ depuis le mois de juillet dernier, rendu compte de plusieurs procès et des poursuites faites par le ministère public des Pays-Bas contre des hommes de lettres et des libraire9 f pour divers articles mis dans les feuilles publiques de ce royaume. On prend de là occasion d'attaquer le ministre de la justice Yan- Maanen qu'on traite, sans autre façon, de Peyronnet des Pays-Bas.
M« YaurMaanen mérite en effet tous les reproches; n'encourût - il que celui de ne pas donner sa démission si le prince exigeait de lui des mesures inconstitutionnelles, ce serait déjà beaucoup.
Mais le roi des Pays-Bas est dans une catégorie toute particulière; il ne veut point de responsabilité des ministres, qui ne sont en effet que des premiers commis ; il se déclare seul responsable : ce qui est une hérésie politique des mieux conditionnée^.
4o8 NOUVEAUX
Il court après la popularité tout en conservant une tendance vers le despotisme. Il obtient facilement Tune ^ et satisfait l'autre autant qu'il le veut; et, car il faut toujours être vrai^ ses besoins sont modérés , ou du moins circonscrits dans quelques classes de la société néerlandaise. Tous les partis se sont trompés en France sur ce prince, et quoique notre voisin, nous le connaissons moins que Nicolas ou Mahmoud.
Les journaux libéraux le vantaient particulièrement sous le dernier ministère, pour se donner un moyen de critiquer notre gouvernement, c'était toujours un siijet de surprise pour nous que ce ministère gardât le silence, tandis qu'en racontant les faits que nous allons rapporter, il avait une réplique victorieuse.
Commençons par le bien, car il y en a beau- Goup à dire. Guillaume a des manières simples et des mœurs patriarcbales; il a eu le bon esprit de supposer que parce qu'on était roi y ce n'était pas une raison pour vivre à part , et pour élever un mur d'airain entre les autres hommes et soi.
Toiis les mercredis il donne audience depuis midi jusqu'à six heures^ y va qui veut; il suffit de s'y présenter pour être reçu, les femmes exceptées, soit parce qu'elles font perdre beaucoup de temps , soit parce qu'il é.^t plus pénible
MÉMOIltES SECRETS. 4<>9
de refuser ce qu'elles demandent. Le motif d'exclusion n'est pas bien connu.
Le prince se tient debout ou ç'appuie contre une table ; il n'est revêtu d'aucun insigne de royauté; il écoute^ répond , cause avec une bienveillante simplicité ; il donne ensuite des ordres, on suit l'affaire dans le ministère qu'elle concerne, et le solliciteur reçoit toujours, après un délai convenable , une décision quelconque.
On sent combien ces audiences contribuent à la réputation de popularité dont il jouit, et qu'il mérite en effet, parce qu'il communique souvent et facilement avec le peuple (i). Il
(i) On voit souvent la reine aller elle-même faire des emplettes d'étoffes , de linge , etc. Lorsqne le feu prit au Muséum, à la fin de 1827, Guillaume et le prince d'Orange parurent, et ne se contentèrent pas de donner des ordres ; le roi fut même blessé* Maià un trait remarquable achève le beau côté de ce tableau. Quand la cour est à Bruxelles , elle va passer l'été au château de Laaken , à deux lieues de cette ville. Guillaume se rend de ce château , tous les mercredis , à Bruxelles, pour ses audiences. Il fait la route à pied, accompagné d'un chambellan , et retourne de même ; il défend qu'on lui envoie aucune voiture. Un jour , en 1816, iLvint un orage pendant l'audience. Le chambellan avait obtenu la permission de revenir. Quand
vient quelquefois au secours d'établisscmeuts ou de maisons de commerce menacées d'une ruine prochaine. Ces secours sont rarement gratuits , il est vrai, et souvent ils consistent dans un prêt à intérêt, ce qui n'est pas peut-être à l'abri de foute critique de la part d'un roi (i). Mais comme le résultat est avantageux, il ne faut pas regarder de si près.
l'audience est finie, le roi part à pied, et arrive à Laaken , tout trempé. La première personne qu'il rencontre est le chambellan, « Gomment ayez-y ous donc fait pour n'être pas mouillé ? lui dit-il ; — Sire> j'ai pris un fiacre. •—Ah! que yous êtes heureu:^^ de pouvoir aller en fiacre! »
(i) « Théophile voyant un vaisseau où il y avait des marchandises pour sa femme Théodore., le fit brûler. « Je suis empereur, lui dit-il , et vous me faites « patron de galère! En quoi les pauvres gens pour- « rontr-ils gagner leur vie, si nous faisons leur métier? » Il aurait pu ajouter : Qui pourra nous réprimer, si nous faisons des monopoles? Qui nous obligera de remplir nos engagements ? Ce commerce que nous faisons , les courtisans youdront le faire , ils seront plus avides et plus injustes que nous. Le peuple a de la confiance en notre justice , il n'en a point en notre opulence. Tant d'impôts qui font sa misère sont des preuves certaines de la nôtre. » {Esprit des Lois , liv. xx, c. 19.) On verra à la fin de cet article un parallèle entre nos • impôts et ceux du royaume des Pays-Bas.
MÉMOIRES SECRETS. ^l î
Guillaume est de tous les rois le plus laborieux; levé à cinq heures du matin , il e^t à la besogne jusqu'à six heures du soir, sans autre interruption que le temps de déjeuner. On lui reproche de travailler trop , c'est-à-dire d'entrer dans trop de détails. En effet, le prince semble ignorer qu'un des principes d'une bonne administration est qu'il ne faut pas trop admi" nistrer.
Aucun souverain n'est peut-être moins connu des Français ; on dirait qu'il y a deux rois dans Guillaume, l'un juste, bon, ami des lois, l'autre despote, partisan de l'autorité absolue, brisant ce qui lui résiste , mais voulant en même temps avoir et conserver la renommée et les suffrages que méritent au premier les qualités que nous avons énoncées.
Ces deux réputations si opposées l'une à l'autre, sont également fondées suivant les classes de la société qui se mettent en rapport avec ce prince. La première est suffisamment motivée d'après les détails que nous avons mis sous les yeux du lecteur; on jugera si la seconde ne l'est pas mieux encore , par ceux que nous allons donner. Nous sommes obligés de réduire notre choix, mais les faits que nous citerons n'ont pas besoin de commentaire.
Dans le mois de novembre 1824 9 M. de Stap-
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pers fut destitué , par arrêté du roi , de l'emploi supérieur dont il était revêtu daas les domaines, et le 25 juin 1826 > privé de^es droits civils et politiques y en vertu d'un décret royal par lequel il était déclaré que tout fonctionnaire destitué ne pourrait plus exercer ses droits. Ainsi , d'un trait de plume , M. de Stappers cessait d'être électeur et éligible. Cette mesure inconcevable assimile tous les fonctionnaires destitués aux condamnés à des peines infamantes. Le motif ( non exprimé dans l'arrêté ) de cet te, rigueur était la dénonciation faite par M. de Stappers , de la vente d'une portion de la forêt de Soignes, dans laquelle cet inspecteur prétendait qu'il y avait pour l'État, une lésion considérable et de plus de moitié; ce qu'il prouvait par des calculs. Cette vente avait été faite, à la banque de Bruxelles ,.par le roi, à qui les états-généraux avaient précédemment voté des domaines nationaux en toute propriété jusqu'à concurrence de dix millions. On fit voir que la portion choisie pour le roi en valait plus de trente. Ce prince est le principal actionnaire de la banque , à laquelle ces bois étaient vendus; d'après l'opinion commune, il y possède cent millions. Cet exposé suffit pour expliquer, je ne dis pas justifier, la mesure qui frappait M. de Stappers.
.MÉMOIRES SECRETS. ^l5
II rédama (i)} dans une pétition qu'il adressa, le 27 novembre 1 825 , aux états - généraux ; la conx mission des pétitions avait conclu à l'unanimité , à l'impression de cette pièce ; ce qui supposait qu'elle serait prise en considération; mais elle ne fut pas reçue avec la même faveur dans l'assemblée , malgré le rapport de M. de Secus qui représente que cet objet était de la plus haute importance. £lle fut rejetée. M. de Stappers s'était servi de plusieurs expressions qui parurent inconvenantes , ou furent mal interprétées. Elles servirent de prétexte au rejet (à la majorité de 74 contre 22), dont le vé^ ritable motif était, disait -on, « une ptideur « respectueuse , qui empêchait beaucoup de c< députés de paraître blâmer une opération « dans laquelle un personnage auguste était « intervenu. »
(i) L'autorité, pour éloigner le soupçon d'injustite ou d'arbitraire , fit répandre des bruits sur la conduite de l'employé destitué, insinuer que c'était par ménagement qu'il était traité avec autant de mansuétude , ac<cuser enfin M. de Stappers d'improbité. Àh ! dans aucun pays du monde civilisé , on ne voit cet excès de délicatesse qui fait que le supérieur sacrifie sa réputation pour conserver celle de l'inférieur. On eût été trop heureux de pouvoir articuler hautement des reproches fondés.
4l4 NOUVEAUX
Mais M. d'Otrange, un des membres les plus distingués de la seconde chambre^ ne laisse point échapper l'occasion detraiter une question d'un si haut intérêt^ il donna, sur la mesure illégale qui a frappé M. de Stappers, des renseignements qui doivent être recueillis par l'histoire. Il rappela , qu'en vertu de l'article 7 de la loi fondamentale, « Les dispositions des états proc< vinciaux seraient, au bout de dix ans , censés w faire partie de cette loi.
« Vers l'approche de l'expiration de ce terme, u continue l'orateur, les statuts provinciaux «> qui avaient été approuvés la première année, a ont été subitement changés ; et il s^ est glissé If un article contraire à toute espèce de liberté (i civile (i). Les dispositions qu'il contient sont ce en effet subversives de la liberté civile , et > « de plus, souverainement antimonarchiques.
(i) La di^osition de l'arrêté qui prive de ses droits civils un fonctionnaire destitué , sans noie exception^ nelle. Ainsi la mesure peut être adoucie par une exception. L'absence de cette note frappe d'infamie ; mais en glissant cette disposition dans un statut provincial , rendu avant l'arrêté, on a voulu lui donner évidem* ïnent force de loi, et rejeter tout l'odieux qu'elle est faite pour inspirer , sur un état provincial. Il me semble^ sauf erreur , que cette insertion frauduleuse a tous les caractères d'un faux matérieL
MKMOinES SECRETS. 4^^
« Le roi peut révoquer les nominations quand « l'emploi est amovible ; mais ce serait une « prérogative exorbit<inte , inouie, même dans « les monarchies les plus absolues , que cette « seule destitution , sans autre forme de pro- (( ces, pût emporter la dégradation civique, (c Une surprise faite à la justice du roi , Finia . mitié ou la mauvaise humeur d'un ministre « ou d'un gouverneur civil de province , ne (c peuvent avoir d'aussi terribles résultats. S'il (( est vrai que de semblables dispositions soient , « depuis trois mois , devenues constitution^ (C neltes chez nous, pour ainsi dire incognito u et à la sourdine (i), il nous faut au plus tôt et a sans relâche , employer, pour les faire re- « dresser, le remède indiqué par la loi fonda- (f mentale (2) , ou bien il n'y aura nulle part « moins de liberté civile que chez nous. » Cet appel n'eut aucune suite, et l'arrêté subsiste.
(1) Par leur insertion dans une délibération de l'un des états provinciaux , prise dix années auparavant : terme exigé, comme nous l'avons dit, pour qu'un ar^ rêté devînt une loi.
(2) C'est-à-dire la convocation en nombre double des états-généraux , et pour annuler une mesure arbitraire, inique , prise en iSâS, et glissée dans des statuts provinciaux de i8i5 ! ! !
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ayant acquis en quelques mois les dix ans nécessaires pour en faire une loi véritable, assimilée à la loi fondamentale.
Il ne serait que trop facile de citer des actes arbitraires et des faits où les formes de la justice ont été mises de côté; mais ce n'est point une satire que je me propose; mou but est de faire voir que nous n'avons rien , mais rien à envier à la Belgique.
Après avoir rappelé un acte dans lequel il est impossible de nier l'action directe du personnage auguste qui veut assumer toute rcfsponsabilité, je crois devoir rapporter deux autres faits dont cette responsabilité pèse tout entière sur le ministre; ils sont à dix ans de distance l'un de l'autre /et se sont passés sous le même ministère. Le premier est le procès de M. de Bro* glie, évèque de Gand.
Ce prélat fut cité le 9 octobre 181 7. à comparaître devant la cour d'assises de la province du Brabant méridional : « comme accusé d'avoir K critiqué et censuré un acte émané de l'auto- (c rite publique y provoqué directement à la « désobéissance; enfin d'avoir, depuis 181 5 et (c notamment en 18 16, entretenu sur deà ques- (( tions en matières religieuses, des correspon- « dances avec une cour étrangère, n C'était la cour de Rome dont on voulait parler; ce der-
nier chef d'accusation fut écarté , parce qu'on en sentit l'absurdité; mais les autres n'étaient* que trop fondés. L'évéque avait/ dans un mandement, condamné le serment prescrit par la loi fondamentale et défendu de le prêter. La nature de ce délit, causé par un zèle aveugle, indiscret, et le rang de celui qui l'avait commis^ devaient empêcher de les confondre avec les délits et les coupables ordinaires. Lé gou* vernement parut le sentir, et consulta M ^ Daniels, le premier des jurisconsultes du pays; pour savoir quelle marche il fallait tenir. M. Daniels, qui lavait tracée, conformément aux formalités judiciaires, représenta qu'il fallait bien se garder d'user du droit qu'on avait , et que la prudence devait interdire toute pour-> suite; mais on ne tint aucun compte de ce sage conseil : on n'avait voulu que connaître la marche juridique, afin que la procédure fût régulière.
M. deBrogliene se fiant ni à la prudence, ni à la bienveillance du ministre, commença par se mettre à l'abri de l'événement par une fuite salutaire (i). « Il fut condamné par con-
(i) Il vint à Paris, où il mourut quelques années après , rue Cassette. Maurice de Broglie était un homme d'esprit, niais d'une tête ardente. On prétend que son
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(V tumace à la peine de la déporUition ^ et aux w frais du procès, le 8 novembre 1817- » D'après le Gode pénal , cette peine était infitniante , et le jugement devait être affiché par l'ejcecuteur des Jugements criminels, à un poteau placé au milieu d'une place publique.
C'est dans l'exécution de cette sentence qu'on va voir un raffineraenl de combinaisons odieuses. La peine de la déportation n'entraine point avec elle celle de l'exposition et du carcan. De. plus, aucune condamnation par Contumace ne comporte l'exposition , lors même que la peine l'emporterait contre le condamné présent et rfe- Jendu, qui se serait évadé avant l'exécution de son jugement (i). Il était nécessaire de rappeler ces dispositions.
Deux forçats libérés, tous deux convaincus de vol avec effraction, avaient été condamnés.
. intolérance lui venait deTabbë..... , son grand-vicaire, et qai le fut depuis de l'archevêque de Rouen , sous le nom duquel il publia un mandement trop célèbre j et qui ne pouvait être écrit qu'en latin; mais je crois que l'évêque de Gand était doué d'une bonne dose d'intolérance. Il est probable que celle de l'abbé ne fit qu'exalter davantage la sienne.
(1) Ainsi, quand même l'évêque eût été condamné à l'exposition , on aurait agi illégalement avec lui..
Tun le II et l'autre le i8 noTembre, à la flé« Irissure et aux travaux forcés à perpétuité.
D'après le Code qui prescrit un délai de trois jours avant l'exécution des jugements de cette espèce , le premier devait subir le sien le i4f et l'autre le ^2. Celui de M. de Broglie, s'il eût été présent et qu'on eût observé la loi, aurait dû être exécuté le 1 1 , et ce jour l'af&che pouvait être posée.
Les trois exécutions eurent lieu le ig, au même instant, sur le même échafaud ! et cette rencontre est si peu fortuite que, pour l'effectuer, la loi fut violée envers celui qui avait été condamné le 18, et ne devait être exposé que le 22. On prit donc le moment où deux forçats subissaient la flétrissure et l'exposition publique pour exécuter > sur le rnéme échafaud, à un troisième poteau, l'arrêt du 8 novembre contre l'évêque de Gand.
' Le second fait s'est passé en 1827, couséquemment dix ans après le procès de l'évêque , et toujours sous le ministère de M. Yan-Maanen, qui règne eocore en 182g. Le procès est moins sérieux à cause de l'absurdité qui répand du ridicule sur la cause.
M. l'abbé Buelem réunit à d^per plusieurs ecclésiastiques, et les régale, au dessert, d'une
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pièce de vers latins dans laquelle étaient les passages suivants :
« Nesch hœreticum Belga subire jugum, « Cahini impia soboles (i). .
Un faux confrère rétient ces passages , ou se fait donner copie de la pièce , et dénonce l'auteur et Touvrage. L'abbé , traduit en justice^ est condamné par le tribunal d'Anvers, en septembre 1827 y à l'emprisonnement pour avoir excité à la révolte ^ en mauvais latin, un peuple qui ne parle et n'entend que le flamand ou le français !
On pourrait citer beaucoup de procès également ridicules et souverainement injustes, puisqu'ils sont intentés d'après un arrêté rendu en i8i5, évidemment à cause des circonstances, qui n'a force de loi que parce qu'on l'a laissé subsister pendant dix années, contre l'esprit, ou plutôt contre les dispositions formelles de la loi fondamentale. C'est en vertu de cet arrêté-loiy dont on demande de toutes parts, dans les Pays- Bas, la révocation , que MM. Dupertiaux et de Potter subissent en ce moment les peines qui
^i) La Belgïtjùe né sait point supporter un joùg* hérétique La race impie de Calyin.
ks condamnent^ eux, à la prison^ et leurs juges à la honte. Les délits consistent dans deux articles de joarnauXy qu'il a fallu torturer ^ par une interprétation forcée^ pour en. faire un crime.
On présume bien de quelle nature sont les sentiments qu'inspire un ministre par les ordres duquel se font de pareilles poursuites, et Ton gémit à% la conGance (i) que lui accorde un souverain qui, sans ce ministre, serait adoré sans restriction , et mériterait de l'être.
En voilà bien assez pour atténuer le prestige de ceux qui nous vantent le gouvernement des Pays-Bas. Pour achever de détruire l'illusion , terminons par un court parallèle entre les im-positions de ce pays et celles du nôtre.
" Prenons pour exemple un loyer de i,$oo fr.
à Bruxelles, et un de pareille somme à Paris. Nous payons 5o fr. , et 7 fr. 5o c. de centimes additionnels; à Bruxelles^ on paie 7a fr. , et S2 fr. de centimes additionnels, ce qui fait
(i) Cette confiance est telle, que le ministre a mis en rapport avec le prince un Italien conda;iiné deux fois , pour fausse3 lettres de change, à la marque et aux ga-, 1ères perpétuelles. Les jugements et le procès- verbal de la marque ont été adressés au ministre , qui n'en a tenu compte .
io4 f'** ^v lî^u <l^ ^7- L'impôt de$ portes et fenêtres est dans la même proportion.
Mais dans les Pays-Bas, on a de plus : i"" Un impôt .sur les foyers, et par cheminée on paie 4 fr. 8o c.
'7,'' Un impôt sur le mobilier, et Ton paie pour le stége sur lequel on s'assied , le lit où Ton se couche, le bureau sur lequel on écrit, les tableaux dont on embellii sa demeure, etc. On a la liberté d'adopter une fixation d'après la valeur looative, ou de laisser procéder à l'éva-* luation. 59 Un impôt pour les domestiques : il 'est de i4 fr. par indiTidu* L'amende est de neuf fois cette somme pour un domestique ou un ouvrier non déclaré. 4^ Un impôt sur les chevaux ; pour un , l'on doit 58 fr. , y compris les 46 cent, additionnels, qu'on n'oublie jamais.
5* £niin l'impôt de mouture, le plus odfeux de tous^ parce qu'il frappe l'enfant qui vient de naître; il est semblable à l'ancienne imposition connue chez nous sous le nom de tail/e.
6 décembre. — Extinction de la mendicité.
— Ce problème est d'une solution difficile, si l'on en juge par l'inutilité des tentatives faites jusqu!à ce jour; mais il a toujours manqué quelques conditions nécessaires au succès d'une si
HÉMOIilES SECRETS. 4^^
louable entreprise, une ferme volonté, une persévérance infatigable, et le bonheur d'inspirer de la confiance : .M. de Belleyme parait les remplir. Ce magistrat, honoré des suf*f rages de ses concitoyens et des injures de la Quotidienne e.t de la Gazette ^ vient de faire tin appel à la charité publique pour éteindre la mendicité. Des souscriptions sont ouvertes, un * asile et des travaux sont offerts aux indigents. Depuis l'ordonnance prise par ce préfet, les mendiants ont en grande partie disparu. Quelques objections ayant été faites dans les feuilles publiques, ot des explications deaia^4ées»
M. de Belleymé les a données avec cette franchise qui dénote toujours des intentionfii droites et puiies , et qui jusqu'à présent a toujpurs été plutôt provoquée qu'obtenue.
8 décembre. — Des romantiques* — Upe jftte s'est établie, dans le courant de cette aqnée, sur notre théâtre. Nous voudioos, pour^e». parler , attendre qu'elle fût terminée , mais .elle ne parait pas prés de l'être.
Il s'agit des classiques et dea ron^ntjqi^^. En résumant la doctrine de ceux-ci, d'aprèf leurs conversations, car aucun d'eux n'a fait encore de traité spécial, elle peut être réduite à ce principe : « Peindre d'après nature, (aire parler
ses acteurs comme ils parlèrent en efiFet, repro^ duire au lieu dUmiter .
Ce principe est admis aussi par les classiques , à Texception qu'ils choisissent la belle nature , celle qui n'offense ni les yeux ni les oreilles; et qu'ils l'embellissent en ce sens qu^ils tâchent de diminuer les imperfections du personnage qu'ils font agir, et qu'ils adoptent. Ils exagèrent le bien. Les romantiques ne veulent point qu'on touche à la nature; mais, dans le langage qu'ils font tenir à leurs acteurs, ils rendent leurs idées avec trop de fidélité, sans faire aucun choix, et de cette manière exagèrent la mal. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'ils peignent avec emphase led choses communes. Ils croient faire illusion en plaçant des roses sur des plantes fétides, et ne s'aperçoivent pas que ces roses se flétrissent dès qu'elles touchent à ces plantes.
Les premier$ ont un excès de goût qui nuit à leur création.
Les séconids en manquent tellement, que les leurs approchent du' ridicule.
Il faudrait corriger l'un par l'autre.
Parce qu'Elisabeth parlait quelquefois latin , le jeune et spirituel auteur àLÀmy Rohsart (i)
(0 M. Paul**'^, auteur d!Amy Rohsart^ jouée sur lé thé4t«edé TOdéouy et dont la chute fut bruyante.
a cru devoir mettre dans la bouche de cette reine des sentences latines. II répondait à toutes les observations : Lisez les chroniques du temps^ vous verrez qu'Elisabeth mêlait du latin à ses conversations. Henri lY disait souvent aussi Dentre-sainUgris y et dans une tragédie dont ce roi serait le héros, lui conserverez-vous ce juron ? Le pédantisme nuit à la majesté royale. Il est possible que ce qui nous semble pédant ne le parût pas datlrle seizième siècle; mais nous parcourons le dix-neuvième.
Si Ton eût présentéX^ nature au lieu de IV/wfer, nous n'aurions aucun de nos chefs-d*œuvre. La chose est facile à démontrer. L'homme, loin d'être toujours en scène, ne s'y montre que rarement, à moins que son goût ne soit d'y paraître et d'y rester long-(empsj alors il s'étudie, c'est un rôle qu'il joue ; il cesse d'être dans la nature, encore est -il obligé d'y rentrer et de se dire, comme Andromaque :
Que' ces vains ornements, qne ces voiles Bie pèsent !
Le mobile du romantisme e3t excusable:
c'est l'amour de là vérité, mais de .la vérité telle qu'elle est, toute nue.
Il y a bien une autre question plus grave, plus importante, que nous ne pouvons qu'in-
4^6 «OUYEAUX
diquer, pârqe qu'elle mérite un e^ame^ approfondi^ et de série.uaes réfle^doos. G'e$t le sort de notre langue^ qui se trouve compromise.
Elle n'est pas plus éternelle qi^e ue le furent celles dc^ Grecs et des Romains; elle a brillé, elle est. devenue universelle, mais> comme toutes les choses de ce monde, elle ne peut avoir qu'une durée limitée. Le romantisme ne seriait-^il pais un signe de sa décadence ?...
:io décembre. — Dans le courant de ce mois , parmi le petit nombre de faits qui nr^ritent d'étr« conservés, il faut noter la dénonciation de M. Quiclet contre un conseiller d'État, président d'une cour royale^ frauduleusement poHé sur les listes électorales , parce qu'il ne paie pas le cens exigé : c'est M. Amy. Les preuves ayant été fournies, ce magistrat a été rayé, par arrêté du préfet de la Seine, en date du 9 décem* bre.
Le 10, Béranger a été condamné à neuf mois de prison et 10,000 francs d'amendie pour une chanson dont la culpabilité repose sur une interprétation , ce qui est 4!ontre le principe qui prescrit de prendre , lorsqu'il y a amphibologiie, le sens favorable à l'accusé; -
5i décerner e. — Résumé.'-^ Position du mi-
MÉMOIRES SEGHETS. /^ 2j
ni Stère. '-^Influence d^un diplomate étranger. -^ Comxae chacun doit être jugpé diaprés ses œuvres, nous voudrions pouvoir récapituler celles Jes ministre, parce que c'est la meilleure manière d'être just-e ; mais nous «ommes loin de les x^onnaitre toutes.
Voir les choses comme elles sont, c'est se mettre en état d'employer tous les moyens pos* sibles pour qu^elles deviennent ce qu'elles doi-^ Tent être. La plupart des fautes en politique n'ont d'autre cause que l'aveuglement naturel on feint de ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas voir les dioses telles qu'elles 8c»it.
Comme il ne faut pas se laisser co4Mluire spar des aveugles , sous peine de tomber avec eux , il importe de savoir si les ministpes chargés de nos destinées y voient olair , s'tls sont de honne foi , s'ils marchent d'un pas ferme dans la vém eonslitutionnelle. Je ne doute point de la droi^^ ture de leurs intentions ; mais il est possible que la crainte de marcher seiils les force de s'arrêter à chaque pas pour voir si on les suit^ pour faire signe d^arriver aux grands reiardatairesy pour écouter, enfin pour attendre et provoquer une impulsion, >car ils en ont be« soin dans leur rôle. N'étant que dépositaires du pouvoir, ils ne peuvent aller d'un côté pendant que le dispensateur de ce pouvoir irait de
Taulre. Ce sont autant de considérations qu*il est de toute justice de faire entrer en ligne de compte*
On a beaucoup plaisanté sur la création d'un ministère du commerce, dans un temps où, pour ainsi dire, le commerce n'existait pas; on disait que c'était un porte-feuille in partibus. Des plaisanteries ne sont pas des raisons. Le commerce languit faute de confiance, un ministre la fera-t-il naître? ne faut-il pas remonter plus haut? Ce sont des questions que nous n'examinerons pas. Four que la confiance revint, il faudrait une grande stabilité dans le gouvernement et une grande énergie. L'un et l'autre arriveront quand on entrera franchement dans les voies constitutionnelles , en suivant une marche qui prouvera qu'oii n'en veut plus sortir. En attendant , la commission d'enquête établie par M. de Saint -Cricq, pourra bien indiquer les maux et les remèdes : mais cela ne suffit pas .... tant que la confiance n'aura point reparu.
Nous avons fait voir (p. 79), que s'il n'était pas nécessaire d'avoir gagné des batailles pour êti^e bon ministre de la guerre, on ne devait rien conclure contre M. de Caux, de ce que cette condition lui manquait* Nous croyions d'abord, d'après 4a plaisanterie répétée, re-
tournée, ressassée clans les petits journaux (i), que ce ministre n'était point sorti de son cabinet; nous étions dans l'erreur. Nous n'avions pas réfléchi que sous Napoléon les épaulettes de colonel; pas plus que celles de capitaine, ne tombaient jamais sur des épaules bureaucratiques. Cependant il pouvait y avoii' une surprise : notre devoir était de le vérifier; et nous savons maintenant que cet ofiicier avait acquis tous ses grades, jusqu'à celui de maréchal de camp, par des services actifs aux armées (3).
(i) Toujours le même, et sur \e fauteuil qu'il occupe, qu'il use, etc.
(2) Sous-lieutenant du génie en 1793, il était chef de bataillon en 1799; il fit plusieurs campagnes aux armées des Ardennes et du Rhin , et se distingua aux combats de Derbach , de Dillingen , et au passage du Danube. Il fut chargé, par le général Moreau, de l'exé-^ cution de l'armisitice de 1799* Il passa de là successivement à l'armée de l'Océan et à la grande armée. En 1806, il fut chef d'état-major du génie à l'armée de réserve. En 1807, il fut appelé au ministère de la guerre pour y diriger la division du génie. Lors de l'expédition des Anglais en 1809, il fut nommé commandant du génie à l'armée qui se forma à Anvers , sous les ordres du prince de Ponte-Corvo. Il contribua par de bonnes dispositions, par la construction rapide de plusieurs forts sur l'Escaut, à faire échouer une des entreprises
4So NOUVEAUX
A dater de 18149 les grades sont venus sans combat^ sans escarmouche même , à M. de Caux comme aux autres militaires, depuis quinze ans qu'on n'a tiré un coup de canon , ce qui n'est pas leur faute , car ils sont véhémentement soupçonnés d'aimer mieux cette musique que celle de Rossinî.
En entrant en fonctions . ce ministre annonça qu'il s'occuperait du soin de chercher les meilleurs moyens d'introduire dans l'organisation et dans l'administration de l'armée tous les perfectionnements dont le besoin se faisait sentir. il débuta par provoquer la création du conseil supérieur de la guerre , qui n'a pas été à l'abri de la critique; on prétendait que le ministre voulait s'affranchir de sa responsabilité ; mais comme il prend les décisions et propose les mesures à la sanction royale , ce reproche n'avait aucun fondement.
Un grand nombre d'ordonnances (i)^ toutes
des Anglais les mieux combinées et les plus dangereuses pour la France* Ce fut alors que Napoléon » content du service qu'il venait de lui rendre, le fit colonel. Tek sont les faits qui prouvent que M. de Gaux n'a pas été toujours assis dans un fauteuil.
(t) Celles, entre autres, du 21 mars 1828, du 2 no-^ vembre de la même année.
dans lesîniérêU de l'armée, prouve que M. de Caux a senti l'importance de ses devoirs. Mais ce qui rendra son ministère remarquable, c'est le code de justice militaire qu'il doit présenter à la prochaine session parlementaire. Ce code fera disparaître une législation bizarre, cruelle, qui n'est plus en harmonie avec nos mœurs, et dont on demandait depuis long-temps la soppresMon.
En général , les mesures prises par M. de Yatîmesnil ont été sanctionnées par l'opinion. Il manque à ce ministre la connaissance des hommes, inconvénient majeur dans un fonctionnaire chargé d'une partie de leurs intérêts.
Si nous songeons à ce que faisait ou laissait faire M. de Corbière, nous n'aurons que des éloges à donner à M. de Martignac ; mais il est dflns notre nature de nous accoutumer si promptement au bien , que le mal qui n'est plus s'é-» vanouit comme une ombre. Cet effet rapide nous rend exigeants , et cherchant toujours le mieux , nous cessons de tenir compte du bieu^
L'amélioration des prisons , le déblaiement de la Toie publique , monopolisée sous M. de Corbière, et encombrée^ dans les intérêts de k police, par des jeux de hasard, par des échoppes obseivatrices j sont des résultats qu'on ne peut
nier; mais ce qui mérite le plus notre attention, c'est cette police rendue enfin à sa nature primitive, pour ne plus être que ce qu'il faut qu'elle soit dans l'intérêt de la société, laissant parler, agir, gesticuler, se mouvoir, sans interpréter le geste, le regard, la pose, la marche, d'un cha* cun. L'honneur en est à M. de Belleyme , sans doute; mais celui qui a le pouvoir d'empêcher M. de Belleyme d'entendre la police de cette manière, celui de qui ce magistrat dépend, n*at-il donc pas sa part du mérite? M'est- ce rien que d'approuver des mesures utiles et protectrices quand on est mai tre d'en faire prendre de nuisibles et de vexatoires? Croit -on que> M. Franchet eut laissé faire M. de Belleyme?
Si nous passons dans une sphère plus agrandie, nous trouvons le ministre préparant des lois d'un haut intérêt, telles que les lois départementale et municipale, qu'il faut connaître avant de juger.
Du reste, l'opinion sur ce ministre, comme sur tous les autres , ne peut se former que d'après l'examen de la position dans laquelle ils se trouvent.
11 semble donc nécessaire , en terminant cette revue avec l'année dont elle rappelle lea événements, de faire connaître avec le plus de précision possible la position du ministère à
l'entrée de sa seconde campagne ; car les sessions sont autant de xériiahle» campagnes de guerre, et le seront jusqu'à ce que la cour , le ministère y les deux chambres et le peuple , suivent la même voie , ce qui ne parait pas devoir être prochain.
Que penserait -on d'un général qui ferait marcher contre l'ennemi une troupe disposée sinon à passer du côté de cet ennemi , à cause de certaines considérations qui la retiennent , du moins à ne pa$ agir hostilement , à le ménager, et même à le favoriser en tant que faire se pourra? On dirait que ce général est un insensé s'iLconnait l'esprit dont sa troupe est animée; mais siy pour sa justification, il répondait qu'il a des ordres supérieurs ou qu'il est sous une influence qui le maîtrise et dont il ne peut s'affranchir? Et cependant il faut bien avouer que telle est à peu près la position du ministère (i). Pour faire exécuter ses décisions, il est obligé d'employer des fonctionnaires dévoués à ses prédécesseurs qui les ont placés. Il est vrai que plusieurs de ces fonctionnaires s'étant vendus, il est possible qu'il n'y ait, avec
(i) Ne pourrait-on pas la peindre d'un mot, en disant que le ministère est royaliste , mais que la cour
n'est pas ministérielle?
ceux-là, qu'à continuer la solde corruptrice ou l'exécution du marché. Tous, d'ailleurs', n'étant mu9 que par leur intérêt , il s'agit de ne faire de cet intérêt et de celui du ministère qu'un seul. Il doit y avoir dans la sphère ministérielle un centre d'attraction doué d^assez de force pour opérer ce résultat.
Il est à craindre que la situation ne soit celleci : lé ministère, contrarié dans sa marche, va se trouver en présence de la chambre des députés au même point 'où il était à ^'instant de la clôture. Les députés, qui ne l'ont pas perdu de vue, ont tenu note de ce qu'il n'a point fait et qu'il devait faire, note beaucoup plus difficile que l'opération contraire; alors croyant que pour obtenir ce qu'on veut il faut demander beaucoup pins, ils exagèrent leurs prétentions, au lieu de tenir compté des niiôtif^ qui ont empêché de faire. Ces prétentions exagérées fe rôtit dire à la cour îvous voyez bten, la Quo-^ tidienné rous VsLVdiit bien dit, la Gazette vous Tàvàit vociféré.
Alors le ministère se jette sur la droite; mais là droite ne lui donne point la- majoi4té : de là, renvoi du ministère ou dissolution de la chambre. .
M. Guizot s'est occupé de la session de 1828, et des divers jugements donrt elle est l'objet.
A Paris^ on en est satisfait; dans les départements on se plaint. Upe troisième opinion trouve la chambre terne ^ froide, sans ascendant moral.
M. Guizot pense que nous faisons à la politique une trop large {Ktrt. Il a raison ; mais c'est un fait y un entraînement, une habitude, une nécessité. Il n'y a ni intention ni doctrine, et conséquemment point de remède.
Ce que dit le savant professeur sur la physionomie du ministère est remarquable; mais, comme où va le voir, il ne dit pas tout.
a Le caractère saillant, original du ministère actuel , c'est à^être chargé de donner satis- Jaction d^un mous^ement libéral^ et de n'être point libéral lui-même; il n'est point libéral selon la pensée et le langage du gouvernement représentatif (i). Aucun de ses membres n'est
( 1 ) Ce langage 6st remarquable autant par ce qu'il laisse entendre que par ce qu'il exprime. L'auteur étabHt un principe qui introduit les passi<)ns dans \é gouvernement; un ministre n'en doit point avoir; son devoir «st de rechercher l'intelligence et la probité dans le. choix des administrateurs, et non point de savoir s'ils parts^ent son opinion. C'est cette erreur qui a causé la chute méritée du dernier ministère ; il exigeait du royalisme et de la religion , ' on lui en donna tant qu'il eii voulut; de grands mots> de belles protestations suffisaient. Il y eut une hypocrisie de roya-
sorti des rangs ardents ou modérés du parti libéral, n'a été porté par cette influence; MM. Hyde de Neuville et de La Ferronnays viennent de Témigration; MM. de Martign*ac, Portalis, de Caux, n'ont jamais professé les doctrines y partagé les fortunes libérales. Ils sont au nombre de ces hommes sages , selon les uns, timides, disent les autres, qui se sont tenus en dehors de toutes les doctrines, de toutes les fortunes de parti , libres de lout engagement un peu précis, un peu irrévocable (i); uni-quement appliqués à gouverner leur esprit et leur vie avec bon sens et probité, selon les
li^me comme de religion ; il y a de même une hypocrisie de libéralisme. tJn des pliis notables libéraux aujourd'hui est connu de tout le monde comme le partisan du gouvernement absolu ; il n'abuse personne que luimême, parce qu'il est persuadé qu'on le^ croit ; mais son nom sert , voilà le mal. Le principe ne doit pas être de prendre un homme dévoué, mais un homme capable et probe. Il est dévoué à ses devoirs. Tout autre dévouement est suspect et toujours accompagné d'une ambitieuse médiocrité. Le mot de M. de Talleyrand à ses employés , pendant qu'il était ministre des relations extérieures , est plein de sens quoique épigraihmatiquc. « Surtout , « messieurs, leur disait^il, point de dévouement! »
(i) Locution vicieuse : il n'y a point de gradation dans Virré^rocabilité , si l'on peut se servir de ce mot.
temps et les faits. Non*«seuIement les ministres sont tels, mais c'est ce qui les a faits ministres; ils ont été choisis à ce titre qu'ils n'étaient point des libéraux; et pourtant, quoi qu'on ait pu s'en promettre ou en craindre , c'est bien dans lé sens libéral qu'ils ont été appelés et amenés à gouverner; malgré la réserve de leui*s actes et de leur langage , il a été bientôt évident que leur situation leur en faisait une loi; loi que tôt ou tard, plus ou moins, ils comprendraient, accepteraient et accompliraient bien avant d'en convenir. Ainsi une chambre assez inquiète d'être officiellement libérale, et un ministère qui ne Test point , voilà ce qu'a produit jusqu'ici le mouvement électoral de 1827. >i Gss observations paraissent justes, mais M. Guizot n'a indiqué qu'un côté de la position du ministère : elle est très-remarquable, cette position. Un ministère qui satisfait à un mouvement libéral sans être libéral , fait une grande concession ; mais s'il reçoit une impulsion à laquelle il est obligé d'opposer une force d'inertie, et que cette impulsion non-seulement soit antilibérale, mais encore contre l'opinion ou le sens intime des ministres, on conviendra qu'ils se trouvent dans la position la plus bizarre. , En effet, ils marchent dans une voie qui leur parait dangereuse ou semée d'écueils, et sont
poussés dans une autre qui leur semble plus dangereuse encore (qu'ils ne prennent pas), et par une opinion qu'ils ne partagent point; de manière qu'ils ne sont point. eux-mêmes, et qu'ils passent leur vie entre la résistance et les concessions ou des sacrifices. Il est possible que M. Guizot veuille insinuer cette particularité dans le passage suivant :
« Ce n'est pas tout, dit^lf indépendamment des embarras qui sont de leur fait et proviennent de leur propre nature , la chambre et le ministère ont à chaque pas deux conquêtes à faire, deux obstacles à surmonter; il faut qu'ils déterminent la conviction et la volonté , d'abord du r(H, puis de cette classe d'hommes invaria-^ blement flottants qui siègent sur la limite.des deux opinions moyennes , et qui, soit extrême timidité, soit ombrageuse indépendance, ne s'engagent, jamais à rien ni à personne, pas même à voter demain dans le même sens qu'aujourd'hui. »
Ce serait une folie que d'entreprendre d'en-* rôler de pareils hommes, et le publiciste en donne des raisons suffisantes dans l'exposé même qu'il fait de leur conduite et de leur manière d'être. ; •
M. Guizot fait voir avec la dernière évi« dence « qu'en droit comme en fait, l'opinion
MÉMOIRES SP.ÇRETS. 4?Q
du roi , la voloulé do toi , . la pen^oime du roi , tieadront toujours > une grande place dans le
système représentatif^ et que ^es croyances, ses sentiments, ses habitudes^ ses antipathies^ ses goûts, seront autant de faits qu'il faudra prendre en considération, jp,.
Rien n'est moins douteux; mais il n'en faut pas conclure que, \b.. fiction des Anglais blesse la, vérité et île doive pas être admise. £n ledéclarant infaillible^ ils ont fait de leur prince un être idé^l, et de celqi qqi l'outrage un être privé de sens ^t de raison.; Ils ôtent entièrement au roi le pouvoir de nuire , et, lui laissent toute latitude pour faire le bien. Quant au mal, ils supposant qu'il n'en peut jamais avoir l'idée, la volon té ^ l'intention» De là cette somme de respects extérieurs pouf cette espèce de demi^lieu (i). .
On peut appliquer à notre gouvernement l'observation faite par Fox sur celui de son
pays-
(c .11 y aura toujours , dit^il^ ^ans le pouvoir de la couronne ,, une solidité supérieure au pour voir de toute association, de tout parti, et même
I ■ ■ ■ ■ I ■ ■■ ■ I I ■ I ■ Il ■ ■■ IMW ■ W ^ I. ■ ■■ ■ Il ^—^^■^■^■^1^— — ^^^i— — ^É— — 1^11^^ Il ■ ■ I ^—i^^
(i) 11 ti'en pouvait être ainsi d'une nation au roi de là({ueUe une courtisane pouvait dire impunément : La France, ton café , etc.
44o NOUVEAUX
de Fune des deux, autres branches de la lëgis-e
lature. Un parti peut avoir de l'influence^ mais à proprement parler, il n'a point de pouvoir. Les deux chambres du parlement ont beaucoup dé pouvoir, mais comme corps, peu ou point d'influence. La couronne, au contraire, réunît l'un et l'autre ; et lorsqu'elle saura les employer avec sagesse et persévérance, elle écrasera toujours une opposition quelconque, jusqu'à ce que la force et la fidélité des attachements de parti se trouvent accrus dans la même propor* lion que l'influence du pouvoir exécutif. »
Fox a oublié de dire que ces attachements de parti n'avaient pas lieu tant que la couronne usait avec sagesse de son influence et de son pouvoir; c'est lorsque cette condition cesse qu'ils se forment et se cimentent.
Pour en revenir au ministère, nous répéterons qu'il faut attendre pour le juger. Peut-être se souvient-il a qu'il n'y a rien dans le monde qui n'ait son moment décisif; que le chef-d'œu* vre de la bonne conduite est de connaître , de saisir ce moment , et que les hommes d'État sont plus estimables par ce qu'ils ne font pas dans certaines occasions que par tout ce qu'ils y auraient pu faire. » N'eût-il produit d'autre bien que d'arrêter l'invasion générale de la puissance sacerdotale en France, il nous aurait
rendu un signalé service ; quand on songe que ce cette puissance s'élôve au-dessus des autres dominations, se fait loi avant la loi, et prenant ses droits en dehors de l'humanité, se fait un droit de n'en reconnaître aucun. »
Quoique nous ne soyons occupés que de notre politique intérieure, il serait peut-être utile de dire un mot de la politique étrangère et de son action sur notre gouvernement; mais elle peut être représentée par un seul personnage.
En effet, il entre pour le montent, dans les éléments de nos destinées, un homme dont il faut parler, parce que son influence sur les quinze dernières années de notre existence sociale s'est fait sentir, et que notre avenir n'en est pas à l'abri. Cet homme , c'est le prince de M etternich ; s'il eût été connu de Napoléon comme il l'est maintenant de nous, si le conquérant eût fait plus d'attention au diplomate , sa chute eût peut-être été moins rapide. Mais il repoussa les avances du ministre autrichien; il le dédaigna, et le dédain , pour un homme qui se sent, e$t voisin du mépris; et le mépris ne se pardonne jamais, et Metternich jura de se venger, et il se vengea... cruellement. ..
Metternich est aujourd'hui, et depuis longtemps^ la pierre angulaire de tout l'édifice diplomatique européen : merveilleusement se-
44^ liOUYEAUX
condé par les circonslances , on lui fait un mérite personnel de leur concours.
Mais , quelle que soit l'habileté de cet homme d'État 9 il est parti d'un principe faux, d'un point douteux , et pour n'avoir pas vu ou voulu voir la vérité ^ il n'a qu'une réputation équivoquei^ et sa mémoire sera maudite un jour.
Son erreur dépend du point de vue où ii s'est mis pour considérer l'état de la civilisation , la marche des idées, l'influence de la révolution française. S'il a bien connu tout cela, il n'a pas voulu en convenir avec lui-même ; alors il y a mauvaise foi : s'il a cru pouvoir faire reculer, ou seulement arrêter le mouvement , il y a de l'orgueil : ainsi il encourt inévitablement l'un des deux reproches. Quelle que soit la cause, l'effet est le même ; c'est-à-dire il a voulu , il veut l'établissement du pouvoir absolu : c'est son idée fixe ; il y travaille sans cesse : mais c'est à cette ^volonté que cet effet s'arrêtera.
De toutes ses démarches , de toutes ses intrigues, dQ toutes les instructions qu'il donne à ses agents , à ses correspondants , à ses partisans f résulte un état continuel d'hostilité entre les gouvemenients çt les. peuples.
Non content de l'influenccqu'il .exerçait dans son pays, il a voulu l'étendre dans les autres.
Sa puissance étant ou devant être en raison
MÉMOIUES SEGHETSé 44^
dç eelle du spuveraixi. qui lui a;copfié ses iatéréts^ U a. dû s'occuper de tous les moyens d'accroître celle-ci.
Cette puisfan.ce ^'augmentait de toutes bes pertes que pouvaient faire les États rivaux ou voisins : il fallait donc les affaiblir.
C'était les affaiblir que d'inspirer aux princes qui gouvernent ces États l'horreur des idées constitutionnelles; d'empéçber qu'ils ne vissent qu'en s'appuyant sur ces idées ils établissaient leur autorité 9ur une base inébranlable : enfin de leur faire séparer leur intérêt de celui de leur peuple y et le but constant de M. de Metternich a toujours été. d'obtenir ces résultats. Mais l'objet particulier de son attention et de ses inquiétudes était la France; il ne l'a jamais perdu de vue. Depuis quinze ans on le retrouve dans les intrigues faites pour troubler notre tranquillitç. Il a senti quelle réunion unique de circonstances forçait, en quelque sorte, le gouvernement de cette France à en faire la prospérité mçilgré lui. Le souverain de ce pays pouvait devenir franchement constitutionnel ; dès -lors son pouvoir, plus fort que le pouvoir absolii, parce qu'il était plus. durable et sans obstacle, le rendait le prince le plus.puissant de l'Europe : l'exemple pouvait être contagieux. M. Ve Met" ternich vit avec effroi toutes ces possibilités ; il
se hâta d'entretenir les préventions contre les idées constitutionnelles^ en les signalant comme une tendance au républicanisme, comme un héritage des jacobins. Il fit voir la ruine et la destruction dans ce qui devait être une cause de conservation et de puissance. Il fut merveilleusement secondé par une cour ignorante et saturée de préjugés, par le parti prêtre, par le dernier ministère.
L'état de paix avec tant d'éléments de guerre prouve combien on met dé prix à la conservation de cet état. Il est facile de deviner à quel danger seraient exposés ceux qu'il n'est pas besoin d'indiquer. Supposez cette paix rompue, et un peuple soumis à un gouvernement constitutionnel, dont le monarque veut franchement le règne des lois auxquelles il a concouru et qu'il a jurées ; ce peuple est uni avec son roi ; il n'a point d'autre intérêt que celui de conserver l'heureuse situation dans laquelle il se trouve; il né peut être' mieux : il est invincible. La guerre devient natioifale , et malheur aux ennemis qui viendraient l'attaquer! Supposons encore que ce tableau ne soit point imaginaire ( et tant d'espérances bien fondées , tant de prohabilités concourent à réaliser prochainement dans un pays cette hypothèse, qu'il est permis de la faire ) ; qui ose douter de la puissance de
ce pays ? C'est parce que M. de Metternich en est convaincu que tous ses efforts tendent sans cesse à reculer cette époque; et nous devons convenir^ d'après la connaissance que nous avons de son habileté , que s'il n'a pas réussi , c'est qu'on ne lutte pas contre Y impossibilité. Il est douteux qu'il croie aux succès ; mais il a vu qu'il pourrait retarder le moment tant redouté par lui : cela lui suffit. C'est un fiévreux , heureux par ses rêves , et qui lâche d'en prolonger la durée.
Voyons cette habileté :
M. de Metternich , en faisant accroire à l'empereur Nicolas que y s'il s'occupait uniquement de la Turquie , la révolution recommencerait, a obtenu les deux résultats qu'il désirait. Le premier était de faire ménager les Turcs qu'il favorisait en secret; le second , de tenir toujours contre la France des forces disponibles. Dans cette double intrigue il persuadait à Charles X qu'il aurait besoin des Russes , à Nicolas qu'il était dans son intérêt de venir au secours de Charles.
Ce calcul n'a pas été favorable aux armes des Russes f qui sont entrés en campagne avec des forces insuffisantes; mais cette considération avait très- peu d'importance aux yeiix du diplomate , et l'affaiblissement du colosse entrait
d'autant mieux dans ses vues, qu'il lui restera toujours y dahs tout état de cause , de puissants moyens contre la France.
Si l'on exigeait l'indication des faits d'après lesquels nous motivonf notre opinion sur M. de Meiternich, nous n'aurions que l'embarras du choix. Content6ns*-nous de rappeler ce qui s'est passé à \â diète de Hongrie.
Au mois de novembre i825^ il fut prononcé à cette diète, en séance secrète, un discours qui met au grand jour le système de la diplomatie autrichienne, c'est-à-dire le despotisme inquiet et traoassier du gouvernement de ce pays. Voici les termes dans lesquels s'exprimait le député hongrois.
« Parmi les branches d'une administration qui détient de plus en plus stationnaire , il en est une surtout qui donne lieu aux plaintes les plus générales et les plus graves : c'est la manière à la fois mesquine et absolue dont la censure est exercée eh Autriche et en Hongrie j elle est monstrueuse, étTon n'en a aucune idée dans les autres parties de l^Europe. « On verrait « avec plaiisir, en Autriche, disait le chef, et « Ton régarderait comme' uh grand bienfait, « que pendant les vingt- cinq prochaines an- « nées, on n'imprimât que des livres de prières « et de cuisine. » Des faits innombrables.
ajoute rorateur y prouvent que ce qu^on aurait du regarder comme une mauvaise plaisanterie , était véritablement sérieux. Notre index n'é-^ pargne nullement les sciences exactes , et comprend aussi les livres de prières^ de cuisine et de jardinage. La célèbre prophétie relative à l'existence de l'Autriche jusqu'à la fin du monde, cette inscription mystique de l'empereur Frédéric IV:A.E.I.O.U. (^Austria erit in orbe ul-lima), art-elle été interprétée de cette manière : l'Autriche doit être la dernière dans, les coh'' quêtes des ^arts et des sciences P ha. censure est non-T'Seulement odieuse , mais méprisable. En Autriche les meilleurs ouvrages sont jugés par les hommes de la police, qui généralement n'ont pas fait d'études, ne savent. pas iméme l'orthographe, et auxquels on peut parler des guerres de Cyrus ccmtre Charlemagne, ou de celles de saint Louis contre Gustave -Adolphe, sans qu'ils aient le moindre soupçon qu'on les mystifie. » ' V
dette indépendance dans le langage du député semble être en contradiction avec la mesure sur laquelle il verse le ridicule à pieîn^es mains ; mais c^est un membre des États de Hon-^ grie qui usé>de son droit avec impunité , tandis que le gouvernement autrichien, de son côté, n'y fait aucune attention.
M. de Metternich croit ne pouvoir gouverner sans une pareille institution ; car par la manière dont elle est organisée, la censure d'Autriche est une véritable institution. On prétend qu'il harcèle sans cesse notre gouvernement pour la lui faire adopter, et que c'est à ses pressantes recommandations que la censure parut à diverses époques, mais toujours repoussée.
Une autre disposition de ce ministre est ainsi conçue : « Si quelqu'un s'est fait connaître , même dans un temps éloigné , par ses idées libérales f on ne permet pas à son fils de faire ses études , quand même le père serait mort depuis long-temp8« »
Les jésuites étaient connus et signalés sous leur véritable jour, dans cette diète de Hongrie : « Ces religieux surent enchaîner l'esprit humain, dit le même orateur; leur morale sut capituler avec les vices favoris des grands. Us ne reconnaissaient qu'un chef suprême, qui était à Rome. Ce que l'on entend par dynastie et nationalité n'était pour eux que des objets du troisième et du quatrième ordre » et il leur eût été fort indifférent que la maison de Hapsbourg fût détrônée. Leur esprit inventif avait des synonymes et des équivalents pour tout, et des abso-> lutions pour tous les crimes, pourvu que Rome et leur ordre ne fussent pas compromis. »
Il y a du danger pour un prince à se servir de cet ordre, parce qu'il court le risque d'être entraîné dans sa sphère d'attraction , au lieu de le faire entrer dans la sienne; c'est ce qui explique la conduite de M. de Mettemich avec les jésuites; il a mieux aimé adopter leurs maximes secrètes de gouvernement.
En i8i5, lors de la seconde invasion, M. de Mettemich engageait les puissances européennes à ne pas se borner à exiger de la France les garanties qu'on pourrait trouver dans les institutions politiques et dans une occupation m\\\i2ÀTe momentanée ; il insistait fortement sur des cessions de territoire et de places qui la privassent du système de fortifications établi sous le règne de Louis XIV. Il désignait spécialement les forteresses de la Flandre ^ de l'Alsace, de la Lorraine , de la Franche-Comté , et de la ligne du midi. Il proposait de raser les unes, et de donner les autres aux pays limitrophes. La garde nationale était particulièi:ement représentée comme une institution offensive qui donnait de l'inquiétude, et M. de Mettemich établissait le droit prétendu des alliés de s'immiscer dans le régime intérieur et dans l'examen des institutions qui convenaient à la France. Il l'a conservé Je ^a/f, ce droit, pour lui, et l'exerce par insinuation.