RENÉ BAZIN
dont les conseils et les encouragements
me furent
si généreusement prodigués
je dédie
ces
en témoignage
de mon admiration
et de mon affectueuse gratitude
// a été tiré de cet ouvrage:
4 exemplaires sur Japon impérial, 2 exemplaires sur Hollande,
numérotés à la presse de i à 6,
et )Oo exemplaires sur Alfa non numérotes.
Pardonnez-moy s'il y a que redire En ce livret lequel je vous envoyé :
Meilleur Tariez se meilleur je l'avoye; Mon beau seigneur je suis petit ditteur, Mais ie l'ay fait ainsi que je savoye.
{Le Pas d'armes de la Bergière, par Loys de Beauveau, seigneur de Champigné.)
Lecteur sévère et rare, l'humble auteur de ces lignes, te présente aujourd'hui ses « Nouveaux Poèmes de l'Anjou », ou, si tu l'aimes mieux, la suite à la » Chanson de l'Anjou » qu'il te promettait déjà lors de l'apparition de cette dernière.
Encouragé par les éloges, voire les critiques
dont fut l'objet son premier livre, il offre à ton jugement et à ton impartialité cette nouvelle œuvre. Ne va pas en arguer, toutefois, qu'il croit avoir atteint la cime de perfection vers laquelle gravite tout véritable artiste Non. Il faudrait, pour cela, qu'il eût une confiance illimitée dans ses propres forces, et, justement, il en connaît toute la faiblesse Seulement, comme elles sont pleines de patience et de volonté, il ne lui déplait pas de confesser, avec un sentiment de juste orgueil, qu'elles l'ont invariablement orienté, lui, si peu savant, vers l'éminence lointaine et radieuse qu'on appelle : l'Art.
C'est donc, tourné du côté de cette lueur majestueuse qu'il écrivit, depuis le premier jusqu'au dernier vers, ses « Nouveaux poèmes de l'Anjou. »
Pourtant, il s'empressera d'ajouter que.
s'essayer à dégager un peu de beauté, n'est pas.
en Anjou, une chose dont on doive s'enorgueillir. N'est-il pas naturel que le cœur chante et que la main peigne, quand l'azur et le sol d'un tel pays les invitent à chanter et à peindre.
Qui ne serait poète sous le rayonnement d'un tel ciel! Qui ne serait peintre dans une semblable nature !
Ils sont si beaux et si prenants les horizons angevins! Elles sont si vertes, si parfumées et si fleuries les routes qui serpantent à travers nos champs ! Elles sont si pittoresques les rues de nos antiques cités — celles que le cordeau moderne n'a pas encore banalisées, — qu'on ne peut guère s'extasier devant ceux-là, cheminer au hasard des autres, sans percevoir, tout à côté de soi, le frôlement austère et lumineux de la Muse.
Mais, puisqu'il vient d'évoquer en vision, les vieilles rues du vieux temps, il t'apprendra, lec-
teur rarissime, qu'il leur a voué un véritable culte. Il t'avouera, sans la moindre rougeur au front et sans s'inquiéter de tel effarouchement possible, que c'est, sous l'influence de cette passion, qu'il s'attarde à décrire, avec toute l'exactitude dont il est capable, les figures grimaçantes et les satyres incongrus, que le moyen âge si magiquement artiste, étala avec tant de hardiesse et tant d'esprit à la façade de nos maisons gothiques. Car, après la nature, seules les choses du passé, et principalement, celles de cet exquis moyen âge, ont le don de captiver sa pensée et son rêve. Elles ont sur lui la puissance de l'aimant, et. toujours il préférera aux « bâtisses d'à présent » sans caractère et uniformes, les doux logis rieurs et fantaisistes de jadis: ainsi qu'aux Tours Eiffel de l'avenir, les cathédrales des siècles disparus.
Aussi est-ce. en vertu de cette irrésistible
attirance, qu'il s'astreignit à rimer en rondels, rondeaux et ballades, c'est à dire dans les formes chères aux Charles d'Orléans, aux René d'Anjou, aux François Villon, aux Clément Marot, à tous les bons maîtres d'autrefois, la plupart de ses « Nouveaux Poèmes de l'Anjou. » Et c'est pour la même raison qu'il tient avant tout et surtout à rester un artiste provincial, à n'être que de son pays, à ne pas dépasser les bornes de son département, non, de sa province, cette expression étant et plus vieille et plus douce.
Il voudrait revenir aux belles traditions artistiques de ce passé si glorieux et si riche, aux époques lointaines où les créateurs locaux, artisans de toutes sortes : architecteurs-maçons peintres verriers, statuaires, imagiers, orfèvres, menuisiers, tourneurs, savaient rester euxmêmes, avaient une manière à eux, n'imitaient jamais, ne se préoccupaient pas de ce qu'on
élaborait ailleurs, se contentaient de méditer longuement, de discuter avec leur pensée, et, enfin, après de patientes recherches, après de "raves réflexions, sortaient de leurcerveau et de leur âme. une œuvre profondément personnelle, identique à leur Rêve, frissonnante et vivante.
Si bien que, chaque province se distinguait par une expression artistique qui lui était propre, ainsi que par un idiome qui n'appartenait qu'à elle; si bien, qu'une église du pays de Nominoë ne ressemblait pas plus à une église du pays de Foulques Nerra, que les rives de la Loire ne ressemblent aux falaises de la Manche ; si bien, qu'un bahut breton avait un tout autre caractère qu'un bahut angevin; de sorte que, fers ouvrés, bijoux, tapisseries, costumes, coiffages, tout, en un mot, rayonnait, suivant les lieux, d'un éclat particulier !..
Oh ! combien il vous remercie, bretons aux
larges chapeaux enrubannés, aux habits ornés de boutons luisants comme des étoiles : bretonnes aux coiffes hiératiques et sévères, aux tabliers voyants et soyeux; montagnards contemplatifs, au chef couvert du traditionnel béret bleu ; sablaises aux jupes courtes et bariolées ; et vous angevines qui vous nimbez de votre bonnet léger et frétillant! Oh! combien il vous est reconnaissant de consentir parfois, à vous dresser devant ses yeux comme un souvenir animé de la belle France originale et chatoyante du temps passé !
Et c'est pourquoi, semblable à vous, fidèle à son milieu provincial, l'humble poète de ce livre, s'efforcera de rester dans cette note qu'il préconise et qu'il aime.
Alors il continuera de parcourir son Anjou, et, si « Dieu lui prête vie », il extraira de cette mine inépuisable et verdoyante, maintes
légendes et maintes histoires ; il y découvrira de nouveaux sites ; il y apercevra, tantôt dans la lumière rose des aurores, tantôt dans la mysticité des nuits lunaires, des profils druidiques, des ruines de donjons et de manoirs qu'il ne connaissait pas; il y verra surgir dans des soleils de gloire, des figures de preux et de trouvères: or, comme ces légendes seront dorées et ces histoires jolies ; comme ces paysages seront splendides et riants ; comme ces dolmens et ces manoirs se présenteront à lui en des silhouettes étranges et fières, pleines de souvenirs héroïques; comme ces Images de preux et de trouvères projetteront autour d'elles une clarté radieuse, il les chantera ! Car, dès qu'il vous contemple, merveilles de sa terre natale, sitôt qu'il évoque vos ombres, hommes illustres de son pays, il sent en lui quelque chose qui l'incite à vous magnifier ! Et cette chose c'est
Toi, déesse harmonieuse et blanche, Toi, dont l'amour le prend tout entier, dont l'aile l'emporte éperdument à travers les espaces du ciel. Toi sa vie : éternelle Poésie !
21 septembre 1904.