NÉ A MONTREUIL-BELLAY, MORT EN DUEL A PARIS
A Charles BERJOLE
Lyrique et jeune il s'en allait sous les feuillées,
Par les chemins riants « tout seul avec son cœur »,
Foulant l'herbe et les fleurs que l'aube avait mouillées.
Il se grisait d'air pur comme d'une liqueur. Tout en suivant le vol d'une « Bergeronnette », Son âme s'emplissait d'une étrange langueur :
Tandis que l'oiselet sifflait sa chansonnette, Lui, poète, il songeait aux choses de l'amour, Aux charmes que dégage un col de bergerette.
Il allait, tantôt triste et tantôt plein d'humour. Il laissait, librement, ses « errantes pensées », S'enfuir, blancs papillons, dans la splendeur du jour.
Parfois, près d'un « marais » aux rives nuancées, Il restait, écoutant le radieux fredon Des ailes et le bruit des tiges balancées.
Alors il demeurait en un mol abandon ;
Mais, soudain réveillé par quelque joyeux rêve,
Vite il mettait en vers le « Curé de Meudon ».
Si, marchant au hasard, par la plaine ou la grève, Il découvrait au loin les tours d'un vieux manoir, Que le Temps, jamais las, ronge, ronge sans trêve
II évoquait bientôt en un doux nonchaloir. Un beau Loi's penché près d'une châtelaine, Bavardant tendrement à la faveur du soir.
Puis, il continuait par la grève ou la plaine, Semant de tous côtés des vers et des chansons Que les printemps aimaient confondre à leur haleine.
Cependant, délaissant le bleu des horizons,
Un jour il arriva dans une grande ville,
S'exila des sentiers, des champs et des buissons :
Il vit Paris ! Paris et sa foule mobile ; Paris dur aux oiseaux, cruel aux ménestrels, Qui broie à la fois l'aile et la lyre fragile ;
Paris dont le cœur vibre aux rythmes éternels, Mais cité qui, souvent, se fait sombre et fatale, Cache dans ses recoins l'arme aux éclairs mortels,
Et laisse enfin tuer froidement un Dovalle !
GARNIER François-Claude