AU MAÎTRE
David, sois donc trois fois loué parmi les Maîtres ! Sois loué par le chœur homérique des êtres, Toi dont le sonee immense embrassa l'univers!
Sois loué, soi« trois fois loué, pur statuaire, O titan, sur lequel la mort mit un suaire Que n'attaquera pas l'affreuse dent des vers
Car ce drap impalpable est le tulls de gloire
Qu'à peu d'hommes réserve hélas! la sombre Moire,
Et le tien a pour trame un réseau de rayons!
Il est entièrement tissé de la lumière
Dont le cercle éternel miroite aux fronts de pierre
Que tu perpétuas en blanches vivions :
Car le marbre impassible et l'argile glacée
Se métamorphosaient sous tes doigts en pensée :
Une âme revivait soudainement en eux!
Et la Moire devant ta force et ton audace.
Reculait, comme une ombre infâme qui s'efface.
Lorsque tu reprenais les grands morts à ses nœuds.
Mais tu n'attendais pas en ton impatience, Que tes contemporains de Rêve ou de Science, Fussent dans le tombeau pour les rendre immortels : Aux Hugos prescients, aux Goëthes formidables, Aux Aragos sondant des gouffres insondables, Ton ciseau prodiguait le paros des autels.
Et toutes les cités, et tous les coins du monde, Recevaient de tes mains, de ton âme féconde, Un marbre lumineux qui défiait le Temps! Et partout tu dressais des héros, des poètes, Des tribuns exaltés aux fières silhouettes, Qui retrouvaient par Toi leurs rêves palpitants.
Et c'est pourquoi ton Œuvre est une œuvre de vie, Une œuvre qui frissonne et qui nous fortifie, Et pur elle, toujours, tu vivras, ô David ! Tu vivras en ta belle et triste Jeune Grecque: En ton blanc Fénelon, noble et doux archevêque: Tu vivras dans le chantre héroïque du Cidl
N entends tu pas l'exquis Rjcine:
Cheverus rayonnant de toi:
Condé dont le geste fascine:
Gutenberg, l'impétueux Foy:
Rcnc, chevaucheur de chimère:
Dclavigne, prêtre d'Homère; Talma rêveur. Mole. Barj; Toutes ensemble tes statues Dont la lueur va jusqu'aux nues Dire aux astres : David vivra!
Tu vivras dans cette œuvre imposante et divine, Où ton cœur incarna le généreux Bonchamp, Le magnanime chef mort au milieu des champs, Pour son Dieu, pour son Roi, sur sa terre angevine!
Ah ! devant ce chef-d'œuvre inouï, l'on devine Que tu le caressas de mille soins touchants, Et l'on sent qu'il n'est point d'assez sublimes chants Pour en magnifier la splendeur ivoirine.
Et l'on voudrait le voir se dresser dans le ciel, Tel qu'il nous apparaît, presque immatériel,
Débordant de pardon et de mansuétude ;
Nimbé d'un sentiment si parfait et si doux, Que tout notre être en est plein de béatitude Alors, pieusem.nt, on admire à genoux!
Tu vivras comme les Sophocles Toujours jeunes malgré les ans !
Tu vivras sur le flanc des socles, Dans tes bas-reliefs frémissants :
Dans ces énormes commentaires Qui disent les hauts faits austères De tes héros deïfiés :
Dans ces cent et cent pages amples Qui sont d'éblouissants exemples Pour nos orgueils stupéfiés!
Dans ces images de batailles Où tu montras nos grands aïeux, Cribleurs d'hommes et de murailles.
Avec des éclairs dans les yeux :
Dans ces hurleurs de Marseillaises Qui ne craignaient monts ni falaises Et mouraient héroïquement :
Fiers de donner dans leur furie Leur sang vermeil à la Patrie A la face du firmament.
Tu vivras dans les traits robustes De ces hommes à longs cheveux Que ion Art et ton Rêve augustes Fixèrent en dessins nerveux :
Dans les rudes visages mâles Tannés par la pluie et les hàles De cette race de chouans:
Race vaincue et non soumise Que tu savais, en ta franchise Etre une race de géants !
Tu vivras dans l'œuvre sereine Qui plane au-dessus de Paris, Et qui s'étale souveraine Aux regards des hommes surpris:
Dans ce Fronton sévère et vaste Qui couronne de tout son faste L'entablement du Panthéon; De ce temple où tu devrais être, Où tu devrais dormir, ô Maître, Phidias doublé de Solon !
Tu vivras dans toutes ces choses Comme Dieu vit dans les rayons:
Et tout comme il vit dans les roses, Tu vivras dans tes Médaillons:
Dans ces figures magnifiques, Que seules des mains séraphiques Pouvaient modeler en beauté, Et faire en sorte que par elles, Par leurs lumières irréelles Un grand siècle soit reflété.
Tu vivras comme Michel-Ange!
Comme ces lointains inconnus
Qui taillaient dans des blancheurs d'ange
Les Dianes et les Vénus ;
Car tu laissas toute ton âme
Tout ton rêve, toute ta flamme.
Tous tes pensers religieux,
Tout ton majestueux caprice.
Toute ta force créatrice,
Dans tes marbres prodigieux !
Aussi, vers le ciel de ta gloire S'exhale le psaume béni Qui divinise ta mémoire A tout jamais dans l'infini '.
Et cette profonde musique Grave comme une strophe orphique Aux beaux jours de l'antiquité :
Égale à ;or. puissant génie.
Dans un océan d'harmonie.
Chante ton immortalité;
ENVOI
O Muse, emporte donc ma lyre faible et vaine:
Avec soin fleuris-la de myrte et de verveine,
Et va trouver David dans la cité des cieux :
A ses pieds mets-la vite en guise d'humble offrande.
Comme on offrait jadis, au temps de la légende,
Le meilleur de son bien pour satisfaire aux dieux !