‹ Nouveaux poèmes et balladesChapitre 17 sur 46 · VIEILLESSE ET POÉSIE · texte numérisé non relu

VIEILLESSE ET POÉSIE

A Barry CormmlL

En vain les hommes nous disent que le temps peut entamer les vieux amours, ou faire chanceler les vieux souvenirs, qu'avec l'année qui meurt, s'en va la vie de Tannée finie. La rosée d'autrefois tombe toujours sur les douces fleurs d autrefois ; le soleil de jadis fait revivre les fleurs, qui reprennent le duvet de leurs ailes; le vieil été élève les roses nouveau-nées.

Plus encore pour une muse qui porte sur elle et vêtement, et couronne et fleur d'honneur, cueillie il y a longtemps et tressée il y a longtemps ; elle ne se fane point, ne tombe point, comme la fleur printanière qui ne produira point de fruit éternel, que l'été calcinera, que l'hiver déchirera.

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Le temps ne saurait abattre, le temps ne saurait élever de tels amours, de tels souvenirs, de tels éloges, qui n'ont nul besoin de la grâce du soleil ou de l'averse, nul besoin d'un écran contre la gelée ou le tonnerre, nul besoin de culture, nul besoin d'une serre autour et au-dessous de la fleur impérissable, qui ne redoute rien.

Remerciements d'autrefois, pensées, aspirations de jadis survivent aux existences des hommes, aux existences des nations ; mortes, excepté en la seule chose qui dure, le trésor inaliénable et sans prix, la joie du pouvoir d'autrefois, l'ancien orgueil du plaisir, qui vit dans la lumière au-dessus de la vie des hommes.

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