DEUX CHEFS
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Allez à la maison, grands hommes, amis de
la gloire, Fils, sans enfants, de la nuit, escortés d'un
cortège bienveillant.
O hommes grands et sages, à l'âme pleine de clarté, au cœur haut; l'un, la dernière fleur de l'amour catholique, née au milieu des épines dénudées, leur seule rose sans épines; parmi les sauvages parades que font les prêtres en leur bruyante fête foraine, toujours isolé, toujours immaculé, éloigné de la cohue aveugle, rude et sale dont les exhibitions effrontées sont une raillerie pour le doux ciel dont nul ne connaît le secret, par ses prières, ses malédictions et ses tours de charlatan ; l'autre pareil à un dieu de l'orage dans le nord couvert d'écume, vigoureux, taillé dans un rocher qui fait tête à la mer, et la brise, et lui renvoie en écho son tonnerre, rimant
sa réponse à ses paroles, comme pour faire taire par son rugissement la marée montante du temps, et commander le recul à la vague du monde, quel chant pourrait vous louer comme il convient et vous accompagner jusqu'à votre demeure en ses mélodies?
De tout notre cœur nous vous louons, vous que nous haïssons, hautes âmes qui nous haïssez ; car nos espoirs vont plus haut, et plus haut que le vôtre est l'objet de nos désirs, si hauts que soient vos buts, si grands que soient vos cœurs. Votre monde de dieux et de rois, de temple et d'état, était celui de la nuit, alors que l'espérance et la crainte étaient plus près de nous ; là les hommes marchaient éclairés par les étoiles et la flamme, jusqu'à ce qu'en plein jour l'homme se leva, au niveau de sa destinée. Nous ne vous accordons ni honneur ni haine, ni amour ni crainte, derniers prophètes d'une race éteinte, qui remplissez le dôme des grands dieux morts, de colère et de gémissements, vous qui n'entendez point la parole du temps et de l'homme : « Sortez d'ici avec honneur, retournez en votre maison, fils sans enfants de la nuit ; ici votre heure est terminée ; passons aux étoiles et laissez-nous avec le soleil ».