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INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES POUR THÉOPHILE GAUTIEH

INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES POUR THÉOPHILE GAUTIER (i)

Les Grâces ont nommé bien à propos cet homme cher à tous les dieux et surtout au dieu du Lycée, en sa qualité d'homme nouveau.

Ici, la chevelure entourée des couronnes des Piérides, ayant une tombe prématurée, il a un nom qui ne peut s'ensevelir; un nom intangible à la mort, une renommée impérissable, le serviteur aux douces paroles des Muses aux douces voix.

Celle que jadis il eut à cause de son surnom, aimé de Dieu sur la terre, il la possède encore, mort, dans les enfers parmi les trépassés, aimé de Proserpine et du dieu Hadès. Car aucun des autres chanteurs ne le surpassa en mélodie, ni ne sut allier

(i) Cette série de pièces de vers grecs n'a pas été reproduite d'après Le Tombeau dans la 2« série des Poèmes et Ballades.

des mots à la lyre dans un rythme plus heureux, lorsqu'il chantait en vers charmants Cypris charmeresse de l'âme. Il fut, certes, un fils ou de la race de Calliope, ou de celle d'Aphrodite, celui des compositeurs d'hymnes qui fît résonner de ses chants une telle flûte. Si pour ceux qui dorment le sommeil éternel dans l'obscurité de la terre, il est quelque regret de leurs amis, s'il est pour eux quelque désir, quelque joie, que tous les aèdes qui jadis ont reçu des couronnes des mains des Muses, jetant sur lui le regard le piua clair de leucs yeux^chanientun hymne, présent hospitalier, et qu'ils disent la plaine, accueillante de l'Elysée. Prosecpine, favorable aux Muses, et à ceux qui les écoutent, sourira et, bienveillante, elle leur souhaitera la bienvenue.

Ecoute, ô Cythérée, les gémissements sur un poète défunt, et toi, ô Dieu Eros, dis la plainte funèbre. Car il aima les amours sous tontes leurs formes,, il les connut tous* et pour tous il fit raisonner la lyre;; à tous il fit la libation du doux vin de la poésie, à tous il harmonisa sa voix aux sons multiples, afin qœ rien de désirable ne manquât aux fêtes de Cypris, et rien n'y manque plus, car, mort, il est cher à la déesse. Il rendit hommage à la fille d'Hermès encore enfant ; il lui mit sur la tête des couronnes ver-

doyantes des deux côtés ; il oignit d'une huile parfumée toutes sortes de chants voluptueux, chantant en l'honneur des Eros jumeaux, de l'hermaphrodite demi dieu, à la double nature, le double aspect charmant, la double grâce d'une figure ambiguë.

Pleurez auprès des vallons et des montagnes, pleurez, nymphes, en chantant l'homme fidèle, aimé de tous les dieux, qui maintenant goûte le charme de la mort dans l'éternelle nuit, et possède une couche sans compagne sous la terre féconde en fils.

Pleurez avec nous, ô Grâces, car quel cygne, parmi ceux qui furent jusqu'à ce jour, chanta comme lui dans vos chœurs. Que de la tombe de cet aimé des Muses verdoient les roses de teintes variées, qu'en jaillissent les narcisses, qu'elle se couvre de lis de toutes couleurs, de blanches giroflées, de violettes aux nuances sombres, que la terre produise une abondante végétation de grappes sur la vigne nourricière du vin, et les charmants feuillages de la vigne, et l'œnanthe si tendre, et les jeunes myrtes natifs de Chypre, et le laurier au majestueux feuillage de Phébus, et tous les dons fleuris qui conviennent aux compositeurs d'hymnes.

Toi si cher au dieu «Apollon, toi le plus aimé du dieu le plus aimé, te dirai^jele fils de l'enchanteresse Persuasion, ou celui de la belle humeur, toi qui enchaînas les cœurs des autres en des liens de paroles serties d'or ! toi qui a relié ta chevelure des tresses des Piérides. Te voilà maintenant calme, sereine, toi qui fis résonner sur terre la lyre la plus charmante, et qui nous laisses à jamais un souvenir pareil à Pambroisie.

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