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Nouveaux prétextes; réflexions sur quelques points de littérature et de morale

L'évolution de l'art dramatique est un sujet tout particulièrement difficile. Je voudrais commencer par vous dire pourquoi. Peut-être me permettrez-vous, ensuite, de causer plutôt que de discourir, et plutôt autour du sujet que sur le sujet lui même.

Et parce que je considère que l'œuvre d'art dramatique ne trouve pas, ne veut pas trouver sa fin suffisante en elle-même — ce qui cause une

1. Quatre conférences furent prononcées, cette année, à la Société de la Libre Esthétique. Les trois premiers conféreneiers s'étant occupés de l'évolution de la poésie, de la peinture et de la musique, je fus invité à parler iur l'évolution du théâtre.

NOUVEAUX PRÉTEXTAS

des pires difficultés du sujet — mais que l'auteur dramatique la dresse pour ainsi dire entre les spectateurs et Facteur, c'est successivement au point de vue de l'auteur, puis de l'acteur, pui^ du spectateur que je me propose de me placer, essayant d'envisager tour à tour, de cette môme évolution, les trois laces.

Une autre difficulté, non des moindres, vient de ce que, dans le succès d'une pièce, ou même d'un genre de pièces, bien des considérations peuvent entrer en jeu qui n^ont rien à voir avec la littérature . Je ne parle pas seulement de ces multiples éléments auxquels Tœuvre d'art dramatique, pour être exécutée et avec succès, fait appel: richesse des décors, éclat des costumes, beauté des femmes, talent et célébrité des acteurs ; je parle surtout des préoccupations sociales, patriotiques, pornographiques, ou pseudo-artistiques de Fauteur,

Les pièces à succès d'aujourd'hui sont souvent tissues de ces préoccupations-là ; à ce point qu'en ' les faisant choir une à une, on supprime à peu près la pièce *.

1. Ces préoccupations existent, il est vrai, pour le roman aussi ; mais, outre qu'elles y sont beaucoup moins nuisibles parce que le roman est une espèce littéraire indécise, multiforme et omnivore, le romancier qui se laisse g^uider par elles,

Mais la plupart du temps, c'est à ces préoccupations précisément que la pièce doit sa vogue ; 1 auteur qui n'y obéit pas, que la seule préoccupation d'art fait écrire, risque fort de n'être même pas représenté.

Or, Toeuvre d'art dramatique ne vivant que virtuellement dans le livre, ne vivant complètement que sur la scène, le critique qui s'occuperait aujourd'hui de l'évolution du théâtre se verrait obligé, pour ne négliger point révolution parallèle de Tacteur et du public, de parler d'oeuvres qui n'ont qu'un très lointain rapport avec la littérature, et de négliger au contraire des pièces de mérite purement littéraire, je ne dis pas seulement comme le Phocas de Francis Vielé-Griffîn, La Gardienne de Henri de Régnier, ou comme

•"échappe de U littérature d'une manière plus avérée. Et de (juelque outrecuidante réclame qu'il le lasse précéder ou suivi», nn mauvais livre, écrit pour la vente, ne se présente pas, ■près tout, d'une manière beaucoup plus impertiïiente qu^in bon. Bien mieux: le puffisme même avertit; quand un Champ- Mur fait annoncer que son Arrifjs/e.dès avant la mise eo vente, en est à len... xxx» raille, le public sait à quoi s'en tenir, et sur le livre et sur l'auteur. Le roman n'en impose .jamais comme l'œuvre théâtrale en impose ; le dramaturge n'est, du reste, jamais seul en cause, mais aussi les acteurs, et le directeur et tes frais. Un critique littéraire sérieux ne parle pas, ne lit pas les livres de raédiocrilé équivalente à celle d^s pièces auxquelles nos premiers critiques dramatique- croient devoir co»- Mcrer plusieurs colonnei.

Un Jour de Francis Jammes, en qui je comprends qu'on ne consente à voir que des poèmes — mais comme les premières pièces de Maeterlinck, comme les drames de Claudel, comme Le Pain de Henri Ghéon, comme d'autres encore — et j'allais dire : comme Le Cloître de Verhaeren, si je ne me souvenais de Theureux succès qu'il a pu remporter à Bruxelles*. — Ou s'il en parle, ce critique, ce ne peut être que comme de manifestations toutes livresques, qu'ignorent les planches et la salle, — cette évolution, non seulement restant distincte de l'autre, très distincte, mais encore s'y opposant.

« Chez les animaux vivant en société, écrit Darwin, la sélection naturelle transforme la conformation de chaque individu de telle sorte qu'il puisse se rendre utile à la communauté ; — à condition <oi/^«/o25, ajoute-t-il, que la communauté profite du changement. » — Ici, la communauté ne profite pas ; elle ne veut pas profiter. L'artiste non joué s'enferme dans son œuvre, se dérobe à l'évolution générale et finit par s'y opposer. Toutes les œuvres dont je parle sont des œuvres de réaction.

Réaction contre quoi? — Je dirais volontiers:

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